lundi 23 août 2010

UN ÉTÉ VAN GOGH.

Autoportrait au champ labouré ©FDM.

Préparation durant tout l’été de deux conférences à venir pour le Musée d’Orsay. Le centre en sera Van Gogh, la couleur, la matière. Je plonge dans les six volumes de la correspondance, m’imprègne des œuvres, de la touche grumeleuse et contrastée du peintre.

La « réalité », les champs labourés alentour, la paille, les meules, la lumière qui vient brunir et argenter le tout en cette fin août, me ramènent constamment au peintre. Les œuvres de Vincent, en retour, me reconduisent à la nature environnante.

Je m’imprègne de la lumière des blés, de cette peinture qui sent la paille et le torchis. Le monde se pare des couleurs du plomb, du bronze, du cuivre. Tout est cuit. Et ensoleillé.

Lien Musée d'Orsay.

dimanche 22 août 2010

VAN GOGH. LA MAISON DE VERRE IMPRESSIONNISTE.

Verres colorés ©FDM.

« J’ai lu dans le supplément littéraire du Figaro de Samedi (15 septembre) la description d’une maison impressionniste*. Cette maison était construite, comme seraient des fonds de bouteilles, en briques de verres bombés — de verre VIOLET. Le soleil là-dedans se reflétant, les reflets jaunes se brisant, il en résultait un effet inouï.
Pour soutenir ces murs en briques de verre en forme d’œufs violets on avait inventé un support en fer noir et doré représentant des sarments de vigne étranges et d’autres plantes grimpantes. Cette maison violette se trouvait au beau milieu d’un jardin dont tous les sentiers étaient faits d’un sable très jaune. Les parterres de fleurs ornementales étaient naturellement des plus extraordinaires comme coloration. » (Vincent Van Gogh, Lettre à Théo du 11 septembre 1888)

Préfiguration de l’art nouveau, anticipation monstrueuse (car bigarrée) de la maison de verre (blanc) de Pierre Chareau, la maison impressionniste ici décrite par Van Gogh en dit beaucoup sur l’étendue des préoccupations du peintre. La lumière, la couleur sont enfermées dans le verre, lequel sert lui-même de transformateur. Irisations. Effets kaléidoscopiques. Reflets. La nature environnante est alors comme vue au travers d’un prisme.

On se rappellera le très beau texte de Mme Bovary, dans lequel Flaubert nous dépeint un paysage vu successivement à travers les différents verres de couleur d’une fenêtre : ROUGE. JAUNE. BLEU.

* Le terme de « maison impressionniste » ne figurerait pas dans l’article et serait de Van Gogh.

(Vincent Van Gogh, Les Lettres, Actes Sud, 2009, tome 4)

mercredi 11 août 2010

MÉMOIRES FILMIQUES (FILM, 1981).

Ce film se veut un hommage au cinéma expérimental des années 1980. Il se présente comme un film-manifeste sur cette forme d'expression qui atteint, à ce moment-là, un grand développement. Il s'agit donc d'un éloge de ce photogramme fuyant, mirifique et abstrait que développent alors tant de films expérimentaux. La forme est abstraite, formelle et colorée. Le texte (très prégnant) se présente sous une forme tout à la fois poétique, critique et humoristique. Il s'agit d'une réflexion poétique et ludique sur le cinéma expérimental.

Le film super 8 est projeté à l'intérieur (au centre) du cadre constitué par une diapositive, dispositif qui avait alors été mis au point par Stéphane Marti. L'image et l'extrait de film présentés sur ce site ne comportent pas cet « écran » qui demeure essentiel et au rythme de l'image-mouvement et à la « plasticité » de l'ensemble.

"Monté à l'envers comme la mémoire, avec des retours en boucles et une temporalité impossible, un film se lira pourtant toujours de manière linéaire, sans qu'il soit possible de retenir — ou d'inverser — la fuite éperdue des photogrammes. Fuite rythmique et régulièrement agencée. A l'instar de quelque cérémonie — commémorative et magnifiquement ordonnée.

Qu'un photogramme alors, quelconque et nonobstant semblable à tous les autres, s'essaye à quelque anarchie, qu'il lui prenne le loisir d'en enjamber ou d'en chevaucher quelques autres, qu'il se frotte ou se pique de se retourner subrepticement — au plus mauvais moment du film — votre œil alors n'y lira plus rien sur cette pellicule vide.
On nomme parfois cela
avant-garde, étant bien certain que de toute façon nul ne comprendra rien - puisqu'il n'y a, bien sûr, rien à comprendre, strictement rien à lire ou bien à visionner. […]

Couchées là sur le papier, étalées, mises à plat, nos mémoires - filmiques et cependant toutes conceptuelles - auront cet aspect figé des morts éteints, coulés dans la pierre du souvenir.

Rendues à leur mouvement, à la transe éphémère de la danse filmique, on sait bien cependant qu'elles redeviendront vivantes…"

"Mémoires filmiques" (texte, extrait, 1982)

Mémoires filmiques (1981) un film de Florence de Mèredieu.
Super 8 mm, 10 minutes.
Voir un extrait du film (sans son cadre de diapos).

VIDÉO 2 PULSATIONS (FILM, 1982).

Les années 1980 sont marquées par une forte opposition (idéologique) du cinéma expérimental et de l'image vidéo. Ce film traite des points de rencontre possible entre les deux médiums ; il porte sur la perturbation et la transposition d'une image vidéo par l'intermédiaire de l'enregistrement cinématographique et de la projection (sur un film en noir et blanc) de quelques diapositives, abstraites et colorées.

La pulsation de l'image audiovisuelle sert de trame rythmique au défilement de l'image. On part d'une image ordinaire, banale, celle du petit écran de télévision. Des diapositives colorées permettent de jouer sur l'opposition et la rencontre de la couleur et du noir et du blanc (de l'image vidéo), transformant ainsi les visages. Le film super 8 est projeté à l'intérieur (au centre) du cadre constitué par une diapositive, dispositif qui avait alors été mis au point par Stéphane Marti.

Vidéo 2 pulsations (1982) un film de Florence de Mèredieu.
Super 8 mm, 10 minutes.

VIDÉO BLUES (FILM, 1981).

Ce film porte sur la perturbation et la transposition d'une image vidéo par l'intermédiaire du cinéma et de la photographie. On part d'une image ordinaire, banale, celle du petit écran de télévision. Des diapositives sont projetées sur l'écran, avec un jeu de contraste, sur le dérèglement de l'image, sur la mise en évidence de la trame...Les noirs absorbent l'image projetée tandis que les blancs la refusent ; d'où un phénomène de surimpression partiel et tout à fait localisé. Contraste entre deux images : l'une immobile, l'autre mobile et en noir et blanc. Mais, par le jeu des surimpressions, l'image fixe s'anime, se transforme. Il n'y a pour le reste aucun mouvement de caméra autre que celui du processus filmique initial ; tous les mouvements sont ceux-là même de l'image télévisée.

Contrairement à l'image télévisuelle, ordinairement si bavarde, le film est muet, ce qui ne veut pas dire silencieux ; car le rythme (on oserait dire le son) provient de l'image elle-même, des pulsations de l'image télévisuelle.


"Le blues, le blues est dans les mots bien plus que dans l'image, et dans la marche au ralenti des mannequins saccadés.

Nous n'écrirons pas ici sur les images, mais les accompagneront dans leur voyage. Paraphrase vidéographique et divaguante ou balade pour une mort impossible. D'où l'omniprésence sur l'écran de ce mannequin qui persiste d'image en image. Mort et irrémédiablement forclos, mièvre, muré sur le seul vide.

Le blues, le blues est dans la mort, bien plus que dans les mots, et dans le rythme saccadé des images désaccordées.

Pourquoi avoir ainsi mangé l'image, cinématographique et déjà irréelle ? Dévoré la figure sur ses contours, évidé cette silhouette d'une tache couleur d'écume… Est-ce parce que la télévision (plus que le cinéma) ouvre le règne de l'image "irréelle", fantasque, privée de chair. Hologramme presque. Et que j'aime l'image déshabillée de sa réalité, fantomatique et à peine décidable.
"
("Vidéo Blues", texte, extrait, publié en mars 1983, La Nouvelle revue Française, n°362)

Vidéo Blues (1981) un film de Florence de Mèredieu.
Super 8 mm, 23 minutes.

dimanche 1 août 2010

BROCANTES DE L'ÉTÉ. LA GUERRE DE 1914.

Au hasard d’une brocante, une carte postale avec cette légende :

"Je songe en tricotant toujours à votre père
Pensez à lui aussi en jouant à la guerre."

Au dos de cette carte, datée du 16 février 1916, une correspondance :

"Cher petit mari adoré, deux mots seulement pour te dire que nous allons tous bien. Je n’ai pas le temps de t’écrire longuement aujourd’hui. Hier nous avons eu un temps épouvantable un froid noir. Mon Dieu comme je pense à toi pauvre chéri que tu dois être malheureux. Vivement le beau temps et ton cher retour. Que Dieu veuille abréger cette terrible guerre. J’espère avoir une lettre de toi. Je n’en ai reçu qu’une. Je vais t’écrire plus longuement ce soir. En attendant d’avoir le bonheur d’avoir de tes nouvelles. Marie et Victor se joignent à moi pour embrasser mille fois leur petit père adoré.

Ta petite femme qui t’aime de tout cœur. Jeannette".


Comme c’est souvent le cas des cartes postales, image et correspondance se répondent. L’une est l’écho de l’autre et l’on découvre ici, en les confrontant, de quel poids fut, dans le contexte idéologique de la guerre de 1914, l’entrelacement d’éléments affectifs et d’impératifs moraux et politiques.

D’autant que ce fragment de ce que l’on nomme la "mémoire sociale" ne nous permet pas de savoir quelle fut la conclusion de l’histoire…