mardi 21 juin 2011

MIRRORS. REFLECTIVE MATERIALS. BRILLIANT TEXTURES. ART BASEL 2011.

©FDM

Art Basel has just closed its doors. Exit therefore believed 2011. The grand ceremony of contemporary art will reappear in June. It will contain the same major art galleries, those that contribute to maintain the rating of recognized artists and others, younger, often from what is called the art scene of the so-called emerging countries. In recent years, the trading center of these products are very popular as the works of art has shifted to Asia. The Chinese are now very active and this 42nd edition of the Fair hosted a few galleries in the Middle East.

The application of the art market is not sufficient to generate undeniable talent. Contemporary art exhibited here often tends to repeat, repeat, and seem to seek. Notable in this regard, the ubiquity of "Pollock" that is reappearing here and there in the fair: the form of a facility, including a scale model replica of a model or dripping (Robert Kusmirowski, Variations on a Theme of Jackson Pollock, 2011) or even under the species of Blue Poles to expect on a stand. The original, we know, is in Australia, in Canberra. The one here proposed, exhibited, offered is a replica ("It's not a Pollock"), mechanical and well oiled. "Perfect." Too perfect. The most contemporary art will be well managed to transform some of the works of one of the major painters of the twentieth century "crusts" that can adorn your dining room, office or the lobby of the headquarters of your company.

Beside so sure values (the Picasso, Bacon, Tapies, Miro, Rauschenberg and Louise Bourgeois ...) and now confirmed artists (such as Anish Kapoor, as everywhere in this show are currently on the international scene) or artists (such as Marlene Dumas) confirm their importance, the young art scene is a frequent in the glitz and kitsch. The materials are intended to be spectacular. Bright colors. Polished surfaces. Beads. Mirrors. Reflective materials. Brilliant textures. Navigating in the world of reflections and the "bling-bling." This art needs to SHINE.

Some international aesthetic and decorative, very strong by design, is thus established, which is probably as advice to new managers as the tastes of art, folklore and certain « habitus » cultural newcomers. Contemporary Chinese culture (which appreciates above all the bright colors, shiny reflections) it would require little by little his trademark ? And here it must be said, too many Kitsch kills Kitsch. In some stands, there is often only one desire, that of taking his legs to his neck ... to escape the noisy exhibition of objects, reflections, to find - not far from tram - the austere purity of the steel plates of Richard Serra, minimalism and a Brancusi's endless column timeless (Fondation Beyeler). - We will come back.

In this Fair, and the turning lanes, I liked a lot, passionately, madly : the blue of the installation of James Turrell (Joecar Blue, 1968), so enhanced by the shadows of the visitors, the heart sewing machine, by Louise Bourgeois (red and pink between the rolls of blue yarn and sew for the darning, Heart, 2004), the white structures, air and skeletal (made of letters as suspended in space) by Jaume Plensa, the effectiveness of cosmetic slogans of Barbara Kruger (I Thought You Were Someone Else, 2008), the plump white marble and a small figurine of Botero (1932), cracks, holes, tears and burns by Fontana, Millares, Burri... And again, a jumping jack of Sophie Taeuber-Arp (1918), « La Fontaine Butterfly », Rebecca Horn (2011): a blue liquid flows from a funnel, the butterfly's wings began to vibrate. Or the film, this beautiful film - framed, framed so constantly - Lewis Baltz (Candlestick Point, 1984-1988). Or - but how not to end! - the installation-sided row of Dan Flavin : the neon colored tubes radiate a light that turns gradually progresses to the visitor. The overall vision gives way to close. And then everything changes. See you in another sensory register. Touch. Terribly touch.

* Florence de Mèredieu, Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne et contemporain, Larousse, 2008.

dimanche 19 juin 2011

ART BASEL 42. (2011).

©FDM

La Foire de Bâle vient de fermer ses portes. Exit donc le cru 2011. La grande cérémonie de l'art contemporain réapparaîtra en juin prochain. On y retrouvera les mêmes grosses galeries d'art, celles qui contribuent à entretenir la cote des artistes reconnus et d'autres, plus jeunes, en provenance souvent de ce que l'on nomme la scène de l'art des pays dits émergents. Ces dernières années, le centre marchand de ces produits très courus que constituent les œuvres d'art s'est déplacé vers l'Asie. Les chinois sont désormais très présents et cette 42e édition de la Foire a accueilli quelques galeries du Moyen-Orient.

La demande du marché de l'art ne suffit toutefois pas à engendrer d'incontestables talents. L'art contemporain ici exposé tend souvent à répéter, redire, et semble bien se chercher. Notable à cet égard, l'omniprésence d'un "Pollock" que l'on voit réapparaître çà et là dans la foire : sous la forme d'une installation, incluant en modèle réduit une maquette ou reproduction d'un dripping (Robert Kusmirowski, Variations sur un thème de Jackson Pollock, 2011) ou sous les espèces encore de ce Blue Poles qui vous attend sur un stand. L'original, on le sait, se trouve en Australie, à Canberra. Celui qui est ici proposé, exhibé, offert est une réplique (« Ce n'est pas un Pollock »), mécanique et bien huilée. « Parfaite ». Bien trop parfaite.

L'art le plus contemporain sera ainsi parvenu à transformer certaines des œuvres d'un des peintres majeurs du XXe siècle en "croûtes" susceptibles d'orner votre salle à manger, votre bureau ou le hall du siège de votre entreprise.

À côté donc des valeurs sûres (les Picasso, Bacon, Tapiès, Miro, Rauschenberg ou Louise Bourgeois...) et d'artistes désormais confirmés (comme Anish Kapoor, omniprésent dans cette foire comme actuellement sur la scène internationale) ou d'artistes qui (telle Marlene Dumas) confirment leur importance, la jeune scène artistique donne fréquemment dans le Kitsch et le clinquant.

Les matériaux utilisés se veulent spectaculaires. Couleurs vives. Surfaces polies. Perles. Miroirs. Matières réfléchissantes. Textures brillantes. On navigue dans le monde des reflets et du « bling-bling ». Cet art se doit de BRILLER.

Une certaine esthétique internationale et décorative, très marquée par le design, se met ainsi en place, qui doit sans doute autant aux conseils avisés des nouveaux managers de l'art qu'aux goûts, au folklore et à certains habitus culturels des nouveaux arrivés. La culture chinoise contemporaine (qui apprécie avant tout les couleurs vives, les rutilances et les reflets) imposerait-elle peu à peu sa marque de fabrique ?

Et là, il faut bien le dire : trop de Kitsch tue le Kitsch. Sur certains stands, on n'a souvent plus qu'une envie, celle de prendre ses jambes à son cou..., de fuir ces bruyantes exhibitions d'objets, de reflets, pour retrouver - à quelques encablures de tramway - l'austère pureté des plaques d'acier de Richard Serra, le minimalisme d'un Brancusi et de son indémodable colonne sans fin (Fondation Beyeler). - Nous y reviendrons.

Dans cette Foire, et au détour des allées, j'ai aimé, beaucoup, passionnément, à la folie : les bleus de l'installation de James Turrell (Joecar Blue, 1968), si bien mis en valeur par les ombres projetées des visiteurs, le cœur machine à coudre de Louise Bourgeois (rouge et rose entre les cylindres bleus des bobines de fil destinées à le recoudre et repriser, Heart, 2004), les structures blanches, aériennes et squelettiques (faites de lettres comme suspendues dans l'espace) de Jaume Plensa, l'efficacité esthétique des slogans de Barbara Kruger (I thought you were someone else", 2008), le marbre blanc et dodu d'une petite figurine de Botero (1932), les fentes, trous, déchirures et brûlures des Fontana, Millares, Burri...

Et encore : un pantin articulé de Sophie Taeuber-Arp (1918), La Fontaine du papillon de Rebecca Horn (2011) : un liquide bleu s'écoule d'un entonnoir ; les ailes du papillon se mettent à vibrer. Ou ce film, ce très beau film - cadré, en permanence si bien cadré - de Lewis Baltz (Candlestick Point, 1984-1988).

Ou - mais comment ne pas en finir ! - l'installation-couloir biface de Dan Flavin : les tubes de néons colorés diffusent une lumière qui se transforme au fur et mesure de la progression du visiteur. La vision d'ensemble cède la place au gros plan. Et là tout bascule. On se retrouve dans un autre registre sensoriel. Tactile. Terriblement tactile.

mardi 7 juin 2011

ALEXANDRA DEMENTIEVA, « CONTACT FIELD ».

Installation interactive, Bruxelles-Venise, 2011.
« We are Here », Université Ca' Foscari, Venise.
04.06 / 02.07.2011

De Venise, Alexandra Dementieva m'envoie ces informations sur l'installation qu'elle vient de monter à Venise dans le cadre de l'exposition « We are Here ». Je vous retransmets son texte et cette image.

Nota bene : Une aide à la traduction (google traduction) se trouve en haut à droite de ce blog.

"The principal feature of the Human Being is his desire to communicate, to create links, to exchange ideas, to discover. Since forever, people have been in constant movement. First they met nearby tribes, later established connections with other countries and continents. Bringing along their culture and tools and exchanging them with others, they enriched themselvesand this process was expressed in technological and spiritual development. It as not always been this way, but I want to focus now on their endeavor for enlightenment-illumination.
One of the sweetest dreams of mankind was to meet other intelligent life. There are a lot of legends and myths devoted to this subject.
Recently, scientists published their hypothesis that very soon they would have to discover a planet that will have very similar life conditions to ours.
This installation is the "landing field" at the University of Venice.
To mark it, the author uses a sign - the pictogram 'PLAY'. The meaning of it is known to everyone and understandable for any intelligence : to start action. It is like an invitation for the aliens to land and open a new era together with humans.
Its shape will be cut in lawn grass and can stay there throughout the summer. In the evening, when it becomes dark, the sign could be lit by the viewer breathing into the flow detector that will be installed on a podium right in front of the grass' pictogram.
For this purpose, the author uses the LED lamp strip, putting it on around the shape. It will be invisible during the daytime and begin functioning in the night." (A.D.)

Università Ca’ Foscari Venezia

lundi 6 juin 2011

ARTAUD. « L’HOMME ET SA DOULEUR ». COMMENTAIRE D’UN DESSIN.

Tapuscrit original (1946)
du commentaire du dessin "L’Homme et sa douleur".

"L’HOMME ET SA DOULEUR". – Aux environs d’avril 1946, Antonin Artaud réalise à Rodez un dessin, accompagné d’un commentaire qui fut dactylographié. Il donne alors le tout à son médecin.

Ce tapuscrit original, signé de la main d’Artaud et comprenant de nombreuses corrections orthographiques de la main du poète, sera conservé par le Dr Latrémolière. C’est au domicile de ce dernier que nous eûmes l’occasion, en 1984, de clicher ces documents (dessin et tapuscrit) en vue de l’édition de notre ouvrage sur les dessins du poète, Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris (Blusson, 1984 ; réédition 2008).

La mention, «… pour le remercier de ses électrochocs
 », ne figure pas sur le tapuscrit original qu’Artaud remet (en même temps que son dessin) à son médecin à Rodez aux alentours d’avril 1946.

Le commentaire de ce dessin est publié en 1978 par Paule Thévenin dans son édition (publication posthume) de Suppôts et Suppliciations (tome XIV* des Œuvres complètes, Gallimard).
Avec, sous le titre initial, un ajout [ultérieur] d'Artaud :

« Commentaire d’un grand dessin fait à Rodez
et donné au docteur Jacques Latrémolière
pour le remercier de ses électrochocs.
 » (p. 46).

Que s’est-il passé ? — Sorti de l’asile, Artaud rentre à Paris, reçoit commande pour un ouvrage et entame la réunion des textes devant composer Suppôts et Suppliciations. Entre novembre 1946 et février 1947, le poète dicte à Luciane Abiet une partie des textes devant composer le recueil.

Une note de Paule Thévenin situe et explicite (en 1978) ce « sous-titre », dont elle précise qu’il a été « ajouté ultérieurement et en deux temps. Les deux premières lignes ont été écrites à l’encre bleu-noir par Antonin Artaud au moment de remettre un double de cette copie à Luciane Abiet, afin qu’elle en fasse une nouvelle frappe, destinée à Suppôts et Suppliciations. (…) La dernière ligne du sous-titre, qui lui donne toute son ironie, a été ajoutée à l’encre bleue sur la nouvelle copie établie par Luciane Abiet. » (note 1, p. 258.).

Cette note explicative disparaît des éditions successives de ce commentaire du dessin (Catalogue du Musée Cantini, 1995, et Quarto, 2004).

La disparition de cette note est tout à fait regrettable, car isolée de son contexte, cette formule (« pour le remercier de ses électrochocs ») peut prêter à confusion et perdre ce caractère d’ironie qui la marque. L’histoire et l’histoire de l’art se doivent d’être précises.

Cette phrase ne figure pas dans le commentaire qu’Artaud confie originellement à son médecin. Il s’agit d’un ajout tardif, effectué par le poète alors qu’il n’est plus à l’asile et ne se trouve plus en contact avec le Dr Latrémolière.

La suppression de cette note, la non situation et non datation de cette formule « ajoutée » ne peuvent qu’entretenir la confusion. Sur un sujet hautement sensible. Artaud n’a effectivement cessé de s’insurger avec virulence contre le traitement à l’électrochoc. Ce dont témoignent la totalité de ses textes, ceux de Rodez et ceux du retour à Paris.

Il paraît donc fondamental de demeurer prudent dans l’utilisation de cette formule et d’en éviter tout usage intempestif.

Suppôts et Suppliciations : le livre ne se fera finalement pas du vivant d’Artaud ; l’ouvrage restera à l’état de chantier, ce que j’ai pu constater lorsque j’en ai consulté le dossier à la Bibliothèque nationale entre 2004 et 2006. Ce que corrobore Paule Thévenin dans ses notes : « A sa mort ; la copie de Suppôts et Suppliciations était loin d’offrir un texte assez sûr pour être publié tel quel » (p. 233.). Le texte définitif n’ayant été ni établi, ni vérifié par Artaud, Paule Thévenin s’est alors heurté à de grandes difficultés dans l’établissement de ce texte. Elle en donne de nombreux exemples dans ces mêmes notes.

Artaud révisait ses textes et les révisait souvent sur les épreuves finales destinées à l’impression. Paule Thévenin le dit très nettement dans de nombreuses notes : pour Suppôts et Suppliciations, ce jeu d’épreuves définitives (et révisé par Artaud) n’existe pas. Le poète aurait-il, dans une version définitive (et prête pour l’impression) de son texte, conservé cet ajout ? La question reste ouverte.

Sur les usages de cette formule : Festival de l'histoire de l'art.

vendredi 3 juin 2011

ANTONIN ARTAUD ET LA GRÈCE : « GUÉRIR EN PLONGEANT ».

Ulysse et les sirènes
(Relevé d'un vase grec, Ve siècle avant J-C).

« Sa plainte venait d’au-delà du temps, et comme portée par l’écume d’une vague sur la mer Méditerranée, un jour inondé de soleil ; cela ressemblait à une musique de chair qui se propageait à travers les ténèbres glacées. C’était, réellement, la voix de la Grèce archaïque, quand du fond du labyrinthe Minos voit se cristalliser soudain le Minotaure à la chair virginale. »
(Antonin Artaud : sur la prestation de Génica Athanasiou dans l’Antigone de Cocteau, Œuvres complètes, VIII-217).

Artaud est profondément marqué par le monde grec, les Mystères d’Eleusis, la naissance de la tragédie et les figures des mythes archaïques. Les origines de sa famille maternelle (qui parle le grec) sont levantines. Sa petite enfance est méditerranéenne. Au collège, il étudie le grec ancien dont bien des consonances répparaîtront plus tard dans ses poèmes et glossolalies.

En 1922, aux côtés de Génica Athanasiou (Antigone), il tient le rôle du devin Tirésias dans l’Antigone de Cocteau, pièce montée avec des décors de Picasso et une musique d’Arthur Honegger.

Il manifeste alors une grande admiration pour Platon et pour Euripide. Son « théâtre de la cruauté » et l’ensemble de ses textes sur le théâtre s’abreuvent très précisément à des sources grecques (cf. Le Théâtre et son double). Jusqu’à la fin de sa vie, il restera hanté par les mythes du pourtour de la Méditerranée et fera, peu de temps avant sa mort, le projet de monter une pièce d’Euripide.

Moment grandiose : celui où l’interné de Rodez évoque dans ses cahiers son passage par le bureau de la surveillante de l’asile :

« La poétesse Euripide m’a reçu dans le bureau de la surveillante de l’asile de Rodez et m’a donné une chemise ». (Œuvres Complètes, tome XVIII)

Sur les relations d’Antonin Artaud et du monde grec on pourra écouter cette émission de radio réalisée par Gérard Gromer, le 31 juillet 2008, Sur le bateau d’Ulysse, « Guérir en plongeant » (fichier .zip à télécharger sur la page).

Lien Audio : « Guérir en plongeant ».

jeudi 2 juin 2011

LA MAISON LAURENTINE. « D’ABORD LES FORÊTS… OPUS 2 ».

Roumanie, 2009 ©FDM.

« La forêt de Catherine est pleine des arbres de tous les bois
et la forêt d’Yvonne un bois immense plein des arbres de toutes les forêts. (…)

Les bois doivent tenir des arbres passagers sinon ils sont des tronçons de forêts restantes.

C’est une affaire d’implantation,
les bois laissent passer le soleil par les trous et le divisent,
les forêts l’empêchent de pénétrer. »
(Antonin Artaud, Oeuvres complètes- XXI-147)

La première fois que j’ai entendu parler de la Maison laurentine, c’était au Québec, dans la petite ville de Granby, à l’automne 2010. Par Patrick Beaulieu, artiste québécois, auteur de parcours, d’installations et d’œuvres d’une grande poésie, qui fréquemment se réfèrent à la nature et participent d’un grand souci environnemental.

Animé par Pierre Bongiovanni, dont on connaît la ténacité et le patient travail accompli à Montbéliard en faveur de l’art vidéo et des nouvelles technologies, ce centre d’art (qui se veut « discret », ancré dans un lieu et un sol au point de vouloir s’y fondre) se situe entre les vallées de l’Aube et de l’Aujon, en plein cœur du futur Parc National des Forêts de « Feuillus en plaine ».

Cest là entre la Haute-Marne et la Côte d’Or que la Maison laurentine - et les populations environnantes - accueillent artistes résidents, visiteurs saisonniers, etc. Une population variée à laquelle on propose parcours, théâtre, expositions, musiques, performances. Et la rencontre avec des artistes venus de tous les horizons : France, Japon, Canada, Portugal, Uruguay, Mexique, Taiwan, Russie, etc.

Du 3 juillet au 25 septembre 2011, il s’agira pour l’ensemble des participants d’explorer le monde intermédiaire qui se trame et se tisse entre l’homme, la nature et l’animal. D’où l’idée d’un parcours artistique ponctué de lieux d’expositions mais aussi d’œuvres « invisibles », disséminées dans la nature et que les randonneurs pourront repérer à l’aide d’un GPS.

Aux habitants des vallées de l’Aube et de l’Aujon il a été demandé de fournir quelques « trésors » en leur possession : fragment de journal intime d’une jeune fille ayant vécu la déclaration de guerre de 1914, nid d’oiseau confectionné par son occupant à l’aide de guirlandes de Noël, etc. On est là aux lisières de l’art, dans le domaine de cette culture secrète et populaire dont nous demeurons friands.

A tous on souhaite de jolies découvertes. Et quelque enchantement dans les explorations et parcours en forêt.

La Maison Laurentine.

vendredi 27 mai 2011

ANTONIN ARTAUD ET L'ART BRUT.

Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris. 4e de couverture

"Le problème est ici celui de la marginalité par rapport à la marge même." (F. de M, Tribu, n° 10, 1985)

En 1985, je rédige pour la revue Tribu (animée par Richard Conte) un article sur l'éventuelle connivence ou parenté d'une possible mise en relation des dessins d'Artaud et des expressions graphiques marginales. J'y décrypte alors les relations complexes que l'on peut déceler entre les productions graphiques du Mômo, les auteurs d'art brut et les producteurs de graffiti.

En 2007, j'adjoins ce texte (sous une version enrichie et augmentée, accompagnée de pages inédites des Cahiers d'Artaud) à la réédition du livre sur les dessins d'Artaud que j'avais sorti (non sans d'énormes oppositions) en juin 1984.

La question est d'autant plus complexe qu'elle est précisément balisée sur un plan historique. Ferdière, "le médecin" d'Artaud, se montrera un fervent partisan et de l'art brut et de l'art thérapie. Quant à Jean Dubuffet, futur fondateur de la Compagnie de l'art brut et ami de Jean Paulhan, il rendit visite au poète, interné à Rodez, et s'intéressa immédiatement à ses dessins…

On comprend que la question soit surdéterminée. Je renvoie, pour le détail tout à la fois historique et théorique de la question, à ce chapitre de la version augmentée de Antonin Artaud, Portraits et gris-gris parue en 2007 (particulièrement aux pages 96 à 114).

Cette question est importante. D'autant que, comme je le soulignais dans ce texte, cela ouvre la voie à la recherche des singularités et des correspondances possibles entre les productions graphiques du poète et les dessins de quelques grands noms de l'art moderne et contemporain (les Cy Twombly, Joseph Beuys, De Kooning, Arnulf Rainer, etc.).

Quant aux "marginaux de l'art", je les salue ici. TOUS. Les graffiteux. Les illuminés. Les raboteux. Les perclus du crayon. Les ampoulés du façonnage. Les remplisseurs de surface. Les bourreurs d'espace et les créateurs de monde.

En sachant bien que la notion même d'art brut (art à la marge, expression singulière et de guingois) balaie - d'un trait - la notion même de hiérarchie en art…

A consulter :
Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne et contemporain, Bordas, 1994, Larousse, 2008. Artaud : 16 occurrences.
Sur le rôle de Ferdière et la question de l'art thérapie "appliquée" au poète, on lira "Nos amis les psychiatres » in L'Affaire Artaud, Fayard, 2009, pp. 293-357.

Antonin Artaud, Portraits et gris-gris.
Les dessins d'Artaud.

vendredi 20 mai 2011

jeudi 19 mai 2011

ORANGE. INDIGO. TURQUOISE. LES ECRASIS DE PASTEL D'ODILON REDON.

Odilon Redon, Ophelia (pastel), 1905 ©DR.

Intense découverte des pastels d'Odilon Redon. - Intense, parce qu'aucune reproduction ne peut donner la sensation gustative que procure la rencontre physique de ces pastels. Il faut avoir vu, palpé, goûté, apprécié in vivo la fraîcheur de cette matière qui vous fond littéralement dans la bouche. Comme le ferait un délicat sorbet.

On mesure ici la "modernité" de ce peintre demeuré pour l'essentiel méconnu et auquel le XIX siècle opposa quelque résistance. L'Occident n'était sans doute pas préparé à la vivacité de ces coloris et ces pigments que l'on retrouve à l'état pur (les liants et adjuvants utilisés n'assourdissant pas la tonalité du produit tinctorial) dans la fabrication de cette matière grumeleuse et sensuelle, cette matière qui s'écrase et s'effrite : le PASTEL.

Le symbolisme et la réalité orientale de la couleur s'affichent clairement. Bien des œuvres d'Odilon Redon feront référence au Bouddha (sinon au bouddhisme). On pourrait aussi songer aux origines créoles du peintre. Les arts populaires, le folklore, la fascination pour les civilisations orientales (indiennes, balinaises, japonaises : les fameux "crépons" si prisés par Van Gogh au XIXe siècle) allaient entraîner la peinture européenne dans les aventures de la couleur. Matisse, les Fauves et tant d'autres suivront. Le "Peintre du rêve" occupe une place de choix au sein de ce courant.

Dans les pastels de Redon - Ophelia (1905), Portrait de Gauguin (1903-1905), Jeune fille au bonnet bleu (non daté), etc. - la couleur est libre, humide et poreuse, aquatique… Débarrassée de ces vernis, ces huiles, ces ajouts qui assombrissaient si souvent la peinture européenne officielle du XIXe siècle, érodant son éclat, jugulant sa puissance.

Le peintre joue désormais de ces coloris à la façon d'un musicien, orchestrant des subtilités, avivant des contraires, usant des couleurs comme il le ferait de fleurs vivantes, qui déverseraient sur la toile leurs pleine cargaison de pollens. On comprend que Gauguin se soit attaché au peintre. Et que celui-ci lui ait rendu l'hommage posthume d'un somptueux portrait.

Il faut ensuite attendre Yves Klein (à la toute fin des années 1950) pour que l'exposition (à la galerie Iris Clert) d'un plein bac de pigment (le fameux bleu IKB) nous permette de retrouver semblables sensations.

Des "pastels" d'Odilon Redon (technique qu'Edgar Degas pratiqua également de manière souveraine, mais plus "discrète", au XIXe siècle) au pigment brut de Klein, s'esquisse tout un pan de la précieuse histoire des pigments.

Exposition Odilon Redon.
Pastel.

mercredi 18 mai 2011

VAN GOGH. L’ARGENT, L’OR, LE CUIVRE, LA COULEUR.

L’argent, l’or, la couleur, la dette, le sacrifice, la religion et le commerce d’art dans la vie et l’œuvre de Vincent Van Gogh.

« avec un soleil qui inonde tout d’une pluie d’or fin » (Vincent Van Gogh)

Descendant de « tireurs d’or » et de marchands d’art, Van Gogh opte pour la peinture et la pauvreté. L’argent hante cependant son œuvre et sa vie. D’où une équivalence entre la peinture et l’argent, entre la couleur (pigment, matière colorée) et la richesse. Vincent produit une peinture « riche », qui vaudra un jour de l’or, et couvre ses toiles de couleurs solaires, métalliques et dorées. De joailleries. De couleurs de bronze et d’or fondus.
La double dimension solaire et sombre de la peinture de Van Gogh se décline à l’aune de l’argent, de la dette et du sacrifice. Et s’articule ici au travers des œuvres de Claude Lévi-Strauss, Max Weber et Antonin Artaud.
Art, argent et religion se rejoignent. Vincent se retrouve écartelé entre une éducation protestante, qui justifie la richesse temporelle et le catholicisme d’un Bossuet privilégiant ce qu’il nomme une « céleste monnaie ».

TABLE DES MATIERES

Sommaire :

INTRODUCTION : VAN GOGH, L'ART ET L'ARGENT

I - VAN GOGH, TIREUR, PESEUR ET CHERCHEUR D'OR

Une lignée de marchands d’art.
Le "louis d’or" : un soleil divin
Le dieu « Mammon » et les puissances de l’argent
La palette du peintre
Le dessin ou la couleur
Vendre. Van Gogh veut-il vendre ?
La dette : don et contre-don
La "Gloire" de Van Gogh
Van Gogh lecteur d’Emile Zola : le peintre, le marchand
La rançon de la dette : un travail de forcené
Une peinture solaire
Le jaune, l'orangé, le bronze
La Maison jaune (1888) : la maison des tournesols
Un projet d'association d'artistes
Le statut singulier de Théo, ami, frère, marchand et créateur
L'"avoine de grâce"

II - DETTE. DEPENSE. DON ET CONTRE-DON : L'ALCHIMIE SOLAIRE DE VINCENT VAN GOGH

Une œuvre au noir
"Rayon noir" et "rayon blanc" : une crise spirituelle et familiale
Des couleurs métalliques, arrachées comme les métaux à la terre
Des couleur de terre
Une civilisation du cuivre : Lévi-Strauss et les « enfants du corbeau »
Les « Mangeurs de pommes de terre » (1885)
Arc-en-ciel et polychromie
Artaud et Van Gogh : une opération d'alchimie sombre
La fournaise picturale
L’épilepsie picturale.

III - LE "CHRIST RÉMUNÉRATEUR"

Ors et lumières du crépuscule
Van Gogh, Max Weber et l'éthique protestante
La "Résurrection de Lazare" 1888 [d'après Rembrandt]
Ary Scheffer, Le "Christ rémunérateur"
Bossuet : la "céleste monnaie"
Travail et récompense : "l'ouvrier du Christ"
Une rédemption solaire
Le Moine soldat et le Peintre ouvrier
Le Don de Dieu
La pesée des âmes

Van Gogh. L'argent, l'or, le cuivre, la couleur.

vendredi 13 mai 2011

VAN GOGH ET LE CHRIST DE REMBRANDT.

« Nous avons été en pleine magie, car comme le dit si bien Fromentin : Rembrandt est surtout magicien… » (Vincent Van Gogh, Lettre à Théo, 1888)

En 1890, Van Gogh, qui est alors interné à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence (asile qui occupe les locaux d’un ancien bâtiment conventuel), peint La Résurrection de Lazare (d’après Rembrandt).

Attaché à la figure de ce travailleur et cet « ouvrier », ce « semeur » qu’incarne pour lui le Christ, Vincent Van Gogh n’a que fort peu représenté la légendaire figure. D’où l’importance (à la toute fin de sa vie) de ce que l’on peut lire comme une résurgence et un retour aux emblèmes et personnages qui ont hanté sa jeunesse. On sait qu’avant de se consacrer entièrement à la peinture, il avait souhaité devenir pasteur et suivi de longues études de théologie.

Cette importance de la religion dans l’œuvre et la vie du peintre d’Arles, d’Auvers, mais aussi (auparavant) du Borinage, est une des pistes majeures suivies dans l’ouvrage que je viens de publier. Vincent est à la recherche d’une figure (paternelle ou divine) bienveillante, qui puisse (à la façon du Christ rémunérateur d’Ary Scheffer) le récompenser au centuple de ses souffrances et ce travail qu’il mène à toute allure.

Rembrandt est omniprésent dans l’œuvre de Vincent. Celui-ci est tout autant attaché à la mystique et à l’ampleur de la spiritualité de son grand aîné qu’à son fameux clair obscur. Leçon de peinture et leçon de vie tissent ici un puissant faisceau d’influences.

Van Gogh. L'argent, l'or, le cuivre, la couleur.
Exposition au Louvre.

ACCROCHAGES. INSTALLATIONS. «RÉINSTALLATIONS». FRANCOIS MORELLET AU FIL DE L’EXPOSITION.

Visiting Morellet ©FDM

Rendre sensible un temps, un lieu. Celui du moment de la visite d’une exposition. Expérimenter ces insensibles variations que le déplacement du visiteur impose brièvement à l’œuvre. Montrer comment – au sein d’une INSTALLATION — la moindre ligne, le plus léger reflet, l’ombre inconsistante se doivent de nous habiter. Comme un incessant tremblement.

Pari réussi pour Morellet. Et bien au-delà. Nous respirons ses œuvres, nous coulons au sein de ses reflets, habitons, de façon certes éphémère mais bien réelle, l’espace de ces installations composées de néons, de tubulures, d’ombres, de déformations. De projections aussi. Géométriques. Perspectivistes. Physiques. Et cérébrales.

Bleu. Rouge. — La couleur est bien là, dans la transparence de l’exposition. Mais de manière abstraite. Mentale. Sous forme de halos, de lignes renvoyées les unes aux autres. Cette couleur fantômale habite le blanc, le vide, donne une épaisseur aux cloisons, fait reculer les murs et va jusqu’à se glisser insidieusement en vous.

Je finis moi-même par me sentir « habitée », fixant (clichant) ce qui — sur le mur et au cœur de l’œuvre (Interférence de 4 adhésifs et de 4 carrés de papier, 1977-2011) — est à peine une ombre, une silhouette : mon ombre diluée, greffée en pleine installation. — VISITING MORELLET…

Exposition au Centre Georges Pompidou.

vendredi 6 mai 2011

L’ART ET L’ARGENT (DE JEAN-JOSEPH GOUX) : UN INTÉRESSANT DÉBAT AU MUSÉE DU JEU DE PAUME.

Organisée par Damien Guggenheim, une rencontre eut lieu ce jeudi 5 mai au Musée du Jeu de Paume avec Jean-Joseph Goux, philosophe qui vient de publier L’Art et l’Argent. La rupture moderniste (1860-1920). Ouvrage suivi d’un entretien, « Les chaussettes de Mondrian », qui fait le point sur les relations complexes de l’art et de l’argent de 1860 à aujourd’hui.

La prestation de Jean-Joseph Goux fut suivie d’un très intéressant débat dont je me ferai ici l’écho. Quatre idées fondamentales y furent (me semble-t-il) développées.

L’idée tout d’abord de l’existence d’une sorte de magma financier souterrain, d’une sorte de trop-plein d’argent qui se fixerait sur ces valeurs volatiles que représentent les œuvres d’art. — Cette question serait évidemment riche de prolongements multiples. L’une d’elles pouvant bien sûr se situer sur un terrain éthique (ce terrain dont on sait que le capitalisme financier ne tient aucun compte), la masse monétaire investie ainsi au sein de tant d’apparentes futilités (le sont-elles ? Une grande partie de la question est là) co-existant avec l’immense pauvreté de toute une partie du monde.

La deuxième question concernait la relation de couple qu’entretiennent de plus en plus l’artiste et l’entrepreneur. Les procédures de la création artistiques (productivité, rapidité, création perpétuelle de nouveautés titillant le désir du consommateur d’art, etc.) et les procédures du monde des affaires et de l’entreprise (célérité, rapidité, efficacité, modernité et esprit d’entreprise, création permanente de nouveaux produits et de nouveaux objets) entrent en perpétuelle osmose. On peut s’en féliciter ou s’en inquiéter, mais l’artiste et l’entrepreneur semblent bien aujourd’hui fonctionner « en miroir » et comme modèles l’un de l’autre.

Le troisième point concerne cette « rationalité » de l’actuel marché de l’art, rationalité au sein de laquelle certains artistes pourraient éprouver un certain confort, l’artiste se trouvant impliqué dans un système hypercontraignant, hypercodé et placé sur les rails d’un art contemporain qui se développerait désormais suivant sa logique propre.

Certains (dont je suis) pourront s’inquiéter, voire s’insurger, à l’encontre de cette machinerie dont on pourrait penser qu’elle se développe suivant des modèles proches de ceux des sociétés que nous dirons (pudiquement) « contraintes ». La question de la liberté artistique se trouve ainsi posée dans le contexte très particulier du monde actuel.

Dernier élément enfin : la question de la pertinence esthétique d’une œuvre (Pollock, Koons, Hirst, Warhol, etc.) peut-elle être aujourd’hui pensée indépendamment de son prix. Je laisse ce débat-là ouvert… Il est bien intéressant. Et très retors.

Rappelons enfin qu’une partie de l’ouvrage de Jean-Joseph Goux fit l’objet en décembre 2010 d’une conférence en un autre lieu. J’ai eu grand plaisir à voir cette conférence (que j’avais initiée à la demande du Service culturel du Musée d’Orsay : Cycle L’Argent, l’or, le cuivre, la couleur) enjamber la Seine. En passant et en se prolongeant ainsi d’un prestigieux Musée du XIXe siècle à ce Musée du XXe et du XXIe siècle qu’entend bien être le Jeu de Paume.

Signe que les ponts et les passerelles entre les époques et les institutions sont des plus féconds.

L'art et l'argent : la rupture moderniste
Musée d'Orsay
Jeu de Paume

dimanche 24 avril 2011

« L'ÊTRE DE L'ÉTANT » DE LA TATANE DE VAN GOGH... HEIDEGGER, DERRIDA...

Le petit opuscule que je viens de publier sur la fameuse controverse (Heidegger, Meyer Schapiro, Derrida) prenant pour prétexte et appui un tableau de Van Gogh (Les Souliers ou Bottines noires), ce petit opuscule m'a donné beaucoup de plaisir, mais aussi de fil à retordre.

Pas facile de résumer une querelle très bavarde et de porter le fer là où le doute s'installe tout en se dérobant. Pas simple de rendre accessible à TOUS une joute au départ très abstraite.

L'acte de mise en scène théâtrale des échanges - avec ses décors, ses personnages et la voix off du narrateur et de ses comparses - fut très jouissif.

Comme le fut aussi ce mince glissement sémantique, cette apparition d'un terme (la « tatane ») qui d'un coup fait tout basculer. Et permet de lire autrement cette querelle.

Qu'en est-il donc des pieds (et des chaussures) des philosophes et des historiens de l'art ? De manière plus générale, comment l'homme se débrouille-t-il avec ses pieds, ses extrémités et ces curieux objets censés le chausser ? C'est ce que vous apprendrez ici.

Sans cesser de contempler et d'ausculter ces prothèses qui enveloppent, accompagnent et surdéterminent les extrémités de vos membres « inférieurs ». - Vaste programme et singulière expression : la tête d'un philosophe serait-elle d'une autre trempe que ses pieds ? Et que dire alors des chaussures et des pieds des historiens d'art, dont on se dit qu'ils doivent bien arpenter les surfaces et user, au contact du réel, les semelles de leurs souliers ?

En arrière-plan : un tableau. Celui de Van Gogh. - À déployer, déplier et contempler, tel un kakemono, dans le silence de ce qui vous tient lieu d'espace intime.

"L'être de l'étant" de la tatane de Van Gogh

jeudi 21 avril 2011

JEAN-MARIE STAIVE : ARTISTE COLLAGISTE ET AMATEUR DE MOTS.

« Par cœur il peignait et faisait de l’art »
Pour un projet de livre 19 ©Jean-Marie Staive.

Œuvrer, rêver, basculer sur l’imprenable lisière des images et des mots, du dessin et de la lettre. Tracer des passerelles, des ponts entre l’écrit et le trait. Les égarer dans de pseudo-labyrinthes et de truculents entrelacs.

Staive aime les mots, la littérature, la poésie et le caractère incongru des livres lorsque l’on s’amuse à les détourner en les recouvrant de taches, de personnages, de couleurs et de perspectives qui basculent..

Vivent les livres ainsi détourés, détournés, revisités. D’autant que rien n’empêche de les lire à nouveau, en traquant — entre les couleurs et les traits – les insterstices de paroles et toutes ces lettres (ces mots) qui font de la résistance.

Et s’accrochent à la page.

Jean-Marie Staive
Staive-Vestale

JOËL BECAM : « QUELLE BEAUTÉ ? ».

Venise 2009 ©FDM.

Je ne suis pas «critique littéraire » et n‘entend surtout pas le devenir. La littérature et la poésie ont tendance pour moi à s’exclure du commentaire et de tout commentaire.

Je voudrais donc ici servir de modeste lien ou relais, de simple passeur (ou passeuse) à un petit livre silencieux. Fait souvent de brefs aphorismes à la façon d’un haiku.

En voici quelques bribes :

« Quel enfant ?

      Un enfant. »

« Quel paradis ?

      Le réel parfois. »

lamourdelivre

lundi 18 avril 2011

L'ART ET L'ARGENT : DEUX LIVRES. DEUX LECTURES ORIGINALES.

Initié en 2010 par le service culturel du Musée d'Orsay, un cycle de conférences fut programmé en octobre et décembre dernier dans l'auditorium du Musée. Ce cycle, dont j'avais établi le programme, prit le titre générique de « L'Argent, l'or, le cuivre et la couleur ».

Prolongées, amplifiées, ces trois conférences, assurées par Jean-Joseph Goux et moi-même, font aujourd'hui l'objet de deux publications distinctes. Chacune d'elles circonscrit un champ propre et original sur cette ample question des relations entre l'art et l'argent.

L'intervention de Jean-Joseph Goux, philosophe qui travaille depuis de nombreuses années sur les relations de l'économie, de l'art (sous toutes ses formes : littératures et arts plastiques) et de la culture en général (philosophie, psychanalyse, etc.) porte ici pour l'essentiel sur les mécanismes spéculatifs. Sur la manière dont ceux-ci investissent le champ esthétique - L'Art et l'argent. La rupture moderniste, 1860-1920. Ce livre se conclut sur un entretien - « Les chaussettes de Mondrian » - qui resitue le sujet de manière plus large en envisageant ses prolongements contemporains.

Mon intervention portait sur Van Gogh, sur la manière dont l'argent, la dette, la symbolique et la réalité monétaires ont envahi sa vie et son œuvre. Basée sur une étude de la correspondance du peintre, sur des données empruntées au contexte culturel de l'époque (histoire des pigments, histoire des marchands d'art et de la société bourgeoise du XIXe siècle) et à la formation religieuse du peintre, ce livre - Van Gogh. L'Argent, l'or, le cuivre, la couleur - conduit à une lecture renouvelée de celui qu'Artaud nommait « le plus peintre de tous les peintres ».

J'aurai l'occasion de revenir sur cette redoutable question des relations de l'art et de l'argent. Et sur ces deux ouvrages.

L'Art et l'Argent. La rupture moderniste. 1860-1920.
Van Gogh. l’Argent, l'Or, le Cuivre, la Couleur.

dimanche 17 avril 2011

ANTONIN ARTAUD. « AVIS DE MESSE MARIONNETTIQUE » (CONTRECIEL).

© Compagnie Contreciel

Disons le tout net : le spectacle sur Artaud du théâtre de marionnettes de la Compagnie Contreciel est un chef-d'œuvre de « cruauté ». Au sens même qu'Artaud donnait à ce terme.

Animé par Luc Laporte, de concert avec beaucoup d'autres talents, ce spectacle heurte, dérange, trouble. Doublement ancré dans le tragique et la dérision, il provoque un malaise (ou mal être) difficile à dissiper.

On est aux antipodes du « Artaud/Marie Laurencin » ou du « Artaud/Greta Garbo » (que le Grand Mômo put certes parfois imiter ou contrefaire, mais avec lesquel(le)s il est impossible de le confondre), du Artaud propre et javellisé qu'on cherche souvent à nous faire avaler.

Les marionnettes, tout d'abord : emmaillotées, bardées de chiffons, sanguinolentes, sexuées. Mutilées. Bisexuées. - Multisexuées. A la façon du Butô. Ampoulées et désarticulées de ces organes multiples et ces greffes dont Artaud entendait bien se débarrasser. Ces marionnettes sont extraordinaires.

La scène, on le comprend de suite, se déroule à l'asile de Rodez. L'apparition même du Mômo en pyjama rayé, accompagné de la silhouette tirebouchonnée de son psychiatre, est, comme Artaud aurait pu l'écrire, « d'un réalisme saisissant ».

Un des « clous » de cette gigue marionnettique : la reconstitution d'un électrochoc appliqué (alors) en pleine guerre et sans bien sûr le consentement du principal intéressé qui beuglait au contraire à chaque fois. Comme un « cochon » : rappelons que c'est la vision des animaux passés au choc électrique dans les abattoirs de Rome qui fournit en 1938 à Ugo Cerletti l'idée d'un traitement électrique applicable à l'homme.

Rarement on aura été aussi proche d'Artaud. De ces borborygmes, ces bribes, ces syllabes inventées, ces organes et ces détritus humains qui peuplent ses écrits.

Il ne reste qu'un vœu à formuler : que cet « Avis de messe marionnettique » soit présenté à Rodez, dans la Chapelle Paraire, cette chapelle de l'asile de Rodez (demeurée intacte et restaurée) qui jouxte le lieu (aujourd'hui détruit) où le poète subit ses 58 électrochocs. Artaud, durant l'une des périodes de son internement, y suivait très régulièrement la messe. A la grande inquiétude du bon abbé Julien, que la ferveur mystique du petit père Artaud laissait rêveur.

Bravo à la Compagnie Contreciel. On souhaiterait beaucoup, beaucoup de spectacles du même acabit.

Video de la Compagnie Contreciel

lundi 28 mars 2011

ANTONIN ARTAUD, LE VIRTUEL, LES DOUBLES ET LES NOUVELLES TECHNOLOGIES.


Défenseur de ce qu’il dénommait un « corps sans organes », Antonin Artaud s’est toujours défié des images, des machines et des doubles.

Quelle aurait été sa position vis-à-vis de ces « nouvelles technologies », ces machines et ces prothèses qui envahissent de plus en plus nos vies ?

Artaud appelait le spectateur à participer et vivre l’action théâtrale. Quelle aurait pu être son attitude vis-à-vis de ces dispositifs interactifs qui nourrissent les installations des artistes contemporains ?

Une discussion s’engage et s’ouvre…

Film : Alexandra Dementieva ;
Photographies : Florence de Mèredieu.
Video sur YouTube

Alexandre Dementevia - La chambre des cris

vendredi 11 mars 2011

FÉLIX LUQUE. INSTALLATIONS ET SCULPTURES INTERACTIVES. CHAPTER I - THE DISCOVERY.

©DR

La science-fiction, les rencontres du 3e type et autres avatars ludiques ont envahi depuis longtemps l’imaginaire des artistes travaillant dans le champ des nouvelles technologies et des arts dits « numériques.

Félix Luque est un de ces ludions. Ses installations — plastiques, lumineuses, sonores et interactives —, ont pour but d’immerger le visiteur dans un monde dont l’étrangeté est aujourd’hui familière. Tant elle a été relayée par le film, les jeux vidéo, les parcours ludiques et interactifs des fêtes urbaines (comme les « nuits blanches », parisiennes, puis européennes, ou le festival interactif organisé par Issy-les Moulineaux et le Cube en 2002, etc.), les décors aussi et les jeux d’ambiance auxquels se prêtent nos designers. Félix Luque a d’ailleurs, pour cette installation comme pour d’autres travaillé avec un designer.

« CHAPTER I THE DISCOVERY. A SCIENCE FICTION STORY. » L’obscurité vous mène face à un objet aux strictes arêtes géométriques. Vous l’identifiez rapidement comme une sorte de dodécaèdre, sculpture soulignée de néons qui réagissent à votre approche. L‘éloignement ou la proximité de votre corps viennent diluer, effacer, ou — tout au contraire — exaspérer sons et images. Lorsque vous vous approchez (au plus près et à plusieurs) de l’objet ou ovni central, l’effet est à son apogée. L’œuvre réagit en temps réel et instantanément à votre progression. Vous faites partie de l‘image et de l’installation. — C’est ce que l’on appelle : un processus interactif ; l’œuvre a besoin du spectateur pour s’accomplir. Le milieu ambiant devient plastique, mobile, mouvant et c’est vous — votre corps — qui est à la manœuvre. Sans que vous le sachiez au départ. Et d’une manière qui devient ensuite plus contrôlée, vous faisant pénétrer dans un univers délibérément ludique.

Fékix Luque et son dodécaèdre seront au CUBE (Issy-les-Moulineaux) du 5 au 9 avril prochains.

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Lien Festival 1er Contact