jeudi 4 février 2010

BOLTANSKI : "PERSONNES". LA DÉPOUILLE ET LA FRIPE.

Christian Boltanski,"PERSONNES". Photographie ©FDM

L'étonnant monde de la "fripe". Du vêtement usagé, délaissé, déjà porté. Vêtement qui possède une histoire, une usure.

Cet après-midi, après la visite de "Personnes", l'exposition de Boltanski, j'ai voulu retourner aux "Puces" de Montreuil, dans ce marché où le lundi pullule la fripe. Royale, dérisoire ou innommable. Chiffons ou reliques qui abritèrent un temps d'autres chairs, d'autres corps, et où nous cherchons quelque vêture originale, passée de mode et déconstruite.

J'ai toujours été friande de ces marchés aux "Puces" et les ai fréquentés en bien des lieux sur le pourtour de la planète. À New York où l'on trouve d'élégants résidus des années 1930 et quelques "kitcheries" des années 1970. Au Japon où s'entassent les tas de kimonos usagés : soyeux, somptueux. À Pékin sur ces marchés où tout est toujours faux. Mais parfois si bien patiné.

La fripe de Montreuil est plus hasardeuse. C'est que la fripe est un monde complexe. Le vêtement semble indéfiniment recyclable et, à côté de la fripe avantageuse et "vintage", il est d'autres tas plus informes. Sur le pourtour du périphérique de la Porte de Montreuil et dans les allées adjacentes du marché, ce que l'on découvre c'est le "lumpen prolétariat" de la fripe : le chiffon devenu innommable, sali, mêlé aux détritus de toutes sortes.

Au sein de ces "ordures", il est pourtant, si l'on y regarde bien, de "beaux restes" et, parfois, une perle. Tant est hasardeux le cheminement qui mène du produit de consommation (courante ou bien de luxe) à l'improbable dépouille ou défroque.

L'installation de Boltanski sent la fripe. Elle est constituée de ces vêtements portés, usés, rapiécés, puis abandonnés. Elle relate des histoires qu'on ignore. — "Personnes" : l'œuvre porte bien son nom. Les vivants et les morts se sont absentés de toutes ces peaux, ces défroques, ces chiffons.

Nous suivons la trace de ces fantômes, nous habillons de leurs défroques, habitons peut-être leurs vies passées…

2 commentaires:

  1. "...C'est un geste, à nul autre pareil, qui vient de nulle part, du hasard, de la nécessité...
    Le plus étrange, c'est le hasard, toujours, qui fait tendre la main et piocher dans le tas....Surprises, merveilles..."

    Je vous écrirai de Dakar, Sénégal marché Front de Terre, marché Gueule Tapée et vous enverrai des images...
    J'aime votre contribution et l'écriture sur les "fripes". Love. Sylvette.

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  2. Oui, Sylvette, la main du hasard.
    J'attends votre lettre et vos images.

    Et puis, quel nom ! Le "marché Gueule Tapée" !
    Gueule frappée !

    Oui, oui, j'attends…

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