samedi 12 septembre 2009

LOUIS-FERDINAND CÉLINE : L'ARRIVÉE SUR NEW YORK

New York, 2008 ©FDM

"Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. [...] chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. [...] Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur."
(Voyage au bout de la nuit).

La touche célinienne. - On voit bien comment Louis-Ferdinand Destouches passe outre à toute formulation qui serait purement esthétique. Pétrie d'humanité, taillée dans l'épaisseur des passions et des sentiments, New York est d'emblée perçue de manière anthropomorphe.

De l'humain. Rien que de l'humain. - Mais attention : rien de nonchalant, de tordu ou de reptilien. La valeur fondamentale y est celle du "droit", du "vertical", du "raide". New York se présente d'emblée comme une grande puritaine. Dressée du sol au ciel. Comme si toutes les formes de rigidité morales s'étaient cristallisées dans les verticales de son architecture.

Aucune autre ville ne donne une semblable impression. Notons qu'à l'époque, New York est approchée par bateau. Tout autre, aujourd'hui, en est l'approche aérienne. Dans une plongée, qui plaque les verticales au sol.

La présence de la mer toutefois et des nombreux bateaux qui la sillonnent, distingue cette expérience de l'approche aérienne hallucinante de Sao Paulo. Ville minérale. Univers urbain porté au carré dont l'habitat (serré, si serré) se démultiplie à l'infini, constituant le seul horizon d'une planète envahie par l'humain.

2 commentaires:

  1. Quelques années avant Céline, Luc Durtain introduit le topos urbain dans la littérature française américanisante, la ville et ses buildings comme synecdoque de l'Amérique. Dans "Smith building", par exemple: "Oui, se dit Howard, nos villes de l'Ouest ne sont pas assises: elles marchent!" Allégorie du building-totem : "les buildings élevés et adorés dans chaque ville américaine par les conquérantes tribus des Visages-Pâles, [...] ce gratte-ciel même du sommet duquel il regarde, se trouvent, étageant sur toute leur hauteur de monstrueuses Compagnies (ces divinités grimaçantes de la civilisation!), exactement pareils au poteau magique, jadis révéré par les indigènes des îles Tongass." L'idée selon laquelle le building est bâti sur des Idées tueuses et banales est aussi largement développée. Comme ici, concernant l'anthropomorphisme des villes : "Allons, les petits-fils ont joliment "fait leur pile" : ainsi l’attestent ces buildings élevant de tous côtés leurs épaules roides et puritaines – ces buildings où l’on s’ennuie encore aussi strictement que Dieu l’exigeait il y a trois siècles."
    Et bien entendu tout ce qui se rapporte à la géométrie, cubes, rectangles et parallélépipèdes.
    Clondike

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  2. Merci Clondike.

    De cette précieuse référence et de la mise au jour de ces "sources" céliniennes.

    Tout y est "déjà". Et c'est impressionnant.

    Reste : la touche célinienne. Qu'il vaudrait mieux concevoir comme un coup de patte ou de griffe. Et là : évidemment…

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