jeudi 23 avril 2009

"Antonin Artaud, entre totem et tabou". Une "victime" récalcitrante. Réponse à Thierry Savatier.

Merci à vous, Thierry Savatier, pour votre pénétrante et perspicace lecture de L'Affaire Artaud et cet article sur votre blog. - Rien à ajouter au corps de votre texte. Les quelques réticences finales me sont, en revanche, fort utiles. Elles me permettront de lever (ou tenter de lever) quelques malentendus ou divergences d'interprétation.

Cet ouvrage, tout d'abord, n'a rien d'un "essai" ou d'un libre vagabondage intellectuel sur L'Affaire Artaud. Ce livre est strictement contraint et par son sujet (particulièrement dense sur le plan informatif) et par la méthode utilisée. Celle-ci oscille entre une analyse de type historique (précisément référencée) et ce que l'on pourrait nommer des "chroniques" de l'Affaire : le répertoire au jour le jour des faits, des événements et de ces réactions ou ces "humeurs" qui furent les miennes en réponse à ces événements. D'où la dénomination de "journal ethnographique", essentielle pour comprendre l'ensemble.

D'où, aussi, la redondance de certains éléments, inévitable à partir du moment où j'ai opté pour cette stratégie, et même si j'ai bien élagué certains documents. Vous notez d'ailleurs que j'ai une parfaite conscience de cette redondance. Elle fut une constante de l'Affaire et j'ai souhaité (peut-être à tort) que le spectateur partage quelque peu cette impression de "disque rayé" qui fut la mienne durant 25 ans.

En ce qui concerne maintenant une certaine insistance concernant mon "statut" d'intellectuelle, n'oubliez pas que l'histoire que je retrace ici fut celle d'un long combat. Et d'un combat particulièrement difficile. Personne ne pouvait me croire en se fiant à ma "bonne mine" ou à mes seuls arguments. Je n'ai longtemps eu comme seule situation à partir de laquelle "parler" ce seul statut d'universitaire ou "d'intellectuelle" qui était - de fait - le mien. Et, contrairement à ce que vous croyez (peut-être un peu rapidement), ce statut, on n'a eu de cesse de le nier ou de le contester. L'exemple le plus évident en est l'attitude de la presse dite culturelle qui a longtemps tout bonnement nié mes travaux. D'une manière dont il faut bien dire qu'elle fut soigneusement "orchestrée". - Lors du débat du Mans, Josyane Savigneau me reprocha d'être "non conséquente". Et comme j'avais l'air surpris de cette dénomination, elle insista tout aussitôt sur les différents sens possibles du terme... C'était bien ma capacité à penser "normalement" qui était en permanence contestée. Ce qui évidemment ne manquait pas de sel, mais constituait un fait.

D'où ce que vous avez bien perçu comme une position "victimaire". - Vous n'avez donc pas tort sur ce point et (dois-je le dire) c'est un des aspects du livre qui a été pour moi le plus difficile à tenir et laisser passer. Car une telle "posture" n'est pas dans ma nature. Passer sous silence, gommer ou amoindrir cet aspect aurait été contraire à l'établissement des faits. Il fut toutefois un moment où, vu l'ampleur du champ des mesquineries, j'ai décidé sur ce point de ne pas tout "énumérer" et dire. Ce qui aura permis au lecteur d'échapper au récit de quelques coups fourrés assez confondants.

À l'instar de beaucoup d'autres lecteurs, vous aurez sans doute perçu que je ne fus pas, pour ceux qui n'avaient de cesse de me réduire à l'état de "victime", une proie commode. Au grand dam de mes "interlocuteurs", j'ai toujours été particulièrement réactive. Mes lettres ouvertes au Monde et à Libération, les divers débats menés, les livres publiés dans des conditions qui en auraient rebuté plus d'un, les stratégies et jeux à mener, tout cela prouve à l'évidence que le rôle de victime ne me convient guère, voire pas du tout. Ce livre sur L'Affaire le démontre amplement, qui représente une pièce importante et jubilatoire d'un combat mené à l'encontre de pouvoirs très établis,

Article de Thierry Savatier à lire sur le blog : www.savatier.blog.lemonde.fr

Karen Elaine Spencer - Rêves à la poste [pour Granby].

©FDM

Mars 2009 : Je reçois du Québec une singulière missive :
"14 mars, 2009.
Chère Madame Florence de Mèredieu,
J'ai rêvé qu'il manquait une aile à l'oiseau "Hicky".
Sincèrement.
Karen Elaine Spencer"


Parce que j'aime les choses étranges et que la mention du 3e Imperial (Centre d'essai et d'expérimentation en art contemporain) me met sur la voie d'une procédure vagabonde, j'adresse en retour à Karen Elaine Spencer la carte reproduite ci-dessus, une photo prise en Chine en 2002. Avec cette légende : "Les oiseaux se sont envolés pour Pékin. Mais ils s'interrogent..."

Avril 2009 : la clef de l'énigme m'est fournie par un mail en provenance du 3e Imperial.
En résidence d'artiste, dans le cadre du programme d'"art infiltrant" mis en place par ce centre d'art, Elaine Karen Spencer a noté au vol au petit matin quelques bribes de ses rêves. Elle a ensuite adressé par voie postale quelque 625 missives à des inconnus, en majorité des habitants de Granby, petite ville du Québec.

Voir les informations et le reportage sur le travail de l'artiste sur le site www.3e-imperial.org/cyber-reportages/karen-spencer

dimanche 12 avril 2009

Le polar de L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard, 2009).

Merci à Pierre-Louis Basse pour, en direct sur Europe 1 et en ce dimanche de Pâques, les imprécations d'Artaud sur les vivants et les morts (Aliénation et magie noire). Et pour la voix de Denise Colomb (remixée par Christophe sur fond de piano) évoquant cette "petite merveille" en jupe plissée que fut Colette Thomas lors de la soirée de 1946 au Théâtre Sarah-Bernhardt (It Must Be A Sign).

Artaud, personnage central de cette énigme que constitue l'Affaire de ses dessins et manuscrits, disparus, envolés, réapparus, et dont le contenu fit l'objet de tant et tant de transformations et jeux de passe-passe. Des lecteurs aussi me le disent : vous avez écrit un polar ! Les personnages y sont hauts en couleur, les rebondissements de l'affaire savoureux et l'on y découvre bien des secrets jusqu'ici soigneusement gardés. Y jouer les Sherlock Holmes et les Hercule Poirot fut pour moi bien divertissant. D'autant que tout, dans cette histoire, est vrai.

LIBÉRATION - "L'Affaire des manuscrits d'Artaud, Thèse et antithèse."

L'article de Jean-Pierre Thibaudat est désormais accessible sur Internet (site de Libération). - La Lettre ouverte rédigée par moi en réponse à cet article (L'Affaire Antonin Artaud : Infaillibilités pontificales, 1995), lettre qui ne fut jamais ni publiée, ni mentionnée par Libération (pas plus que par quiconque) fait l'objet d'une publication intégrale dans mon livre L'Affaire Artaud (Fayard, mars 2009)

Libération répondra-t-il enfin à cette lettre ?
Rendra-t-il compte de l'ouvrage ?
Le silence perdurera-t-il ?


Les paris sont ouverts.

Lettre ouverte à Josyane SAVIGNEAU (Le Monde).

Pour les très bons et attentifs lecteurs de L'AFFAIRE ARTAUD, un échantillon de la lettre au Monde de septembre 1994. Cet extrait concerne la transcription des manuscrits du tome XXVI des Œuvres complètes d'Antonin Artaud :

"Ne peut-on soumettre ces manuscrits à un traitement scientifique permettant d'isoler les différentes couches d'écriture ? Il existe aujourd'hui des méthodes de traitement des manuscrits plus modernes que le recours à la loupe et à la lumière rasante. Des laboratoires français d'analyse textuelle ont déjà montré leur savoir faire en ce domaine.

Ne pourrait-on en faire profiter les manuscrits d'Artaud ?

Chacun de ces points appellerait un débat. La reponctuation, par exemple, de ces textes nous apparaît à nous comme une atteinte grave. Aussi grave que celle qui consisterait à laver le texte de Céline de ses insistants et répétitifs points de suspension... Aurait-on, d'un côté avec Céline, un trop-plein de points de suspension et, de l'autre avec Artaud, une pénurie de virgules ?
Ponctuer le texte d'Artaud revient en l'occurrence à assagir, ralenti et domestiquer le cours d'une pensée et d'une plume qui apparaît sur le manuscrit autographe comme particulièrement rapide, cursive, ne s'embarrassant précisément d'aucun arrêt et d'aucune stase. Et, là encore, arguer de la précise ponctuation par Artaud de textes antérieurs et "achevés", ne peut constituer un argument. La reponctuation de ces textes les dénature profondément.

Reste à savoir si le même "parti pris d'édition" a été appliqué à l'ensemble des inédits et aux tomes antérieurs des Œuvres complètes en cours de publication chez Gallimard ? La note inaugurale du tome XV, à laquelle Paule Thévenin se réfère dans le tome XXVI, le laisserait supposer. En l'absence, toutefois, de toute référence possible aux manuscrits d'Artaud, la question reste ouverte...

À toutes nos objections on rétorquera la passion, l'amitié, le dévouement, un long dévouement. Ceux-ci ne sont pas en cause. Mais ce ne sont, en aucun cas, des critères permettant de justifier du mode de transcription des manuscrits d'un auteur, le droit de l'auteur demeurant inaliénable.
Parmi les divers arguments qui ont pullulé ces dernières années, l'un d'eux m'est toujours apparu comme des plus étranges : celui qui consiste à soutenir que "seule Paule Thévenin" pouvait déchiffrer et transcrire les manuscrits d'Artaud. En plein XXe siècle, quel étrange critère, si peu scientifique, si troublant. Qu'est-ce qu'un texte qu'une seule personne pourrait déchiffrer ? Se l'est-on demandé ?

De quoi parle-t-on aujourd'hui ? A quoi s'intéresse-t-on ? À l'œuvre d'Artaud ? Ou à l'"œuvre" de Paule Thévenin ? Un transcripteur n'a pas pour vocation de rester anonyme, mais il a assurément pour vocation d'être transparent. Est-ce ici le cas ? Et que cherche-t-on à dissimuler derrière ce tonitruant anonymat ?
"Artaud réincarné" titrait l'an passé, le Magazine littéraire, en tête d'un article dont on pouvait se demander jusqu'à quel point il prenait cette affirmation au pied de la lettre ! - Les intellectuels ont parfois de ces dérives..."
(L'Affaire Artaud, Journal ethnographique, Fayard, mars 2009, pp. 10-12 du document)

Ferdière et L'ORIGINE DU MONDE (de Courbet).

Pour Bernard Teyssèdre.


Ferdière fut proche des surréalistes et des surréalistes belges. Sa dernière compagne, peintre, fut Jane Graverol, elle-même très active dans les milieux surréalistes belges et qui connut bien Magritte. Il est donc plausible (mais pas certain) que cette dernière ait pu réaliser une copie du tableau possédé par Lacan. D'autant que Ferdière connaissait Lacan depuis la fin des années 1930. Et qu'ils partageaient assurément le même goût pour les "curiosa" et œuvres insolites dont pouvait relever, à l'époque, le tableau de Courbet.
Peu conventionnel, avec des tendances anarchistes, Ferdière fut parfois en délicatesse avec sa hiérarchie. Ce qui peut expliquer son absence du comité de rédaction de certaines revues, comme Aesculape.

jeudi 26 mars 2009

RODEZ 2009. - ARTAUD dans tous ses états
(du 1er au 31 mars).

Antonin Artaud dans le rôle de Marat (Abel Gance, Napoléon).
© Guy Brunet. 2009.

Depuis dix ans, à l'ombre de la flèche de grès rose de la cathédrale de Rodez, Mireille Larrouy consacre le mois de mars à Antonin Artaud. Elle ne se contente pas d'entretenir dans la ville la mémoire vive de celui-ci. Elle organise autour du personnage spectacles, rencontres, débats, créations multiples, prolongeant ainsi dans le réel l'extraordinaire vie du Mômo. - "Regards d'artistes sur Antonin Artaud" : 30 artistes de l'Aveyron exposent cette année à Rodez, à la Chapelle Paraire. L'an dernier, ce fut un hommage au "monde rêvé de Guy Brunet", artiste autodidacte, tombé dès l'enfance dans la potion magique du cinéma et qui réinvente celui-ci, en produisant affiches, scénarios, films, silhouettes en pied des acteurs du 7e art. - Rodez fut le dernier lieu d'internement du poète. Longtemps, il put sembler difficile d'y faire revivre son œuvre multiforme. Aujourd'hui, on découvre que tous les débats y sont précisément possibles et à mener : sur le théâtre, le cinéma, l'écriture, la folie, la psychiatrie... - Un grand moment de vie, d'art brut et d'art tout court.

"Regards d'artistes sur Antonin Artaud". Catalogue d'exposition, Espace Antonin Artaud, Rodez, 2009.
"Le Monde rêvé de Guy Brunet". Catalogue d'exposition, Espace Antonin Artaud, Rodez, 2008.
Association Rodez-Antonin Artaud : artaud.rodez@neuf.fr

Le Monde d'ANDY WARHOL

L'actualité me remet en mémoire une très ancienne découverte. Celle, dans les années 1970, de l'univers FLASHY d'Andy Warhol et de la Factory. En 1982, connaissant mon goût pour le peintre, Art Press me demande un article pour un spécial "Audiovisuel". Repris dans "Hôtel des Amériques", le texte est consacré au traitement par Warhol des médias, à son intérêt pour la télévision. Il s'achève sur les visages, ce fameux traitement des visages qui est le sien, propre à sublimer tout un chacun, à transformer en icône artistique ceux qui furent dans la vie de passagères icônes du spectacle, du show-biz ou du monde politique. - Plus de 20 ans plus tard, en 2006, je reviendrais, dans une conférence à Bruxelles, sur le goût prononcé de Warhol pour la catastrophe, le fait divers, l'événement : "Ce qui arrive... d'Andy Warhol à Paul Virilio" ("Les Formes contemporaines de l'art engagé", Bruxelles, La Lettre volée/Iselp, 2007). - Warhol fait aujourd'hui partie du quotidien. Ses figures, son art, son personnage même sont devenus "très mode" ! Espérons que les visages créés conserveront dans l'esprit des visiteurs des expositions en cours quelque chose de leur aura. De leur beauté. Que l'exposition ne se résume pas à n'être qu'ANDY WARHOL AU PAYS DES PHARAONS de la quotidienneté !

dimanche 8 mars 2009

Florence de Mèredieu — L'AFFAIRE ARTAUD
Journal ethnographique (Fayard, 2009)

"L'Affaire Artaud" défraie depuis quelques décennies la rubrique des médias. — Blocage de la parution des Œuvres complètes du poète. Procès en cascade. Mise en cause de la transcription des cahiers manuscrits. Virulentes et ostentatoires campagnes de presses, à charge ou à décharge des uns et des autres.
Miroir de la vie intellectuelle des années 1948-2008, l'Affaire Artaud apparaît comme un feuilleton médiatique, les journaux (Combat, Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, La Quinzaine littéraire, etc.) ayant assuré une sulfureuse carrière posthume au poète, mort à Ivry en 1948.

L'Affaire Artaud met en scène un poète maudit (Antonin Artaud), des manuscrits et dessins, une Grande Prêtresse (Paule Thévenin), une maison d'édition réputée (Gallimard), une famille (les Artaud-Malausséna), quantité de medecine men (Gaston Ferdière, Jacques Lacan, etc.), des intellectuels de renom (Jean Paulhan, François Mauriac, André Malraux, Jacques Derrida, Philippe Sollers, etc.), de grandes institutions (la Bibliothèque nationale de France, le Centre Georges-Pompidou, etc.), des avocats devenus de puissants hommes politiques (tel Roland Dumas).

L'histoire comporte des familles, des clans, des tribus et des gourous, des "medecine men", des reliques, des magiciens, des éditeurs et des illusionnistes, des journalistes et des avocats, des collectionneurs et des intellectuels réputés. Elle s'est déroulée à l'ombre de prestigieuses institutions et jusqu'au cœur de l'État. Largement abreuvé d'informations qu'il ne peut maîtriser, le grand public ignore tout de ce qui s'est tramé, durant soixante ans (1948-2008), autour de l'œuvre de l'un des plus grands écrivains du XXe siècle.

Largement médiatisée, l'Affaire Artaud demeure, cependant un sujet tabou. Un haut lieu de secrets auxquels bien des protagonistes de l'Affaire n'ont, eux-mêmes, pas eu accès. On s'interrogera sur les arcanes de cette histoire qui s'apparente souvent à un gigantesque marché de dupes.

Entrée il y a 25 ans au cœur de l'Affaire, Florence de Mèredieu assiste et participe à ses rebondissements. Ce "Journal ethnographique" relate les évènements, recense les documents et décrit ce que furent — en arrière-plan — les mœurs et les pratiques de ses différents protagonistes.

L'AFFAIRE ARTAUD - Journal ethnographique (Fayard, 2009)

Tout ce que vous auriez voulu savoir sur l'Affaire Artaud. Tout ce que vous n'auriez même pas imaginé.

L'Affaire Artaud fut aussi — et peut-être surtout — une grande Affaire médiatique. S'attacher à la décrire amène inéluctablement à esquisser une certaine histoire de la presse (Combat, Le Monde, Libération, La Quinzaine littéraire, etc.) et de l'édition (Gallimard). Sans compter la description des relations complexes qu'entretiennent ici le droit et la littérature.

Univers des réseaux, de la presse et des médias. Mondes cloisonnés de la psychiatrie. Grandes Institutions travaillant à l'ombre de l'État et dans les arcanes du pouvoir (Bibliothèque nationale de France, Centre Georges Pompidou, etc.). Intellectuels soucieux de traiter le poète mort à Ivry en mars 1948, à la façon d'un porte-étendard. Matière première de gloses interminables, le Grand Œuvre d'Artaud n'a pas cessé d'alimenter l'histoire littéraire et journalistique.

Florence de Mèredieu - Petit curriculum

Écrivain, essayiste, Florence de Mèredieu a enseigné l'esthétique et la philosophie de l'art à l'Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne). Entre 1994 et 1996, elle est chercheur détachée au CNRS (Centre de recherches des arts et du langage, EHESS).
Elle est l'auteur de fictions (Une si petite anthropophage, Des Femmes, 1981, Télévision, la lune, Des Femmes, 1985, Borges & Borges illimited, Paris, Blusson, 1993, Duchamp en forme de ready-made, Paris, Blusson, 2000. Et Beckett se perdit dans les roses, Paris, Blusson, 2007) et de nombreux ouvrages sur l'art moderne et contemporain ( Le dessin d'enfant, Blusson, 1990 ; André Masson, les dessins automatiques, Paris, Blusson, 1988, Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Paris, Bordas, 1994, Larousse, 1999, Nouvelle édition augmentée, Larousse, 2004 et 2017, "Hôtel des Amériques", essai sur l'art américain, Paris, Blusson, 1996, Kant et Picasso, le "Bordel philosophique", Nîmes, Jacqueline Chambon, 2000. Arts et nouvelles technologies, art vidéo, art numérique, Paris, Larousse, 2003, etc.)
Elle a consacré dix ouvrages à Antonin Artaud — Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, (Blusson, 1984, 2008 et 2019 : édition enrichie de 22 images couleur hors-textes), Antonin Artaud, Voyages, 1992 ; Antonin Artaud, les couilles de l'Ange, 1992 ; Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, 1996 ; La Chine d'Antonin Artaud/le Japon d'Antonin Artaud, 2006, une biographie : C'était Antonin Artaud (Fayard, 2006).Et : L'Affaire Artaud, Journal ethnographique (Fayard, 2009), Antonin Artaud dans la guerre. de Verdun à Hitler. L'hygiène mentale (Blusson, 2013), Vincent Van Gogh Antonin Artaud, Ciné-roman ciné-peinture (Blusson, 2014).
En 1994-1995, Florence de Mèredieu adresse au Monde et à Libération deux Lettres ouvertes sur l'Affaire Artaud.
Derniers ouvrages parus : Van Gogh. L'Argent, l'or, le cuivre, la couleur (Blusson, 2011), ouvrage consacré aux relations de Van Gogh à l'argent et la religion et "l'être de l'étant" de la tatane de Van Gogh (Blusson, 2011). Ce dernier ouvrage porte sur la controverse Heidegger, Meyer Schapiro, Derrida autour des "Souliers" de Van Gogh.

Le Tout dernier ouvrage, BACON,ARTAUD, VINCI. Une blessure magnifique (Blusson, 2019) revisite à nouveau l'histoire de l'art, en rapprochant les trajectoires différenciées et perturbées de : Francis Bacon Antonin Artaud et Léonard de Vinci.
Elle a collaboré à de nombreuses revues et ouvrages collectifs (Parachute, Art Press, Communications, Les Cahiers du Centre Georges-Pompidou, La revue d'Esthétique, Vertigo, etc.). Entre 1978 et 1991, elle écrit régulièrement dans La Nouvelle Revue Française (revue de Gallimard).

Interventions à l'étranger : Florence de Mèredieu a effectué de nombreuses missions et de très nombreuses conférences à l'étranger. Sur l'art moderne et les nouvelles technologies et sur Antonin Artaud (Québec, Etats-Unis, Japon, Chine, Brésil, Gabon et Europe : Belgique, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, etc.)
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dimanche 1 février 2009

"PICASSO ET LES MAÎTRES".

Grand raoût final pour une des expos les plus médiatiques et les plus étranges de l'année. Le veau d'or. La foule. L'art et l'argent. — Cette expo, j'ai tenu (tout de même) à la voir il y a quelques mois. — Pour Picasso. Pour les grandes toiles exposées. — Et puis, j'avais consacré une partie de mon livre ( sur Kant et Picasso) aux relations de Picasso avec l'histoire de la peinture et les grands maîtres !
Un Rembrandt extraordinaire. De sublimes toiles des grands maîtres de la peinture. — La mise en espace m'a semblé faire problème. Avec un simulacre des Ménines (de Vélasquez) suspendu en l'air.
La juxtaposition des toiles de Picasso et des toiles d'Ingres, Goya, Titien, Rembrandt, Le Greco, etc., repose sur un malentendu. Picasso n'avait pas le nez sur ces œuvres. C'est de mémoire ou à partir de reproductions (de manière distanciée) que Picasso a peint ses toiles, ou ses "pastiches". Voir ensemble ce qui serait la toile et son "modèle" est assez faux. Picasso ne copie pas, ne reproduit pas. Il interprète, reconstruit, déconstruit.
On aurait donc pu demander le même "travail" au spectateur : qu'il contemple les toiles "des maîtres" et qu'ensuite, dans une autre salle, face aux "Picasso", il fasse jouer sa mémoire, son imagination.
La confrontation des toiles de Picasso à ce qui serait leur original "tue" les toiles de Picasso. A chaque fois l'original semble plus puissant. — Mais c'est la confrontation et la comparaison qui est fausse. Les savantes déconstructions de Picasso sont à envisager comme un bloc, un ensemble. En conservant la simple idée, le seul souvenir, le seul "diagramme" des œuvres initiales. Et, à ce niveau là, Picasso tient. — De manière magistrale.

Le jour où la planète entière sera dans la rue

29 janvier : journée de manifestations et de défilés en France. Je me dis qu'un jour peut-être, la planète entière sera dans la rue. Ce qui présuppose un monde urbain. Irait-on défiler dans la campagne ou en pleine forêt ? — Toutes les villes du monde pourraient-elles un jour se retrouver derrière des banderoles communes ? Sao Paulo et son tissu urbain si serré. Tokyo, la tentaculaire, avec ses échangeurs, ses buildings et ses quartiers traditionnels. Shanghai (dans les décades à venir) et ses constantes mutations. New York et le prodigieux décor de ses gratte-ciels, Marseille, ouverte sur la mer, les îles et jusqu'aux lilliputiens villages calabrais, accrochés à leur décor de roches…
Un photographe (qui ne serait plus pour l'occasion Yann Arthus-Bertrand mais un quelconque martien) pourrait prendre une vue panoramique et très lointaine de la planète.

Crise de l'art / Crise de réalité

On a beaucoup parlé ces dernières décennies de "crise de l'art". L'idée m'est toujours apparue comme singulière. L'art, sans doute, ne s'est jamais si bien porté. Il est florissant, multiple et occupe souvent le devant de la scène. — La crise, c'est dans la réalité qu'il faut la situer. Et là, elle est profonde. Endémique. Pas de crise de l'art donc, mais une CRISE DE REALITE. — Que l'art alors (un art de plus en plus éphémère, ludique, et souvent narcissique) puisse être en désaccord avec une réalité malade, cela peut être le cas. — C'est cela qui devrait nous interroger.

jeudi 29 janvier 2009

Futurismes

L'exposition "Le Futurisme à Paris" vient de fermer ses portes. - Une exposition triste et très académique. Le meilleur en était dans les vitrines (tracts, manifestes) et non sur les cimaises où (en dehors de quelques toiles de Picasso et de Georges Braque) avaient été privilégiés les œuvres des épigones du cubisme. Le public n'aura eu, hélas, du Futurisme qu'une image bien poussiéreuse et très éloignée de la fermentation qui fut celle de ce mouvement qui demeure l'une des avant-gardes les plus importantes du XXe siècle et dont l'influence ne s'est pas exercée sur le seul cubisme.
À mettre à part la programmation, assurée par Giovanni Lista, de ces films futuristes qui nous permettent de retrouver l'atmosphère de l'époque et en disent plus sur l'esthétique futuriste que la confrontation (ô combien scolaire) entre la peinture futuriste et ses épigones parisiens. - Quant à la question des liens entre le futurisme finissant et la montée des fascismes dans l'Italie d'avant 1939, elle aurait sans doute mérité une mise à plat et un débat de fond.

lundi 26 janvier 2009

Un BLOG sur "le blog".

©FDM

Ouvrir un BLOG. Créer, sur Internet - cet espace blanc et indifférencié, ce grand lieu vide - une interface, un lien à partir duquel se tisseront quelques échanges.

Un BLOG ? - Cette chose étrange et si contraire à ma nature. J'appartiens à la civilisation du livre. J'y suis profondément enracinée. Le livre est pour moi ce lieu magique, tout à la fois proche et distancié, où s'effectuent des rencontres qui n'ont que faire des catégories de l'espace et du temps. Le livre m'a permis de tisser des dialogues avec des modes de pensée reculés, très anciens. Et sans doute de nourrir à mon tour quelques imaginaires.

Un "BLOG" entretient une relation d'extrême proximité avec ce que l'on nomme l'"actualité". - J'ai toujours vécu dans une temporalité différente. Je ne colle pas à l'actualité. J'y suis toujours décalée, dé-située. Délibérément en retard et, peut être (quelquefois !) "en avance". Alors ? - Retard en verre, comme aurait dit Duchamp. Je ne suis jamais, là - hic et nunc - en ce moment qui, d'ailleurs, a déjà fui.
Comment donc, et pourquoi, ouvrir un "BLOG" : cette lucarne sur l'actualité ? - Sinon pour prolonger l'aventure du livre, de chacun de mes livres, montrer quelles en sont, à chaque fois, les racines, les avatars, les prolongements. Indiquer de quelle manière, ils ont été imbriqués dans des voyages, des lectures, des expériences, à chaque fois singulières. Retracer l'ensemble des aventures périphériques qui servent de tuf et de matière première à ces objets dont j'apprécie d'abord la dimension matérielle. - Livres d'images et de papier. Véhicules et supports de mots, de textes, de signes qui "résistent" et entendent ainsi constituer ce que l'on nomme une "pensée". Un univers.

Comment se sont écrits mes différents livres ? Ce sera là l'objet de ce BLOG. Qui se prolongera des réactions que provoquent en moi les évènements du monde. Et de ces paroles (les vôtres) qui viendront perturber ou prolonger cette rêverie qui est la mienne.