lundi 27 décembre 2010

NEIGE AUX TUILERIES.

Jardin des Tuileries, décembre 2010. Photographie ©FDM.

En attendant 2011, le dégel et la mue [la fonte] des formes.

dimanche 19 décembre 2010

DE STIJL ET MONDRIAN AU CENTRE POMPIDOU.

Centre Georges Pompidou, 2010. Photographie ©FDM.

Magnifique exposition au Centre Georges Pompidou. La bonne idée est d'avoir associé, couplé, l'œuvre de Mondrian (1872-1944) à son contexte, à l'ensemble des avancées et productions du mouvement De Stijl. Le grand public pourra découvrir l'intérêt et l'ampleur des productions d'artistes demeurés plus secrets, mais tout aussi importants que Mondrian, à savoir Bart Van der Leck, Théo Van Doesburg, Vilmos Huszar, etc.

Il s'agit là d'un mouvement collectif qui eut d'importantes répercussions sur nos modes de vie - environnement, architecture, mobilier, décoration, vitrail, typographie, mise en page éditoriale et jusqu'à la mode qui, plus tard, prolongea l'influence du courant De Stijl (robe d'Yves Saint Laurent, 1965).

Géométrisme rigoureux des lignes et des surfaces, pans coupés, plages de couleurs pures, formes abstraites : les épures formelles et colorées des tableaux de Théo Van Doesburg et Piet Mondrian sont faites pour les déclinaisons urbaines.

On imagine ainsi ce que pourrait être un habitat entier, une ville De Stijl, habillée de bleu, de rouge, de jaune. De lignes noires. Des espaces blancs auraient été précieusement "conservés", "réservés". On se promènerait dans l'espace. Et dans la couleur. Dans le bleu, le blanc, le jaune. Les lignes glisseraient au fur et à mesure de la progression de nos pas.

Dans l'antichambre extérieure de l'exposition, Le Pot doré de Jean-Pierre Raynaud a, lui aussi, revêtu sa double parure géométrique et hivernale. Comme une forme d'hommage à Mondrian.

* Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne (Larousse, 1994-2008) : Mondrian, 43 occurrences ; De Stijl, 10 occurrences.

AU CENTRE POMPIDOU : L'ATELIER DE MONDRIAN.

Reconstitution de l’atelier de Piet Mondrian,
Paris, 26 rue du Départ - Situation en 1926.
Projet réalisé pour la première fois par Frans Postma
en 1994-1995 lors de l’exposition "Earthly Paradise" au Beurs van Berlage d’Amsterdam. Haarlem, Collection Link.

Les ateliers d'artistes fascinent. Depuis le XIXe siècle, une certaine vision romantique du travail de l'artiste veut effectivement que l'un soit comme la projection et le reflet de l'autre.

Cette influence joue d'ailleurs dans les deux sens. Et l'on comprend que bien des découvertes puissent surgir de l'atmosphère et du cadre étudié d'un atelier.

La contemplation conjointe (ou successive) des photographies de deux ateliers célèbres renforce cette idée. Celui de Mondrian est froid, rigoureux et coloré, celui de Francis Bacon, minuscule et surencombré, souillé et maculé comme une palette antique. Deux mondes, deux planètes s'opposent et nous font face. Sans qu'on puisse découvrir là aucun espace commun.

L'habitat du peintre, sa coquille, le lieu où il travaille, tout cela se prolonge dans sa production. Celui-ci apparaît, en retour, comme une sorte d'œuvre ultime du peintre. Work in progress, que la mort seule vient figer, stopper.

L'exposition du Centre Pompidou reconstitue l'un des ateliers de Mondrian. On peut s'y promener comme l'on ferait dans l'une de ses œuvres. - Du gris, du noir, du jaune, du rouge. Beaucoup de blanc. Des lignes austères. Les éléments utilitaires (poêle, table, éléments de rangements, etc.) se fondent dans ce qui fait « tableau » ou se présente comme « sculpture-habitacle ».

On ne peut s'empêcher d'imaginer ce que put être la vie du peintre dans un environnement aussi contraignant. La gomme, la règle, la paire de ciseaux, etc., tout cela devait assurément posséder une forme et une couleur particulières.

Lorsque Mondrian mangeait des fruits, les choisissait-il en fonction de leur forme (mais un fruit, à moins d'être coupé, peut-il être rectangulaire ou bien carré...) et de leur couleur (orange, fraise, banane, cerise) ? On comprend que dominait un processus d'exclusion de tout cela qui, par sa forme, sa couleur, sa bizarrerie, sa vulgarité, ne pouvait s'adapter et se fondre dans le "tout Mondrian" de l'atelier.

L'atelier de Bacon dût, quant à lui, connaître d'autres contraintes. Ce qui y domine est un certain "fouillis", un amalgame de couleurs, de tubes, de pots, de pinceaux, de journaux découpés, de photographies épinglées au mur, déchirées et elles aussi maculées.

Voilà donc deux ateliers. Deux mondes. A visiter. L'un après l'autre. Pour bien se persuader de la richesse et l'extrême diversité du monde de « la peinture ».

(Sur l'Atelier de Mondrian et son influence sur l'œuvre de l'artiste : Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, pp.. 512-513).

dimanche 12 décembre 2010

L'AFFAIRE ARTAUD : LES ÉNERVEMENTS DE LA CRITIQUE.

Photographie ©FDM.

« Ailleurs, elle se plaint de n'avoir jamais été invitée par Beaubourg à parler de son Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne (« Et pourtant, j'avais de beaux projets »), et regrette de n'avoir pu conférencer au Louvre, sur Artaud et le Louvre : « Cela aurait eu "de la gueule". » Ces dérapages de son ego n'étaient peut-être pas indispensables à son propos. » (Histoires littéraires, n° 39, 2010).

Les FAITS sont les FAITS. Un « Journal ethnographique » passe nécessairement par un certain nombre de descriptions relatives à l'« ego » de la personne qui écrit. L'auteur d'un tel « Journal » se doit de recenser et répertorier - « tels quels » - ces faits. Même s'ils touchent à son « ego ». Même si leur aveu comporte quelque désagrément, les critiques se précipitant tête baissée dans le panneau comme le taureau sur son chiffon rouge.

Je ne vois pas où est ici le « dérapage ». Ou alors : il n'y a plus de « Journal ethnographique ».

D'où ce qu'il faut bien dénommer les GLISSEMENTS PROGRESSIFS, les interprétations et les projections de la « CRITIQUE ». Et pourquoi pas ?

Encore faudrait-il remarquer qu'ici (dans le cas de ce livre) on passe d'un CONSTAT (rien de plus, rien de moins) - le Journal ethnographique - à une supposée pleurnicherie de son auteur (cf. Les Histoires littéraires).

Allons ! Que nos doctes CRITIQUES se rassurent : « je » n'ai pas (loin de là) énuméré TOUS les faits en question. Mon « ego » reste bien à l'abri (hi ! hi ! hi ! J'en rigole ! Comme si le problème était là. Et comme si mon plantureux « ego » pouvait être entamé par les bricoles qu'énumère ce Journal).

Pour ce qui est, maintenant, de cette conférence, « ARTAUD ET LE LOUVRE », eh bien oui (figurez-vous) : j'ai toujours envie de la prononcer cette conférence ! Est-ce anormal pour quelqu'un qui fréquente un auteur depuis 35 ans ? Et qui en a fait quelques-unes des conférences. - Doit-on raser les murs et se planquer, taire ses envies et ses passions ? Et repartir, comme mes interlocuteurs m'y invitent constamment, dans le trou de balle du néant ?

Lien Histoires Littéraires

L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard). LE « ZESTE » DE CRUAUTÉ DES « HISTOIRES LITTÉRAIRES ».

« ...nous n'aurons pas la cruauté de lui poser la question qu'on peut poser à tout lecteur de ce très curieux Journal ethnographique : qu'auriez-vous fait, si vous aviez été à la place de Paule Thévenin à Ivry, le 4 mars 1948 ? Et, si vous aviez agi comme elle, quelle attitude auriez-vous adoptée ensuite, durant tout le reste de votre vie ? » (Histoires littéraires, n° 39, 2010)

La proposition est attrayante : et SI j'avais été à la place de Paule Thévenin, qu'aurais-je fait ?

Et inversement (car la proposition comporte évidemment une réciprocité) : SI Paule Thévenin avait été à ma place, qu'aurait-elle fait ?

Développer tout cela serait sans doute amusant, mais un peu long pour un blog. Disons que cet « échange » de personnalités serait pour le moins curieux. Paule Thévenin et moi n'avons pas grand chose en commun. Pas même Artaud, que nous approchons de manière très différente. Elle, comme « témoin » et personne engagée dans une relation passionnelle au personnage. Je n'ai pour ma part nullement été « témoin » de la vie d'Artaud. Et ne m'en émeus pas. Ma position est « extérieure ».

Nos personnalités, la manière dont nous avons mené nos vies, les personnages et les milieux fréquentés sont aux antipodes les uns des autres.

Aurais-je fait appel au pouvoir (ou aux différents pouvoirs, politiques et médiatiques) pour maintenir et faire perdurer une chasse gardée et un traitement des manuscrits parfaitement rocambolesques et peu propices à la diffusion de l'œuvre d'Antonin Artaud ?

Quant à Paule Thévenin, qu'aurait-elle fait si elle avait découvert (comme moi, en 1994) que le traitement des manuscrits de son cher Momo était quelque peu aléatoire ? Ne se serait-elle pas vertement exprimée ?

Le fer de la cruauté ne porte peut-être pas là où l'imagine l'Anonyme des Histoires littéraires.

Il y a là, en tout cas, de beaux dialogues à inventer. - Merci aux Histoires littéraires d'avoir levé un si joli lièvre.

Lien Histoires Littéraires

L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard) : L'ARGUMENT DE LA FATALITÉ.

« L'enchaînement des circonstances, bien loin de lui permettre [à Paule Thévenin] de tenter d'échapper à un tel comportement, l'obligeait au contraire à un repli complet, parfois farouche. De même, elle ne pouvait ni se séparer des manuscrits, ni en permettre la moindre reproduction photographique, ni encore moins les vendre. Libre à chacun, bien sûr, d'épiloguer sur une telle fatalité. Toutefois, il est singulier que Florence de Mèredieu, à qui la philosophie et la psychanalyse sont aussi familières que la littérature et l'art, n'ait point discerné cette fatalité, qui dura exactement quarante-cinq ans, et avait quelque chose d'inexorable. » (Histoires littéraires, n° 39, 2010).

Je traite dans l'ouvrage de cet « argument de la fatalité » (p. 629). Les Histoires littéraires semblent ne pas avoir lu ce paragraphe.

La « fatalité » (et tout le pathos, religieux et tragi-comique, qui en découle) est un argument « facile » et confondant. Cela conduit certes à dédouaner Paule Thévenin (et tous ceux qui l'ont soutenue) de tout embryon de critique. On reste, ce faisant, dans le registre de la Pythie toute puissante, décrite par beaucoup de ses thuriféraires.

Je ne crois ni à la fatalité, ni à la prédétermination. Si l'enclenchement des circonstances devait inéluctablement aboutir à la cascade d'événements décrits par le livre, il fallait modifier ces circonstances et inventer d'autres voies.

Quant à la référence à la psychanalyse (et à la philosophie), pardonnez-moi, mais lorsque l'on fait de l'inconscient et des ressorts analytiques une "fatalité", c'est que l'on a affaire à quelque chose qui est de l'ordre de la NÉVROSE ou de la psychose. Artaud en avait bien conscience, lui qui refusait précisément d'être en tout et pour tout mené par son inconscient. Et par celui des autres.

Quant à la philosophie, il y a quelque chose précisément (sur laquelle on pourrait beaucoup épiloguer) qui est ce que les philosophes ont nommé la liberté, le pouvoir de s'opposer et de dire NON.

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L'AFFAIRE ARTAUD : UNE TONNE DE « REMERCIEMENTS ».

« Détail curieux, le livre ne comporte pas la moindre notice de « Remerciements » : pourtant, l'auteur a bien dû bénéficier de l'aide ou des conseils de diverses personnes ? » (Histoires littéraires, n° 39, 2010).

En lisant cela, cher(e) ANONYME des Histoires littéraires, je me suis carrément gondolée. Pliée en deux. J'en ressors toute fripée.

Qui donc aurais-je pu remercier ? L'écriture de ce livre a, tout d'abord, été secrète. Les personnes informées se comptaient (avec peine) sur les doigts d'une main.

Pour la rédaction de mes autres ouvrages sur Artaud (les six ouvrages précédents) je ne m'étais heurtée qu'à des « murs », des « portes claquemurées », des « peurs » et des conseils du style : « attention : terrain dangereux, allez voir ailleurs, chasse gardée, au secours, attention à vous ». Et j'en passe.

Alors vous imaginez la liste des remerciements que j'aurais pu dresser pour ce livre. Elle serait des plus rigolote. - Je vous conseille d'ailleurs l'examen de la liste de remerciements de la première édition de Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, en 1984. Elle avait fait beaucoup rire ceux qui étaient au parfum !

Cette simple remarque montre que mon interlocuteur(trice) n'entend rien à l'Affaire. Et qu'il (elle) a beau avoir lu ; il (ou elle) n'a rien entendu.

Allons : il faudra du temps encore avant ce livre puisse seulement être LU.

Une seule personne est, en l'occurrence, à remercier : CLAUDE DURAND qui a souhaité et voulu publier ce texte aux Éditions Fayard. Ce fut d'ailleurs le tout dernier ouvrage sulfureux publié par lui au moment de son départ de cette maison, en mars 2009. Un ouvrage qu'il m'a laissée conduire et écrire à ma guise. Il n'est pas intervenu sur son contenu et l'a intégralement publié.

Alors, comme l'écrivait récemment un internaute : L'Affaire Artaud, « passionnante et terrifiante » ? - Terrifiante en tout cas aussi pour ce qui concerne l'état de la critique.

Lien Histoires Littéraires

dimanche 5 décembre 2010

L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard, 2009). Lettre à l'anonyme des "HISTOIRES LITTERAIRES".

Un papier est donc sorti dans les "Histoires littéraires" (n° 39, 2010). Un papier NUANCÉ, MESURÉ. ANONYME. Aucun des papiers qui sort dans cette revue n'est signé. On ne peut donc rien reprocher à son auteur. Cela ne me viendrait d'ailleurs pas à l'idée.

Il est, par contre, bien difficile de s'adresser à un "anonyme", un fantôme, un ectoplasme, un fantasme de pensée pure ou de critique pure !

Comment effectivement adresser une lettre, simple ou bien "ouverte", à un anonyme ? Cet anonyme est-il obscur ou bien glorieux ? Masculin ou féminin ? - On est dans le flou, le gris. On se meut face à un creux, un vide. A quelque chose d'"ouvert à tous les vents", et qui se dérobe. - L'exercice ne peut être que foireux.

On peut aussi se dire qu'après tout, on peut cogner, taper. Puisque, c'est du vide ! De l'anonyme ! Une pensée non supportée. Qui se veut non subjective. Pas de "Je". Un fantasme de pensée pure.

Rien à voir avec ce "Journal ethnographique" de L'Affaire où j'ai - quant à "moi" - mouillé ma chemise et me suis impliquée. Où j'ai osé dire "Je". Et assumer.

Qu'est-ce qu'un "Anonyme" - un "sans nom", sans "Je", sans subjectivité - peut bien appréhender d'un "journal ethnographique" ?

L'implication de l'ethnologue au cœur de ce qu'il décrit est le b a ba de l'ethnologie. - Sa position inverse de retrait est le contrepoint obligé de cette implication.

Quelqu'un récemment me disait : "Je ne m'inquiète pas pour vous. Vous êtes à la fois totalement dans l'affaire Artaud. Et totalement en dehors."

C'était bien vu. Et c'est là l'enjeu de ce "Journal ethnographique", que les critiques jugent "si curieux".

À SUIVRE...

mercredi 1 décembre 2010

L'AFFAIRE ARTAUD (Fayard, 2009) : UN FESTIVAL DE POINTS D'EXCLAMATION.

Hiroshige, Pont sous la pluie, 1857 (détail).

"l'auteur n'a pas hésité à se pourvoir d'un stock vraiment gigantesque de points d'exclamation, qui émaillent presque chaque page, et dont on se dit vite qu'ils sont comme la petite pluie de Lille ou de Saint-Omer : quand elle commence à tomber, il y en a pour deux ou trois mois". (Les "Histoires littéraires")

En ce qui concerne Artaud, L'Affaire et les "affaires", les jours se suivent et se ressemblent. L'Affaire continue, avec ses manœuvres souterraines, ses censures et - de temps en temps - un compte-rendu, une "critique", un essai d'analyse. Les compte-rendu sur ce livre ne sont pas si nombreux. Ils me font donc toujours plaisir. Même (et surtout) lorsqu'ils revisitent le texte, en tentant de ne pas vouloir comprendre ce qui s'y lit et s'y joue. Et d'y lire tout autre chose que ce qui s'y écrit.

L'article consacré au livre par les "Histoires littéraires" (N° 39, 2010) m'a profondément réjouie. Je vais pouvoir, à nouveau et sans vergogne, me livrer à l'exercice que l'on m'a si souvent reproché : disséquer et décortiquer les propos des uns et des autres, me repaître de la prose prétenduement acérée des critiques, journalistes et autres exégètes.

Mon livre contiendrait donc un nombre anormalement élevé de points d'exclamations. - Eh bien, c'est vrai ! Je l'avoue. Dans l'affaire Artaud, j'ai été constamment de stupeur en stupeur et d'un point d'exclamation à un autre point d'exclamation. En passant par des étapes intermédiaires elles aussi porteuses de ces mêmes coups de griffes de l'écriture et de l'histoire.

Ce livre, j'aurais pu l'écrire à l'aide de seuls points d'exclamations. Une overdose en somme de ces points qui sabrent l'espace d'une écume colérique. Graphique et calligraphique.

Marques et stigmates de la surprise, de l'étonnement. Signes qu'en ce monde-là de l'affaire Artaud, quelque chose ne tournait pas rond, qui poussait toujours à s'ébattre dans l'aigu et dans l'exclamatif.

Mon interlocuteur anonyme se sent comme noyé au cœur d'une "pluie" de points d'exclamations ! - C'est bien là l'effet que me fit, au fil des ans, la succession répétitive des mêmes et sempiternelles mesquineries de l'affaire Artaud.

Que le lecteur du récit de L'Affaire se sente envahi et percuté par cette ponctuation, eh bien, cher Anonyme, c'est un beau compliment. Merci ! Le point d'exclamation correspond assurément à la juste ponctuation de toute L'Affaire.

D'autant que l'affaire ou les "affaires" Artaud n'ont pas duré "deux ou trois mois". J'y suis pour ma part entré il y a vingt neuf ans. Cela en fait de la pluie...

Cela me rappelle ces estampes japonaises qui déclinent, à coups de sabre fins, les lignes serrées d'une pluie répétitive. Et aussi persistante que les petitesses et reprises de l'affaire Artaud. Le promeneur, dans toute cette pluie, n'y est qu'un papillon, pris au piège d'une multitude d'épingles.

Ma vocation à moi serait-elle d'épingler le lecteur au cœur d'une forêt, d'une pluie de points d'exclamations ?

Rien que pour cela, cela valait le coup d'écrire ce que L'Anonyme des "Histoires littéraires" nomme "ce très curieux Journal ethnographique".

Lien Histoires Littéraires

samedi 27 novembre 2010

L’AFFAIRE ARTAUD, “PASSIONNANTE ET TERRIFIANTE”.

Je relaie aujourd’hui sur mon blog cet avis d’un lecteur qui — finalement — aura lu le gros pavé paru chez Fayard en mars 2009, ce gros pavé sur L’Affaire Artaud qui continue à brûler les doigts de beaucoup de ceux qui en ont eu connaissance.

Mercredi 04 Août 2010, 09:05.

“Je termine en ce moment même L'affaire Artaud, Journal ethnographique, de Florence de Mèredieu (Fayard). Je ne connaissais d'Artaud que quelques textes de la période surréaliste et en avais l'image du poète fou. J'avais acheté ce pavé (600 et quelques pages) il y a longtemps et, l'été arrivé, je me lance, en ne sachant pas trop sur quoi j'allais tomber. Ce que raconte F. de Mèredieu est tout bonnement incroyable : prof de philo - esthétique - à Paris I, elle étudie notamment Artaud dans ses cours et dans les années 80, projette de publier un livre sur les dessins d'Artaud. Elle met ainsi le pied dans "l'affaire Artaud", qui a éclaté le jour de la mort de l'auteur, puisque ses amis vident sa chambre de tous les manuscrits. L'histoire de la publication des œuvres posthumes d'Artaud chez Gallimard est terrifiante : celle qui détient les manuscrits d'Artaud s'autorisant à recomposer les textes des années 1946-1948 (Artaud aura eu le temps de remplir plus de 500 cahiers d'écolier durant cette période, qui sont encore à plus de 95% inédits), en piochant d'un cahier à l'autre. C'est en tout cas une plongée dans la vie littéraire de la seconde moitié du XXe siècle à la fois passionnante et terrifiante. Sans doute que les aficionados d'Artaud connaissent l'histoire, mais personnellement, je suis tombé des nues. Pour ceux qu'Artaud intéresse, je vous conseille ce bouquin, parfois un peu redondant, mais comme le dit l'auteur, c'est parce que dans cette histoire, les choses se répètent inlassablement.”

Auteur : Marcelin Hogler

Lien vers l'article sur Parfum de livres…parfum d’ailleurs.

Deux précisions :

- Ce qui est encore à 95% inédit, ce sont bien les Cahiers eux-mêmes (406 répertoriés à ce jour), textes et dessins confondus, qu’on souhaiterait avoir un jour en intégral fac-similé.

- L’Affaire Artaud (Fayard, 2009) a récemment fait son apparition dans le catalogue des Bibliothèques de la Ville de Paris : 1 exemplaire, disponible à la réserve centrale. Avec cette mention : “Public motivé”. Il est certain que le “passionnant et terrifiant” de l’Affaire a de quoi faire fuir le lecteur… “Qui, en ce monde, aurait dit Nietzsche, recherche la vérité ?” — Rassurons-nous : personne !
Au cas, toutefois, où la vérité ne vous fait pas peur, vous pouvez désormais emprunter gracieusement ce livre en le demandant auprès de la “Réserve centrale des Bibliothèques de la Ville de Paris”.

Merci en tout cas à Marcelin Hogler pour sa réconfortante lecture.

mardi 16 novembre 2010

VAN GOGH ET LA "PHRYNÉ" DE GÉRÔME.


"C.M. [Cornélius-Marinus, oncle de Vincent Van Gogh] m'a demandé aujourd'hui si je ne trouvais pas belle la Phryné de Gérôme. J'ai dit que j'avais infiniment plus de plaisir à regarder une femme laide d'Israels ou de Millet ou une vieille femme de Ed Frère. Car qu'est-ce que cela signifie, en somme, un beau corps comme celui de la Phryné ? (...)
Je ne ressens, quant à moi, qu'extrêmement peu de sympathie pour cette figure de Gérôme, car je n'y vois pas le moindre signe révélateur d'intelligence. Des mains qui portent la marque du travail sont plus belles que des mains pareilles à celles de cette figure."
(Lettre à Théo, 9 janvier 1978)

Van Gogh et Gérôme œuvrent à la même époque. L'insuccès de l'un et la réussite de l'autre se sont au fil du temps inversés. Gérôme sombre dans l'oubli. Van Gogh monte au firmament.

Relire aujourd'hui ce que Van Gogh écrivait de Gérôme permet de mesurer d'un trait l'immensité de ce qui les sépare. En janvier 1874, Vincent cite Gérôme parmi les peintres qu'il apprécie. Quatre ans plus tard, son goût a évolué ; il se démarque désormais des jugements esthétiques familiaux.

Il exalte maintenant le "laid", le "pauvre", le "vieux". Toutes ces valeurs décriées par toute bonne société. Et la nôtre est sur ce point bien située dans le peloton de tête de l'exaltation du beau, du riche, de l'éternellement jeune. Ces valeurs-là ne suscitent en Vincent aucune "sympathie". Au sens étymologique et fort que ce terme revêt.

L'empathie, la "sympathie" de Van Gogh s'adressent à des valeurs décriées. Ses goûts picturaux vont au laid, au ridé, au noueux, à une certaine vision de l'humain. Van Gogh s'accorderait en cela avec Picasso - songeons à la "hideur" de La Femme qui pleure - et Lucian Freud que l'on fustige si souvent au titre de peintre d'une certaine "chair", triste, flasque et si prodigieusement nervurée.

Lucian Freud et la chair
Exposition Gérôme au Musée d'Orsay

lundi 15 novembre 2010

"LA CHAMBRE DES CRIS". WORK IN PROGRESS. AVEC ALEXANDRA DEMENTIEVA.


"Pour dépeindre le cri que j'ai rêvé, pour le dépeindre avec les paroles vives, avec les mots appropriés, et pour bouche à bouche et souffle à souffle, le faire passer non dans l'oreille, mais dans la poitrine du spectateur." (Antonin Artaud, Le Théâtre de Séraphin)

Au début de l'année 2009, Alexandra Dementieva (artiste multimédia réalisatrice d'installations interactives) me fait part d'un souhait. Travailler ensemble à une installation interactive qui serait basée sur Antonin Artaud.

Ma première réaction fut négative et très viscérale. L'œuvre d'Artaud se base sur une fondamentale méfiance vis-à-vis des techniques, des instruments et de tout ce qui lui apparaît comme des "organes" ou des intermédiaires. Je connais par ailleurs les critiques qu'il adresse au cinéma et à l'ensemble du monde "virtuel" des images. Artaud travaille dans la chair. Et dans l'os. In vivo.

Après mûres réflexions, il me semble toutefois qu'il y a là un challenge à relever. Et une confrontation diablement intéressante à tenter entre le Mômo et les nouvelles technologies.

D'où un démarrage au quart de tours et l'élaboration de trois scénarios, qui se sont bientôt complétés d'un quatrième projet. Quatre projets d'installations que j'ai donc présentés à Alexandra.

Nous en avons longuement discuté et les avons ajusté au cours d'un travail commun. La question technique s'est bien évidemment de suite révélée redoutable. Car l'on ne peut pas faire n'importe quoi dans le cadre et l'atmosphère de l'œuvre du Mômo. Il faut bien sûr éviter tout ce qui (de près ou de loin) peut ressembler à une "ficelle" ou un processus d'illusion.

Soyons clairs : il ne s'agit pas d'interpréter ou d'adapter un fragment de l'œuvre d'Artaud. Pas une ligne, pas un texte, pas un dessin, aucune photographie ou fragment sonore d'Artaud ne seront empruntés. Celui-ci sera utilisé à la façon d'une fondamentale référence. Et comme un climat. Une "atmosphère".

Depuis nous travaillons à la co-réalisation de cet ensemble qui pourrait aboutir (les quatre installations étant alors regroupées) à une forme de spectacle théâtral en quatre actes.

Nous avons commencé la mise en œuvre du premier projet : LA CHAMBRE DES CRIS. En voici un bref descriptif.

"Ce projet s'inscrit dans le sillage et le prolongement de l'œuvre d'Antonin Artaud. Et, plus précisément de ce "théâtre de la cruauté" qui vise à recréer et refondre l'homme et son anatomie.

L'œuvre d'Artaud est une machinerie complexe : musicale, gestuelle, textuelle et imagée. Le corps y déploie l'arsenal entier de ses souffles, cris, paroles, mouvements et onomatopées.

À la "virtualité" des images Artaud préférait le corps de chair et d'os de l'acteur vivant. C'est, en conséquence, à une autre dimension des "machines" et des nouvelles technologies que nous faisons ici appel. À cette dimension de participation et de lien (physique, concret) qui jouent à plein dans le théâtre d'Artaud. À une forme d'interactivité et de participation basée sur la mise en jeu du corps du spectateur. Corps concret, physique, et qui ne demande qu'à crier, souffler, hululer.

Nous voulons inviter le public à crier, hurler, être et exister. En esquissant et réinventant les signes et les souffles du corps. Des interfaces relieront le public au monde des sons, des cris, des lumières. - Ce seront alors d'autres cris, d'autres lumières, d'autres sons et d'étranges cris qui surgiront.

Nous inspirant d'Artaud, de ses théories sur le souffle, le cri, la lumière et l'utilisation sonore de l'espace, nous proposerons une déambulation sonore, rituelle et lumineuse. Chambres cruelles. Stations où l'oralité du "théâtre de la cruauté" se manifestera de manière exacerbée."

BRUXELLES, 2010.

Photographie ©FDM.

dimanche 14 novembre 2010

DOUG ET MIKE STARN. FORÊT DE BAMBOUS SUR LE TOIT DU "MET".

Photographie ©FDM.

Durant tout l'été, les visiteurs du MET (le Metropolitan Museum de New York) ont pu déambuler dans la forêt de bambous (5000 cannes), installée sur le toit du bâtiment (le "roof garden"). Suivant le guide, certains auront grimpé jusque dans les structures installées en hauteur.

Les tuyaux et tubulures de bambou circonscrivaient une infinité de grilles, cadres et perspectives sur l'espace environnant. De quoi renouveler de manière saisissante "l'imprenable vue" sur New York et la verdure de Central Park.

Au coucher du soleil, l'endroit prenait des allures de rendez-vous mondain, les visiteurs se pressant pour siroter un coktail en regardant le soleil illuminer progressivement les façades de verre.

Cette installation a réveillé en moi les ardeurs du photographe. Et j'ai cliché, cliché à merci, et sous tous les angles. Au travers de toutes les tubulures. Multipliant les "vues", les "cadres", les "aperçus".

Video sur youtube

jeudi 11 novembre 2010

BARBARA KRUGER IN SITU. NEW YORK, 2010.

Photographie ©FDM.

Non loin de la "High line", ce chemin suspendu qui navigue entre les gratte-ciels, avec des aperçus sur l'Hudson, entre la 13e et la 14e rue ouest, Barbara Kruger a déployé ses lettres et ses slogans à même le sol, les murs et les aspérités du terrain.

ART. SEXE. MONEY. Tracées à la peinture blanche ou noire, de gigantesques CAPITALES jouent étrangement avec l'espace urbain environnant.

L'envahissante utilisation publicitaire de la LETTRE dans le contexte new-yorkais, son gigantisme, sa déclinaison sous forme de slogans et d'aphorismes, tout cela pourrait faire de l'art de Barbara Kruger un art caméléon, apte comme tel à se fondre dans le milieu ambiant et à n'apparaître que comme la déclinaison d'un style préexistant à l'intervention de l'artiste.

L'étonnant est que la force de frappe des slogans de l'artiste, leur puissance esthétique, soient si prégnants.

L'environnement devient un "Barbara Kruger". C'est elle qui s'assimile un contexte urbain en lui-même hyperprégnant. Les éléments du paysage - masses des containers ou bâtiments de chantier, lignes blanches, noires, colorées et massives, des voitures ou camionnettes garées là sur le parking - tout cela se fond et se coule dans la masse de l'œuvre.

Du monde publicitaire et des médias, elle ne conserve que l'épure de la LETTRE. La pureté et la force de sa géométrie. Son caractère anguleux et si puissamment tracé. Affirmé. Inscrit. Martelé à l'instar d'un poinçon. Ce que nous avons-là, c'est "du Barbara Kruger".

POWER ART IN THE BIG CITY.

dimanche 7 novembre 2010

RESIDENCE AU 3e IMPERIAL. Septembre 2010.

L'Imperial Tobacco, ancienne manufacture de tabac.
Photographie ©FDM.

Depuis 25 ans, le Centre d'artistes autogéré du 3e Imperial, accueille à Granby (Québec) des artistes en résidence.

Petite ville située en milieu rural, à une petite centaine de kilomètres de Montréal, Granby aura été propice aux travaux et expérimentations d'un "art infiltrant" qui se coule dans les interstices du paysage urbain, de la nature et du tissu social.

Un texte verra bientôt le jour sur l'expérience qui a été la mienne au cœur du 3e Impérial, lors d'une résidence qui s'est déroulé à Granby en cet automne 2010. J'y évoquerai alors les travaux des artistes qui se sont succédés dans les locaux (si inspirants) de cette ancienne manufacture de tabac.

Qu'ils sachent tous ici :
- ceux que j'ai rencontrés (Thomas Grondin, Caroline Boileau et Stéphane Gilot, Douglas Scholes et Patrick Beaulieu, Yves Gendreau et Danyèle Alain, Martin Dufrasne, Lamathilde...)
- et ceux dont j'ai pu apprécier les œuvres in situ (Ani Deschênes) ou par la consultation des archives, des vidéos et des lieux qu'ils ont un jour (en un temps donné) investis (Sylvie Cotton, Christian Barré, Karen Elaine Spencer, Émilie Rondeau, Doyon/Demers, Ève Cadieux, Alain Fleurent, Guy Blackburn, etc. : je ne peux tous ici les citer), que leurs œuvres m'ont un temps habitée et qu'elles réapparaîtront, entrelacées et cousues dans la trame d'un texte à venir.

Merci à eux.

3e Imperial

DANYÈLE ALAIN. EAU, AIR, TERRE, FEU. COMPOST ET FERMENTS LACTIQUES.

L'ESPRIT DES ARBRES.
Site agraire. Roches, branches, feu, immortelles, neige.
Diamètre de huit mètres sur une hauteur d'un mètre et demi. 1997.
Photographie ©Yves Gendreau.

Chaque artiste travaille avec des matériaux qu'il s'approprie et avec lesquels il se sent en affinité. J'évoquerai aujourdhui le parcours qui fut celui de Danyèle Alain. Parcours nourri de ces quatre éléments qui constituent le fonds de toutes nos mythologies. Que celles-ci soient archaïques et naturelles ou plus contemporaines.

Ses œuvres sont tissées de cette réalité mi-urbaine, mi-rurale, qui caractérise la région de Granby (Québec). D'où l'emploi du terme "RURBAIN" (propre au 3e Imperial) pour désigner cet enchevêtrement si particulier d'espaces naturels (ou "en friches") et de paysages urbains.

Durant de longues années, Danyèle Alain aura œuvré avec les matériaux de la paysannerie : compost, fumier, lait, bois, etc. En 2001, non loin de la ville de La Pocatière et avec le concours des ouvriers agricoles d'une ferme, elle dresse en plein champ, une impressionnante "sculpture" de compost (Sculpture de chemin).

La Route du sel l'avait précédemment amenée à construire de toute pièce le cratère d'un volcan, dont les mèches et les escarbilles brûlèrent de tous leurs feux jusque dans la nuit.

En 1988 et 1994, elle participe à l'une des aventures communes au 3e Imperial (L'Art et l'eau), bâtissant sur le lac Boivin des sortes de huttes qui s'éclairent la nuit.

En 2000, elle s'empare de ferments lactiques qu'elles transmet de proche en proche, par le truchement d'un cérémonial qui se déroule dans une roulotte. Elle y accueille le visiteur, dans une atmosphère conviviale et "bon enfant" de "laboratoire" de campagne.

Du lait (et des images) sont puissamment brassés sur une vidéo. Soigneusement alignés sur une étagère de la roulotte, de petits pots de verre aseptisés attendent de recueillir et véhiculer la précieuse bactérie, la "filia". Danyèle Alain intègre ainsi à son travail une double dimension RURALE (on reste proche des travaux et des matières de l'agriculture ou de l'élevage) et SOCIALE, son vœu étant de s'inscrire au cœur de protocoles sociaux réels.

L'art infiltre le réel. Et se trouve, à son tour, infiltré par ce même réel.

3e Imperial - Danyèle Alain

samedi 6 novembre 2010

DOUGLAS SCHOLES : RIVER TV (1999).

Photographie ©Douglas Scholes.

J'ai toujours aimé les métaphores et les processus de mise en abîme. Le débit de l'image télévisuelle a souvent été comparé à celui d'un fleuve. Les plans se succèdent en cascades et reviennent à peu près similaires.

Douglas Scholes prend la métaphore au pied de la lettre. Un personnage, assis et les pieds dans l'eau, regarde ce qui défile sur un téléviseur : de l'eau qui coule, bien sûr.

En arrière-plan se déploient la poésie d'un paysage, les grands espaces de l'Alberta.

3e Imperial - Douglas Scholes

dimanche 24 octobre 2010

NARCISSE OU LE STADE DU MIROIR CHEZ LE FLAMANT ROSE.

Photographie ©FDM.

"Qu'une Gestalt soit capable d'effets formatifs sur l'organisme est attesté par une expérimentation biologique (...). La maturation de la gonade chez la pigeonne a pour condition nécessaire la vue d'un congénère, peu importe son sexe, - et si suffisante que l'effet est obtenu par la seule mise à la portée de l'individu du champ de réflexion d'un miroir." (Jacques Lacan, Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, 1949)

Visitant récemment un zoo à l'étranger et contemplant, dans leur enclos de plein air, la gymnastique pour le moins hiéroglyphique des flamants roses, j'appris que dans ce zoo, afin de favoriser la reproduction de l'espèce, on plaçait les animaux dans un environnement de miroirs, de manière à ce qu'ils se perçoivent entourés d'un grand nombre de leurs congénères.

On sait effectivement - et Jacques Lacan le rappelait naguère - que la perception d'une Gestalt propre à l'espèce joue un rôle considérable dans les rituels propres aux espèces animales. Ceci a été particulièrement vérifié dans le cas des oiseaux.

Admirant le reflet de l'animal dans l'eau, je me suis amusée du rappel "in vivo" de ce beau texte de Lacan. Un de ses rares textes limpides et transparents, si je puis me permettre ces deux expressions "liquides".

Ces flamants-là étaient ROSES. D'un rose très soutenu. Leur nourriture, riche en animalcules (crevettes) et produits colorés, est à l'origine de ce ton. Je me souvins alors que, dans le règne végétal aussi, on retrouve le même mécanisme. Pour obtenir un hortensia qui soit d'un beau bleu, on a coutume de déposer au pied de la plante de l'ardoise pilée.

Bleus, roses ou transparents, les mondes animaux et végétaux nous en apprennent beaucoup sur nos propres rituels.

samedi 23 octobre 2010

LE JARDIN DES TUILERIES : UNE MACHINE À LUMIERES.

Photographie ©FDM.

22 octobre : Conférence au Musée d'Orsay sur Van Gogh, L'Argent, l'Or, le Cuivre, la Couleur.

Sortie par la passerelle donnant sur la Seine et le Jardin des Tuileries. Et là, l'éblouissement ! La lumière est magnifique en cette fin d'automne.

Avec ses parterres, ses troncs à l'alignement impeccable, ses ombres et ses sculptures partout disséminées, le jardin a tout d'un piège à lumières. Il ressemble à une gigantesque camera obscura à ciel ouvert.

La "Maison Ferembal" de Jean Prouvé, installée le long des grilles de la rue de Rivoli, est là comme une sorte de tavoletta du XXe siècle. La lumière s'y engouffre, non par le ciel (comme dans la fameuse tavoletta de Brunelleschi), mais par les portes, les fenêtres, les jalousies, les interstices. Cette lumière y est tout aussitôt redistribuée sous forme d'ombres, de flaques plus ou moins opaques ou transparentes.

De l'intérieur de la maison, le paysage peut s'y lire, comme on le fait dans les maisons japonaises, par le biais des échancrures, du cadre des fenêtres et de ce que l'on nomme des "jalousies". - Fenêtres à claire-voie ou "clair-obscur".

Sur le plan d'eau, le tapis de boules flottantes de Yayoi Kusama s'irise de reflets caméléons. Le ciel s'empare du métal. Le gris vire au bleu.

Dans les allées et autour des bassins, les ombres s'allongent et se déforment. Graphiques. Musicales.

Miraculeuses de netteté.