dimanche 29 juillet 2018

GUTAI and SOULAGES. Face to Face.

Shiraga Kazuo painting with his feet. DR.

« Gutai. Space. Time »
The Soulages Museum of Rodez.
From July 7 to november 4, 2018.

What of common between Relieve, "Cistercian" painter, his blacks-lights, his shadows, his legendary (and refined) economy of means and the explosive movement Gutai, this cutting edge Japanese group which undertook, in 1954, to make a clean sweep of the past?

It was then a question for the members of the group of "doing what had been never made" (Yoshihara Jiro). As to paint with feet (Shiraga Kazuo), to use any sorts of uncommon materials, to throw on the canvas missiles of paint (Shimamoto Shozo), to drill at high speed a series of screens of paper (Murakami Saburo), etc... And to ensure (ESPECIALLY) that the paint is not anymore confined in the "picture of easel", that it becomes emancipated and clears off - on stage, outdoor, in the space, the time, the sky, the gardens and the pine forests.

Soulages also "painted" which was never painted, overrides paint, black, color, space, time, to find "elsewhere". In another space / time than its predecessors and unprecedented pictorial adventure.

The Gutai exhibition halls adjacent to the Museum Soulages. The two worlds will merge it developed. This exhibition represents the counterpoint, this openness desired by Soulages himself in what is "museum" on other adventures, other universes. And we dare add other heavens.

Backing the sky, granites windows of Conques open doubling on an inner and on an outer (transmitted opaquely, milky, declined over the hours and atmospheres). The Sky Festival, which participates Gutai in 1960, also opened him to the sky ; attached to balloons, the works were deployed in space.

The powerful gesture of Gutai painting, Gutai Theater, shares of Gutai, otherwise this gesture animates the brush strokes and brush Outrenoirs Soulages. In both cases, moreover, it seems that one is in a beyond calligraphy. It escapes, leaving its meaning, making himself matter. Pure-color material. Material light.

This, no doubt, that would end up - slightly osmosis, ephemeral - a painter like Soulages and the "kids" of restless Gutai origins. - There are in fact two Gutai : the movement of the first, rushing in all kinds of experiences and the Gutai (wiser) beginning to worry about the strength of the support of the work or object will be able to move and turn into "work of art".

Good art critic, in great artistic adviser, Michel Tapie pass by, directing the movement towards the network of international galleries. Then comes the "time table", the perennial work, own preservation, can circulate in the networks of the art market. This did not prevent the action, the action to continue. But the group now has traces solid.

The exhibition in Rodez stress this second side : the work and painting. However, do not forget the powerful gesture that gives rise to these works. And when speaking of gestures, it is often the setting in motion of the entire body. Traces of thick Shiraga Kazuo pasta is to perceive through the momentum and swing the artist's body. Hanging on a rope, the painter turns his feet wide and powerful brushes.

Do not forget, in the tour of the exhibition, the small room in which are presented photographs and documents. The essence of Gutai is delivered "raw".

Note-Bene : Few documents are now available in French on Gutai. Hence the interest of the rich catalog of the exhibition that takes stock of various aspects of the movement. To this valuable catalog should be added an older book, Gutai, Moments of destruction / Moments of Beauty. We will discover the beautiful text of a specialist Gutai, Atsuo Yamamoto who gives us an overview - high purity - the movement to its origins.

Website Museum Soulages

Exhibition catalog

Gutai, destruction Moments / Beauty Moments

SHIRAGA Kazuo, Tenkansei Nyuunryu, 1962 © DR.
Collection of Hyogo Prefectural Museum of Art.

vendredi 27 juillet 2018

SOULAGES et GUTAI. Face à Face.

Shiraga Kazuo au travail, années 1950, photographie (DR).

« GUTAI. L'espace, le temps »
Au Musée SOULAGES de Rodez.
Du 7 juillet au 4 novembre 2018.

Quoi de commun entre Soulages, peintre "cistercien", ses noirs-lumières, ses ombres, sa légendaire (et raffinée) économie de moyens et l'explosif mouvement Gutai, ce groupe japonais d'avant-garde qui entreprit, en 1954, de faire table rase du passé ?

Il s'agissait alors pour les membres du groupe de "faire ce qui n'avait jamais été fait" (Yoshihara Jiro). Comme de peindre avec les pieds (Shiraga Kazuo), d'utiliser toutes sortes de matériaux inusités, de lancer sur la toile des projectiles de peinture (Shimamoto Shozo), de perforer à grande vitesse une série d'écrans de papier (Murakami Saburo), etc.. Et de faire en sorte (SURTOUT) que la peinture ne soit plus cantonnée au "tableau de chevalet", qu'elle s'émancipe et prenne le large - sur scène, en extérieur, dans l'espace, le temps, le ciel, les jardins et les pinèdes.

Soulages aussi "peint" ce qui n'a jamais été peint, outrepasse la peinture, le noir, la couleur, l'espace, le temps, pour se retrouver "ailleurs". Dans un autre espace/temps que ses prédécesseurs et une aventure picturale inédite.

L'exposition Gutai jouxte les salles du Musée Soulages. Les deux univers ne s'y confondent point. Cette exposition représente ce contrepoint, cette ouverture souhaitée par Soulages lui-même au sein de ce qui est "son musée", sur d'autres aventures, d'autres univers. Et l'on oserait ajouter d'autres cieux.

Adossés au ciel, les vitraux granités de Conques ouvrent doublement : sur un intérieur et sur un extérieur (une lumière transmise de manière opaque, laiteuse et qui se voit déclinée au fil des heures et des atmosphères). Le Sky Festival, auquel participe Gutai en 1960, ouvrait lui aussi sur le ciel ; accrochées à des ballons, les œuvres se déployèrent dans l'espace.

La puissante gestualité de la peinture Gutai, du théâtre Gutai, des actions de Gutai, cette gestualité anime autrement les coups de pinceaux et de brosse des Outrenoirs de Soulages. Dans les deux cas d'ailleurs, il semble que l'on soit dans un au-delà de la calligraphie. Celle-ci s'évade, quitte son signifiant, se faisant matière. Pure matière-couleur. Matière-lumière.

C'est là, sans doute, que se retrouveraient - en osmose légère, éphémère - un peintre comme Soulages et les "bambins" remuants du Gutai des origines. - Il y a en effet deux Gutai : le mouvement du début, qui se précipite dans toutes sortes d'expériences et le Gutai (plus sage et plus tardif) qui commence à se préoccuper de la solidité du support, de l'œuvre ou de l'objet qui va pouvoir circuler et se transformer en "œuvre d'art".

En bon critique d'art, en excellent conseiller artistique, Michel Tapié passe par là, orientant le mouvement vers le réseau des galeries internationales. Vient alors le "temps du tableau", de l'œuvre pérenne, propre à la conservation, apte à circuler dans les réseaux du marché de l'art. Ce qui n'empêche pas le geste, l'action (tout cela qui constitue la quintessence du mouvement) de se perpétuer. Mais le groupe dispose désormais de traces plus solides. Au sens "physique" du terme.

L'exposition présentée à Rodez insiste sur ce deuxième versant : celui de l'œuvre et du tableau. Il ne faut point cependant oublier la puissante gestuelle qui donne naissance à ces œuvres. Et quand on parle de gestes, il s'agit souvent de la mise en branle du corps entier. Les traces et pâtes épaisses de Shiraga Kazuo sont à percevoir au travers de cet élan et balancement du corps de l'artiste. Accroché à une corde, le peintre transforme ses pieds en de larges et puissants pinceaux.

N'oublions donc pas, dans la visite de l'exposition, la petite salle où sont présentés photographies et documents. L'essence même du Gutai y est livrée "brute".

Nota-Bene. - Peu de documents sont aujourd'hui disponibles en français sur Gutai. D'où l'intérêt du copieux catalogue de l'exposition qui fait le point sur différents aspects du mouvement. À ce précieux catalogue il conviendrait d'ajouter un livre plus ancien, Gutai, Moments de destruction/ Moments de beauté. On y découvrira le très beau texte d'un spécialiste du Gutai, Yamamoto Atsuo, qui nous livre un aperçu - d'une grande pureté - sur le mouvement à ses origines.

Site du Musée Soulages

Catalogue de l'exposition

Gutai, Moments de destruction/Moments de beauté

Shiraga Kazuo, Tokko, 1989, photographie (DR)

jeudi 26 juillet 2018

L’OMBRE DES DIEUX. L’Île de Pâques à Rodez.

Moai Kavakava bicéphale, Île de Pâques,
Musée de la Rochelle. Photo DR.

Musée Fenaille
Du 30 juin au 4 novembre 2018.

Situé en plein cœur de l'Aveyron, le Musée archéologique de Rodez (ou Musée Fenaille) possède une remarquable collection de statues-menhirs anthropomorphes remontant à environ 5000 ans. Magnifiques de proportions, taillées dans un grès rosé et graniteux, ces figures furent découvertes - couchées - dans les champs environnants. Redressées, elles nous offrent aujourd'hui - de face et de dos - les marques signes et indices (anatomiques et sociaux) de ces personnages qu'elles étaient censées figurer (La Dame de Saint-Sernin, IVe-IIIe millénaire avant J.C.).

De là à imaginer (comme en écho) une exposition sur la statuaire (elle aussi anthropomorphe) de la lointaine île de Pâques, il n'y avait qu'un pas, allègrement franchi par des conservateurs passionnés. Ceux-ci sont partis à la quête de sculptures et d'objets qui ne possèdent pas le gigantisme des grands Moai qui tournent le dos à la mer et semblent ainsi veiller sur les populations de l'île. Les Musées du Quai Branly, de Bruxelles, de La Rochelle, d'Albi ou de Rochefort (Maison Pierre Loti), etc., ont ainsi transmis un ensemble conséquent d'objets et de statuettes, ordinairement épars mais précieusement rassemblés dans l'exposition.

En pierre, en bois poli, ces sculptures firent le bonheur des surréalistes : André Breton, Tristan Tzara, Paul Eluard les collectionnèrent. Pierre Loti les découvrira et dessinera lors d'un de ses premiers voyages. Parures et ornements, pectoraux, coiffes, bâtons rituels ou accessoires de danse se déclinent dans divers matériaux et continuent à entretenir le "rêve primitif".

Parmi les sculptures sur bois, on retiendra particulièrement les "moai kavakava" : figures humaines masculines d'une grande précision et dont la cage thoracique et le sternum sont comme exhumés du corps ; les côtes (kavakava) demeurent apparentes et en viennent à recouvrir le corps. Soigneusement polies, ornées de glyphes ou d'accessoires totémiques (et animaux), ces figurines possédaient vraisemblablement une fonction rituelle. On les sortaient des maisons et les promenaient lors de fêtes et de cultes communautaires.

Site du Musée Fenaille

La Dame de Saint-Sernin,
Musée Fenaille, IV-IIIe s. av J.C. Photo DR.

jeudi 28 juin 2018

L’ENVOL de La Maison Rouge.

Le Christ de Fellini (La Dolce Vita, 1960, Photo. DR)

L’envol ou le rêve de voler
La Maison Rouge
Du 16 juin au 28 octobre 2018.

Sur le départ - pour d’autres aventures -, la cabane ailée ou Maison Rouge d’Antoine de Galbert, sise près du quai de la Bastille à Paris, nous offre un dernier show. - Un dernier ENVOL.

Vous serez accueillis à l’entrée de l’exposition par le fracas ronronnant de l’hélicoptère de la Dolce Vita (1960) de Fellini. Suspendue à l’engin, une statue du Christ survole Rome. Mastroianni en maître des cérémonies commente la scène du haut de son esquif volant. Le petit peuple d’en bas (en l’occurence de jolies filles en maillots de bains) saute de joie et applaudit.

L’art contemporain et l’art tout court ont toujours célébré les noces de l’aérien et du pesant, de la matière la plus lourde et de rêves arachnéens. Le vol, l’envol, les avions, aéronefs et appareillages de plumes développent ici leurs délicats mouvements. Les machineries de plumes de Rebecca Horn croisent les corbeaux et engins volants de Panamarenko et autres hurluberlus.

Telle autre installation (ou vidéo) vous entraînera dans le ballet foisonnant d’une multitude d’hélicoptères miniatures. Tels des oiseaux, ils s’entrecroisent et pépient.

Il est d’autres scènes et d’autres objets plus inquiétants comme ces gros godillots montés sur ressort dont la fonction est de vous projeter brutalement dans les airs (Gustav Mesmer).

Accolée à la gigantesque Union Soviétique, l’Europe de l’Est fut particulièrement friande de ces dispositifs qui permettaient de mimer l’envol, l’échappement et la libération… Quitter. Partir. Monter vers le ciel. S’élever (tel Tatlin et son fameux projet de Monument à la IIIe Internationale, 1919-1920). Jouer les anges, les avions ou les oiseaux.

Les Kabakov nous attendent avec l’une de ces délicates « installations » dont ils ont le secret : au cœur d’une minuscule chambre, jouxtant un lit au drap bien ordonné : deux ailes au lourd pennage de plumes blanches reposent sur le dossier d’une chaise, telles une perspective ou une possibilité d’envol. Le quotidien est ici greffé au rêve et se déleste de ces objets ordinaires et mesquins qui plombent nos minuscules vies. Peut-être s’agit-il de la demeure ordinaire d’un ange…

L’appel est ici aérien. Il s’agit de s’élever à la verticale, tout droit ou en effectuant de ravissantes circonvolutions dans l’air. - La contrepartie de tout cela, c’est bien sûr la chute, cette chute que l’on ressent si bien dans l’envol même de la photographie prise en 1965 par Eikoh Hosoe (Kamaitachi 17), la descente brutale et l’écrasement au sol. L’exposition retrace ainsi toutes ces aventures qui menèrent bien des individus farfelus à expérimenter et bricoler d’improbables machines à voler.

Longue est la liste de ces jeux pour adultes qui ne veulent pas grandir. - Vous pourrez même vous allonger, au cœur de l'exposition, sur un grand lit tout blanc. De manière à contempler le ciel, les nuages ainsi que les allées et venues de funambules, d’acrobates, de sauteurs ou de danseurs. - Vous y aurez alors le pas aérien et la tête pleine de nuages.

La question de la pesanteur/a-pesanteur occupe une grande part de mon Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain (paru en 1994 chez Bordas, puis augmenté en 2004 et 2017 chez Larousse). Yves Klein (dont Le Saut dans le vide, 1960, figure dans l’exposition) y tient une place privilégiée et s’y retrouve en compagnie de tous les artistes qui ont œuvré sur ce qui est beaucoup plus qu’un thème, puisqu’il s’agit là d’une donnée fondamentale de cet « espace-temps » où se déploient ce que nous nommons des « œuvres d’art. »

La Maison Rouge

Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne

Les Kabakov, « Mémoires d’un ange »

Eikoh Hosoe, Kamaitachi 17, 1965 © Eikoh Hosoe.
Courtesy Galerie Jean-Kenta Gauthier, Paris.

dimanche 8 avril 2018

Enfance et Aires de Jeux au Japon.

Ouverture officielle de "Kodomo No Kuni", Yokohama, 5 mai 1965.

Kodomo No Kuni
Enfance et aires de jeux au Japon
Exposition du 7 avril au 30 juin 2018 à
l’ONDE, 8 bis avenue Louis Bréguet
78140 Vélizy-Villacoublay.
Décombres d’incendie
Sur le sol en ciment
Fillettes et jeux de balle

(Mukai Kyorai, 1651-1704)
En 1965, au moment où le gouvernement japonais déclare mettre fin au processus de reconstruction de l’après-guerre, un parc s’ouvre à Yokohama. « Kodomo No Kuni » (ou « le Pays des enfants »), un jardin érigé sur un ancien terrain militaire. Les deux faits ne sont pas strictement liés. Mais, face aux destructions, naturelles ou humaines, l’appel à l’enfance et au recommencement fut et demeure, au Japon (comme souvent dans les autres pays) un leitmotiv important.

Le jeu de l’enfant revêt à ce niveau de multiples fonctions. - « Les formes données au jeu de l’enfant sont certes ludiques, nous disent les organisateurs de l’exposition ; Il importe qu’elles fournissent un environnement riche à l’enfant, mais elles renvoient aussi à un jeu plus large : elles sont porteuses d’une fonction de réparation ou de conjuration. »

Basée pour l’essentiel sur des documents photographiques, cette exposition met en scène les rituels, les jeux et les « aires de jeux » où s’exprime la vitalité des enfants et adolescents japonais.

En contrepoint, Mutsumi Tsuda présente « Dialogues », une série de clichés se référant à la situation et au destin des enfants japonais de Nouvelle-Calédonie, entre 1941 et 1960. - L’exposition s’est ouverte le 7 avril avec une conférence de l’artiste, portant sur cette relation méconnue entre le Japon et la France. (Commissaire de l'Exposition : Vincent Romagny)

Micro Onde, Centre d’art de l’Onde

Sur le travail de Mutsumi Tsuda

Kohei Sasahara, Sunny, 2016. Vue de l’exposition
Spontaneous Beauty, Kyoto Art Center, 2016.

samedi 10 mars 2018

INCIDENCE - La Charte de la Terre.


Le collectif d’artistes ARTSESSIONMTL me
demande de relayer l’information :


INCIDENCE - La Charte de la Terre
Exposition du 13 au 18 mars
Vernissage Jeudi 15 mars (17h-20h)
Galerie POPOP CIRCA - Edifice BELGO
372 rue Sainte-Catherine Ouest, espace 442
Montréal (Québec)

dimanche 4 mars 2018

DAIMYO. L’armure et son DOUBLE.

Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

Daimyo - Seigneurs de la guerre au Japon
Au Musée GUIMET du 16 février au 13 mai 2018

L’armure japonaise. Son double, son architecture. SON OMBRE.

Le musée Guimet présente une exceptionnelle et grandiose exposition, rassemblant armures, casques, masques et ornements textiles du Japon. La caste seigneuriale des Daimyo s’imposa durant une grande partie de la période féodale (du 15e au 19e siècle). L’armure est alors un instrument d’apparat, une manière - absolument théâtrale - d’afficher son emprise et son pouvoir.

La réalisation de ces « joyaux » de l’artisanat japonais démontre la maîtrise et le raffinement des maîtres armuriers. Symboliques, démonstratifs, ces accoutrements guerriers de luxe sont là pour asseoir et incarner la puissance guerrière de ceux qui les portent.

L’attirail est complexe. Constitués de masques de cuir (composés eux-mêmes de diverses parties), de casques (comportant un bol généralement en fer et un ensemble de parements circulaires protégeant la nuque, tressés, tissés et articulés) surmontés d’attributs symboliques du clan représenté, l’équipement guerrier se prolonge de pièces protégeant le reste du corps.

Caparaçonné, tressé, tissé, lacé, laqué, riveté, décoré et damasquiné, l’ensemble de l’armure fonctionne comme le double de celui qui l’habite. - Installées dans un endroit stratégique de leur demeure, ces armures pouvaient incarner et représenter leur maître en leur absence. - Au Japon, le thème du double (ou du fantôme) n’est jamais loin. Kagemusha (cf. le film de Kurosawa) est à l’horizon… qui continue à régner sous les apparences de son sosie.

Ces objets somptueux mettent en jeu des matériaux extrêmement divers. Fer, acier, bois se conjuguent à la peau animale et au cuir (galuchat, daim, etc,). Les revêtements et couches de laque permettent de durcir et renforcer la résistance des masques de cuir, le plus étonnant résidant sans doute dans l’extraordinaire utilisation des textiles (et de la soie). Les étoffes et les fils sont tissés, tressés, entrelacés de manière à constituer d’épais matelas et rembourrages de fibres. Conjuguées à de minces plaques métalliques, ces couches textiles forment autant de protections (de boucliers) qui enveloppent les épaules et les membres du guerrier.

Imposantes et particulièrement lourdes, ces armures n’étaient sans doute pas faites pour le combat, mais pour la montre, la pose et pour servir d’instrument de ralliement aux membres du clan.

D’où la prolifération de ces figures totémiques et marques claniques - dragons, papillons, bois de cerfs, cornes démesurément stylisées, pinces de crabes articulées ou éléments floraux divers - qui atteignent des dimensions démesurées à partir du moment ou l’emploi des armes à feu conduit le Daimyo à se retirer de l’avant-garde du combat pour parader à l’arrière ou en surplomb de la bataille.

L’armure, le casque sont là pour impressionner, frapper l’imagination. - On est bien entrés dans une guerre des signes et dans la magie des symboles.

La présentation (sous vitrine) de différentes pièces de ces équipements est parlante. Comme celle de ces masques de cuir - qui ne sont pas sans évoquer curieusement les masques européens de la Commedia dell’arte (qui date - rappelons-le du début du XVIe siècle).

La guerre - bien sûr - a partie liée avec le théâtre. Dans les deux cas, il s’agit d’esbroufe, de montre et d’exagération. Étonner. Surprendre. Saisir et faire peur.

Remarquons - en écho - que le poète Antonin Artaud en savait quelque chose, lui dont l’être guerrier s’est identifié à maintes reprises à l’éthique du samouraï (cf. Samouraï ou le drame du sentiment, scénario de cinéma, vers 1920). Et qui poursuivit ce rêve jusqu’à sa mort : « […] j’ai toujours voulu voir des samouraï mais il n’y en avait pas et il m’a fallu les faire naître. Comment ? Par hara-kiri, rein, étoupe et clou. » (A. Artaud, 1945)

A voir, pour sa dimension pédagogique, ce lien exposant les différentes étapes de l’équipement du samouraï

Le Japon d’Antonin Artaud

Casque-Crabe. Vue d’exposition. Photo © FDM, 2018.

samedi 3 mars 2018

FAUTRIER. Matières. Lumières. Peintures.

Affiche de l’exposition. MAM 2018.

Jean Fautrier — Matière et Lumière
Rétrospective au MAM (Musée d’Art moderne
de la Ville de Paris)
jusqu’au 20 mai 2018.

Jean Fautrier est un peintre d’une AUTRE époque. Celle du tableau PEINT, pensé, incessamment médité, recouvert de strates minutieuses et absolument irrégulières. C’est cela qui le rend miraculeux. Inestimable. Et franchement d’avant-garde.

Ses supports aussi, couches et sous-couches souvent marouflées, emmagasinent une densité de lumière intense. La lumière vient du fond de la toile ou du papier, se diffuse et irradie en giclées et halos de matières.

Cette lumière fut d’abord - en ses origines - noire. Obscure et ténébreuse. Grise et bleutée comme le fond d’un lac. C’est là une des grandes révélations de cette rétrospective. Son œuvre entière (il faudrait parler de Grand Œuvre, au sens quasiment alchimique du terme) est une œuvre au noir. Toute lumière sourd et remonte du plus profond de la bouche d’ombre, du cratère évidé, de la montagne perçue à contre-jour.

Ses toiles irradient et suintent une savante luminosité. - N’est-ce pas Turner qui s’enfermait dans le noir pour, ensuite, surprendre son œil en ouvrant brusquement les volets clos ? La matière lumineuse de Fautrier s’avère palpable, charnelle. Profonde. Elle se propage à partir de mille centres, mille plateaux

C’est donc bien de cela seul qu’il est question : de PEINTURE. Tout ici se ramène à cela, à cette expérience fondamentale d’un matériau qui absorbe tout et en lequel on se fond.

On comprend - dès lors - la place prise par Fautrier dans ce que l’on a nommé l’aventure de « l’INFORMEL». Il s’agit là d’une catégorie subtile et des plus spécifiques. On n’est ni dans l’abstraction pure, ni dans la re-présentation, ni dans la figure. Tout en y demeurant. En amalgamant en quelque sorte les contraires et les antinomies de l’histoire des arts plastiques.

Il y a donc sur les cimaises des couches et des couches de matières et des coups de brosse ou de pinceaux. Mais aussi et en même temps des reliefs de paysages, des ombres et des silhouettes d’Otages ou de menus objets. - On est dans ce monde propre à Fautrier, monde qui tient tout à la fois (comme l’écrivait Francis Ponge) « du pétale de rose et de la tartine de camembert ».

Cette matière, on la caresse. On la touche. On s’y enfonce. Elle y est mystique. Goûteuse. Odorante.

Sur l’Informel : Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain (2017). Pages 285-377. Lien au livre Larousse

Exposition au MAM 2018

Jean Fautrier, Lac Bleu I, 1926. © ADAGP. Photo DR.

jeudi 1 mars 2018

Hommage à la Vénus de WILLENDORF.

Vénus de Willendorf
(calcaire, 11 cm, Paléolithique, 24 000 av. J.C.)
Musée d’Histoire Naturelle de Vienne - Photo DR.

samedi 10 février 2018

Expansion CÉSAR. Une Logique de la Matière.

Centre Georges Pompidou. Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

Rétrospective César.
Au Centre George Pompidou jusqu’au 26 mars 2018.
César Baldaccini (dit César - 1921-1998).

« Mon atelier, c’est comme si c’était une carrière. » (César Baldaccini)

Expansions. Expressions. Compressions. Soudures. Modelages. Moulages. Agrégats. Empreintes. Coulures. Fusions. Tôles. Mousses. Résines. Aciers. Polyuréthane. Ferrailles. Cuivres. Pigments. Bronzes. Métaux. Plâtres. Plombs. Boulons. Vis. Ferrailles. Étoffes. Chiffons. Papiers.

Des plis. Des rides. Des creux. Des pleins. Des bosses. Des carcasses. Des grilles. Des rayures. Des Griffures. Des lignes. Des arabesques. Des sculptures.

Former. Agglutiner. Accompagner. Juxtaposer. Joindre. Suturer. Enrober. Figer. Évider. Poncer. Laquer. Aplatir. Déchiqueter. Tourner. Dévoyer. Recouvrir. Superposer. Vider. Remplir. Tourner. Eriger. Concevoir. Découvrir. Couper. Piquer.

Nouveau Réalisme. Gonzalez. Germaine Richier. Picasso. Arman. Rodin. Gustave Eiffel. Giacometti. Fiat. Peugeot. Ricard. Automobiles. Sculptures. Ailes. Roues. Caisse. Carcasses. Autoradio. Capot. Portes. Oiseau. Pots. Récipients. Centaure. Chauve-souris. Scorpion. Femme. Pouce. Sein. Poisson. Bouilloire.

Souplesse. Aridité. Moelleux. Rigidité. Ajourés. Trempés. Ouverts. Fermés. Ronds. Ajourés. Rouges. Roses. Verts. bistres. Ocres. Gris. Tous les gris. Les noirs. Les Blancs. Des jaunes. Des bleus. Des mélanges. Mats. Opaques. Transparents. Eclatants. Atones. Patinés.

Nota Bene. - La « Matière-César » se déploie tout au long de l ‘Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain (Larousse, 1994-2017). 46 pages et occurrences.

Centre Georges Pompidou. Vue d’exposition. Photo ©FDM, 2018.

samedi 3 février 2018

Les Tulipes de KOONS… Au Fil de la Seine ?


Photomontage : « Contre-proposition »
pour une implantation de l’œuvre de Jeff Koons.
("D'après Jeff Koons, Bouquet of Tulips », 2016).
Photographie de la crue ©FDM, 2018.

Revenons sur l’actuelle polémique à l’encontre des « tulipes » offertes en bouquet par Jeff Koons à la France tout entière et à la Mairie de Paris plus précisément. En hommage aux victimes des attentats terroristes de 2016.

Le bouquet est « joli » et kitch à souhait. En acier « poli », coloré. Il serait bien anodin s’il n’était MONUMENTAL. Et encombrant dans tous les sens du terme, coincé qu’il est sur l'espace séparant le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris. C’est donc, tout d’abord, la différence d’échelle qui fait problème. Si Jeff Koons nous avait proposé l’équivalent d’un bouquet de violettes grandeur nature, y aurait-on trouvé à redire ?

A cela il faut ajouter l’effet de distorsion de l’œuvre de Koons par rapport au style épuré des deux ailes du Palais des Musées d'Art moderne", érigé pour l’exposition de 1937 dans un style grandiose qui n’est pas sans évoquer l’idéal mussolinien de l’architecture.

Ce qui gêne aussi, (semble-t-il) c’est le caractère charmant de cet hommage fleuri, de cette « nature morte » (ou gerbe funéraire) d’un nouveau style. Occasion de rappeler que dans l’histoire de l’art, les fleurs et natures mortes sont légions et que - des maîtres hollandais du XVIIe et XVIIIe siècles jusqu’à Chardin, van Gogh, Cézanne, Odilon Redon ou Picasso - elles semblent n’avoir guère prêtées à polémique.

C’est qu’il y a ici un nouvel effet de DISTORSION, qui n’est plus seulement esthétique mais politique. Voire même « métaphysique ». Deux conceptions du monde s’affrontent : celle d’un certain art américain contemporain (qui déborde certes ses frontières) et joue dans un registre qui n’a rien à voir avec les soucis patrimoniaux ou la fibre humaine et patriotique de la vieille Europe…

Ces tulipes, Jeff Koons les avait déjà déclinées, à New York, à Bilbao aussi. Le contexte et l’effet produit étaient très différents. A Bilbao, les fleurs se trouvent bien au pied du Guggenheim, mais jetées au sol (et non érigées et triomphantes) ; elles y voisinent avec L’araignée de Louise Bourgeois. Le monumental Musée les écrase de toute sa hauteur et sa splendeur. Si on les remarque et les considère, c’est parce que l’on se dit : « tiens un Jeff Koons ! On reconnaît la « marque ».

Certains nous disent :« C’est un cadeau ; celui qui reçoit le cadeau peut en faire ce qu’il veut ! » - Voilà une appréciation bien superficielle de ce que représente un cadeau, surtout quand il est au départ initié par l’ambassadrice d’un grand « pays ami », l’Amérique. Il n’est sans doute pas besoin d’avoir lu le fameux essai de Marcel Mauss, L’Essai sur le don, pour comprendre qu’un cadeau fonctionne comme une sorte de piège qui oblige son récipiendaire. Rien de pire que de refuser un cadeau.

Nul doute que ces innocentes (mais « grandiloquentes ») tulipes ne jouent ici le rôle d’un cadeau empoisonné. Ou de ces patates chaudes que l’on se refile en silence.

HASARDONS UNE CONTRE-PROPOSITION : ces mêmes fleurs de Koons, érigées en bord de Seine, soumises et abandonnées aux aléas des intempéries, et puis noyées à l’occasion d’une de ces crues de la Seine que nous connaissons à l’heure actuelle… Ses tulipes y retrouveraient l’équivalent d’un vase naturel et de cette eau qui permet aux fleurs coupées de se maintenir fraîches…

Longue vie ALORS aux fleurs coupées multicolores de Jeff Koons… Que leurs reflets viennent iriser les eaux de la Seine, leurs lignes et coloris se métamorphoser dans les remous du fleuve. Lors de la prochaine crue, nous irons y contempler leurs pastellisations…, heureux que les eaux viennent perturber le côté très NICKEL de cet acier poli.

Mais la « vue », nous dira-t-on… et la perspective… Ne sont-elles pas classées, patrimoniales ? La lagune de Venise (en un tout autre lieu), tout au long des biennales d’art qu’elle abrite régulièrement, en a vu - et en verra - bien d’autres… des singularités, des métamorphoses, des incongruïtés.

Reste entière la délicate question de "l'hommage aux victimes"… La Seine ne pourrait-elle ici constituer le plus extraordinaire des cénotaphes et le plus juste des outils mémoriels, elle qui ne cesse de couler, de passer, de revenir…

Photomontage : « Contre-proposition »
pour une implantation de l’œuvre de Jeff Koons
("d'après « Bouquet of Tulips » de Jeff Koons", 2016).
Photographie de la crue ©FDM, 2018.

lundi 1 janvier 2018

Bonne Année 2018 !



Les habitants, ombres et fantômes de ce BLOG vous
souhaitent une très active et vigilante ANNÉE 2018.

mardi 28 novembre 2017

MATERIAL and IMMATERIAL History of Modern and Contemporary Art. What News ?

MATERIAL and IMMATERIAL History
of Modern and Contemporary Art.
Publishing (Editions), Larousse, 2017. (front cover).

"There are moments of dizziness very, very strong ; the world falls over monstrously." (Abraham Poincheval, at the end of at the end of his performance : " project to live in one Pierre ", Palace of Tokyo, in February, 2017).

What about this quite last edition ? What's new in the art and in the art history?

At OPENING of the boo : a clear stand on "Notions" of MODERN ART and CONTEMPORARY ART, which widely occupied the debates of these last years. This Foreword should (to him alone) activate some controversies …

Widely INCREASED, with a renewed iconography, this 4th edition extends and amplifies the whole previous work. New elements, new artists, new perspectives are integrated into the progress of the book.

THE founding ARCHITECTURE of the work remains intact, enriched by artists' contemporary confirmed contributions (as Marina Abramovic, Vera Molnar, Daniel Buren, Jeff Koons, Olafur Eliasson, Ai Weiwei, Damien Hirst, Maurizio Cattelan, etc.) as well as the works of new artists (as Patrick Beaulieu, Antoine Perrot, Douglas Scholes, Lee Bull, Prune Nourry, Eric Baudart, Bansky, etc.).

Characteristic of the last decade, the PERFORMANCE is the object here of new developments. Certain artists (Such Marina Abramovic) developed considerably their project. Artists appeared (as Abraham Poincheval, Caroline Boileau and many others) who try to push away (to repel) the limits of the physical machinery. New fields (as the dance) invaded the territory of the plastic arts, questioning again, the plan of the artistic territories.

The invasion of the field of the contemporary creation by art-goods is taken into account too. Fragonard, Rubens, Van Gogh, etc., become marks that appropriate big captains of industry.

At the other end of the social field, cities, walls, public buildings, streets and up to the places of fight, see each other invested by the street art (JR, Bansky, etc.).

New works appear (or develop - as the works in situ of James Turrell) which enrich and disrupt the long history of the cosmic relation which the man maintains with materials.

Revisit in depth modern and contemporary art. Go of discovery to discovery. Verify the scale and the power of the current creation: it was for me an immense pleasure. I wish today to pull the reader at the heart of meanders recently traced by those who - such the "small chap" whom evoked Picasso, do not stop coming into the world and appearing. Like Maurizio Cattelan's wax double, contemplating the world since the crevice cut in the ground of the world.


Table of contents of the previous edition (3th publishing — in French)

mercredi 22 novembre 2017

Edmund ALLEYN. Biographie. Par Gilles Lapointe.

Atelier d’Edmund Alleyn, vers 1954 (Succession Edmund Alleyn).

« Ça a commencé par un jeu (…). C’était de créer des sortes de petites plaques de mémoire visuelle. (…) C’est toujours demeuré une fascination de pouvoir mettre quelque chose en image. Je pense que je suis un chasseur d’images. » (Edmund Alleyn)

Né à Québec, Edmund Alleyn (1931-2004) aura parcouru une ample moitié du XXe siècle, en naviguant et bourlinguant dans tous ces bateaux dont il a tant apprécié la représentation. Barques fines et plates, bateaux de croisière et grands paquebots transatlantiques hantent bien des paysages des tableaux de ses dernières décennies.

Auparavant, il avait déjà vécu plusieurs vies : de part et d’autre de l’Atlantique. Avec, tout d’abord, des années d’enfance et d’adolescence dans une famille aisée, riche culturellement mais assez rigide. La projection dans le monde adulte se fera progressivement par une série de révoltes et de ruptures qui l’amèneront à privilégier l’aventure artistique.

Car c’est bien d’une aventure artistique dont il est question. Et non point d’une carrière. Car ce qui domine en lui, c’est un certain romantisme dont il ne se départira jamais. Cet instinct poétique et cette empreinte « humaniste » - à laquelle il tenait tant - s’accompagneront (surtout dans les dernières années) d’une vision critique, plus désabusée. Son œuvre se caractérise alors par des thèmes grinçants et une vision de l’homme parfois « simiesque » (Les Éphémérides - 2000-2004). Sur le plan pictural, l’acrylique, le lissage de la surface, un certain traitement du tableau comme « image » (la série des Indigo, 1980-1990) se seront substitués à la peinture à l’huile et aux abstractions de ses tout débuts.

Marqué au départ par l’automatisme québécois (il admire profondément l’œuvre de Borduas qu’il va rencontrer à New York juste avant son départ pour Paris), Edmund Alleyn découvre Nicolas de Staël, Picasso, mais aussi Willem De Kooning.

Des longues années passées à Paris (1955-1970), il avait coutume de dire qu’elles lui avaient « tout appris ». Ce sera donc à l’intersection féconde de ces deux continents - l’Amérique du Nord et l’Europe (dont Paris est alors la capitale culturelle) qu’il inscrira sa démarche. Cette intersection géographique est aussi une intersection des cultures et des langues (l’anglais et le français), un certain bilinguisme (culturel, mais aussi politique) marquant l’ensemble de la vie de ce québécois de cœur.

Le retour au Québec (en 1971) se fera très vite sous les auspices d’une nouvelle aventure picturale, Imprégnée cette fois de réalisme, voire d’hyperréalisme (Une belle Fin de Journée, 1973). Un certain regard, aigu, photographique, inspiré du « sharp focus » s’impose pour un temps. Avant qu’il ne revienne à une forme de romantisme, très marqué cette fois-ci, par l’image, l’estampe. Le tableau se déploie à l’instar d’un mur, d’un drapeau ou d’une grande affiche, dont on aurait ôté les lettres et les sigles. Reste quelque chose qui est de l’ordre d’une « persistance mémorielle » et - au sens propre du terme - d’une imago. Une impression subsiste, s’impose et fait tableau.

La biographie de Gilles Lapointe est une biographie « à l’ancienne ». - Ce qui, bien sûr, est un compliment. Précise, érudite, basée sur un grand nombre d’entretiens avec l’artiste, bourrée de références, appuyée sur des témoignages. Très attentive à l’évolution artistique d’Edmund Alleyn, elle se lit aussi « comme un roman ». De façon aisée, vivante. Le style est élégant et l’on sent bien que la consultation des abondantes archives du peintre s’est faite dans le plaisir de la découverte.

La richesse des documents qui accompagnent le texte (photographies, reproductions d’œuvres, de dessins, etc.) concourt à la vie de l’ensemble. — Edmund Alleyn est bien présent, vivant, dans l’ensemble de ces pages.

Gilles Lapointe, Edmund ALLEYN, biographie, Montréal (Québec), Les Presses de l’Université de Montréal, 2017.

Edmund Alleyn. Portrait, 1964 (Succession Edmund Alleyn).

vendredi 10 novembre 2017

PARIS PHOTO 2017. Un réel construit. Déconstruit. Reconstruit.

Mo Yi, Installation, 2015-2016.

Paris Photo - Grand Palais.
Du 9 novembre au 12 novembre 2017.

Foisonnante et diversifiée, cette 21e édition d’un Salon devenu incontournable pour les aficionados et les amoureux de la photographie, est marquée du triple sceau (historique, esthétique et politique) de la CONSTRUCTION, DÉCONSTRUCTION et RECONSTRUCTION de cette réalité que l’image photographique a pour fonction de dupliquer ou refléter.

Il faut se méfier des reflets et des miroirs dont Cocteau disait qu’ils savaient « mentir » vrai. Ce singulier principe de réflection qui sous-tend le cliché photographique, on le perçoit sans cesse au détour de ces Galeries que l’on parcourt comme autant de boîtes noires et de pièges à reflets.

Le RÉEL partout se distord et tronçonne (corps disloqués de John Coplans ; nus anamorphosés d’André Kertesz ; visage fracturé de Dora Maar (Double Portrait, 1936) ou suturé de Marina Black (The Slice, 2015).

Ce réel se construit et s’architecture aussi. Les lignes de force des plans, des paysages, des cités et des corps auront été incessamment dévoilés, soulignés ou construits par les armes magiques du constructivisme russe, de la nouvelle objectivité des années 1930, d’une certaine photographie américaine des années 1950 ou les recherches expérimentales sur les relations du corps et de l’espace (Klaus Rinke, Action : Body Postures against a wall…, 1970).

Nourrie des matières, des corps (humains, animaux, « végétaux »), de la singulière réalité du paysage urbain, l’image se fait abstraite. Pliure. Anamorphose. Ellipse.

Détruit, annihilé, ce réel se recompose et se restaure. Il persiste dans la singulière mémoire des ruines et des compositions photographiques. Partant de leurs archives personnelles, Anne et Patrick Poirier revisitent une mémoire dont ils accumulent les fragments, les images superposées ou jointes bord à bord. "Les Poirier" ayant toujours travaillé sur les ruines, les fragments, on assiste à une sorte de mise en abîme du monde des ruines.

Le magistral triptyque exposé par Pascal Convert (Falaise de Bâmiyân, 2017) amène notre œil à « entrer en résistance », à voir, revoir et conserver en nous la pleine densité des Bouddhas détruits par les talibans en mars 2001.

Les prises de vues successives, les montages, processus de feuilletages et ajustements numériques de Thomas Bangsted aboutissent à une forme de condensé visuel, à une « hyper-photographie », presque irritante pour l’œil à force de détails, de reflets et de précision (Cf. Schlachtschiff Tirpitz, 2017 : paysage de fjord et cuirassé (le Tirpitz).

Ce salon est à l’exemple de la planète : cosmopolite. Le réel y est tout aussi bien européen, africain, asiatique, mixte. La Chine y est particulièrement représentée, fournissant tour à tour les clichés graffittés et retravaillés des archives photographiques de la Révolution culturelle chinoise (Mo Yi, Installation. Ensemble de 52 tirages. Peinture acrylique sur impressions numériques.) ou les paysages brumeux, elliptiques et allongés à la façon d’un emakimono, d’un long rouleau que le regard déplie et déploie dans une longueur indéfinie (Zeng Yicheng).

Schlachtschiff Tirpitz 2017.
Pigment Print. 161.3 x 284.1cm.
Thomas Bangsted / Galleri Tom Christoffersen.

dimanche 5 novembre 2017

TAANTEATRO. Artaud Actualité - Paris Novembre 2017.

Affiche du Théâtre de Nesle.

4 représentations de
la compagnie TAANTEATRO

Les 01, 08, 15 et 22 novembre
à 20h30 au Théâtre de Nesle.

ARTAUD LE MÔMO
avec Maura BAIOCCHI.

A voir absolument.
Une magnifique performance.

Taanteatro au Théâtre de Nesle

La Troupe Taanteatro


mercredi 25 octobre 2017

Paysage-Miroir. Portrait-Miroir. Diptyques.

« Marienbad ». Paysage-miroir. ©FDM.

Galerie Agathe Gaillard
3 rue du Pont Louis-Philippe, 75004 - Paris
HOMMAGE A LA BEAUTE.
Exposition de groupe.
Visible jusqu’au 18 novembre 2017.

Pratiquant la photographie depuis de nombreuses années, ayant réalisé un grand nombre de clichés solitaires et pour ainsi dire clos sur eux-mêmes, je suis entrée un jour à l’intérieur de l’image, me demandant quelles connivences cette image pouvait entretenir avec sa quintessence, son architecture interne et ses doubles.

Le travail s’effectue sur les relations des images entre elles (diptyques, triptyques). Ou sur les relations qu’une image peut entretenir avec elle-même (paysages-miroirs ; portraits-miroirs). – Que se passe-t-il lorsque l’on AJOUTE une image à elle-même, qu’on l’abouche et la greffe sur son propre corps de papier ? Les possibilités sont alors multiples, mais toutes ne « fonctionnent pas ».

Il est, toutefois, des assemblages qui s’avèrent magiques. Troublants. - On débouche alors sur une image (ou une réalité) dilatée, ajoutée, AUGMENTEE. Autrement travaillée. Autrement poétique.

Des Diptyques et Triptyques furent déjà réalisés, il y a de nombreuses années. En mai et juin 2016, j’avais montré (chez Agathe Gaillard) un ensemble de triptyques portant sur les ombres et le thème de la préhistoire (lien ci-joint).

Pour cet Hommage à la beauté 2 qui signe aujourd’hui le passage de la Galerie Agathe Gaillard d’une époque à une autre, j’ai réalisé d’abord ce cliché-jumeau, intitulé « Marienbad » mais qui pourrait - tout aussi bien - se dénommer « Sans titre ». Paysage-Miroir venant redoubler un monde dont il souligne la perfection.

Retournant en tous sens un portrait d’Agathe [Gaillard], pris en 2016 dans sa galerie, j’en suis venue à rapprocher deux faces du même cliché. Une image alors a surgi, qui m’a surprise… Ce portrait était devenu un paysage intérieur, le portrait-miroir d’une aventure qui ne fut pas seulement mondaine… au sens professionnel et historique du terme.

Lien vers l'exposition Hommage à la Beauté

FDM - Photographies "Ombres de la Préhistoire

« Agathe Gaillard ». Portrait-miroir. Diptyque. ©FDM.

lundi 16 octobre 2017

Histoire MATÉRIELLE et IMMATÉRIELLE… 2017 - Quoi de neuf ?

Histoire matérielle et immatérielle
de l'art moderne et contemporain,

4e édition augmentée. Larousse, 2017 (couverture).

"Il y a des moments de vertige très, très forts ; le monde bascule monstrueusement." (Abraham Poincheval, à l'issue de sa performance : "Projet pour habiter une Pierre", Palais de Tokyo, février 2017).

Qu'en est-il de cette toute dernière édition ? Quoi de neuf dans l'art et dans l'histoire de l'art ?

En OUVERTURE du livre : une prise de position nette sur les "notions" d'ART MODERNE et d'ART CONTEMPORAIN, qui ont largement occupé les débats de ces dernières années. Cet Avant-propos devrait (à lui seul) déclencher quelques controverses…

Largement AUGMENTÉE, avec une iconographie renouvelée, cette édition prolonge et amplifie l'ensemble du travail antérieur. De nouveaux éléments, de nouveaux artistes, de nouvelles perspectives sont intégrés dans le déroulement même du livre.

L'ARCHITECTURE fondatrice de l'ouvrage demeure intacte, enrichie des apports contemporains d'artistes confirmés (comme Marina Abramovic, Vera Molnar, Daniel Buren, Jeff Koons, Olafur Eliasson, Ai Weiwei, Damien Hirst, Maurizio Cattelan, etc.) ainsi que des travaux de nouveaux artistes (comme Patrick Beaulieu, Antoine Perrot, Douglas Scholes, Lee Bull, Prune Nourry, Eric Baudart, Bansky, etc.).

Caractéristique de la dernière décennie, la PERFORMANCE fait ici l'objet de nouveaux développements. Certains artistes (Telle Marina Abramovic) ont amplifié considérablement leur projet initial. Des artistes sont apparus (comme Abraham Poincheval, Caroline Boileau et bien d'autres) qui cherchent à repousser les limites mêmes de la machinerie corporelle. De nouveaux champs (comme la danse) ont envahi le territoire des arts plastiques, remettant une nouvelle fois en cause le tracé des territoires artistiques.

L'envahissement du champ de la création contemporaine par l'art-marchandise est lui aussi pris en compte. Fragonard, Rubens, Van Gogh, etc. deviennent des marques que s'approprient les grands capitaines d'industries.

A l'autre extrémité du champ social, les villes, les murs, les monuments publics, les rues et jusqu'aux lieux de combat, se voient investis par le street art (JR, Bansky, etc.).

De nouvelles œuvres apparaissent (ou se développent - comme les œuvres in situ de James Turrell) qui enrichissent et perturbent la longue histoire de la relation cosmique que l'homme entretient avec les matériaux.

Revisiter en profondeur l'art moderne et contemporain. Aller de découverte en découverte. Vérifier l'ampleur et la puissance de la création actuelle : ce fut pour moi un immense plaisir. Je souhaite aujourd'hui entraîner le lecteur au cœur des méandres nouvellement tracés par celles et ceux qui - tel le "petit bonhomme" qu'évoquait Picasso, ne cessent de venir au jour et d'apparaître. A la façon du double de cire de Maurizio Cattelan, contemplant le monde depuis l'anfractuosité taillée dans le sol du monde.

NOTA BENE : Par suite d'une défaillance informatique, certains éléments du Nouvel Index n'ont pu être pris en compte. Les lecteurs peuvent demander aux Editions Larousse un Index plus complet en version numérique à l'adresse : livres-larousse@larousse.fr

samedi 7 octobre 2017

Les Univers décalés d’HÉLÈNE DELPRAT.

Les Fausses Conférences, 2017.
Courtesy de l’artiste et de la Galerie C. Gaillard, Paris
Ph ©FDM, 2017.

« I Did it my way »
Exposition à La Maison Rouge
du 23 juin au 19 septembre 2017


Pour réouvrir ce blog - un temps abandonné, pour cause d’écritures, de recherches (théoriques : une nouvelle édition (AUGMENTÉE) de l’Histoire matérielle et immatérielle… et plus pratiques : des mises en scènes photographiques en cours… - un papier temporellement décalé sur les univers eux-mêmes disjoints d’Hélène Delprat.

Légers, poétiques, caustiques et de guingois, les mondes d’Hélène Delprat sont un enchantement. Une vraie re-découverte.

Artiste caméléon, elle se joue aisément du passage et de la transgression des genres et des domaines, glisse - impromptue - d’un territoire à un autre : de la bande dessinée au cinéma et à l’installation, d’un décor de stuc et de papier à une mise en scène plus proche du théâtre ou de l’opéra.

NOIRE. VIDE, cette scène s’apparente souvent à celle d’une pièce de Beckett, revisitée comme elle le fut jadis (de façon intimiste) par les Mabou Mines (New York, 1975) : de minuscules figurines, montées sur des têtes d’épingles, évoluaient en plein cœur d’un théâtre microscopique. Et désertique.

I Did it my way. - « Je trace mon propre chemin ». Je crée de toutes pièces ma propre voie.

Hélène Delprat réinvente en permanence ce qui lui tient lieu d’univers. Un ample bric-à-brac mémoriel et culturel se heurte au vide, à l’absurde. On nage en pleine dérision. Tragique. Décisive. Son style n’en demeure pas moins léger, graphique. - Souvent en noir et blanc.

Cet univers est le nôtre. Celui de la tragi-comédie d’un univers instable, lilliputien dans la foule de ses détails, un brin grandiloquent dans la légèreté même de l’expression. Tout déraille : le temps, les mots, les déguisements, les petits papiers, les grandes formules, les coups de crayon et la gestuelle qui les accompagne.

Site d'Hélène DELPRAT

« I Did it my way », la Maison rouge

La Chambre des oiseaux qui s’ennuient dans l’exposition d’LND, 2017.
Courtesy de l'artiste et de la Galerie C. Gaillard, Paris.
Ph ©FDM, 2017.


jeudi 11 mai 2017

SAINT-LAURENT - All About Yves.

Catherine Ormen, ALL ABOUT YVES, Larousse, 2016.

Yves Saint Laurent (1936-2008). - Une vie faite de poésie, de lumière, du froissement des étoffes, de la ligne et découpe de vêtements audacieux, élégants. Mats ou scintillants. Noirs ou colorés. Unis, fleuris ou tachetés. Lourds et opaques ou faits de transparences.

Retracer ainsi une vie et une œuvre en IMAGES et MATÉRIAUX, seul un livre peut le faire. Surtout quand ce livre s'adjoint toute une série d'enveloppes et de pochettes surprises. Photographies, dessins, fac-similés de lettres, documents ou polaroïds. Papiers découpés aussi comme ces "paper dolls" (ou poupées de papier) que le jeune couturier fabrique en 1953. Un défilé de collection comme un petit théâtre. Une poupée quasiment nue ; des vêtements divers permettant de l'habiller. Yves Saint-Laurent retrouve ici ces fameuse planches à découper de l'enfance qui permettaient à tout un chacun de diversifier l'habillement d'un bonhomme ou d'une poupée.

Cette mode est cosmopolite. Elle emprunte aux différentes cultures, s'enrichissant - à chaque fois - de nouvelles textures, de coloris raffinés. Les sonorités russes et soyeuses des taffetas et broderies de l'automne-hiver 1976 (Collection "OPERA-BALLETS RUSSES") s'accompagnent de toutes sortes de "falbalas" - des franges, des glands, des pompons. Les blouses chamarrées se portants sur d'amples jupes à volants. Les brocarts, satins et pannes de velours se doublent et redoublent de fourrures (castor, vison, renard, zibeline).

L'Inde, l'Espagne et la Chine ne sont pas en reste. Cette dernière nous vaut des vestes de soie amples et très épaulées, surmontées de "chapeaux chinois" pointus. L'hiver 1977 décline une mode "flamenco" en rouge et noir ; les femmes y sont brunes et fardées ; les décolletés plongeants, corsetés et lacés. Volants, dentelles, éventails (pliés ou dépliés), roses rouges et talons noirs complètent le style.

L'Afrique, quant à elle, se décline de manière animalière et totémique. Raphias. Peaux. Plumes. Tissage, tressage et hybridation des matières ont fasciné le couturier. Tout autant que l'élongation des silhouettes et les coiffures qui s'envolent comme autant d'oiseaux ou de sculptures hiératiques.

La poésie et la peinture sont un des autres territoires de prédilection d'Yves Saint-Laurent. Le vêtement se fait œuvre d'art, comme dans la fameuse collection d'"Hommage à Mondrian" (1965) qui ouvre le bal des influences. Les aplats géométriques de couleurs vives alternent avec des plages blanches et de très rigoureuses lignes noires. La peinture abstraite s'anime et descend dans la rue… Le pop art marque la Collection automne-hiver 1966. Tout particulièrement les figurines roses et stylisées de Tom Wesselmann, dont le couturier s'inspire, rehaussant de franche féminité de strictes robes noires - longues ou courtes. Les hommages à Cocteau, Aragon ou Braque se déclineront ensuite en lettres et broderies sur des vestes ou des justaucorps de soie - roses, noirs, violets (1980).

Tout cela, dans le livre, est palpable. Manipulable. Les enveloppes colorées et pochettes de papier calque qui ponctuent les pages déplient et déploient d'autres scènes, d'autres saveurs, des arrière-plans et des compléments d'information. Tout cela est "jouable", léger. Une vie donc comme un recueil de "pochettes-surprises".

*"All about Yves". - Ce titre constitue comme un écho au célèbre film de Mankiewicz, "All about Eve" (1950), avec Bette Davis et Anne Baxter (dans le rôle d'Eve). La prononciation est la même dans les deux cas. A la sortie, en 2014, du film de Bertrand Bonello, Saint-Laurent, Gérard Lefort fit un article portant ce titre ("Saint Laurent All about Yves", Libération, 23 septembre 2014).

"Paper dolls". Figurines et vêtements découpés
par Saint-Laurent, 1953-54.
© Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent, 2016.