jeudi 31 mars 2022

Hommage à BERNARD TEYSSĖDRE.

Bernard Teyssèdre (Photo Michel Van Peene).
Montage Teyssèdre/Duchamp (Jean Da Silva).


Bernard TEYSSĖDRE (1930-2021)
École des Arts de La Sorbonne, Paris 1
Samedi 26 mars 2022

Ont participé à cet hommage (par ordre d’intervention) :

Antonella Tufano, François Chausson, Dominique Chateau, Hervé Fischer, Pierre Baqué, Philippe Tancelin, Florence de Mèredieu, Fan Pichon, Nathalie Reymond, Jacques Cohen, Jean-Pierre Sag, Anne-Marie Duguet, Jean-Pierre Brigaudiot, Jean Lancri, Philippe Janvier, Jean-Luc Moulène et Jean Da Silva, auteur du montage de l’ensemble.


Hommage à ses multiples vies, ses idées,
son allant et son intelligence.

Je vais partir d’une anecdote : Il y a deux ans, en 2020, en plein confinement, une amie critique d’art, Catherine Francblin - qui travaille sur Bernar Venet - me joint par mail :
« Je t'écris car tu pourrais peut-être m'aider. J'écris la biographie de Bernard Venet. Celui-ci a donné quelques cours à la Sorbonne en 1974-75 aux étudiants de l'UER des Arts Plastiques et Sciences de l'Art. Il avait été chargé de ces cours par Bernard Teyssèdre que tu as peut-être connu. Et peut-être même as-tu enseigné dans cette « Unité » ? Est-ce que par hasard tu saurais ce qui chez Venet - artiste conceptuel, à l'époque - a pu intéresser Teyssèdre. Si tu étais dans les parages à l'époque… Plus généralement, quel genre de bonhomme était Teyssèdre (si tu l'as connu – et pour ne pas m'en tenir uniquement à sa fiche Wikipédia) ? »

Ma réponse fut rapide et « enjouée » : Bernard Teyssèdre était (et demeure) un universitaire très brillant, à la fois érudit et immensément ouvert au monde contemporain. Lorsqu’il a fondé son UER, au tout début des années 1969-1970, il a voulu avoir des représentants de tout ce qui se faisait de neuf à l’époque dans le monde de l’art. Ce qui explique sa demande à Venet. L’art conceptuel était alors une des «données» à prendre en compte : au milieu de beaucoup d’autres (comme le body art, l’art sociologique naissant, le développement des travaux d’artistes avec l’ordinateur, l’art vidéo, etc.).

Bernard Teyssèdre fut - de surcroît et durant longtemps avant de se retirer dans une certaine distance, nécessaire à ses travaux de recherche (littéraires, paléontologiques et autres) - un grand «mondain». Dans le bon sens du terme. Multipliant les contacts. Ce qui lui était aisé car disposant d’une chaire importante à l’Université, il a dirigé un nombre incalculable de thèses, à la Sorbonne. C’est de cette façon que je l’avais connu.

Entre 1970 et 1976, il fut également critique d’art au Nouvel Observateur. Ce qui lui permit d’approfondir encore sa connaissance de l’art contemporain.

Cette UER naissante et nouvelle (associant théories et pratiques artistiques) s’est d’abord tenue à Censier (actuelle Paris 3). L’atmosphère y était encore celle de 1968. Avec le fameux «souk», à l’atmosphère débridée. C’est là que - jeune universitaire, je faisais mes cours dans un AMPHI bondé. J’ai commencé par un cours sur les dessins d’enfant que l’on projetait sur des télévisions. Plus tard, je ferai des cours sur le nouveau théâtre américain des années 1960-70, sur la psychanalyse de l’art et - à la toute fin des années 1970 - sur les dessins d’Antonin Artaud.

En 1972, l’UER a eu des locaux dans un espace industriel désaffecté, rue Saint-Charles dans le 15e arrondissement de Paris. Ce fut une époque passionnante : Il n’y avait pas vraiment de «salles de cours» et une dimension permanente de Happenings. Dans de grands espaces. Je me souviens encore de Bernard Teyssèdre y fredonnant l’Hymne à la Joie de Beethoven, de Journiac y peaufinant ses performances, de Jean-Michel Palmier (au verbe haut), de Claudine Roméo-Laudy (prête à tenter toutes les expériences) et de Françoise Saddy (chargée d’enseignements pratiques et artistiques) et de tant d’autres… Ce sont parmi mes meilleurs souvenirs comme enseignante universitaire. Il se passait en permanence toute une foule d’évènements et la dimension collective demeurait importante.

Quelques précisions apportées à Catherine Francblin : C’est sans doute à ce moment-là - en 1974-75 durant les 8 -9 mois de l’année universitaire - que Bernar Venet a du intervenir à la demande de Teyssèdre. Il faudrait lui demander comment il l’a vécu. Si tu as des questions, n’hésites pas ! Mais évidemment le sujet [Bernard Teyssèdre] est VASTE. Et je pourrais être intarissable.

L’UER est devenue - par la suite - beaucoup plus respectable. Avec de bons enseignants. Je serai restée 11 années durant - en tant que chargée de cours - dans l’UER des Arts plastiques de Paris 1 (Saint Charles). - A partir de 1981, ce fut pour moi La Sorbonne et l’UER de Philosophie (où y était enseignée l'esthétique) de Paris I (en plein quartier latin) et un milieu théorique assez différent.

Outre ses compétences dans le domaine de la littérature, de l’esthétique et des arts plastiques, Bernard Teyssèdre était aussi doué d’un sens politique aigu. Je me rappelle encore la maestria avec laquelle - au moment d’une AG ou d’une situation délicate - il savait rabattre ses partisans, s’en entourer et régler le problème en moins de deux. Il disposait d’une autorité naturelle dont l’UER d’arts plastiques a beaucoup profité, face à des institutions universitaires que la percée soudaine de ces trublions d’avant-garde pouvait inquiéter.

Longue vie donc - dans toutes nos mémoires - à Bernard Teyssèdre, ce gentleman-cavalier d’un autre temps.

Bernard Teyssèdre sur Wikipédia

Sur l’histoire des Arts plastiques à l’Université de Paris 1, on lira avec profit l’ouvrage réalisé par Jean Da Silva, « Une part de risque. Les Arts plastiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1969-2019) », Paris, Éditions de La Sorbonne, 2020.

Bernard Teyssèdre (Photo Michel Van Peene).
Montage Teyssèdre/Journiac (Jean Da Silva).

lundi 21 mars 2022

GUERNICA / MARIOUPOL. Pour l’Ukraine.

Picasso, Guernica, détail, 1937.


« J’entends le tam-tam de pierre des ruines d’être de Picasso, et n’en remonte-t-il pas cette sphynge la femme qui nous souffleta.
    Ruines offertes par Picasso comme une vieille pétarade de boue, de sang, de sperme, de transpiration et de salpêtres dans son tableau les révoltés de Guernica.
    J’entends Chagall dans des treuils de torture, et des déclics,
    en Russie là-bas, sous les popes et la police,
    qu’en reste-t-il des fibres odorantes de chair, pétales de quelle nouvelle fleur crépusculaire de viande comme la crème d'une boucherie.
    J’entends,
    j’entendrai toujours la terre s’élever contre la terre, et la vie contre la vie,
    comme les peintures de toutes mes amies, les existences de tous ces êtres assassinés dans les peintures de tous mes amis qui ne cessèrent pas de s’insurger contre l’ordre et la règle des cadres de leurs ennemis,
    Petits prêtres, bourgeois imbéciles,
    donc à peu près toute
    une humanité »

Antonin Artaud, « Une note sur la peinture surréaliste en général », mai 1946.

Le Théâtre de Marioupol, Ukraine, 2022.

samedi 12 mars 2022

ARTS D’AUSTRALIE. Stéphane JACOB.

Vue d'Exposition (Photo ©FDM, 2022).

Ouverture et inauguration de la Galerie
Arts d’Australie - Stéphane Jacob
13 rue Chapon, 75003 Paris.

Le samedi 19 mars de 15h à 20h :
Crémaillère / Gallery Warming Party.

Rares sont les Galeries qui présentent art aborigène et art australien contemporain. Spécialiste, expert et passionné par son sujet, Stéphane JACOB a d’abord travaillé en appartement (dans le 17e arrondissement de Paris). Il a aujourd’hui le plaisir d’ouvrir une belle galerie dans le secteur de la rue Chapon, dans le quartier (mouvant et vivant) situé au-delà du Centre Pompidou. Christian Berst y officie tout près dans une galerie consacré à l’art brut. C’est assez dire qu’une promenade dans le quartier ravira les amateurs d’arts « originels » ou « des origines », toutes ces formes d’expression qui se situent aux lisières des arts aux formes plus consacrés.

Stéphane Jacob est plein de souhaits et de projets, de rêves enjoués. Dans le sous-sol de la Galerie, il entend ouvrir un centre d’archives et de recherches sur l’art aborigène et l’art australien contemporain. De quoi fédérer de belles rencontres à venir.

Un des murs actuels de sa Galerie présente - en rangs serrés - les toiles de sa "réserve". Initiative intéressante qui permet d’un coup d’œil de « deviner », d'«approcher» un ensemble d’œuvres que l’on pourra ensuite admirer dans leur entièreté.

L’art des aborigènes est tout à la fois direct, simple et greffé sur ce « temps du rêve » qui est à la source de toute la créativité de cette civilisation fascinante. Constitué de signes et de motifs souvent abstraits, les œuvres se déploient dans l’espace de manière rythmique et diversement colorée. - Nature et culture sont étroitement imbriqués dans les songes et les images conçus par les artistes aborigènes.

Saluons donc la naissance de cette nouvelle galerie..

Site de la Galerie Arts Australie

Rencontre avec Stéphane Jacob (Musée des Confluences, Lyon)

« La Réserve » (Photo ©FDM, 2022).

mercredi 12 janvier 2022

ARTAUD / BASELITZ . Totem et Tabou.



Exposition GEORG BASELITZ
Centre Georges Pompidou, Paris.
Jusqu’au 7 mars 2022.

Cette vaste rétrospective, consacrée à l’une des grandes figures de la peinture contemporaine allemande, s’ouvre sur la relation - viscérale et très primitive - que le peintre entretint très tôt avec cet autre maudit, ce poète, ce destructeur de la langue que représente Antonin Artaud.

Tous deux s’y connaissent en chair, viande, organes épars et ravagés. Ils ont cultivé - chacun à leur façon - des domaines qui se recouvrent : peintures/dessins, poésies ; langues bancales/figures retournées et dévissées… Le fameux CORPS SANS ORGANES a pour pivot et contrepoint l’avalanche et le détail d’organes irrémédiablement pluriels et suintants.

Les organes sont à vif et sans poches. On est dans l’écorché et la pièce de boucherie. L’inconscient et son cortège d’images obscènes y sont exhibés, livrés plus nus que nus. Saignants.

Tous deux savent ce qu’est le scandale, la censure - et contre-censure - l’acte et la parole qui viennent secouer une société. L’empêcher de s’endormir dans l’institutionnel et l’académique…

La rencontre et les affinités de ces deux monstres et diables de personnages m’ont souvent accompagnée et hantée.

En 1992, La publication d’un recueil d’articles, Antonin Artaud, les Couilles de l’Ange (Blusson) appela immédiatement le souhait de voir figurer dans ce livre deux dessins de Baselitz représentant Artaud. Le peintre nous donna son accord et nous fûmes bien heureux (mon éditeur et moi) de prolonger les dérives et aléas du texte par des images qui ne sont pas là comme des « illustrations » mais comme « des fentes », « des blessures » dans la chair et l’épaisseur du livre.

En 1994, la première édition de mon Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne (Bordas) comprenait une sculpture (brute et à l’archaïsme affiché) de Baselitz (Souvenirs d’Oslo, 1986). Taillée dans une bille et des échardes de tilleul blond, campée sur des moignons sans pieds, peinte par endroits d’un amalgame de fusain et d’huile rouge, cette figure féminine aux yeux globuleux et au faciès rouge fut à l’époque considérée par le directeur de la collection comme « la sculpture la plus épouvantable qu’il ait jamais pu voir »… Il me laissa la reproduire, conscient de ce que l’ouvrage ouvrait des portes sur des territoires que se devait de parcourir une histoire de l’art…

En 1996, « rebelote ». Je publie cette fois-ci un ouvrage qui sera censuré « par tous les bouts et tous les bords", si je puis dire… Sur l’électrochoc, le cas Antonin Artaud (Blusson) traite de l’électrochoc sur un plan historique. J’ai disposé pour l’écrire d’une importante archive de psychiatrie des années 1920-1950. La découverte fut brutale de ce que furent les débuts et les développements de ce que l’on a appelé en psychiatrie les « thérapeutiques de choc ».

La deuxième partie de l’ouvrage traite des écrits d’Artaud, de ses réactions aux chocs et aux comas des électrochocs. Il constitue un voyage tout à la fois terrible et époustouflant dans les arcanes de l’inconscient de l’écriture/Artaud.

Là encore, nous fîmes appel à Baselitz : la couverture du livre : une linogravure. Une figure électrique, renversée et inversée. Artaud et Baselitz. Deux Grands Renversés, Inversés.

Deux personnages et Deux Inconscients secoués. Dé-Figurés. Figurés Autrement. Et à l’envers. Comme Deux figures exemplaires de la grande destruction de l’homme au XXe siècle.

Georg Baselitz, Étoiles dans la fenêtre, 1982,
photo ©FDM, 2021.

Et aujourd’hui : ces magnifiques toiles, ces rouges, ces ors, ces fragments et ces silhouettes, ces engrenages et ces ossatures que j’ai longuement admiré dans l’exposition. Ces dessins et Manifestes. Sang et Corps de la peinture.


NOTA BENE

Dans la librairie attenante à l’exposition, AUCUN de mes livres sur Artaud ne figure et ne figurera sur les tables. J’y suis Interdite. Totem et TABOU. Non figurée et non représentable. - Il n’y a là : Ni mon livre sur les dessins d’Artaud (qui fut - reste et restera - le premier livre sur le sujet en 1984), Antonin Artaud, Portraits et gris-gris, qui comporte désormais 28 hors-texte couleurs), Ni les Couilles de l’Ange (dans leur toute nouvelle jaquette de 2021 : deux grands dessins d’Artaud). Ni - bien entendu - le livre sur l’électrochoc. Artaud électrocuté façon Baselitz. C’est Tabou. Interdit.

Pourquoi me direz-vous cette censure, cet ostracisme répété, réitéré de la part des « institutions » ? Mes écrits feraient-ils peur ? Leur ombre représentent-ils une quelconque menace ? Et pour qui, Grand Dieu !

Tant de censure et d’ostracisme : A la longue, cela finit par me faire rire. D’un rire énorme. « Jaune » certes. Mais Rouge aussi et Vert et Bleu. Un rire Violet. Un rire Écarlate ! Un rire Arc-en-ciel ! Un rire en échos.

La censure cela grandit et finit par vous donner la pêche. Quant à l’ostracisme, il est une très lourde reconnaissance inversée. Une part mirifique de cet immense Gateau que l’on nomme le NÉANT.

Exposition Baselitz : Vue d’ensemble,
photo ©FDM, 2021

samedi 1 janvier 2022

2022. Big Band : « TAKE A TRAIN ».

Pour 2022, on vous souhaite un spectaculaire
renversement d’années, le passage du noir au blanc,
et du blanc à la couleur.
Rien de mieux pour rêver cette transition que le vibrant

Big Band de Duke Ellington « Take a Train » (1962).

Évadez vous…

De Paris à Montréal
De Washington au Missouri
De Moscou à Pékin, en passant par le transsibérien
Jusqu’à atteindre - par la voie des airs ou sur un nuage
- New York ou San Francisco,

De Kyoto à Hiroshima
De Pékin à Xian
De Mexico jusqu’au petit train des Andes
En passant par les locomotives à vapeur,
les ponts suspendus et les gares à usage unique

Après avoir étrenné un certain nombre de michelines,
Emprunté un aéroplane dans la brousse africaine
Et traversé l’Atlantique sur les coursives du Queen Mary,

En ayant halluciné au doux balancement d’un hamac
Sur le bateau qui remonte l’Amazone. De Bélem à Manaus.
Pour doubler la mise, on ne manquera pas d’emprunter
le monde des rêves et de la Voie lactée
De parcourir à cheval et à reculons l’ensemble des signes
du zodiaque et toutes les cases du Jeu de l’Oie

Nous nous retrouverons tous dans un secteur
non localisé en plein cœur du

« Petit Bal Perdu », fredonné en 1961 par Bourvil.