mercredi 11 août 2010

VIDÉO BLUES (FILM, 1981).

Ce film porte sur la perturbation et la transposition d'une image vidéo par l'intermédiaire du cinéma et de la photographie. On part d'une image ordinaire, banale, celle du petit écran de télévision. Des diapositives sont projetées sur l'écran, avec un jeu de contraste, sur le dérèglement de l'image, sur la mise en évidence de la trame...Les noirs absorbent l'image projetée tandis que les blancs la refusent ; d'où un phénomène de surimpression partiel et tout à fait localisé. Contraste entre deux images : l'une immobile, l'autre mobile et en noir et blanc. Mais, par le jeu des surimpressions, l'image fixe s'anime, se transforme. Il n'y a pour le reste aucun mouvement de caméra autre que celui du processus filmique initial ; tous les mouvements sont ceux-là même de l'image télévisée.

Contrairement à l'image télévisuelle, ordinairement si bavarde, le film est muet, ce qui ne veut pas dire silencieux ; car le rythme (on oserait dire le son) provient de l'image elle-même, des pulsations de l'image télévisuelle.


"Le blues, le blues est dans les mots bien plus que dans l'image, et dans la marche au ralenti des mannequins saccadés.

Nous n'écrirons pas ici sur les images, mais les accompagneront dans leur voyage. Paraphrase vidéographique et divaguante ou balade pour une mort impossible. D'où l'omniprésence sur l'écran de ce mannequin qui persiste d'image en image. Mort et irrémédiablement forclos, mièvre, muré sur le seul vide.

Le blues, le blues est dans la mort, bien plus que dans les mots, et dans le rythme saccadé des images désaccordées.

Pourquoi avoir ainsi mangé l'image, cinématographique et déjà irréelle ? Dévoré la figure sur ses contours, évidé cette silhouette d'une tache couleur d'écume… Est-ce parce que la télévision (plus que le cinéma) ouvre le règne de l'image "irréelle", fantasque, privée de chair. Hologramme presque. Et que j'aime l'image déshabillée de sa réalité, fantomatique et à peine décidable.
"
("Vidéo Blues", texte, extrait, publié en mars 1983, La Nouvelle revue Française, n°362)

Vidéo Blues (1981) un film de Florence de Mèredieu.
Super 8 mm, 23 minutes.

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