dimanche 23 août 2009

HISTOIRE MATÉRIELLE ET IMMATÉRIELLE DE L'ART MODERNE : MODE D'EMPLOI

Couverture de la première édition (1994)

Des lecteurs me demandent si la grille de lecture de cet ouvrage peut s'appliquer à d'autres époques de l'art.

Cette histoire "matérielle et immatérielle" s'ouvre à un tournant remarquable de l'histoire des arts plastiques : celle de la naissance, puis du développement de ce que l'on va appeler "l'art moderne". À un moment où se renouvelle la question du matériau. Et où se dessine ce contrepoint obligé de l'amenuisement, de la réduction du matériau jusqu'au zéro et jusqu'au vide.

Cette histoire se comprend donc dans un contexte historique particulier, qui verra autour des années 1950-1960, une approche du matériau brut se faire jour. C'est le moment où Yves Klein célèbre, inversement, les vertus de l'"immatériel".

L'arrivée, dans les années 1960, de l'art vidéo et de l'art par ordinateur va occasionner un regain d'intérêt pour l'image et la dématérialisation d'un art qui se confond désormais souvent avec son double. Ou son avatar.

Cet ouvrage, que j'avais conçu comme une nouvelle grille de lecture, chacun peut l'amplifier au fil de ses lectures et de ses découvertes, ajoutant tel artiste, telle œuvre, telle démarche, telle citation critique. Il s'agit bien d'un ouvrage en devenir, d'une sorte de work in progress.

Cette grille de lecture peut maintenant s'appliquer à d'autres époques et à l'ENSEMBLE de l'histoire des arts. Les notions de matérialité et d'immatérialité ne sont, toutefois, pas univoques. Il faudrait donc déterminer soigneusement le sens des concepts mis en œuvre dans le contexte de chaque ère géographique ou historique choisie. Un répertoire précis des termes utilisés serait à ce niveau intéressant. D'autant que chaque langue apporte au processus une coloration qui lui est propre.

Une des voies les plus fécondes est incontestablement l'étude des divers matériaux. La manière dont l'eau, l'or, la cire, les résines, le marbre, le bois, la matière vivante, etc., sont diversement (ou similairement) utilisés dans des civilisations et des contextes différents, cela s'avère plein d'enseignements. Il y a ainsi une histoire de chaque matériau à écrire.

Et une histoire conjointe de tous les "immatériaux" que nous avions répertoriés : espace, temps, vide, langage, etc.

Cette "Histoire matérielle et immatérielle des arts" ne peut donc se constituer qu'en accumulant les données concrètes et techniques propres à l'art d'une époque donnée. Et en affinant, à chaque fois, les outils et processus de lecture en jeu.

Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne (Bordas, 1994 ; nouvelles éditions augmentées, Larousse, 2004-2008)

15 commentaires:

  1. bonjour.je m'appelle Marzieh,etudiante de maitrise .Mon sujet s'etablit sur Artaud"la Quete noire de Soi".vous,Chere Madame Meredieu,veuillez me donner des conseils profitables pour m'aider a faire mon memoire comme il soit meritant de nom d'Artaud.Je vous remercie pour vos oeuvres tres bien etudiees et ecrites sur Artaud,mon cher Antonin.

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  2. Bonjour à vous,

    C'est un beau sujet. Et vous avez une très ample matière.
    Première question : qu'entendez-vous par "quête noire" ? La quête de soi d'Artaud n'est-elle que "noire" ? — Sûrement pas.

    Pour le reste, il faudrait peut-être commencer par délimiter des paliers chronologiques afin d'étudier comment la question se modifie et se transforme au cours de sa vie et de ses écrits :

    - les poèmes de l'adolescence
    -"L'ombilic des limbes" et les "Lettres à Jacques Rivière".
    - Les lettres à ses médecins et Soulié de Morant
    - les écrits de l'asile
    - le retour à Paris, la maladie et la reprise massive de drogues.
    C'est une première démarche.

    Après : vous verrez comment organiser le tout.
    Bonne lecture des écrits.
    Et bonne entrée dans vos recherches

    F de M

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  3. Bonjour je m'apelle ASMA étudiante à l'école de beaux-arts de tunis spécialité céramique mon projet est "La concrétisation de l'immatérielle" je traivaille sur photographie numérique précisemement le pixel qu'est le fondateur de l'espace numérique je vais le représenter par le carré ( ou bien carreau de céramique ) qui est un module générateur de l'espace plastique , madame Meredieu veuillez me donner quelques conseils à propos de mon sujet

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  4. Bonjour,

    Ce qui me paraît intéressant dans votre sujet, c'est la rencontre entre le "pixel numérique", élément de code, élément abstrait, "fondement" numérique de l'image et la tradition de la mosaïque dans votre pays. La non figuration a entraîné, dans votre culture, une expression "abstraite" d'une infinie richesse et diversité.
    Que cette longue et ancienne tradition puisse être renouvelée (sur le plan tout au moins du regard qu'on lui porte) par le développement de l'image numérique, c'est très fructueux.
    Donc sans doute faut-il partir des données précises de votre culture.
    Disposez-vous sur ce point de sortes de "traités techniques"? Ou s'agit-il d'un enseignement transmis de manière orale ? Sur quoi repose cet enseignement ? Quels en sont les préceptes, les règles ? Quel est le discours esthétique que l'on trouve à l'arrière-plan ? Ce sont ces données qu'il faudrait analyser et mettre en relations (de manière très structurale et "point à point") avec les leçons de l'actuelle image numérique. Qui se conçoit comme une combinatoire.
    Sinon, sans doute avez-vous lu (et sinon, c'est à lire), dans cet ouvrage, Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, le chapitre consacré à l'art informel, aux textures, aux pixels, et particulièrement :
    "De la mosaïque et du néo-impressionnisme au pixel de l'image numérique".
    La métaphore (et la réalité culturelle et technique) du tapis et du tissage est aussi à considérer.

    Allez voir aussi comment fonctionne la mosaïque byzantine.

    Bonnes recherches.
    Et bien à vous.

    F de M

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  5. Bonjour Madame,
    Merci pour vos ouvrages qui ont parfois bien éclairé mes errantes recherches.
    J'ai rendu mon mémoire (master histoire de l'art/grandes mutation culturelles, Université de Besançon) en août dernier: il avait pour sujet: "la réalité dans les installations d'une nouvelle génération d'artistes européens". J'avais essayé d'y développer plusieurs aspects du concept de réalité dans la pensée des artistes que j'avais choisi en étudiant certaines de leurs oeuvres et leur processus de création. Depuis, je ne cesse de découvrir de nouvelles réponses plus claires et plus essentielles à mon sujet. Est-ce que Paris 1 est une université intéressée par ce genre de sujet, entre philosophie et art contemporain? Je pense à entamer un doctorat...
    Merci de votre attention.
    Hélène Bigot, stagiaire au CIAC de Montréal.

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  6. Bonjour,

    Il me semble que votre sujet pourrait intéresser Laurence Bertrand-Dorléac qui enseigne (si je ne me trompe pas) en histoire de l'art à Paris I.
    Vous devriez pouvoir trouver ses coordonnées par l'Université, ou par ses éditeurs ou par l'Institut d'Histoire de l'art.
    A voir sur Internet.

    Bonne chance pour vos recherches… sur un beau sujet.

    Bien à vous.

    FM

    PS Pour la philosophie, c'est plus compliqué côté "cursus".
    Mais rien ne vous empêche de faire appel à des concepts philosophiques dans votre étude.

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  7. Bonjour, je suis étudiante au beaux arts et je travail sur la glace comme matériaux, l'oeuvre à durée de vie limitée. Donc l'éphémère et le temps. Cela se présente sous forme de bloc au sol ou muraux teinté de pigments naturels. je souhaiterai correspondre avec vous car votre ouvrage est mon point d'appuis pour mon mémoire, si vous le voulez et avez un peu de temps à me consacrer.
    Bien à vous et encore bravo et merci pour ce livre plein de ressources.
    Marion

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  8. La glace est un très beau matériau. Je présume que vous connaissez les travaux d'Andy Goldsworthy. Sinon, bien sûr, vous pouvez aller voir les catalogues de cet artiste.
    Si vous avez quelques questions, je me ferai un plaisir d'y répondre.
    J'attends donc vos précisions. Que souhaiteriez-vous me demander ?

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  9. Bonjour, j'ai découvert votre livre très récemment et ce que j'en ai pour le moment entrevu m'a beaucoup éclairé.
    Je prépare un exposé sur les notions de plein et de vide dans l'art contemporain en partant des deux expositions de Klein et de Arman du même nom (en sachant que je doit rester dans une perspective picturale).
    N'étant qu'en première d'année d'histoire de l'art je manque un peu de "matière" pour articuler ma pensée. Puis-je vous demander de me donner quelques pistes?
    Merci beaucoup par avance et merci surtout pour cet ouvrage.

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  10. Bonjour.

    Pour votre exposé, le plus simple (et pour ne pas faire d'erreur d'orientation), ce serait de poser quelques questions à l'enseignant qui vous a donné cet exposé à faire.

    Ici, en particulier, il faudrait préciser ce qu'est cette "perspective picturale" dont vous parlez ?
    S'agit-il de "peinture" ? Et laquelle ?

    Les deux perspectives d'Yves Klein et d'Arman sont-elles "picturales" ?

    Sinon, bien sûr, il faut vous interroger sur ces deux notions de "vide" et de "plein", sur le sens des deux œuvres de Klein et d'Arman, replacées dans leur contexte, sur les rapports, complémentaires ou d'exclusion, du vide et du plein…
    et trouver quelques exemples bien précis d'artistes qui ont utilisé ces deux éléments.

    Bonne chance.

    Mais surtout : n'hésitez pas à poser quelques questions à votre enseignant ?

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  11. Bonjour, je m'appelle Allison, et je suis étudiante (en deuxième année) en architecture d'intérieur à l'Académie charpentier à paris.

    Je dois effectuer un dossier sur soulages... par rapport à la lumière véhiculé à travers ses tableaux par l'interprétation du "noir"... d'ailleurs époustouflants et j'aimerai si possible avoir votre point de vu sur "la matière", afin d'enrichir mon dossier et éventuellement, avoir quelques conseils de recherche.
    Merci d'avance.

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  12. Bonjour,

    Sur le noir j'avais publié, à l'occasion de l'exposition Soulages, deux courts commentaires sur mon blog : vous les trouverez sur Internet en tapant : Mèredieu noir Soulages et : Ceci n'est pas un Soulages.

    Pour le reste, il faudrait partir de vos propres réactions, analyses et impressions sur Soulages et ses œuvres, lire les interviews qu'il a donné sur la question, consulter ses catalogues, en bref : bien regarder les œuvres, en analyser les composantes, étudier la manière dont on les perçoit et vous servir des commentaires des divers critiques qui pourraient recouper votre point de vue.
    Et faire surtout en sorte que cela ne soit pas coupé des tableaux.
    Et bien sûr vous documenter sur la "couleur noire"
    Bonne chance. Et bon dossier.

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  13. Bonjour,
    Je m'appelle Emmanuelle.
    Je suis une étudiante en Master II des arts plastiques.
    Cette année j'ai choisi de faire mon mémoire sur la question de l’œuvre évolutive: comment l’œuvre peut-elle évoluer par elle-même?
    Aussi ma pratique repose sur des matériaux organiques: cire, alginate, produits alimentaire; l'histoire de matériaux, leur transformation, leur nouvelle esthétisme.
    On m'a conseillé votre livre que je vais m'empresser de lire.
    Je ne sais pas si vous lisez toujours ce blog vu que les messages dates mais j'aimerai savoir si vous avez quelques conseils?

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    1. Bonjour,

      Oui, je vois les commentaires. Ils me sont signalés indépendamment de la date du "papier".

      Votre sujet : un beau sujet. Peut-être un peu trop large. Il faudra que vous resserriez.Traitez-vous des œuvres anciennes (auquel cas vous pourriez lire l'Histoire des couleurs de Manlio Brusatin.
      Ou vous contenterez-vous des œuvres modernes et contemporaines ce qui est déjà énorme ? Le "biodégradable" est évidemment au cœur du sujet.
      Je pense d'emblée à des artistes comme Dieter Roth, Marc Quinn (et ses têtes de sang coagulé, Damien Hirst et ses animaux dans le formol, etc.

      La question me semble d'abord de délimiter plus précisément votre question autour de quelques questions (ou sous-questions) précises et ensuite de bien choisir vos artistes.

      Et, bien entendu, tout cela doit se faire en accord avec votre directeur de master qui est là pour vous aider à faire ces choix.
      Je ne peux sur ce point que vous donner ces quelques indications parallèles.
      Mais c'est un beau sujet : bonne chance.

      Florence de Mèredieu

      PS plusieurs parties de mon livre devraient vous être utiles (l'informel, l'innommable, la texturologie, le naturel, le corps, etc.)

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  14. Bonjour,
    Dans un premier temps je tiens à vous remercier de vous montrer autant à notre écoute.

    Je trouve également que c'est un beau sujet et très riche.

    Ma pratique est entièrement réalisée à partir de matériaux organiques. La décomposition, l’éphémère, le formel et l'informel, la trace, le goût et dégoût, la mémoire, l’œuvre "auto-performante", la place de l'artiste, sont des points importants dans mon mémoire.
    j'ai lu quelques parties de votre livre et il ma remotivé pour écrire mon mémoire, donc merci beaucoup. j'ai trouvé pleins de notion qui m'ont intéressé.
    Comme artiste je m'appuie sur le travail de Michel BLAZY bien entendu, Dieter Roth, Marc Quinn et Damien Hirst bien sur, ainsi que Mourad MESSOUBEUR,Martin UIT DEN BOGAARD.
    L'évolution et la transformation des matériaux me font penser à l'alchimie.
    Votre livre m'a permis de questionner certains points et de faire des liens avec des œuvres auxquels je n'avais pas du tout pensé.

    Je vous remercie beaucoup votre livre m'a vraiment inspiré et je vous remercie également d'avoir pris un peu de votre temps pour me répondre.

    Emmanuelle

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