lundi 11 mai 2009

L'AFFAIRE ARTAUD : les honneurs de la censure.

Deux mois se sont écoulés depuis la sortie de L'Affaire Artaud chez Fayard. Deux longs mois.

Un constat, que je ne suis pas seule à faire : la presse écrite est coite. Muette. - Ce livre retraçant l'histoire des idées, de la presse et des milieux culturels de ces soixante dernières années, ce silence paraît bien poisseux. Et en tout cas symptomatique.

L'atmosphère de censure, qui me poursuit depuis déjà quelques décades, est toujours aussi épaisse. Et efficace.

Aujourd'hui - en Europe et au cœur même de ce pays qui n'a jamais manqué d'esprits éclairés prêts à s'emballer dès que pointe le museau de ladite censure, il est singulier d'être ainsi systématiquement "censuré".

Serait-ce un exploit ? Une performance ! Je dois posséder en la matière quelque talent !

L'AFFAIRE ARTAUD. Tournez Manège ! Un certain bandeau publicitaire.

Fin avril : je tape mes mails sur l'écran de mon ordinateur. Sur ma droite apparaît l'image de mon dernier livre. Je crois à une hallucination ; je poursuis ma tâche.

Quelques jours plus tard, il faut bien se rendre à l'évidence : une importante chaîne de librairies vient d'inclure le C'était Antonin Artaud, la biographie parue chez Fayard en 2006 et L'Affaire Artaud qui vient de sortir, dans un bandeau publicitaire qui circule sur Internet.

Les deux livres sont associés aux deux ouvrages d'un romancier à succès, Guillaume Musso, que je découvre pour la circonstance. Il y a même des animations : les quatre livres tournent en rond. Comme dans un manège.

Un ami me téléphone. Il s'intéressait à la cuisson du méchoui et vient de voir mes livres, en bandeau, sur un site Internet, lacuisinemarocaine.com. - Surréaliste, non ? Et moi qui parlais de censure !

vendredi 8 mai 2009

L'AFFAIRE ARTAUD. DERRIDA et la DÉCONSTRUCTION.

Outre sa dimension de grande saga romanesque et son parfum de "polar", L'Affaire Artaud (Fayard, 2009) déboucherait sur quelques implications théoriques pour le moins surprenantes.

Qu'en est-il effectivement de la "Théorie de la Déconstruction" lorsqu'on la compare à un certain traitement des manuscrits d'Antonin Artaud ? Le bien-fondé de la pensée ou "non-pensée" de Derrida s'en trouve-t-il perturbé ?

Les éléments du dossier, en tout cas, sont désormais réunis, les données mises à plat. Le débat est ouvert : La "Théorie de la déconstruction" a-t-elle servi d'assise à la déconstruction, reconstruction et mise en forme des manuscrits originaux du poète ? (cf. L'Affaire Artaud, pp.. 604-624)

L'AFFAIRE ARTAUD : le silence de Philippe SOLLERS.

Le silence que Philippe Sollers entretient aujourd'hui sur cet ouvrage est-il surestimé ? Notre brillant pourfendeur de chimères fut pourtant, jadis, d'une prolixité et d'une générosité verbales à toute épreuve lorsqu'il s'agissait, dans le cadre de cette même Affaire, de dénoncer l'ensemble des complots, ourdis massivement à l'encontre du petit père Artaud. Plus personne aujourd'hui pour relever le gant, prendre "date" et se signaler en faveur du même "poète assassiné".

Un seul silence. Dont on ne saurait dire qu'il est assourdissant. Non. Le temps a passé. Le camarade Sollers est sagement rangé - au garde-à-vous - du côté des institutions. Bien à l'abri dans la forteresse de son statut mandarinal.

Ce silence en conséquence n'est ni en excès, ni "en trop" ! On ne pourrait même dire s'il "s'entend". Je suis peut-être la seule à en percevoir l'inaudible murmure. Il se borne à contresigner la "disparition" de ce qui jadis portait le non d'"intellectuels" et ne craignait pas de penser, de débattre et de relever le gant.

jeudi 7 mai 2009

L'AFFAIRE ARTAUD. Une redondance nommée Bernard NOËL.

Parmi les critiques adressées à mon gros bouquin, celle qui vient en premier est l'argument de la redondance. - Est-elle si grande et si réelle ? Je n'en suis pas sûre et me suis déjà expliquée là-dessus (cf. ma réponse à Thierry Savatier).

Que pourrait-on élaguer ? Chaque fait, chaque événement, chaque "reprise" portent une coloration particulière. Fallait-il gommer cette dimension ?

Je me repose toutefois la question ? Qu'est-ce qui revient si souvent et dont on pourrait amputer ce livre ? La réponse, à l'évidence, tient en un nom : celui de Bernard Noël dont les propos reviennent constamment tout au long des pages. Alors de l'Affaire Artaud et de ce livre faut-il - pour cause de redondance - supprimer Bernard Noël ?

mardi 5 mai 2009

L'AFFAIRE ARTAUD : Rencontre-débat.

À l'occasion de la parution de :

L'AFFAIRE ARTAUD, Journal ethnographique
(Fayard, 2009)

La Librairie PENSÉES CLASSÉES
est heureuse de vous inviter pour une rencontre-débat
Avec Florence de Mèredieu

Le Jeudi 14 mai, à 19H00

Librairie PENSÉES CLASSÉES, 9 rue Jacques Cœur, Paris 4e
Tel : 01 40 27 87 94
Mail : librairiepenseesclassees@orange.fr
Métro : Bastille

CALDER. Un univers mobile.

Du noir. Du blanc. Quelques taches de couleurs primaires : rouges, jaunes, bleues. Et le vent, le moindre souffle, le plus aérien des siroccos s'engouffrent dans les formes qui oscillent et se balancent. La poésie du microcosme de Calder est minimale. - Ses animaux de fil de fer, son lion chevelu, ses acrobates et ses danseuses bondissent et rebondissent dans le cirque qui est celui de nos enfances. La drôlerie elle aussi y est minimale. Légère comme un souffle. Élégante.

Un blog au fil de l'eau.

© FDM.

Un blog est comme un fleuve que l'on descend. On s'abandonne au fil du courant. Nuages et paysages défilent. On ne sait ce que le prochain tournant va réserver. Les textes, les images s'organisent entre eux au gré des événements ou non-événements, au fil des vagabondages, hasards, rencontres. On a tout loisir de quitter le bateau, monter sur la rive et hanter (secrètement) d'autres vies, d'autres mondes. Et puis, l'on revient, on retrouve le cours changeant de ce grand fleuve indifférent du temps qui passe. Et le plaisir de menues notations.

vendredi 1 mai 2009

"Les différents états de l'eau" dans l'art contemporain Conférence : Madrid, 15 avril 2009.

© Evaristo Bellotti.

D'impétueuses vaguelettes, des trombes d'eau, des cascades, des ruisseaux, des océans déferlent sur l'auditorium du Musée Thyssen-Bornemisza. J'y ai convoqué pour la circonstance les aquarelles d'Henri Michaux, les performances et installations aquatiques et "subaquatiques" de Klaus Rinke, le bruit de l'eau des bassins entourant la pyramide du Louvre et ces reflets des lettres des installations de Jenny Holzer. La piscine ensoleillée de Merleau-Ponty y voisine avec les pages dans lesquelles le même Henri Michaux y décrit la gestuelle hallucinatoire de l'acteur chinois versant d'un broc "inexistant" une eau également inexistante.

Cette eau de nature hallucinatoire nous la retrouvons, sous une autre forme, dans l'installation de Christa Sommerer et Laurent Mignonneau, A Volve : de l'eau recouvre une table lumineuse. En y agitant les doigts, des rides se forment et des animalcules de synthèse surgissent alors du plus profond du bassin. - Le lendemain j'apprends qu'une installation d'Evaristo Bellotti a eu lieu à Madrid quelques mois plus tôt, mettant en scène, au cœur du Palais de Cristal un sol de marbre, soigneusement alvéolé et aux cavités remplies d'eau. Les visiteurs y circulaient pieds nus. Trois qualités de peaux s'y rencontraient de manière sensuelle : la peau de l'eau, celle du marbre et la tendre chair humaine.

Catalogue : Evaristo Bellotti, Escultura, Musée National Centre d'Art de la reine Sofia, 2008.

jeudi 23 avril 2009

"Antonin Artaud, entre totem et tabou". Une "victime" récalcitrante. Réponse à Thierry Savatier.

Merci à vous, Thierry Savatier, pour votre pénétrante et perspicace lecture de L'Affaire Artaud et cet article sur votre blog. - Rien à ajouter au corps de votre texte. Les quelques réticences finales me sont, en revanche, fort utiles. Elles me permettront de lever (ou tenter de lever) quelques malentendus ou divergences d'interprétation.

Cet ouvrage, tout d'abord, n'a rien d'un "essai" ou d'un libre vagabondage intellectuel sur L'Affaire Artaud. Ce livre est strictement contraint et par son sujet (particulièrement dense sur le plan informatif) et par la méthode utilisée. Celle-ci oscille entre une analyse de type historique (précisément référencée) et ce que l'on pourrait nommer des "chroniques" de l'Affaire : le répertoire au jour le jour des faits, des événements et de ces réactions ou ces "humeurs" qui furent les miennes en réponse à ces événements. D'où la dénomination de "journal ethnographique", essentielle pour comprendre l'ensemble.

D'où, aussi, la redondance de certains éléments, inévitable à partir du moment où j'ai opté pour cette stratégie, et même si j'ai bien élagué certains documents. Vous notez d'ailleurs que j'ai une parfaite conscience de cette redondance. Elle fut une constante de l'Affaire et j'ai souhaité (peut-être à tort) que le spectateur partage quelque peu cette impression de "disque rayé" qui fut la mienne durant 25 ans.

En ce qui concerne maintenant une certaine insistance concernant mon "statut" d'intellectuelle, n'oubliez pas que l'histoire que je retrace ici fut celle d'un long combat. Et d'un combat particulièrement difficile. Personne ne pouvait me croire en se fiant à ma "bonne mine" ou à mes seuls arguments. Je n'ai longtemps eu comme seule situation à partir de laquelle "parler" ce seul statut d'universitaire ou "d'intellectuelle" qui était - de fait - le mien. Et, contrairement à ce que vous croyez (peut-être un peu rapidement), ce statut, on n'a eu de cesse de le nier ou de le contester. L'exemple le plus évident en est l'attitude de la presse dite culturelle qui a longtemps tout bonnement nié mes travaux. D'une manière dont il faut bien dire qu'elle fut soigneusement "orchestrée". - Lors du débat du Mans, Josyane Savigneau me reprocha d'être "non conséquente". Et comme j'avais l'air surpris de cette dénomination, elle insista tout aussitôt sur les différents sens possibles du terme... C'était bien ma capacité à penser "normalement" qui était en permanence contestée. Ce qui évidemment ne manquait pas de sel, mais constituait un fait.

D'où ce que vous avez bien perçu comme une position "victimaire". - Vous n'avez donc pas tort sur ce point et (dois-je le dire) c'est un des aspects du livre qui a été pour moi le plus difficile à tenir et laisser passer. Car une telle "posture" n'est pas dans ma nature. Passer sous silence, gommer ou amoindrir cet aspect aurait été contraire à l'établissement des faits. Il fut toutefois un moment où, vu l'ampleur du champ des mesquineries, j'ai décidé sur ce point de ne pas tout "énumérer" et dire. Ce qui aura permis au lecteur d'échapper au récit de quelques coups fourrés assez confondants.

À l'instar de beaucoup d'autres lecteurs, vous aurez sans doute perçu que je ne fus pas, pour ceux qui n'avaient de cesse de me réduire à l'état de "victime", une proie commode. Au grand dam de mes "interlocuteurs", j'ai toujours été particulièrement réactive. Mes lettres ouvertes au Monde et à Libération, les divers débats menés, les livres publiés dans des conditions qui en auraient rebuté plus d'un, les stratégies et jeux à mener, tout cela prouve à l'évidence que le rôle de victime ne me convient guère, voire pas du tout. Ce livre sur L'Affaire le démontre amplement, qui représente une pièce importante et jubilatoire d'un combat mené à l'encontre de pouvoirs très établis,

Article de Thierry Savatier à lire sur le blog : www.savatier.blog.lemonde.fr

Karen Elaine Spencer - Rêves à la poste [pour Granby].

©FDM

Mars 2009 : Je reçois du Québec une singulière missive :
"14 mars, 2009.
Chère Madame Florence de Mèredieu,
J'ai rêvé qu'il manquait une aile à l'oiseau "Hicky".
Sincèrement.
Karen Elaine Spencer"


Parce que j'aime les choses étranges et que la mention du 3e Imperial (Centre d'essai et d'expérimentation en art contemporain) me met sur la voie d'une procédure vagabonde, j'adresse en retour à Karen Elaine Spencer la carte reproduite ci-dessus, une photo prise en Chine en 2002. Avec cette légende : "Les oiseaux se sont envolés pour Pékin. Mais ils s'interrogent..."

Avril 2009 : la clef de l'énigme m'est fournie par un mail en provenance du 3e Imperial.
En résidence d'artiste, dans le cadre du programme d'"art infiltrant" mis en place par ce centre d'art, Elaine Karen Spencer a noté au vol au petit matin quelques bribes de ses rêves. Elle a ensuite adressé par voie postale quelque 625 missives à des inconnus, en majorité des habitants de Granby, petite ville du Québec.

Voir les informations et le reportage sur le travail de l'artiste sur le site www.3e-imperial.org/cyber-reportages/karen-spencer

dimanche 12 avril 2009

Le polar de L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard, 2009).

Merci à Pierre-Louis Basse pour, en direct sur Europe 1 et en ce dimanche de Pâques, les imprécations d'Artaud sur les vivants et les morts (Aliénation et magie noire). Et pour la voix de Denise Colomb (remixée par Christophe sur fond de piano) évoquant cette "petite merveille" en jupe plissée que fut Colette Thomas lors de la soirée de 1946 au Théâtre Sarah-Bernhardt (It Must Be A Sign).

Artaud, personnage central de cette énigme que constitue l'Affaire de ses dessins et manuscrits, disparus, envolés, réapparus, et dont le contenu fit l'objet de tant et tant de transformations et jeux de passe-passe. Des lecteurs aussi me le disent : vous avez écrit un polar ! Les personnages y sont hauts en couleur, les rebondissements de l'affaire savoureux et l'on y découvre bien des secrets jusqu'ici soigneusement gardés. Y jouer les Sherlock Holmes et les Hercule Poirot fut pour moi bien divertissant. D'autant que tout, dans cette histoire, est vrai.

LIBÉRATION - "L'Affaire des manuscrits d'Artaud, Thèse et antithèse."

L'article de Jean-Pierre Thibaudat est désormais accessible sur Internet (site de Libération). - La Lettre ouverte rédigée par moi en réponse à cet article (L'Affaire Antonin Artaud : Infaillibilités pontificales, 1995), lettre qui ne fut jamais ni publiée, ni mentionnée par Libération (pas plus que par quiconque) fait l'objet d'une publication intégrale dans mon livre L'Affaire Artaud (Fayard, mars 2009)

Libération répondra-t-il enfin à cette lettre ?
Rendra-t-il compte de l'ouvrage ?
Le silence perdurera-t-il ?


Les paris sont ouverts.

Lettre ouverte à Josyane SAVIGNEAU (Le Monde).

Pour les très bons et attentifs lecteurs de L'AFFAIRE ARTAUD, un échantillon de la lettre au Monde de septembre 1994. Cet extrait concerne la transcription des manuscrits du tome XXVI des Œuvres complètes d'Antonin Artaud :

"Ne peut-on soumettre ces manuscrits à un traitement scientifique permettant d'isoler les différentes couches d'écriture ? Il existe aujourd'hui des méthodes de traitement des manuscrits plus modernes que le recours à la loupe et à la lumière rasante. Des laboratoires français d'analyse textuelle ont déjà montré leur savoir faire en ce domaine.

Ne pourrait-on en faire profiter les manuscrits d'Artaud ?

Chacun de ces points appellerait un débat. La reponctuation, par exemple, de ces textes nous apparaît à nous comme une atteinte grave. Aussi grave que celle qui consisterait à laver le texte de Céline de ses insistants et répétitifs points de suspension... Aurait-on, d'un côté avec Céline, un trop-plein de points de suspension et, de l'autre avec Artaud, une pénurie de virgules ?
Ponctuer le texte d'Artaud revient en l'occurrence à assagir, ralenti et domestiquer le cours d'une pensée et d'une plume qui apparaît sur le manuscrit autographe comme particulièrement rapide, cursive, ne s'embarrassant précisément d'aucun arrêt et d'aucune stase. Et, là encore, arguer de la précise ponctuation par Artaud de textes antérieurs et "achevés", ne peut constituer un argument. La reponctuation de ces textes les dénature profondément.

Reste à savoir si le même "parti pris d'édition" a été appliqué à l'ensemble des inédits et aux tomes antérieurs des Œuvres complètes en cours de publication chez Gallimard ? La note inaugurale du tome XV, à laquelle Paule Thévenin se réfère dans le tome XXVI, le laisserait supposer. En l'absence, toutefois, de toute référence possible aux manuscrits d'Artaud, la question reste ouverte...

À toutes nos objections on rétorquera la passion, l'amitié, le dévouement, un long dévouement. Ceux-ci ne sont pas en cause. Mais ce ne sont, en aucun cas, des critères permettant de justifier du mode de transcription des manuscrits d'un auteur, le droit de l'auteur demeurant inaliénable.
Parmi les divers arguments qui ont pullulé ces dernières années, l'un d'eux m'est toujours apparu comme des plus étranges : celui qui consiste à soutenir que "seule Paule Thévenin" pouvait déchiffrer et transcrire les manuscrits d'Artaud. En plein XXe siècle, quel étrange critère, si peu scientifique, si troublant. Qu'est-ce qu'un texte qu'une seule personne pourrait déchiffrer ? Se l'est-on demandé ?

De quoi parle-t-on aujourd'hui ? A quoi s'intéresse-t-on ? À l'œuvre d'Artaud ? Ou à l'"œuvre" de Paule Thévenin ? Un transcripteur n'a pas pour vocation de rester anonyme, mais il a assurément pour vocation d'être transparent. Est-ce ici le cas ? Et que cherche-t-on à dissimuler derrière ce tonitruant anonymat ?
"Artaud réincarné" titrait l'an passé, le Magazine littéraire, en tête d'un article dont on pouvait se demander jusqu'à quel point il prenait cette affirmation au pied de la lettre ! - Les intellectuels ont parfois de ces dérives..."
(L'Affaire Artaud, Journal ethnographique, Fayard, mars 2009, pp. 10-12 du document)

Ferdière et L'ORIGINE DU MONDE (de Courbet).

Pour Bernard Teyssèdre.


Ferdière fut proche des surréalistes et des surréalistes belges. Sa dernière compagne, peintre, fut Jane Graverol, elle-même très active dans les milieux surréalistes belges et qui connut bien Magritte. Il est donc plausible (mais pas certain) que cette dernière ait pu réaliser une copie du tableau possédé par Lacan. D'autant que Ferdière connaissait Lacan depuis la fin des années 1930. Et qu'ils partageaient assurément le même goût pour les "curiosa" et œuvres insolites dont pouvait relever, à l'époque, le tableau de Courbet.
Peu conventionnel, avec des tendances anarchistes, Ferdière fut parfois en délicatesse avec sa hiérarchie. Ce qui peut expliquer son absence du comité de rédaction de certaines revues, comme Aesculape.

jeudi 26 mars 2009

RODEZ 2009. - ARTAUD dans tous ses états
(du 1er au 31 mars).

Antonin Artaud dans le rôle de Marat (Abel Gance, Napoléon).
© Guy Brunet. 2009.

Depuis dix ans, à l'ombre de la flèche de grès rose de la cathédrale de Rodez, Mireille Larrouy consacre le mois de mars à Antonin Artaud. Elle ne se contente pas d'entretenir dans la ville la mémoire vive de celui-ci. Elle organise autour du personnage spectacles, rencontres, débats, créations multiples, prolongeant ainsi dans le réel l'extraordinaire vie du Mômo. - "Regards d'artistes sur Antonin Artaud" : 30 artistes de l'Aveyron exposent cette année à Rodez, à la Chapelle Paraire. L'an dernier, ce fut un hommage au "monde rêvé de Guy Brunet", artiste autodidacte, tombé dès l'enfance dans la potion magique du cinéma et qui réinvente celui-ci, en produisant affiches, scénarios, films, silhouettes en pied des acteurs du 7e art. - Rodez fut le dernier lieu d'internement du poète. Longtemps, il put sembler difficile d'y faire revivre son œuvre multiforme. Aujourd'hui, on découvre que tous les débats y sont précisément possibles et à mener : sur le théâtre, le cinéma, l'écriture, la folie, la psychiatrie... - Un grand moment de vie, d'art brut et d'art tout court.

"Regards d'artistes sur Antonin Artaud". Catalogue d'exposition, Espace Antonin Artaud, Rodez, 2009.
"Le Monde rêvé de Guy Brunet". Catalogue d'exposition, Espace Antonin Artaud, Rodez, 2008.
Association Rodez-Antonin Artaud : artaud.rodez@neuf.fr

Le Monde d'ANDY WARHOL

L'actualité me remet en mémoire une très ancienne découverte. Celle, dans les années 1970, de l'univers FLASHY d'Andy Warhol et de la Factory. En 1982, connaissant mon goût pour le peintre, Art Press me demande un article pour un spécial "Audiovisuel". Repris dans "Hôtel des Amériques", le texte est consacré au traitement par Warhol des médias, à son intérêt pour la télévision. Il s'achève sur les visages, ce fameux traitement des visages qui est le sien, propre à sublimer tout un chacun, à transformer en icône artistique ceux qui furent dans la vie de passagères icônes du spectacle, du show-biz ou du monde politique. - Plus de 20 ans plus tard, en 2006, je reviendrais, dans une conférence à Bruxelles, sur le goût prononcé de Warhol pour la catastrophe, le fait divers, l'événement : "Ce qui arrive... d'Andy Warhol à Paul Virilio" ("Les Formes contemporaines de l'art engagé", Bruxelles, La Lettre volée/Iselp, 2007). - Warhol fait aujourd'hui partie du quotidien. Ses figures, son art, son personnage même sont devenus "très mode" ! Espérons que les visages créés conserveront dans l'esprit des visiteurs des expositions en cours quelque chose de leur aura. De leur beauté. Que l'exposition ne se résume pas à n'être qu'ANDY WARHOL AU PAYS DES PHARAONS de la quotidienneté !

dimanche 8 mars 2009

Florence de Mèredieu — L'AFFAIRE ARTAUD
Journal ethnographique (Fayard, 2009)

"L'Affaire Artaud" défraie depuis quelques décennies la rubrique des médias. — Blocage de la parution des Œuvres complètes du poète. Procès en cascade. Mise en cause de la transcription des cahiers manuscrits. Virulentes et ostentatoires campagnes de presses, à charge ou à décharge des uns et des autres.
Miroir de la vie intellectuelle des années 1948-2008, l'Affaire Artaud apparaît comme un feuilleton médiatique, les journaux (Combat, Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, La Quinzaine littéraire, etc.) ayant assuré une sulfureuse carrière posthume au poète, mort à Ivry en 1948.

L'Affaire Artaud met en scène un poète maudit (Antonin Artaud), des manuscrits et dessins, une Grande Prêtresse (Paule Thévenin), une maison d'édition réputée (Gallimard), une famille (les Artaud-Malausséna), quantité de medecine men (Gaston Ferdière, Jacques Lacan, etc.), des intellectuels de renom (Jean Paulhan, François Mauriac, André Malraux, Jacques Derrida, Philippe Sollers, etc.), de grandes institutions (la Bibliothèque nationale de France, le Centre Georges-Pompidou, etc.), des avocats devenus de puissants hommes politiques (tel Roland Dumas).

L'histoire comporte des familles, des clans, des tribus et des gourous, des "medecine men", des reliques, des magiciens, des éditeurs et des illusionnistes, des journalistes et des avocats, des collectionneurs et des intellectuels réputés. Elle s'est déroulée à l'ombre de prestigieuses institutions et jusqu'au cœur de l'État. Largement abreuvé d'informations qu'il ne peut maîtriser, le grand public ignore tout de ce qui s'est tramé, durant soixante ans (1948-2008), autour de l'œuvre de l'un des plus grands écrivains du XXe siècle.

Largement médiatisée, l'Affaire Artaud demeure, cependant un sujet tabou. Un haut lieu de secrets auxquels bien des protagonistes de l'Affaire n'ont, eux-mêmes, pas eu accès. On s'interrogera sur les arcanes de cette histoire qui s'apparente souvent à un gigantesque marché de dupes.

Entrée il y a 25 ans au cœur de l'Affaire, Florence de Mèredieu assiste et participe à ses rebondissements. Ce "Journal ethnographique" relate les évènements, recense les documents et décrit ce que furent — en arrière-plan — les mœurs et les pratiques de ses différents protagonistes.

L'AFFAIRE ARTAUD - Journal ethnographique (Fayard, 2009)

Tout ce que vous auriez voulu savoir sur l'Affaire Artaud. Tout ce que vous n'auriez même pas imaginé.

L'Affaire Artaud fut aussi — et peut-être surtout — une grande Affaire médiatique. S'attacher à la décrire amène inéluctablement à esquisser une certaine histoire de la presse (Combat, Le Monde, Libération, La Quinzaine littéraire, etc.) et de l'édition (Gallimard). Sans compter la description des relations complexes qu'entretiennent ici le droit et la littérature.

Univers des réseaux, de la presse et des médias. Mondes cloisonnés de la psychiatrie. Grandes Institutions travaillant à l'ombre de l'État et dans les arcanes du pouvoir (Bibliothèque nationale de France, Centre Georges Pompidou, etc.). Intellectuels soucieux de traiter le poète mort à Ivry en mars 1948, à la façon d'un porte-étendard. Matière première de gloses interminables, le Grand Œuvre d'Artaud n'a pas cessé d'alimenter l'histoire littéraire et journalistique.

Florence de Mèredieu - Petit curriculum

Écrivain, essayiste, Florence de Mèredieu a enseigné l'esthétique et la philosophie de l'art à l'Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne). Entre 1994 et 1996, elle est chercheur détachée au CNRS (Centre de recherches des arts et du langage, EHESS).
Elle est l'auteur de fictions (Une si petite anthropophage, Des Femmes, 1981, Télévision, la lune, Des Femmes, 1985, Borges & Borges illimited, Paris, Blusson, 1993, Duchamp en forme de ready-made, Paris, Blusson, 2000. Et Beckett se perdit dans les roses, Paris, Blusson, 2007) et de nombreux ouvrages sur l'art moderne et contemporain ( Le dessin d'enfant, Blusson, 1990 ; André Masson, les dessins automatiques, Paris, Blusson, 1988, Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Paris, Bordas, 1994, Larousse, 1999, Nouvelle édition augmentée, Larousse, 2004 et 2017, "Hôtel des Amériques", essai sur l'art américain, Paris, Blusson, 1996, Kant et Picasso, le "Bordel philosophique", Nîmes, Jacqueline Chambon, 2000. Arts et nouvelles technologies, art vidéo, art numérique, Paris, Larousse, 2003, etc.)
Elle a consacré dix ouvrages à Antonin Artaud — Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, (Blusson, 1984, 2008 et 2019 : édition enrichie de 22 images couleur hors-textes), Antonin Artaud, Voyages, 1992 ; Antonin Artaud, les couilles de l'Ange, 1992 ; Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, 1996 ; La Chine d'Antonin Artaud/le Japon d'Antonin Artaud, 2006, une biographie : C'était Antonin Artaud (Fayard, 2006).Et : L'Affaire Artaud, Journal ethnographique (Fayard, 2009), Antonin Artaud dans la guerre. de Verdun à Hitler. L'hygiène mentale (Blusson, 2013), Vincent Van Gogh Antonin Artaud, Ciné-roman ciné-peinture (Blusson, 2014).
En 1994-1995, Florence de Mèredieu adresse au Monde et à Libération deux Lettres ouvertes sur l'Affaire Artaud.
Derniers ouvrages parus : Van Gogh. L'Argent, l'or, le cuivre, la couleur (Blusson, 2011), ouvrage consacré aux relations de Van Gogh à l'argent et la religion et "l'être de l'étant" de la tatane de Van Gogh (Blusson, 2011). Ce dernier ouvrage porte sur la controverse Heidegger, Meyer Schapiro, Derrida autour des "Souliers" de Van Gogh.

Le Tout dernier ouvrage, BACON,ARTAUD, VINCI. Une blessure magnifique (Blusson, 2019) revisite à nouveau l'histoire de l'art, en rapprochant les trajectoires différenciées et perturbées de : Francis Bacon Antonin Artaud et Léonard de Vinci.
Elle a collaboré à de nombreuses revues et ouvrages collectifs (Parachute, Art Press, Communications, Les Cahiers du Centre Georges-Pompidou, La revue d'Esthétique, Vertigo, etc.). Entre 1978 et 1991, elle écrit régulièrement dans La Nouvelle Revue Française (revue de Gallimard).

Interventions à l'étranger : Florence de Mèredieu a effectué de nombreuses missions et de très nombreuses conférences à l'étranger. Sur l'art moderne et les nouvelles technologies et sur Antonin Artaud (Québec, Etats-Unis, Japon, Chine, Brésil, Gabon et Europe : Belgique, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, etc.)
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