samedi 18 mai 2013

DUCHAMP, LE READY-MADE ET L’OBJET DÉTOURNÉ.


« Entrée libre » sur France 5
le Mardi 21 mai 2013 à 20 h (rediffusion à 23h 30)

À l’occasion de l’exposition du LAAC de Dunkerque : « Poétique d’objets », Entrée libre revient sur le parcours de Marcel Duchamp, inventeur du ready-made et de l’objet détourné.

Avec une interview de Florence de Mèredieu qui, après avoir considéré Duchamp comme un des trois artistes phares de son Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne (Larousse), s’est attelée à l’écriture d’un poétique « Duchamp en forme de ready-made ».

Une occasion pour revisiter le parcours de l’objet au XXe siècle et découvrir (ou redécouvrir) ce mince et ludique opuscule : Duchamp en forme de ready-made. Illustré d’images (elles aussi détournées) de la physique amusante du XIXe siècle. L’objet (cage à oiseau, vélocipède, jeux de dominos, pyramides, cornues et cornets de papier…) y tenait déjà une place prépondérante.

Suivront, au XXe siècle, tous les grands de l’art moderne - Picasso, les surréalistes, César, les nouveaux réalistes, Arman, Jeff Koons et tant d’autres – qui nous apprendront à percevoir autrement le monde proliférant des objets.
Exposition du LAAC : jusqu’au 15 septembre 2013

Livre Duchamp en forme de ready-made

lundi 22 avril 2013

KEITH HARING AU CŒUR DE LA CITÉ : THE POLITICAL LINE.


Sur tous les supports - murs, toiles, papiers, journaux, acier, bois, vinyl, terre cuite, objets industriels, paysage urbain, etc. -, se déploie la ligne errante et drôlatique de l’américain Keith Haring (1958-1990).

Ses thèmes de prédilection (la culture de masse, le sexe, la bande dessinée, l’univers des arts de la rue, des medias, et du monde publicitaire) s’inscrivent en plein cœur de l’actualité politique américaine des années 1980. Les « années Reagan » attisent la verve et la causticité du jeune new-yorkais.

Ses « Subway drawings », alors exécutés dans le métro, s’inscrivent dans ce courant qui privilégie une expression de masse et une forme d’art pour le (plus) grand nombre. L’exceptionnelle qualité de son dessin, l’ingéniosité et le foisonnement de ses figures hiéroglyphiques s’emparent désormais du monde urbain.

L’œuvre de Keith Haring est énorme et prolifique. Fabuleusement gaie. Colorée. Inventive. — Sa démarche est proche de celle des graffeurs et graffiteurs qui ont pullulé à New-York et dans les grandes métropoles du monde entier.

On peut certes évoquer à son propos Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat. Mais nombre de ses dessins nous renverraient aussi à l’œuvre hiéroglyphique de Paul Klee. — Ecriture et dessin se donnent la main. L’échelle certes a changé. On est passé des petits formats de Klee aux murs de la cité et aux grandes toiles de Keith Haring, des tableautins précieux du peintre suisse aux tee-shirts et aux objets du quotidien.

Le message véhiculé par l’œuvre s’est radicalisé et politisé. Mais l’on retrouverait, chez Klee comme chez Haring, ces mêmes accents, que l’on pourrait qualifier de « métaphysiques », à l’égard de la mort et d’une condition humaine désormais revisitée (chez ce dernier) par le sida, la bombe atomique et l’injustice sociale.

Le Musée d’Art moderne signe là une riche et magistrale exposition.

Offrez vous donc un bain d’images. Pour tous âges et tous publics.

Exposition Keith Haring MaM


Vue d’exposition. MAM 2013. Ph. ©FDM

lundi 8 avril 2013

JOANIE LEMERCIER. DU MAPPING COMME PAYSAGE.

Joanie Lemercier, Eyjafjallajökull. Ph. ©FDM

26 mars 2013. - Le CUBE, Exposition, dans l'Espace Saint-Sauveur d'Issy-les-Moulineaux, de 5 jeunes artistes de la création numérique. Le « Prix CUBE 2013 » est remporté par « Microscopic Opera », la très efficace installation pilotée par Matthijs Munnik (des Pays-Bas). Un ingénieux système de capteurs permet d'observer le ballet que d'invisibles vers tracent dans l'espace.

Une autre œuvre attire mon attention, celle d'un jeune artiste français, Joanie Lemercier. - Eyjafjallajökull est le nom (imprononçable) de ce volcan irlandais qui causa naguère tant de soucis aux contrôleurs aériens. C'est désormais, le titre d'une installation d'une grande « simplicité » et d'une indéniable poésie.

Construit suivant le processus du morphing*, un ample paysage en noir et blanc, se déplie, déploie et transmue dans l'espace de l'exposition. Tout est ici dans le mouvement, la mue et la transformation des lignes, des plans et des facettes de l'image.

Le deuxième opérateur de l'installation, c'est la lumière - blanche, « noire », balayante. Qui coule par plages, faisceaux ou pans entiers, modifiant sans cesse le paysage, le caressant, l'amenant à onduler par vagues...

Assise au cœur du dispositif, j'ai habité un temps cette image très pure, dont la géométrie complexe se refait et défait au gré de l'écoulement du temps. - Eyjafjallajökull : le volcan s'est paré d'un squelette et d'une armure de lignes, de facettes multiples qui s'éclairent et s'éteignent au gré du "vent" de la lumière. Ses formes se déclinent sous les apparences « diamantaires » d'une multitude de lignes, de trames, de cubes et de carrés plus ou moins déformés.

On comprend qu'une des bases du travail de Joanie Lemercier soit la découverte de l'origami, ce délicat pliage de papier japonais. - Le paysage de son installation revêt les apparences d'une peau, glissante mais « filaire », parée d'une multitude d'écailles numériques.

Partout, vous avez : des arêtes, des lignes de force, des contours. Des plis et des replis. La promenade est magique qui vous transporte, de vallon en vallon, en plein cœur d'une peau de synthèse.

* morphing : transformation numérique et graduelle d'une image fluide que l'on anime et « déforme » en conservant un certain nombre de « points » ou de données de base du schéma initial.

Site de Joanie Lemercier

Le CUBE

Joanie Lemercier, Eyjafjallajökull. Ph. ©FDM

lundi 1 avril 2013

EILEEN GRAY. L’ELLIPSE, L’ÉPURE, L’ÉLÉGANCE.

Lampadaire. Circa 1925. Ph. ©FDM, 2013

Lorsque j’ai “visité” l’exposition Eileen Gray qui se tient actuellement au Centre Georges Pompidou (20 février — 20 mai 2013), le show Dali battait son plein. La rumeur et le “très-plein” (ou trop-plein) de monde, de gestes et d’anecdotes faisait un contraste saisissant avec ce monde épuré qui fut celui d’Eileen Gray (1878-1976).

Celle que l’on considère aujourd’hui comme une des très grandes dames du design est en fait beaucoup plus que cela. — Elle aura touché effectivement à tant de domaines : mobilier, décoration, architecture, peinture, collages, photographies, art de vivre… Manifestant toujours une totale indépendance d’esprit.

Allant jusqu’à « rembarrer » son ami Corbu (Le Corbusier) pour avoir – à l’impromptu — orné de 9 fresques les murs de la villa E 1027, au-dessus de Roquebrune-Cap-Martin, rompant ainsi avec le style de totale sobriété qu’elle avait voulu impulser à l’ensemble.

Joyau d’architecture art déco, la villa E 1027 déploie des trésors de sobriété et de simplicité. Les solutions trouvées sont toujours les plus épurées, les plus évidentes, les plus fonctionnelles. Et les plus BELLES. Toute l’organisation du bâtiment se moule ainsi autour des us et des habitus de la vie quotidienne.

Rien de trop, rien de moins, dans ces volumes et ces formes quasi primitives : ellipse et colimaçon de l’escalier ; cercles et rectangles des tapis, des fenêtres ; grilles sobrement ajourées des fenêtres que redoublent une jalousie ou un semblant de pergola, qui tiennent en quelques lignes…

Résumer un objet à son seul squelette, à l’échafaudage d’un nombre limité de traits – cercle ou demi-cercle, ligne simplement courbée et recourbée qu’il esquisse dans l’espace – est un art où elle excelle.

Le contrepoint de cette sobriété se trouve dans la sophistication de matériaux rares (comme la laque dont elle fit un grand usage) ou de matériaux « simples », rarement utilisés dans la « décoration », comme le liège, dont elle fabriqua tables et paravents.

« Décoration » : on comprend bien l’incongruité de ce terme qui ne peut décrire une œuvre aussi légère et parfaite. Ce terme est bien trop lourd. Il sent l’application et le « marketing », là ou Eileen Gray construit des œuvres qui se contentent de « respirer » et « d’être ».

L’ellipse, l’épure et l’élégance : les trois [eee] d’Eileen Gray…

Exposition Centre Georges Pompidou

Table. Circa 1923. Ph. ©FDM, 2013

dimanche 17 mars 2013

SOTO LE PÉNÉTRABLE.


D’un artiste à l’autre, il est des modes d’approches des œuvres par le public très différenciés. Vouées à cet art qui s’est développé en France dans les années 1960-1970, et qui fut (et demeure) toujours excellement représenté par la Galerie Denise René sous l’appelation d’art cinétique, les œuvres de Jesus Rafael Soto (1923-2005) renvoient à un type de participation tout à la fois physique et cérébral.

Les « pénétrables », tout d’abord, ces structures (ou installations : mais on n’emploie pas encore le terme) constituées d’une forêt de tiges d’aluminium mobiles et diversement colorées qui s’ébattent du plafond jusqu’au sol. Le visiteur en traversant la structure pénètre bien un univers sensoriel ; son corps pourfend l’obstacle, s’insinue au travers de ces tiges et traverse le tout.

De l’extérieur, le tout ressemble à une pluie. Dense. Verticale. Au travers des lignes et des interstices, le paysage bouge et se reconstruit. C’est la vue alors qui est appelée en renfort pour apprécier ce paysage sans cesse contrarié, redessiné et reconstruit. — De l’intérieur aussi, les tiges d’aluminium forment une grille de lecture mouvante et mobile. Provisoirement incarcéré dans l’habitacle, le visiteur perçoit la salle environnante, mais découpée, lacérée, grillagée…

Devant ses toiles et ses « tableaux », Jesus Rafael Soto multiplie aussi les lignes, les filins et les mobiles qui viennent – en avant de la toile – perturber la lisibilité du motif ou du dessin de l’arrière-plan. Le monde visuel est complexe. Soto nous le rappelle constamment.

La spectateur ainsi joue et se promène, se penche, adopte ce point de vue de biais qui lui permettra de lire les œuvres dans l’ensemble de leurs couches et sous-couches. Volumes, Vibrations, Tableaux, Sculptures — son art est bel et bien cinétique et en mouvement.

Reconsidéré et réinventé à chacun des pas du visiteur.

Centre Georges Pompidou. 27 février-20 mai 2013. — Présentation des œuvres de l’artiste, rentrées par dation dans la collection du Musée national d’art moderne.

Vidéo

Entrée de l’exposition Ph. ©FDM, 2013

dimanche 10 mars 2013

LA PECHA KUCHA DE L’AICA ET DU PALAIS DE TOKYO.

Enfin un vrai débat inutile. — Tournant autour de cette intervention « ramassée » en 20 images et 6 minutes 40 de présentation d’une artiste-femme (nous étions le 8 mars) par 10 critiques d’art. Présentation proposée conjointement par l’AICA (Association internationale des critiques d’art) et le Palais de Tokyo.

Réaction immédiate, lettre ouverte et pétition sur le site d’Elisabeth Lebovici : NON. - Cette « gentille affaire » étant très bien résumée sur le site de la revue Mouvement, j’y renvoie les internautes (des deux, trois ou quatre sexes confondus : la question d’ailleurs est-elle là ?) : lien ci-dessous.

L’information m’était récemment passée sous le nez. — J’avais trouvé l’exercice extrêmement « casse-gueule » et difficile et ne m’y serais certainement pas risquée.

C’est que, voyez-vous, 6 minutes 40, c’est extrêmement long. On peut en accumuler des âneries et des platitudes [ou des merveilles]. Quant aux 20 images : en 6 minutes 40 et 20 images, on peut soit sauter au septième ciel, soit copieusement s’ennuyer.

Les futuristes, déjà, s’étaient essayés aux œuvres éclair. Mais elles étaient bien plus courtes et ramassées. Et (temporellement parlant) « fulgurantes ». Vous me direz qu’ici, il s’agit du discours critique et non des œuvres. Et qu’après tout, on peut tenir un discours bref sur une œuvre (ou performance) interminable.

Généralement c’est l’inverse qui se produit : le critique disserte et disserte jusqu’à plus soif sur les œuvres les plus brèves, des œuvres éphémères et qui (parfois) devraient le rester. — La durée d’une œuvre (ou d’une critique) ne saurait donc être un critère de sa pertinence.

Il me semble finalement que cet exercice devrait être réservé aux critiques extrêmement prolixes et bavard(e)s. La question serait de les trouver, les nommer, les coincer, les acculer : Vite. Vite. Résumez-vous.

Et là, je m’aperçois que j’ai fait très long. Trop long. Je m’arrête.

Un Post-scriptum, toutefois : je ne suis pas très sûre de la « source japonaise » du « pecha kucha ». – « Le bruit de la conversation », certes, certes. Mais s’agit-il, ici d’une « conversation » ? Il ne semble pas. Les fondateurs du « joujou », Astrid Klein et Mark Dytham, sont, en tout cas, deux apparents « occidentaux ». Et l’opération relève du plus charmant et du plus efficace marketing.

Rien à voir donc avec le « haïku », comme on peut le lire ici où là.

Le haïku relève d’un autre monde.

Revue Mouvement - Pecha Kucha de l'Aica

lundi 4 mars 2013

FUJIKO NAKAYA : THE FOG IN ITS LIGHTWEIGHT UNBEARABLE.

Installation. Toronto, 2006.
Ph. © Chrysanne Stathacos.

"The fog is constantly reacting to its own environment, revealing or concealing. The fog makes invisible things visible and invisible things visible like the wind."(Fujiko Nakaya, 1978)

Japan is the land of fogs, mists and clouds, hung heavily in the mountains they reveal and/or conceal. Water is everywhere in the peninsula Japanese and it is not uncommon to see a sudden rise of the masses of mist coming accompany the meandering landscape. Dense. Frayed. Torn into lineaments.

When she plants the spray and the mist on the periphery of the world, it is as if Fujiko Nakaya has taken and moved a fragment of Japan or a piece of her story (researchers and scientists, the father and sister both have "worked" ice, water and soil of the North) ...

"Sculpting fog" : to raise, to stretch, to fray. The build up in places where it was not always used to find it. In cities, around the museum, in the heart of houses, on stage too - the malleable mass hiding or revealing the step of the dancers...

Looking through the catalog of the collection Anarchive, we understand that the fog was to Fujiko Nakaya an endless reverie, and a Dionysian nature. The mist is exhilarating. You get lost and forgets. Circumscribed worlds and it penetrates ...

Make use of the technique and science for Fujiko Nakaya was a natural extension of his fascination with aggregates of droplets, misting and orchestration of these masses of fog where you can slide and play. The nature is extended and amplified by these gestures and these calculations that increase in us the dream. Imponderable. But CONCRETE.

FUJIKO NAKAYA. - FOG / BROUILLARD. Editions Anarchive 2012. Book with DVD-Video and DVD-Rom compiling a mass of archival documents. - Texts Fujiko Nakaya, Michel Butor, Yuji Morioka, Anne-Marie Duguet, Kenjiro Okazaki, Huyghe, Mildred Marion Halligan, Bill Viola and Urara Nakamura.

Presses du réel : Fujiko Nakaya

Digital archives on contemporary art

samedi 2 mars 2013

FUJIKO NAKAYA : LE BROUILLARD EN SON INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ.

Cloud Parking, in Linz, 2011.

Le brouillard réagit constamment à son propre environnement, le révélant ou le dissimulant. Le brouillard rend invisibles les choses visibles et visibles les choses invisibles comme le vent.” (Fujiko Nakaya, 1978)

Le Japon est le pays des brouillards, des brumes et des nuages densément accrochées aux montagnes qu’ils révèlent et/ou dissimulent. L’eau est partout dans la péninsule nippone et il n’est pas rare de voir s’élever soudain des masses de brume qui viennent accompagner les méandres du paysage. Denses. Effilochées. Déchirées en linéaments.

Lorsqu’elle dispose sur le pourtour de la planète ses installations de brume et de brouillard, c’est comme si Fujiko Nakaya prélevait et déplaçait un fragment du Japon ou un pan de son histoire à elle (chercheurs et scientifiques, son père et sa sœur ont tous deux « travaillé » la glace, l’eau et le sol du Grand Nord)…

“Sculpter le brouillard” : l’amasser, l’étirer, l’effilocher. L’accumuler en des lieux où l’on n’a pas toujours coutume de le trouver. Dans les villes, aux abords des musées, au cœur des habitations, sur scène aussi - la masse malléable accompagnant en les dissimulant et mangeant les pas des danseurs…

En parcourant le catalogue raisonné de la collection Anarchive, on comprend que le brouillard fut pour Fujiko Nakaya l’objet d’une interminable rêverie, et d’un parcours de nature dionysiaque. La brume est ennivrante. On s’y perd et s’y oublie. Elle circonscrit des mondes et se pénètre…

Faire appel à la technique et à la science fut pour Fujiko Nakaya le prolongement naturel de sa fascination pour les agrégats de gouttelettes, la brumisation et l’orchestration de ces masses de brouillard où l’on peut se glisser et jouer. La nature ainsi se prolonge et s’amplifie de ces gestes et ces calculs qui accroissent en nous la part d’un rêve. Impondérable. Mais CONCRET.

FUJIKO NAKAYA. – FOG/BROUILLARD. Editions Anarchive 2012. Livre accompagné d’un DVD Vidéo et d’un DVD-Rom compilant une masse de documents d’archives. – Textes de Fujiko Nakaya, Michel Butor, Yuji Morioka, Anne-Marie Duguet, Kenjiro Okazaki, Pierre-Damien Huyghe, Marion Mildred Halligan, Bill Viola et Urara Nakamura.

Presses du réel : Fujiko Nakaya

Archives numériques sur l'art contemporain

lundi 25 février 2013

SALUTE TO THE GUTAI : WIND, AIR, SPACE.

Gutai 2nd Outdoor Exhibition, Ashiya Park, 1956

" Make a unique and complete tear in the ether where nothing exists. Something where all art and all matter are invisible."(Kazuo Shiraga, 1955)

"Everywhere was an air of cheerful excitement. Just like when we continue to blow into a balloon child beginning to swell, asking : "Will it explode now ? Will it explode ?" (Yukio Mishima, Confessions of a mask)

Playful, fragile, ephemeral, Gutai movement was born in Japan in 1954 in the Osaka area. It is in the wake of these times that followed the second world war and have seen the emergence of unusual modes of expression, breaking with tradition and with what is called the establishment art. It was for the little band around Jiro Yoshihara (the initiator of the group) to invent and experiment with all kinds of performances, gestures, visual novel proposals, renew bottom of the traditional relationship that artist has with the material. And above all: do not repeat, copy, mimic. But creating. To "what had never been done."

In the aftermath, Saburo Murakami, Sadamasa Motonaga, Atsuko Tanaka, Kazuo Shiraga, Shozo Shimamoto and their acolytes multiply gestures and new proposals : perforation brutal and very physical frames papers, smoke rings, costumes made ​​of light bulbs, paint in the mud, destruction of objects, etc. - The time has won these actions do not survive more than through the films that were made ​​then.

Objects and more material traces that remain are they now "exposable" ? They make account it was fragile and dancing Gutai ? The answer certainly is not unique: the costume of light bulbs, by Atsuo Tanaka, probably resist. The Shiraga’s paintings (for some) are always there to certify it was his approach. But already there, in the case of this artist, we understand that the canvas was not a result, a "trace", a spin-off, that the essential was in the action the plot in the making, performance and happening.

This impression is confirmed when we contemplate (this happened to me at the Venice Biennale in 2009, and I was very disappointed when) the framework paper (or reconstitution ?), such that it was the result of the action taken by Murakami. This object is nothing (or very little) to the powerful momentum and trajectory, 'act' took it to (one day at a time and a place) to pierce it… It had appeared that the Gutai was not "reconstituted" and wanting to expose reliefs or traces is equivalent to open the doors of an old garage to give to see the garbage. We can hope, conversely, revive works to replay performance, restore works using materials and fresh colors ... But then again, there is a feeling that will ripoliner and "refresh" the works of the Gutai is another form of betrayal. Does not risk it not then to be found in any one of these supermarkets art where we sell bulk derivatives exposure.

Therein lies perhaps the greatest secret and the power of Gutai: power ephemeral fragility. And the fact that it can be rebuilt and again without it verges on caricature. - There is no longer any time, as expressed in his time Marcel Duchamp, in art, but in " the history of art." - And it is important that the history of art recognized - this - its limits.

Museumizing the Gutai, opening him cymas prestigious museums (like the wonderful Guggenheim) leads indeed to offer and present its members (like a beautiful bouquet of orchids) international recognition. - But we recognize and perceive it now so in the same movement, perfumes, wind, weeds, air and the "sun of mid-summer," that were part of these works, have evaporated ?

Sure, we can dream ... Imagine projects not repeating, do not mimic, but within the single wake of Gutai : bags of colored water (which would not be entirely those of Motonaga) connecting the two shores of Manhattan and Brooklyn or the ends of Central Park in the middle of walkers and birds. Or even a series of smoke rings - soap bubbles, clouds, frayed, light snowflakes - zigzagging along the bridge of the moon in Arashiyama (Kyoto), around the Golden Gate in San Francisco or swaying with the movements of the Verrazano Bridge. Gutai, Let the sail in space and air currents. In the fields and gardens. And among the weeds sidewalks and wastelands. - Far ceremonies and social events of the ART.

On Gutai:

Vidéo

Book : Gutai. Moments of destruction / Beauty Moments

Exhibition: Guggenheim, Gutai a splendid playground, 2013

Histoire matérielle et immatérielle de l’art (Larousse, Paris, 1994-2008 - 20 occurrences).

samedi 23 février 2013

POUR SALUER LE GUTAI : VENT, AIR, ESPACE.

Shozo Shimamoto, 1956

« Faire une déchirure unique et totale dans l’éther où rien n’existe. Quelque chose où tout art et toute matière soient invisibles. » (Kazuo Shiraga, 1955)

« Partout régnait un air d’allègre surexcitation. Tout à fait comme quand on continue à souffler dans un ballon d’enfant en train de se gonfler, en se demandant : « Va-t-il éclater, maintenant ? Va-t-il éclater ? » (Yukio Mishima, Confessions d’un masque).

Ludique, fragile, éphémère, le mouvement GUTAI est né au Japon, en 1954, dans la région d’Osaka. Il s’inscrit dans le sillage de ces temps qui ont suivi la 2e guerre mondiale et ont vu surgir des modes d’expression inusités, en rupture et avec la tradition et avec ce qu’il est convenu d’appeler l’establishment artistique. Il s’agissait pour la petite troupe entourant Jiro Yoshihara (l’initiateur du groupe) d’inventer et d’expérimenter toutes sortes de performances, de gestes, de propositions plastiques inédites, de renouveller de fond en comble le rapport traditionnel que l’artiste entretient avec le matériau. Et surtout : de ne pas répéter, copier, mimer. Mais créer. Faire « ce qui n’avait jamais été fait ».

Dans la foulée, les Saburo Murakami, Sadamasa Motonaga, Atsuko Tanaka, Kazuo Shiraga, Shozo Shimamoto et leurs acolytes multiplieront les gestes et propositions inédites : perforation brutale et très physique de cadres de papiers, ronds de fumée, costumes faits d’ampoules électriques, peintures dans la boue, destruction d’objets, etc. — Le temps a emporté ces actions qui ne survivent plus que par le truchement des films qui furent alors réalisés.

Les objets et traces plus matérielles qui subsistent sont-elles aujourd’hui « exposables » ? Rendent-elles compte de ce fut le fragile et dansant Gutai ? La réponse certes n’est pas univoque : le costume d’ampoules électriques d’Atsuo Tanaka résiste sans doute. Les toiles de Shiraga sont (pour certaines) toujours là pour attester de ce fut sa démarche. Mais là, déjà, dans le cas de cet artiste, on comprend bien que la toile ne fut qu’un résultat, une « trace », une retombée, que l’essentiel fut dans le geste, le tracé en train de se faire, la performance et le happening.

Cette impression se confirme lorsque l’on contemple (cela m’est arrivé lors de la Biennale de Venise, en 2009, et je fus alors bien désappointée) le cadre de papier (ou sa reconstitution), tel qu’il a pu résulter de l’action entreprise par Murakami. Cet objet n’est rien (ou si peu) par rapport à l’élan et à la puissante trajectoire, au « geste » qu’il a fallu pour (un jour : en un temps et un lieu donné) le percer… Il m’était alors apparu que le Gutai n’était pas « reconstituable » et que vouloir en exposer les reliefs ou les traces équivalait à ouvrir les portes d’un vieux garage pour en donner à voir les rebuts. On peut souhaiter, inversement, redonner vie aux œuvres, faire rejouer les performances, reconstituer les œuvres à l’aide de matériaux et de couleurs fraîches… Mais là encore, on a le sentiment que vouloir ripoliner et « rafraîchir » les œuvres du Gutai est une autre forme de trahison. Ne risque-t-on pas alors de se retrouver dans l’un de ces quelconques supermarchés de l’art où l’on nous vend en masse les produits dérivés de l’exposition.

Là réside sans doute le grand secret et la force du Gutai : sa puissance éphémère ; sa fragilité. Et le fait qu’il ne puisse être reconstruit et répété sans que l’on frise la caricature. — On n’est plus du tout alors, comme l’a exprimé en son temps Marcel Duchamp, dans l’art mais dans « l’histoire de l’art ». — Et il serait important que l’histoire de l’art reconnaisse – sur ce point — ses limites.

Muséifier le Gutai, lui ouvrir les cimaises de prestigieux musées (comme le superbe Guggenheim de New York) conduit certes à lui offrir et à présenter à ses membres (à la façon d’un superbe bouquet d’orchidées) une reconnaissance internationale. — Mais que reconnaît-on et que perçoit-on désormais si, dans le même mouvement, les parfums, le vent, les herbes folles, l’air et le « soleil de la mi-été », qui faisaient partie intégrante de ces œuvres, se sont évaporés ?

Bien sûr, on peut rêver… Imaginer des projets ne répétant pas, ne mimant pas, mais s’inscrivant dans le seul sillage du Gutai : des sachets d’eau colorée (qui ne seraient plus tout à fait ceux de Motonaga) reliant les deux rives de Manhattan et de Brooklyn ou les extrémités de Central Park : au milieu des promeneurs et des oiseaux. Ou bien encore un ensemble de ronds de fumée – de bulles de savon, de nuages effilochés, de légers flocons de neige — zigzagant tout au long du pont de la lune d’Arashiyama (à Kyoto), aux alentours du Golden Gate de San Francisco, ou se balançant au gré des mouvements du Pont Verrazano.

Laissons voguer le Gutai dans les espaces et les courants d’air. Dans les champs, les jardins. Et parmi les mauvaises herbes des trottoirs et des terrains en friche. — Bien loin des cérémonies et des mondanités de l’ART.

Sur Gutai :

Vidéo

Livre : Gutai. Moments de destruction/Moments de beauté

Exposition : Guggenheim, Gutai a splendid playground, 2013

Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne
(Larousse, 1994-2008 - 20 occurrences).

mardi 19 février 2013

CONTRE L’ANÉMIE ET LA NEURASTHÉNIE : LE PUR JUS DE BŒUF.



Publicité parue avant la guerre, en 1914,
dans la Presse médicale.

samedi 16 février 2013

PRESSE À VIANDE CRUE. DE BŒUF. DE MOUTON. DE CHEVAL.



La presse à viande.
Publicité parue avant la guerre, en 1914,
dans la Presse médicale.

dimanche 3 février 2013

ANDRÉE-ANNE DUPUIS-BOURRET ET "LE TERRITOIRE DES SENS"

Paper Fiction 3, 2011. © Andrée-Anne Dupuis-Bourret

Depuis longtemps je souhaitais signaler le très intéressant blog d'Andrée-Anne Dupuis-Bourret : "Le territoire des sens", consacré à la présentation et diffusion d'une multitude d'artistes dont le point commun est de travailler sur la complexité des formes, des structures, des grilles, des patterns.

Elle-même présente son blog (ou "blogue") comme " une réflexion sur la représentation et l'occupation de l'espace par la diffusion de projets en arts, en architecture et en design."

D'où la multiplication de ces œuvres où abondent les plis, les replis, les maquettes, les structures englobées et englobantes, les volumes qui se déplient et défroissent, se dissolvent ou se chevauchent. D'où, aussi, l'avalanche des volumes : cônes, cubes, carrés, trapèzes, échelles et "bâtis" divers. Les lignes et les formes muent, se construisent, se déforment… se reforment autrement.

Les artistes se succèdent d'une page à l'autre. Toutes les solutions formelles les plus "logiques" ou les plus extravagantes se succèdent. On détient là un extraordinaire répertoire de formes, que je vous invite vivement à consulter, explorer, déguster.

L'auteur de ce beau blog est elle-même artiste et l'on peut suivre, dans son "cahier virtuel" quelques-unes des étapes de son propre travail. Articulé lui aussi autour de patterns, de jeux de volumes et de lignes (comme la série des Paper Fictions qui déclinent à l'infini de délicats volumes de papier). J'apprécie tout particulièrement ses "livres d'artistes" : Outland (2007) ou encore Le livre du Pays mobile (2003).

Blog Territoire des Sens

Actualité d'Andrée-Anne Dupuis-Bourret

Outland, 2007. Livre d'artiste. © Andrée-Anne Dupuis-Bourret

vendredi 1 février 2013

GUTAI, BEUYS, INFORMAL ART AND ART OF POST-WAR .

Editions Blusson
(bilingual : French-English)

CHALLENGE TO THE MID-SUMMER SUN
under Gutai exhibition which tookplace in July 1955
in Ashiya in the Japanese Kansai province.

"We would do well to ask ourselves - with all due caution - what was the common ground, in the fifteen years that followed World War II, between the "defeated countries" -Japan, Germany, Italy - and certain artistic upheavals : Gutai in Japan, Fluxus in Germany, Alberto Burri, Lucio Fontana and, later, Arte povera in Italy, to which we might add the strong "matterist" current that was to develop in Spain around artists like Tapiès, Millares, etc. All these breaks were centred on the dual pre-eminence of formlessness and materiality, values that were themselves inseparable from a rediscovery of the body, an appeal to gesture and to a set of instinctive references. […]

We should remember too that, in France, it was in 1945, juste after the war, that the two major exhibitions that inaugurated the pre-eminence of the formless on the French post-war scene took place : Fautrier's Les Otages and Dubuffet's Les Hautes Pâtes. […]

It was as if the war, the atomic disaster and the discovery of the concentration camps had caused deep trauma. A borderline state of stupor that could only be exorcised by calling on instinctive forces, powers and dynamism. The extreme situation elicited a radical response : formless and "matterist". One that went beyond ideology to call on values drawn from chaos and instinct." (Florence de Mèredieu, Excerpts from a conference "Gutai and the immediate post-war", in 1999 at the Musée du Jeu de Paume, during the exhibition devoted to the Gutai movement of avant-garde Japanese. Text published in 2002 Gutai Moments of destruction / Moments of beauty, pp. 64-88, Blusson)

GUTAI is an important movement of the Japanese avant-garde, founded by Yoshihara Jiro in 1954 near Osaka (in the Kansai area). Introduced to Europe (in particular to France) by Michel Tapié, its influence on North American Art (Automatisme, Lyric abstraction, Pollock’s Action Painting, Rauschenberg’s Combine Paintings and performances) as well as on Arte Povera was considerable and remains insufficiently analysed.

The ascendance of matter, both natural and artificial. The role of the body. Pictorial gestuality. Happening. Performance. Site specific works. Gutai invented all of these, and prefigure the all. Today, we remain spellbound before such invention, freshness, and vitality.

The Book : French/English

mardi 1 janvier 2013

BONNE ANNÉE 2013 !


2013
Remontant des abysses,
les filaments et montgolfières colorés
des 4 chiffres de 2013.

Que cette carte de vœux "enfantine"
vous accompagne,
tel un léger talisman,
tout au long de l’année.

mercredi 5 décembre 2012

GUTAI, BEUYS, L’ART INFORMEL ET L’ART D’APRÈS-GUERRE.

Editions bilingue (Français/Anglais).

DÉFI AU SOLEIL DE LA MI-ÉTÉ :
titre de l’exposition Gutai qui eut lieu en juillet 1955
à Ashiya, dans la province japonaise du Kansai.

« On pourrait s’interroger (…) sur le lien que l’on pourrait déceler, dans les 15 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, entre la situation des « pays de la défaite » (Japon, Allemagne, Italie) et certaines ruptures artistiques : Gutai au Japon, Joseph Beuys et Fluxus en Allemagne, Alberto Burri, Fontana et, plus tard, l’arte povera en Italie, auxquels on pourrait ajouter le fort courant matiériste qui va se développer en Espagne autour d’artistes comme Tapiès, Millares, etc. Ces ruptures étant toutes axées sur la double prééminence de l’informel et de la matérialité, valeurs elles-mêmes inséparables d’une redécouverte du corps, d’un appel à la gestualité ainsi qu’à un ensemble de références instinctuelles. (…)

Rappelons, par ailleurs, qu’en France c’est en 1945, et donc dans l’immédiat après-guerre qu’eurent lieu les deux grandes expositions qui inauguraient la prééminence de l’informel sur la scène française de l’après-guerre, Les Otages de Fautrier, Les Hautes Pâtes de Dubuffet. (…)

Tout se passe alors comme si la guerre, la catastrophe atomique, la découverte des camps de concentration avaient provoqué un fort trauma. État de stupeur, état limite d’où l’on ne sort qu’en faisant appel à des forces, des puissances et un dynamisme instinctifs. À situation extrême, réponse radicale : informelle et matiériste. Qui conduit à passer outre à l’idéologie [à un certain sens idéologique] en faisant appel à des valeurs puisées au sein même du chaos, de l’instinct. »

(Extraits d’une conférence « Gutai et l’immédiat après-guerre », prononcée en 1999 au Musée du Jeu de Paume, lors de l’exposition consacrée à ce mouvement d’avant-garde japonais. Texte publié en 2002 dans Gutai, Moments de destruction/Moments de beauté, Blusson.)

Livre Gutai

Exposition en plein air. Parc d’Ashiya, 1956. DR.

vendredi 30 novembre 2012

DALI : LE GRAND BAZAR DE L'INCONSCIENT.

©FDM

Centre Georges Pompidou : décembre 2012 à mars 2013. — Ma première idée fut de donner le titre suivant à ce petit « papier » : « L’ART EN CROÛTE ». Manifestation de ces réticences que j’ai toujours entretenues par rapport à l’œuvre de Salvador Dali.

Les « croûtes » certes y sont (généralement) de petits formats et enchâssées dans des cadres souvent somptueux. Elles tiennent du reliquaire et du muséal, et manifestent à l’envi, tout au long de l’exposition, les liens puissants qu’entretiennent les protocoles religieux et ces autres protocoles qui sont ceux des grandes foires muséales.

Cette exposition du Centre Pompidou est d’ailleurs le modèle même de l’exposition au protocole (chronologique et thématique) impeccable. Le tout est riche, diversifié et parfaitement mené. De quoi assurément satisfaire les foules qui déjà y défilent. Ce sera une des messes (surannées) qui attirera les foules dans les mois à venir.

Dali avait tout pour voir transformer sa vie et son œuvre en phénomène de masse. Il aura, tout au long de son parcours, amassé et cultivé tous les clichés possibles : culturels (l’Angélus de Millet, Vélasquez et les Ménines, etc.), religieux (Saint-Jean de la Croix et son Christ en surplomb, etc.), freudiens (on ne compte plus les symboles phalliques et archétypes accumulés ou en vadrouille au long des toiles). Sans compter quelques clichés plus conceptuels et langagiers. Lacan, on le sait s’intéressera à cette « paranoïa critique » érigée en fer de lance par un Dali qui se voulait « dérangé » certes, et plus mage que mage.

Mais ce bougre d’homme est diablement intelligent. Caméléon. Propre à tout avaler et régurgiter sous les formes les plus acceptables. Si scandale il y a (ou plutôt il y eut), c’est toujours sous des apparences (picturales, car pour le "politique", c'est autre chose !) assez « soft » : « oniriques », comme l’on dit. Le surréalisme est passé par là. Et chacun sait que, dans le grand bazar de l’inconscient, tout est possible. — Nul aujourd’hui ne trouvera à y redire grand chose. Toutes ces idées, ces colifichets, ces organes épars sont plus « mous » que jamais, à l’instar de ces montres et de ces formes qui continuent de jouer les omelettes et les ectoplasmes dans les toiles de l’homme aux moustaches gominées.

Le parcours de l’exposition est ainsi jonché de jeux de mots et d’images, de coqs à l’âne et d’historiettes qui raviront le chaland. La peinture de Dali est une peinture anecdotique et littéraire. Mais leur l’auteur a su aussi se frotter aux autres moyens d’expression : photographie, cinéma, théâtre ou « happening » naissant. Et jusqu’à l’holographie qui nous offre l’image, lilliputienne, tridimensionnelle et colorée, d’un Dali embaumé d’origine.

Vue d'exposition. ©FDM

vendredi 9 novembre 2012

BORGES & BORGES Illimited.


En 1972, j'entame (sans le savoir encore) une longue entreprise : la réécriture de l'œuvre princeps de Jorge Luis Borges, La Bibliothèque de Babel.

Celle-ci, on le sait, contient TOUT ce qu'il est possible de concevoir et d'imaginer.

L'ensemble des "démarquages" que je vais ainsi réaliser au fil des ans (quinze textes à ce jour) s'appuie sur l'idée, chère au grand argentin, qui fait de toute lecture un processus de réécriture et de création. Chaque lecteur ajoute, relit, et transforme le texte initial en fonction de la culture, des références et de l'imaginaire qui lui sont propres.

Très tôt, et dans ma propre histoire, je m'étais rendue compte de la véracité de cette assertion. Toute lecture mettait pour moi en branle un imaginaire qui tout aussitôt travaillait dans la métamorphose.

Le premier texte ainsi produit portait sur le corps. La bibliothèque s'était transmuée en un corps gigantesque, aux aventures hybrides : "Du Corps comme bibliothèque infinie".

D'autres textes suivront. Ils porteront sur le Zoo, la viande, la photographie, La Cité des Ensommeillés, Nam June Paik (Babel TV), Le Bateau des morts (qui n'est pas sans rappeler une certaine île perdue dans la lagune…), Mr Tout le Monde, et bien d'autres réalités ou problématiques.

En 1993, je rassemble 12 de ces textes en un volume qui se clôt (très momentanément) par une mise en abîme de l'œuvre et du personnage de Borges : Le Meurtre de Jorge Luis Borges.

Survient ensuite un démarquage consacré au cinéma et intitulé Trafic (en hommage conjoint à Jacques Tati et à la revue Trafic… qui le refusera).

En 2000, c'est un livre (accordéon et illustré), Duchamp en forme de ready-made, qui comporte, cette fois-ci, non seulement la transformation du texte de Borges par inoculation de l'imaginaire propre à Duchamp, mais aussi des "soufflets" (en caractères gras dans le texte), correspondant aux multiples "soufflets" de la "Boîte en valise". — L'histoire n'est pas close et se poursuit.

Le processus d'écriture à l'œuvre est double. En un premier temps, il s'agit pour moi de lire le texte, dans un état proche de ce que l'on pourrait nommer une forme de lecture (ou d'écriture) automatique, et de le transformer, en laissant intervenir ce qui en moi tient lieu de culture, d'imaginaire, de lectures et sources diverses. En un deuxième temps, je procède à une relecture minutieuse, consciente et critique, du premier jet obtenu… jusqu'à ce que l'ensemble me paraisse désormais, non pas parfait, mais autosuffisant...

Les Univers ainsi créés partent sur leurs rails… rejoindre l'interplanétaire galaxie des doubles et sosies de Jorge Luis Borges.

Borges & Borges Illimited

Duchamp en forme de ready-made

Article du devoir

mardi 6 novembre 2012

BONNE NAVIGATION, MISTER GILOT…

Stéphane Gilot, la Cité performative, 2010 (MNBAQ).

Bon vent. Et bon départ pour le vaisseau lancé sur la trajectoire des MONDES MODÈLES et des MONDES POSSIBLES du Québec et d’ailleurs.

Lancement accompagné de moults performances, de rires et d’interrogations. De rêves et de discours. D’histoires de doubles et de cités-gigognes.

Borges et ses doubles vous saluent bien.

Mondes modèles

samedi 3 novembre 2012

PATRICK BEAULIEU, L'OISEAU QUI SAIGNE (INSISTANCE).

Patrick Beaulieu, Insistance, 2012.
Oiseau en aluminium, branche d’arbre, plaque de verre,
éclairage à DEL et dispositif d'égouttement de sang.

Insistance montre une hirondelle déposée sur une branche, sous laquelle une mare de sang semble se former contre une plaque de verre au sol. À travers cette immobilité apparente de l’oiseau perché, on peut percevoir une goutte de sang qui s’écoule de son abdomen et chute contre le sol qu'elle éclabousse et où elle se répand. Insistance révèle un lent et incessant égouttement qui nous laisse croire que l’animal éprouvé jamais ne cesse de résister. L’oeuvre Insistance [et l’ensemble du corpus For intérieur, récemment exposé à la Galerie Art Mûr à Montréal] découlent d’une série de projets (souffle, battements, bruissements, la distance de l’ombre, etc.) révélant de fragiles matières qui semblent perpétuellement osciller entre le vivant et l’inanimé." (Patrick Beaulieu)

Mettre en scène un oiseau qui saigne, lentement, imperceptiblement et de telle manière qu'il faille du temps, un certain temps, avant que l'on ne s'aperçoive - par les traces au sol - que l'oiseau perd peu à peu cette matière et substance vitale que l'on nomme du sang.

La scène est-elle tragique, réaliste, dérisoire, fantomatique ? Elle relève de la pure poésie et de ces drames minuscules qu'évoquait le grand Borges dans La Loterie à Babylone :

"La Compagnie est toute-puissante, mais (…) son champ d'action est minuscule : le cri d'un oiseau, les nuances de la rouille et de la poussière, les demi-rêves du matin."

Galerie Art Mûr