lundi 10 novembre 2025

Nouveaux Musées : DIB BANGKOK (Thaïlande) / Fondation CARTIER (Paris).


En notre époque de guerres et de déstructurations massives du champ culturel et social, les Musées ont le vent en poupe. Ils surgissent de partout comme de grands champignons, jouant avec l’eau, le désert, la nature. Ou fonctionnant en osmose avec l’espace urbain. - Dib Bangkok et la Fondation Cartier pour l’art contemporain sont directement insérés dans l’espace urbain de deux Capitales.

Nous avons là - à Bangkok et à Paris - DEUX MUSÉES très différents. Il s’agit certes, dans les deux cas de « collections » privées, et de la mise en œuvre de visions architecturales puissantes, mais ces dernières sont quasiment aux antipodes l’une de l’autre.

DIB BANGKOK

Dib Bangkok, Photographie, Courtesy Dib.


DIB Bangkok. - Largement axé sur l’international, le Musée ouvrira ce 21 décembre 2025 dans la capitale thaïlandaise. L’exposition inaugurale - INVISIBLE PRESENCE - réunira des œuvres d’artistes thaïlandais (Apichatpong, Weerasethakul,, etc.) et d’artistes de la COLLECTION, très internationale, du musicien et philanthrope Petch Osathanugrah, aujourd’hui décédé. L’ensemble ayant étant repris par son fils Purath Chang Osathanugrah. On y trouve des artistes comme Picasso, Rebecca Horn, Anselm Kiefer, Lee Bull, etc…

Épuré, minimaliste, le bâtiment conçu par Kulapat Yantrasast (architecte et designer thaïlandais bien connu et à la carrière internationale : WHY Architecture) s’inscrit dans une tradition moderniste et zen. L’espace, la lumière, le ciel, le vide et l’harmonie sont les maîtres mots d’une démarche qui réunit les influences entrecroisées du bouddhisme zen et de l’esthétique industrielle.

Une cour centrale de 1400 m2 ouvre sur le ciel, l’eau et la lumière ; elle se prolonge sur trois étages de galeries, offrant 7000 m2 d’espaces d’expositions, imperturbablement blanches et ouvertes sur la lumière. Une chapelle et un jardin de sculptures complètent l’ensemble.

Dib Bangkok, Photographie, Courtesy Dib.


Forgé de béton et de vide, d’eau, de lumière et de reflets, l’architecture appelle ici à une harmonie des simples et des contraires. La référence est musicale, légère. Pianissimo. On ne compte plus les élisions et mises entre parenthèses de la matière, de toute « forme de matière ».

Les œuvres d’art seront confrontées à une sorte d’écrin situé aux limites de l’épure. Et qui renforcera - de fait - les lignes de force de l’ouvrage en question. Qu’il s’agisse de Damien Hirst, de Picasso, Rebecca Horn, Lee Bull ou des artistes thaïlandais que promeut la Collection.

Site de WHY Architecture

Site de DIB Bangkok

Fondation Cartier pour l’art contemporain. Paris.
Espaces conçus par Jean Nouvel.


La toute nouvelle Fondation Cartier
pour l’art contemporain (Palais Royal Paris)

« Exposition Générale » retrace quarante ans de création contemporaine internationale à travers des œuvres emblématiques et des fragments d’expositions qui ont marqué la programmation de la Fondation Cartier pour l’art contemporain depuis sa création en 1984 [site de Montparnasse]. Reflet de l’institution et de son ouverture au monde, elle met en lumière les lignes de force de sa Collection qui s’est constituée au fil de cette programmation et offre au public l’occasion de découvrir ou redécouvrir près de 600 œuvres de plus de 100 artistes. »
(Extrait du Communiqué de presse, 2025)


Piloté par Jean Nouvel (qui fut déjà l’auteur de la célèbre et sublime Fondation Cartier de Montparnasse), ce Musée est tout autre. Les plateaux mobiles et décalés, ainsi que la géométrie initiale du bâtiment - un grand magasin du 19e siècle - conduisent à un enchevêtrement des plans et des volumes, lesquels promettent de vertigineuses utopies spatiales, « à la Orson Welles ». Oculi et fenêtres se déploient partout. Mouvants. Changeants. Le regard passe et glisse d’une œuvre à une autre, d’un plan (et d’un étage) à une autre surface. Jean Nouvel extrapole ainsi le champ des possibles.

La donne va être terriblement excitante pour les artistes et commissaires d’exposition qui auront à brasser, matcher, inventer de nouvelles correspondances entre les œuvres et les arts. Foncièrement « théâtral », l’ensemble renvoie à une infinité de scénographies. Le commissariat d’exposition devient un champ immensément ouvert. Appuyé certes sur des contraintes, celles de la gigantesque, puissante et néanmoins précise machinerie inventée pour l’occasion par Jean Nouvel. Il subsiste, dans les avatars de ce regard plongeant, quelque chose du mouvement de l’escalier (ou de l’escalator contemporain) du « Grand Magasin » que fut autrefois ce Bâtiment du Palais Royal.

Femme faisant ses courses, 2013 (de Ron Mueck).
Photo ©Courtesy Fondation Cartier.


Fondation Cartier pour l’art contemporain :
DES CABANES ET DES CHAPELLES,
DES BICYCLETTES ET DES SOUS-MARINS,
DES JARDINS ET DES PAYSAGES.

Paris, Place du Palais Royal.
Du 25 octobre 2025 au 23 août 2026.


« Exposition Générale » reprend, en les englobant à sa façon (au travers de photographies, de documentaires et d’œuvres), les éléments du brillant passé de la Fondation. Tout en débouchant sur un avenir mobile, urbain et futuriste. La nostalgie restera intacte de cette merveille architecturale que fut (et demeure : pour quelle utilisation ? on ne sait encore…)le bâtiment de verre du Boulevard Raspail (à Montparnasse). Chaque exposition s’y voyait magnifiée par l’osmose mouvante de la verdure, des nuages, de l’acier et du verre. Les expositions y furent souveraines et des plus variées. Elles restent - et resteront - dans nos mémoires. La Nouvelle Fondation est la base de l’Ancienne - qu’elle englobe.

Une autre démarche - d’une « URBANITÉ » plus concentrée - est désormais proposée. Jouant sur la double intégration dans l’espace de l’ancien bâtiment et de celui-ci dans ce qui est le cœur de Paris, les vitres de la façade ouvrent directement sur les rues avoisinantes ; les passants de la rue de Rivoli accompagnent ainsi, fort naturellement, le cheminement du visiteur de la Fondation.

Tactile et proche, la vision du Musée du Louvre enveloppe cette nouvelle Fondation, à la façon d’un derme ou d’une peau. Nous nous trouvons emmaillotés dans un tissu urbain dense et pressé. Qui est aussi le lieu de la plus grande concentration d’art à Paris, la Fondation Cartier jouxtant Le Louvre, mais aussi la Fondation Pinault (Bourse du Commerce), les Musées du Jeu de Paume et l’Orangerie des Tuileries. Le Musée d’Orsay étant accessible à quelques encablures. Comme l’est de même l’ex et futur Centre Georges Pompidou, qui vient de fermer pour rénovation (sur 5 ans).

Non loin de là, on pourrait y ajouter La Bibliothèque nationale de France, qui - elle aussi - programme de belles expositions jusqu’à englober l’art contemporain. Celle-ci possède par ailleurs des Collections, des Archives et un fonds qui dépassent ce que l’on peut imaginer.

Qui aurait pu concevoir (dans les dernières décades) pareille concentration muséale ? Il n’est que de contempler une vision aérienne de ce cœur de Paris - qui se prolonge jusqu’à la Tour Eiffel (et son propre contexte muséal) pour être instantanément saisi par une sorte de passion et de vertige. Pour l’art et la culture. Ce qui conduit immanquablement à certaines interrogations vis-à-vis de cette sorte de « MAGASIN XXL » et des succédanés (ou caricatures de l’art) que cette concentration pourrait à terme engendrer… Chaque institution possédant son ou ses magasins (de livres, d’objets, de souvenirs et d’artefacts).

Non loin de là, le projet de construction d’une nouvelle entrée du Louvre - qui renforcerait encore le statut d’icône de La Joconde - rapprocherait le Musée d’un autre Grand Magasin, La Samaritaine. Grand magasin dont l’histoire (ancienne et plus récente) est bien connue…

Communiqué de presse de la Fondation Cartier "40 ans"

Vue aérienne de la Fondation Cartier (extrait) ©DR.