lundi 21 mars 2022

GUERNICA / MARIOUPOL. Pour l’Ukraine.

Picasso, Guernica, détail, 1937.


« J’entends le tam-tam de pierre des ruines d’être de Picasso, et n’en remonte-t-il pas cette sphynge la femme qui nous souffleta.
    Ruines offertes par Picasso comme une vieille pétarade de boue, de sang, de sperme, de transpiration et de salpêtres dans son tableau les révoltés de Guernica.
    J’entends Chagall dans des treuils de torture, et des déclics,
    en Russie là-bas, sous les popes et la police,
    qu’en reste-t-il des fibres odorantes de chair, pétales de quelle nouvelle fleur crépusculaire de viande comme la crème d'une boucherie.
    J’entends,
    j’entendrai toujours la terre s’élever contre la terre, et la vie contre la vie,
    comme les peintures de toutes mes amies, les existences de tous ces êtres assassinés dans les peintures de tous mes amis qui ne cessèrent pas de s’insurger contre l’ordre et la règle des cadres de leurs ennemis,
    Petits prêtres, bourgeois imbéciles,
    donc à peu près toute
    une humanité »

Antonin Artaud, « Une note sur la peinture surréaliste en général », mai 1946.

Le Théâtre de Marioupol, Ukraine, 2022.

2 commentaires:

Erwan Blesbois a dit…

"Ne vous faites pas d’illusions. Et vous, avec vos écoles, avec votre télévision, avec vos journaux bien tranquilles, vous êtes les grands conservateurs d’un ordre horrible fondé sur la possession et sur la destruction. Soyez heureux, vous qui n’êtes contents que lorsque vous pouvez coller une étiquette sur un crime. À mes yeux, ce n’est là qu’une des nombreuses opérations de la culture de masse : ne pouvant empêcher certains événements, on trouve la paix en fabricant des tiroirs sur mesure que l’on referme aussitôt." P. P. Pasolini. Autrement dit difficile d'adhérer à l'indignation lorsqu'elle est collective, hallucinatoire et quasi sur commande ? On notera que l'École elle-même selon Pasolini, loin d'être un outil d'émancipation est devenue un moyen qui participe de la grande aliénation collective. Oui c'est vrai, vous nous proposez là une façon plus poétique et profonde de s'émouvoir, puisque la guerre est universellement laide au-delà de tout esprit partial des bons et des méchants (télévision mainstream et philosophie de comptoir dispensée par des professionnels patentés), et par-delà toutes les raisons et les processus complexes qui l'ont déclenchée pouvant l'expliquer sans nullement jamais pouvoir la justifier - tout comme toute forme de violence gratuite ou de terrorisme aveugle.

Mais que dire des "Petits prêtres, bourgeois imbéciles" manichéens qui nous enjoignent à condamner inconditionnellement sans comprendre ? Car expliquer ce serait un début de commencement de justification, donc d'excuse, ce serait mettre sur le même plan le bourreau et la victime en faisant du bourreau une victime, in fine rendant impossible la distinction du bien et du mal, ce dont ont tant besoin les « Petits prêtres, bourgeois imbéciles » pour avoir une emprise sur leurs ouailles.

fdemeredieu a dit…

Pasolini est un auteur très décapant !

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