jeudi 19 janvier 2012

MAURIZIO CATTELAN. END OF ART. END OF PART.

« Hommage à Maurizio Cattelan » ©FDM, 2012.

Deliberately crazy clown and prankster, provocateur born, multi-character cards, perfect representative of an art that is available today on the triple mode of the scandal openly ideological, derision and a resounding commercial success, Maurizio Cattelan is needed to reach this question, too sensational or (falsely) shattering of the "end of art", the "suicide" and the disappearance of the artist.

This "end of art", on which Hegel meditated in the early nineteenth century (the art front, he said, and to reverse themselves within the aesthetic or reflection on art) has been known for many avatars.

All of Cattelan's works, today and hung suspended for a retrospective (presented as definitive : ALL) in the nave of the famous Guggenheim Museum in New York, works as a sort of macabre record. Long ago that Maurizio Cattelan has joined the other works of these galleries, museums and foundations where the works fossilize, thus entering within the Monument or the House Forte now what are known as art or History of Art.

What more now ? The artist must he, like a ghost, disappear, vanish ? To commit hara-kiri ? Bypass and elsewhere ? But how ?

Suicidal artists : they are few. In 1970, the writer Mishima (who also practiced the ideology and disturbing high dose) staged his own suicide. Others, like Rimbaud or Lautreamont, knew how to hide, disappear or change completely from life and activity. Others (Van Gogh, Artaud) were the suicide of the society that has since largely recovered its implementation (or non-implementation) initial value of the works initially denigrated having deliberately increased over time.

Where can therefore be place now if the man Maurizio Cattelan "stops" as he tells us to make art ? Business in the "pure" ? In the agitprop ? In journalism ? Or recycled in a circus, a new kind of course, but looks just like the circus of contemporary art ...

The future of our artist are not they - in advance - and trapped included in this system and the art circuit where he was pleased to introduce one day his toes and hands (and we know that in his work, there are the feet and hands, sometimes huge) ?

Marcel Duchamp knew of this radius, he saw his single "time use" integrated de facto in the history of art in his Great Work.

Exit Art, when you came in, it is not simple. Especially from the time when you were told (and repeated) that art is above all an attitude, a mode of being, a constant provocation.

The mechanism of the "recovery" (the simple recovery ideology) has been there. - Symptomatic remains in that, for the action of Maurizio Cattelan in 2001, full Venice Biennale, to be transported by plane patrons and sponsors on the site of a landfill, near the city of Palermo, transforming and in monetary situation that fell within the waste and non-value.

The « Action Cattelan » (in both senses of performance and Title listed) is probably not stay. Long time can be fun, frightened or angry dance of the puppets, many (even before they appear in the Hall of works by the artist) belonged, so outrageously diverse in history : Hitler Pope John Paul II, Pinocchio, Picasso, etc..

Can we put on a par with those kinds of icons 'cultural' has become of these characters, real or fiction? This is probably the rub. Hitler is not Pinocchio. Have us believe is a normal slope of our culture that tends to amalgamate all the great maelstrom in the bazaar and its signs.

Or you have to take on the mode of termination. And rise against this culture that brings everything back to leveling the order and logic of the supermarket. - Facilities Cattelan, I read them and want to read about how the total derision, the mode of a critique of this state of ideological puts players on the same level historical and mythological characters. I'm not sure that all read - these works - the same way.

One thing troubles me: This retrospective at the center of this temple of art that is the Guggenheim in New York that " ALL " means all facilities and earlier works by Maurizio Cattelan, picked, packed, suspended and exhibited together. As in a hypermarket. Taken alone, each of these facilities is strong. Amalgamated with each other, taken in themselves as in the stratification of any sandwich, these works pale, lose their charge.

To have this amazing space of the Guggenheim to design and produce a new work. Wide and massive size and, presumably, charge the most corrosive. Cattelan is there thought ? - It would have at least waited, hoped ...

So why this confusion, the foliation, that "hypermarket Cattelan" ? A supreme form of derision? Before the disappearance and the "killing of his works by the artist themselves." End of art. Endgame . - It is in Godot.

mardi 17 janvier 2012

GÉOPOLITIQUE DE L'INFINI. UN COUP DE VENT TRANSFRONTALIER.

Image glanée au cours de l'expédition Ventury.

Familier de ce qu'il nomme des « odyssées transfrontalières », Patrick Beaulieu part en 2011 à la découverte des vents de l'Amérique du Nord. Accompagné d'Alexis Pernet (marcheur et paysagiste) et de Daniel Canty (« tourneur de mots » et écrivain), il se lance à la recherche du moindre souffle, de la brise et des mouvements de cette puissance invisible que l'on repère ordinairement à ses traces.

Gonflements. Froissures. Pliures. Déchirures. Végétaux et chevelures couchés ou désordonnés. Houle des blés et mouvement des vagues. Tourbillons de la girouette. Envolées du linge et des feuilles mortes. Pluie décalée et comme mise en musique. Il y a toute une rhétorique du vent. De son parcours et de ses aléas.

Chemin faisant, Patrick Beaulieu se fait glaneur, ethnologue, ramassant au long cours ce qu'il découvre chez les bouquinistes des régions traversées. Comme ces cartes postales retraçant les aventures et les rencontres de l'homme et du vent. On en trouvera quelques échantillons sur son site.

Les relations de l'homme au vent sont très anciennes, archaïques. Chacun sait le plaisir qu'il y a à ressentir la caresse du vent sur sa peau. De la brise au blizzard, du chaud au froid cinglant, le vent présente une palette d'expériences sensorielles très diverses.

Dans l'espace de l'exposition de Sherbrooke, le projet Ventury de Patrick Beaulieu est associé au parcours stratosphérique étrange et aux « Exoplanètes » de Jean-Pierre Aubé : j'ai plaisir à les imaginer. À l'instar de grands fantômes lumineux.

La manipulation par les artistes des grands espaces et des forces naturelles demeure fascinante. Du peintre Hokusai au cinéaste Joris Ivens, en passant par les pages de ce livre que Duchamp avait offert à l'ouverture du vent ou aux mécaniques et mobiles de Calder, l'art fut toujours une précieuse girouette de nos humeurs et de nos émerveillements.

Moi aussi, je voudrais partir avec le vent... Et finir quelque part sur le sable de la mer... en fin duvet d'oiseau... en une virgule d'écume, spasmodiquement agitée par la houle venue du large...

JEAN-PIERRE AUBÉ / PATRICK BEAULIEU
GÉOPOLITIQUE DE L'INFINI

Exposition du 19 janvier au 4 mars 2012
SPOROBOLE, Centre en art actuel (Sherbrooke, Québec)

Ventury : site consacré à cette aventure

Sporobole

lundi 16 janvier 2012

JEAN-CLAUDE LEMAGNY. VAN GOGH. LA MONNAIE, L'OR ET L'ARGENT.

Après lecture de mon ouvrage sur Van Gogh, L'Argent, l'Or, le Cuivre, la Couleur (Blusson, 2011), Jean-Claude Lemagny m'adresse cette 2ème missive dont il m'autorise à reproduire de larges extraits.

Jean-Claude Lemagny
à Florence de Mèredieu
le 20 novembre 2011

Chère Amie,

J'ai lu votre second livre sur Van Gogh avec autant d'intérêt et de plaisir.
Quelques réflexions en passant :

- Il y avait dans la monnaie métallique une matière vraie et donc une poésie possible. Lorsque la monnaie est devenue presque totalement abstraite le monde a été privé d'une forme de sensualité. L'argent des financiers, celui qui mène notre société, n'est même plus du papier, rien qu'un échange électronique. Van Gogh a fait passer la poésie de l'or dans la peinture. Mais Rembrandt, né lui aussi dans la société hollandaise marchande, avant lui.

- Chaque fois que je recevais un photographe je le pensais comme un travailleur. Un artiste c'est d'abord un travailleur. Tout le capitalisme moderne tend à cacher ce fait premier que c'est le travail des travailleurs qui constitue la réalité de la société. Que le travail est donc la base de tout droit et de toute autorité. Or l'artiste est le modèle même de ce qu'est un travailleur : celui qui modifie le réel pour le rendre vivable. Dans le capitalisme il faut donc, par tous les moyens, faire oublier que l'artiste c'est un travailleur, en en faisant un baladin, un clown destiné à amuser la société, au service de la société. Alors qu'il est à son origine. Il faut lutter tout le temps et partout pour rappeler que l'art n'est pas un phénomène social divertissant (au sens de Pascal) mais une raison d'être, et pas seulement pour quelques semi-dingues mais pour tout le monde. La sociologie n'a pas ici à mettre son nez, mais seulement l'ontologie. Et encore : comme effet.

- On prend toujours à l'envers le problème de l'alchimie. Il ne s'agit pas de faire de l'or, métal stupide, car si on y parvenait l'or ne vaudrait plus rien. Si l'alchimiste réussissait à faire de l'or il serait forcé d'en garder le secret. Le chemin royal est inverse. Il s'agit de trouver quelque chose qui puisse remplacer l'or. Pour Van Gogh ce fut la peinture. J'ai lu l'article d'un économiste qui expliquait que dans le cas du tableau de Van Gogh acheté si cher par les Japonais, l'économie s'était mise à fonctionner à l'envers. Alors que plus on paye cher et plus une monnaie se déprécie, ici il s'agit de donner à l'argent un statut noble. L'or mérite d'acheter un chef-d'œuvre. Tentative vaine mais qui est l'aboutissement de ce que vous dites. Ces tableaux invendables ont valorisé l'argent. Mais après avoir été cavés, d'avoir été œuvre « mise à la garde » dirait Heidegger. [...]

- L'or comme excrément : pour les Aztèques cela s'appelait « la merde des dieux », sans rien de nécessairement péjoratif. D'où leur effarement devant l'avidité des conquistadors, qui leur fit croire que ceux-ci s'en nourrissaient.

- Il est un immense problème de la religion catholique qui, d'une part, adore un dieu qui fut pauvre parmi les pauvres (St François) et, d'autre part, multiplie les autels et les chasubles couverts d'or. J'ai vu, au Mexique, de misérables indiens se traîner à genoux jusqu'aux retables croulants de dorures. Mais il y a là une dialectique mystique à approfondir. [...]

- Dans son admirable livre L'Éloge de l'ombre, Junichiro Tanizaki s'en prend aux lumières dures et clinquantes de la modernité européenne. Il évoque la façon dont la lumière extérieure vient toucher l'intérieur du temple et de la maison japonaise, éveillant dans l'ombre les ors atténués. Vous avez bien fait sentir la complicité profonde qu'il y a, chez Van Gogh, entre la profondeur du noir et le rayonnement solaire.

Réponse de Florence de Mèredieu.

Cher Jean-Claude Lemagny,

Nous nous rencontrons sur l'importance comme sur l'étrangeté des rituels consacrés par les sociétés et les artistes à l'or et à l'argent. En Van Gogh coexistent le flamboiement solaire et la puissance de ces ténèbres d'où il extrait une abondance de richesses picturales.

Il m'est agréable de vous voir évoquer cette merveilleuse méditation sur les pouvoirs de l'ombre, de la salissure et des matériaux les plus humbles que l'on trouve chez Junichiro Tanizaki.

Vincent, à qui il arriva de se penser à l'instar d'un « Japonais », connut tous les degrés qui mènent des ténèbres à la lumière. Il sut enlacer et tisser la rude fibre des matériaux les plus terrestres au ruissellement mordoré de cette « monnaie céleste » qu'il put découvrir à la lecture des écrits de Bossuet.

* Jean-Claude LEMAGNY
Conservateur au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. D’abord chargé de la gravure française du XVIIIe siècle, il prend, en 1968, la direction du Service de la photographie. Créateur de la galerie de photographie à la Bibliothèque nationale de France en 1971. Commissaire de nombreuses expositions consacrées à la gravure et à la photographie.

Van Gogh. L'argent, l'or, le cuivre, la couleur

Lettre de J.-C. Lemagny sur les « Souliers » de Van Gogh

vendredi 13 janvier 2012

MAURIZIO CATTELAN. FIN DE L'ART. FIN DE PARTIE.

Clown délibérément déjanté et farceur, provocateur né, personnage multi-cartes, parfait représentant d'un art qui se décline aujourd'hui sur le triple mode du scandale ouvertement idéologique, de la dérision et d'une réussite commerciale fracassante, Maurizio Cattelan se devait d'aboutir à cette question elle aussi fracassante ou (faussement) fracassante de « la fin de l'art », du « suicide » et de la disparition de l'artiste.

Cette « fin de l'art », sur laquelle Hegel méditait au tout début du XIXe siècle (l'art devant, selon lui, se résorber et se dépasser au sein de l'esthétique ou de la réflexion sur l'art) a connu depuis bien des avatars.

L'ensemble des œuvres de Cattelan, aujourd'hui pendues et suspendues pour une rétrospective (présentée comme définitive : ALL) dans la célèbre nef du Musée Guggenheim de New York, fonctionne comme une sorte d'enregistrement macabre. Il y a longtemps que Maurizio Cattelan a rejoint les cimaises de ces Galeries, Musées et Fondations où les œuvres se fossilisent, entrant ainsi au sein de ce Monument ou de cette Chambre Forte que l'on dénomme désormais l'Art ou l'Histoire de l'Art.

Qu'ajouter de plus désormais ? L'artiste doit-il, tel un fantôme, disparaître, s'évanouir ? Se faire hara-kiri ? Passer outre et AILLEURS ? Mais comment ?

Les artistes suicidaires existent. Ils sont peu nombreux. En 1970, l'écrivain Mishima (qui pratiquait lui aussi l'idéologie à haute et inquiétante dose) mit en scène son propre suicide. D'autres, tels Rimbaud ou Lautréamont, surent se cacher, disparaître ou changer totalement de vie et d'activité. D'autres encore (Van Gogh, Artaud) furent les suicidés d'une société qui a depuis largement récupéré sa mise (ou non-mise) initiale, la valeur de ces œuvres initialement dénigrées ayant avec le temps délibérément grimpé.

Où peut donc se situer désormais l'homme Maurizio Cattelan s'il « cesse », comme il nous le dit de faire de l'art ? Dans le business « pur » ? Dans l'agit-prop ? Dans le journalisme ? Ou bien recyclé dans un cirque, d'un nouveau genre certes mais ressemblant à s'y méprendre au cirque de l'art contemporain...

Ces activités futures de notre artiste ne sont-elles pas - par avance - inscrites et piégées dans ce système et ce circuit de l'art où il lui plut d'introduire un jour ses doigts de pied et de main (et l'on sait que dans son œuvre, il y en a des pieds et des mains, gigantesques parfois) ?

Marcel Duchamp en connaissait sur ce point un rayon, lui qui vit son simple « emploi du temps » intégré de facto par l'histoire de l'art au sein de son Grand Œuvre.

Quitter l'art, quand on y est entré, n'est pas si simple. Surtout à partir du moment où l'on vous a dit (et répété) que l'art est avant tout une attitude, un mode d'être, un système de provocation permanente.

Le mécanisme de la « récupération », de la simple récupération idéologique est passé par là. - Symptomatique demeure, en ce sens, l'action qui consista pour Maurizio Cattelan en 2001, en pleine Biennale de Venise, à transporter en avion ses mécènes et commanditaires sur le site d'une décharge, aux environs de la ville de Palerme, transformant ainsi en valeur monétaire une situation qui relevait du déchet et de la non-valeur.

L'Action Cattelan (au double sens de performance et de Titre côté en Bourse) n'est sans doute pas près de disparaître. On pourra longtemps encore s'amuser, s'effrayer ou s'irriter de la danse de ces pantins dont beaucoup (avant même de figurer au Panthéon des œuvres de l'artiste) appartenaient, de manière outrageusement diverse, à l'histoire : Hitler, le Pape Jean-Paul II, Pinocchio, Picasso, etc.

Peut-on mettre sur le même plan ces sortes d'icônes « culturelles » que sont devenus ces personnages, réels ou de fiction ? C'est là sans doute que le bât blesse. Hitler n'est pas Pinocchio. Nous le faire croire est une pente habituelle de notre culture qui tend à tout amalgamer dans le grand maelström et le bazar de ses signes.

Ou alors il faut le prendre sur le mode de la dénonciation. Et s'élever à l'encontre de cette culture nivelante qui ramène tout à l'ordre et à la logique du supermarché. - Les installations de Cattelan, je les lis et veux les lire sur le mode de la dérision totale, sur le mode d'une critique de cet état de fait idéologique qui met sur le même plan acteurs historiques et personnages mythologiques. Je ne suis toutefois pas certaine que tous les lisent - ces œuvres - de la même manière.

Une chose me trouble : cette rétrospective au centre de ce temple de l'art qu'est le Guggenheim de New York : ce « ALL » : toutes les installations et œuvres antérieures de Maurizio Cattelan, ramassées, entassées, suspendues et exhibées ensemble. Comme dans un hypermarché. Prise isolément, chacune de ces installations est forte. Amalgamées les unes aux autres, prises en elles-mêmes comme dans la stratification d'un quelconque sandwich, ces œuvres pâlissent, perdent leur charge.

Disposer de cet étonnant espace du Guggenheim pour imaginer et produire une œuvre inédite. De large et massive dimension et, on peut le supposer, d'une charge des plus corrosive. Cattelan y a-t-il songé ? - On l'aurait en tout cas attendu, espéré...

Alors pourquoi cet amalgame, ce feuilletage, cet « hypermarché Cattelan » ? Une forme suprême de dérision ? Avant la disparition et la « mise à mort de l'artiste par ses œuvres mêmes ». Fin de l'art. Fin de partie. - On est bien chez Godot.

dimanche 1 janvier 2012

2012 : UN NUAGE EN FORME DE DRAGON...

Paris, 2012 ©FDM

« Parfois nous voyons un nuage en forme de dragon,
Parfois une vapeur pareille à un ours ou un lion,
Une citadelle et ses tours, un rocher en surplomb,
Une montagne dentelée, ou un promontoire bleu
Couronné d'arbres qui font signe au monde,
Et abusent nos yeux n'étant que de l'air.
»

(William Shakespeare, Antoine et Cléopâtre)