lundi 14 septembre 2015

BEAUTÉ CONGO. 1926-2015. CONGO KITOKO.

Chéri Samba, Amour à la pastèque, 1984.
© Chéri Samba. Ph.© FDM 2015.

Exposition à la Fondation Cartier.
Jusqu'au 15 novembre 2015.

Présenter un siècle d'art africain congolais : peinture, dessin, sculpture, photographie et jusqu'à la musique - omniprésente dans les espaces d'exposition et que l'on peut écouter, en faisant des pauses tout au long du parcours, de mini-stations étant prévues avec écouteurs et vidéos. Tel est présentement l'objectif ambitieux de la Fondation Cartier.

Et c'est bien en terre africaine que l'on se retrouve, en plein cœur des rythmes et des intensités chromatiques des grandes toiles des Chéri Samba (La vraie carte du monde, 2011), JP Minka (La SAPE, 2014), des sculptures, édicules et environnements colorés de Bodys Isek Kingelez (Ville fantôme, 1996), etc.

L'art africain contemporain s'inscrit globalement dans une histoire complexe, marquée par les enjeux et les avatars d'un long processus de colonisation, puis de décolonisation. L'inscription des expressions contemporaines africaines au sein d'un art international largement marqué par l'Occident (européen et anglo-saxon) peut être source de lourds malentendus. D'autant que la relation du monde africain à la « beauté » déborde traditionnellement le champ de ce que les occidentaux considèrent (depuis la Renaissance) comme relevant de l'art.

Remontant jusqu'aux premières années du XXe siècle,« Beauté Congo » en porte la marque. Au travers notamment de documents en provenance du Musée de Tervuren. Premiers dessins congolais présentant les colons d'une manière que le critique occidental qualifiera de « naïve » ou de « primitive ». Alors qu'au même moment se développe une expression plastique congolaise raffinée. Les œuvres africaines de cette époque figureront d’abord dans des expositions et collections ethnographiques, avant de gagner peu à peu les grands musées de l’art international.

Il y eut donc d’abord le temps des « pionniers ». En 1946, après la deuxième guerre mondiale, un peintre français, Pierre Romain-Desfossés instaure à Elisabethville une Académie d’art indigène, « l’atelier du Hangar ». Des œuvres d'une grande diversité et d'une intense poésie voient le jour. Des aquarelles. Beaucoup d'aquarelles. Le thème fondamental demeure la représentation de la nature. Faune et flore déploient leurs jeux formels, textures et coloris (Pilipili Mulongoy, Sylvestre Kaballa, Jean-Bosco Kamba, etc.).

Tout autre est l'art congolais des dernières décades. Marquées par la stridence et la vivacité des oppositions chromatiques - verts, rouges, jaunes, bleus, blancs, marrons -, les expressions contemporaines sont fortement caustiques, critiques et politiques. L'artiste africain tient ouvertement son rôle dans le large processus d'un art engagé, revendiquant messages et prises de position. La figure humaine y est centrale ; elle cesse d'y être abstraite, devient ouvertement « réaliste » et se réfère intentionnellement à l'actualité mondiale. Mandela et Obama y côtoient les stars internationales du football.

Symptôme éclatant de la réussite de l'opération menée par la Fondation Cartier : cette exposition d'art contemporain est largement fréquentée par les Africains. Ils y viennent en famille, toutes générations confondues, prenant la pause devant les grandes toiles des Chéri Samba ou JP Mika, incrustant avec gourmandise leurs propres silhouettes au sein de ce qui se présente bien comme une « african way of life » [il faudrait le dire en congolais, mais certains aurons déjà traduit].

Si donc vous souhaitez vous retrouver en un certain territoire africain - congolais, joyeux et coloré : courrez cet automne à la Fondation Cartier. L'élégance, le rire et l'esprit caustique de « Beauté Congo » vous y attendent.

Beauté Congo à la Fondation Cartier

Pilipili Mulongoy, Sans titre, 1950.
© Pilipili Mulongoy. Ph. FDM 2015.

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