mercredi 10 avril 2019

Luigi GHIRRI. Géomètre de la Couleur.

Luigi Ghirri, Pescara, 1972 © Succession Luigi Ghirri.

Luigi GHIRRI. Cartes et territoires
Musée du Jeu de Paume, Paris
Du 12 février au 2 juin 2019

« LA RÉALITÉ DEVIENT TOUJOURS DAVANTAGE UNE COLOSSALE PHOTOGRAPHIE ET LE PHOTOMONTAGE EST DÉJÀ LÀ : C’EST LE MONDE RÉEL. » (Luigi Ghirri)

Géomètre de formation, Luigi Ghirri (1943-1992) n’abandonnera jamais la rigueur et le goût de la symétrie, hérités de son premier métier. L’œuvre photographique qu’il élabore au cours de ses déambulations dans l’Italie (et le monde) des années 1970 abonde en images (ou sujets) doubles, en systèmes de « vedute » et de « boîtes », de « cadres dans le cadres », eux aussi redoublés, comme dans le fameux cliché du support de cartes postales : les chromos couleur empilent les uns sur les autres quantité de couchers de soleil similaires (Calvi, 1976).

Le monde est une IMAGE. En couleur. Rien ne sert de nier cette évidence et Luigi Ghirri se jette à corps perdu dans le monde de la couleur, ignorant cette propension de son époque à considérer avant tout - sur un plan esthétique - la photographie en noir et blanc.

Luigi Ghirri devient ainsi - fort naturellement (et culturellement parlant) un « géomètre de la couleur ». Ses coloris sont ceux de la nature - ciels (Infinito, 1974), paysages, dont il accumule les notations et partitions multiples -, mais aussi ceux des publicités et du monde de la consommation qui se dressent en arrière-plan de la vision du monde de son époque.

Les paysages artificiels, affiches et « panoramas » publicitaires de l’Italie des années 1970, tissent ainsi la trame d’une œuvre qui sait combien le naturel et l’artificiel sont mêlés. Et comme inscrits ou coulés dans une sorte de moule double, à la Janus.

Le regard que Luigi Ghirri porte sur le monde est un regard culturel de part en part. Qui culmine parfois dans une sorte d’hommage à l’art conceptuel de ces mêmes années (cf. Cette grande « toile bleue » qu’il déploie verticalement, tout en conservant - dans le bas de l’image - une simple référence : linéaire, réaliste, codée et elle aussi colorée. « 12 - AZZURO » - Rimini, 1977).

Les plus belles de ses images - celles que dans notre mémoire profonde nous retiendrons - sont ces paysages minimalistes qui atteignent à la pureté des formes et des couleurs : une ligne grège sur fond de ciel gris (Bastia, 1976) ; l’épure rouge sang d’un bâtiment industriel se détachant sur un bleu plus bleu que bleu (Modène, 1978), le contour et la chair dorée d’un bras nu, la silhouette de deux pins encadrant la plus simple et la plus vide des « vues ».

On retient alors son souffle. Le monde du pop art (présent - et bien présent - dans une part de son œuvre) s’estompe et l’on retrouve cette simple poésie qu’il dut si souvent trouver au détour de ses vagabondages. Car le photographe est un marcheur et découvreur de territoires. Les "titres" de ses clichés se réfèrent quasiment toujours à des lieux. L’œuvre qu’il trace est en forme de carte - mentale et physique, imagée et parée de toutes les couleurs du spectre.

Lien vers le Musée du Jeu de Paume

Luigi Ghirri, Rimini, 1977 © Succession Luigi Ghirri.

mercredi 20 mars 2019

Colloque CAÏN ET ABEL. ARRAS

Caïn et Abel, panneau en ivoire.
Circa 1084. Cathédrale de Salerne.

Colloque Graphè 
Jeudi 21 et vendredi 22 mars 2019
Université d'Artois - Pôle d'Arras
Bâtiment K. - Amphithéâtre "Jacques-Sys"

Colloque organisé par Jean-Marc VECRUYSSE.
Centre de recherche Textes et Cultures (EA 4028).

L’épisode biblique du meurtre commis par Caïn sur son frère Abel a connu une grande postérité. La puissance du récit tient à son extrême concision. Les traductions, grecque de la Septante et latine de la Vulgate, constituent déjà une première étape de l’histoire de l’interprétation puisque chacune lit et complète à sa façon le passage, aussi célèbre que difficile.

Toujours au regard du texte biblique, dans une perspective diachronique et une démarche interdisciplinaire, l’appel à communications porte sur les réécritures littéraires et artistiques que les frères ennemis, Caïn et Abel, ont suscitées dans la culture occidentale au fil des siècles.

Nota bene. - Les actes du colloque seront publiés dans le volume 29 de la collection à l’Artois Presses Université

Le Programme du colloque

dimanche 6 janvier 2019

Panorama du Cubisme. PICASSO and Co. 1907-1917.

Pablo Picasso, Mandoline et clarinette, Paris (automne 1913).
© Musée Picasso, Paris. Dation Pablo Picasso.

Le Cubisme
Centre Pompidou
Du 17 octobre 2018 au 25 février 2019

« Le cubisme authentique, si l’on veut s’exprimer d’une manière absolue, serait l’art de peindre de nouvelles constellations avec des éléments formels empruntés, non à la réalité de vision, mais à celle de la conception. » (Guillaume Apollinaire, « La peinture moderne », 1913)

« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie aux quatre points cardinaux. » (Fernand Léger, Lettre à Jeanne Lohy, 28 mars 1915)

Beaucoup de monde circule dans cette belle exposition consacrée à la naissance - fulgurante - de ce courant aux sources desquelles se trouvent un Picasso et un Braque, attirés par le mode de représentation des peintres sauvages et des primitifs et amplement marqués par la nouvelle forme de représentation de l’espace et de l’objet imaginée par Cézanne.

En l’espace de 10 ans - de 1907 à 1917 -, le cubisme transforme en profondeur les arts plastiques. Peinture et sculpture voient les formes exploser, se muer en facettes, en arêtes, en « cubes », généralement transparents. Le mouvement passera par différentes phases, analytique, puis synthétique. D’abord amoindrie et comme décolorée, la couleur fera ensuite un retour en force dans les œuvres de Fernand léger ou de Robert et Sonia Delaunay.

Le propre du cubisme est d’apparaître comme une peinture puissamment travaillée par la géométrie et l’abstraction - très conceptuelle donc - mais qui se veut aussi éminemment concrète dans le choix des matériaux (les plus pauvres et les plus incongrus), très proche de l’objet et de ses divers usages (chaises, pipes, mandolines, guitares et autres instruments de musiques, journaux, etc.).

Cette exposition est dominée par la puissante figure de Picasso. Les toiles sont éblouissantes ; les sculptures, les dessins étonnent, les premiers par leur sensualité, les seconds par leur virtuosité.

Qui dira la poésie des œuvres de Picasso, l’enchantement de ces mondes qu’il ne cesse d’ouvrir, inventant sans cesse de nouvelles formes ? De nouvelles solutions spatiales. Qui ne cessent et ne cesseront de nourrir l’imaginaire des XXe et XXIe siècles, irriguant les différents secteurs de la création (cf. La mode et Comme des Garçons - C'est moi ici qui "prolonge" l'exposition…).

Un vaste public semble aujourd’hui apprécier cette œuvre qui fut (par le passé) l’objet de tant de rejets. Il y a certes actuellement ce que l’on pourrait appeler un « effet boule de neige Picasso ». Cela est dû pour une large part à l’engouement du public pour des artistes que les médias tendent à présenter comme des Rock Stars.

Beaucoup d’enfants parmi les visiteurs - éberlués par les Picasso et qui n’écoutent que vaguement les interprétations tentées par leurs parents, eux-mêmes aujourd’hui lecteurs des magazines d’art.

Il y a tant de questionnements dans le cubisme et une multiplicité d’espaces de transitions et de détournements : entre la laideur et la beauté, le rigorisme des lignes et l’érotisme des figures (ou l’inverse !), le concret et l’abstrait, le grossier et le raffiné, etc.

Une Absente de marque dans l’exposition, la fameuse toile des Demoiselles d’Avignon (1907), encore dénommée par les amis de Picasso « Le bordel d’Avignon » ou « Le bordel philosophique ». La toile est restée accrochée aux cimaises du MOMA new-yorkais. Elle demeure le fleuron et comme le Manifeste du cubisme.

En 2000, j’avais publié un ouvrage illustrant et recoupant l’essentiel de la thématique (et un peu plus…) aujourd’hui présente dans l’exposition du Centre Pompidou. Le cubisme, bien sûr, y est central. Je renvoie le lecteur au détail de la table des matières du livre, que l’on peut feuilleter dans la librairie de l’exposition : « Kant et Picasso, le bordel philosophique » (Jacqueline Chambon).

Exposition "Le Cubisme" au Centre Pompidou

© Comme des Garçons.
Collection printemps 2007.
Cubisme, Photo DR.