vendredi 15 janvier 2010

SUR L’ÉLECTROCHOC, LE CAS ANTONIN ARTAUD : Table des matières

Introduction

Mis au point en Italie en 1938, appliqué à l'homme en 1939, héritier des techniques de choc ou “sismothérapies”, l’ électrochoc connaît entre 1939 et 1946 un développement considérable en Psychiatrie. — L’œuvre et la vie d'Antonin Artaud (interné à l'Asile de Rodez de 1943 à 1946) interfèrent avec l'histoire de l'électrochoc. A la toute puissance médicale, susceptible de transformer en profondeur l'ensemble des données neurophysiologiques de l'être humain et de remettre le psychisme “à zéro” Artaud opposera ce cheval de Troie qu'est la littérature.
Au travers d'un formidable travail de la langue et sur la langue. C'est alors d'une véritable surrection et recréation qu'il est question la machinerie littéraire se faisant précisément électrique pour perturber en profondeur les effets du coma de l'électrochoc. — On trouvera dans cet ouvrage une histoire de l'électrochoc ainsi qu'une analyse de ses effets et contre-effets sur l'œuvre de cet écrivain d'exception que fut Artaud.

1 - De l'électrochoc resitué dans l'histoire de la psychiatrie

LES TRAITEMENTS ANTÉRIEURS :
Les thérapies de choc. — Un modèle : l’épilepsie. — Le coma. — Le traitement par l’insuline (1933). — Le cardiazol (1935). — Comparaison des méthodes.

L’ÉLECTROCHOC :
L’électricité dans le traitement des maladies mentales.— Cerletti et la mise au point de l’électrochoc (1938). — La crise et ses effets. — L’électrochoc en France (1940-1945). — L’électrochoc dans le monde.

L'ASPECT TECHNIQUE :
Automatisme de la machine et perfection technique. — Prothèses thérapeutiques. — Appareillage technique et déroulement de la crise. — La position des électrodes. — les cas d’auto-observations. — Accidents et contre-indications. — La conduite de la cure.

LES RÉSERVES :
L’électrochoc, “ monstre du Lochness de la thérapeutique ”. — La position du professeur Baruk.

DE L’INFLUENCE DES TECHNIQUES CONVULSIVANTES SUR L’ÉVOLUTION DE LA PSYCHIATRIE :
Une nouvelle trilogie : l’institution/le malade/le personnel soignant. — Une dimension expérimentale. — De l’usage de la statistique. — Quelques chiffres.

DES ANNÉES D’APRÈS-GUERRE À NOS JOURS :
L’utilisation intensive de l’électrochoc. — Réflexes conditionnés et placebos.

2 - Les aspects théoriques

Organicistes et dynamistes. — Mode d’action de l’électrochoc. — Hughlings Jackson (1835-1911). — Delmas-Marsalet et la théorie de la “ dissolution-reconstruction ”. — Les travaux de Jean Delay. — L’amnésie. — L’aphasie. — Breggin : La thérapeutique par altération mentale. — Un traitement moderne ! — Du fantasme de la machine à “ l’homme-nouveau ” électrique. — De l’électricité cérébrale. — Homme-machine et circuits cybernétiques. — Le traitement du temps.

3 - Le cas Antonin Artaud

L'enfance, le traitement à l'électricité. — Les traitements avant Rodez.
LES TRAITEMENTS À RODEZ :
L’électrochoc à Rodez. — Le cas Antoine A. — Les protestations d’Artaud. — Une formidable dénégation. — Artaud et ses médecins. — La thèse du Dr Latrémolière. — Les justifications ultérieures. — Les effets de l'électrochoc. — Les questions qui restent en suspens. — Le coût de l’électrochoc. —

4 - Littérature et psychiatrie : le choc de deux Titans

La cruauté asilaire. — L’internement d’une œuvre.
SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS :
L’expérience des comas. — Une vie d’outre-tombe. — Les troubles de la mémoire et l’univers flottant des souvenirs. — Hypermnésie et pullulement des êtres. — Resserrer l’être. — Dédoublement, illusion des sosies et troubles du schéma corporel. — Sommeil, vigilance et syndrome d’influence.

MACHINES AUTOMATES :
Automatismes. — L’Automate personnel (1927). — Le corps-machine. — La machine à inscrire. — Du théâtre de la cruauté à la pantomime convulsive. — L’insurgé.

UNE NOUVELLE COSMOGONIE :
Une machinerie cosmique. — Hors temps, hors espace. — La verticale de l’être.

LE DISPOSITIF ÉLECTRIQUE :
La métaphore électrique. — Deux sortes de fluide. — la loi de l’ “ hom ”. — Une parenté “ électrique. — Le tonique, le clonique, le spasmodique. — Conduire le courant. — Prise de terre. — Faire “ résistance ”.

LA REFONTE DU LANGAGE :
La grande régression aphasique. — Le trouble de la langue. — Une langue organique. — Une langue archaïque. — Les Cahiers de Rodez. — La déliaison des énergies et la question de l’actuelle transcription des Cahiers. — Du dessin ou de la “ bouillabaisse ” des formes. — Les glossolalies. — Le cri, le râle et la syllabe. — Une tentative anti-grammaticale. — Intonations, interjections, fragmentations. — Un laboratoire de la langue. — Éloge de la cacophonie.

5 - Artaud / Bataille : le clos et l'ouvert

Une rencontre placée sous le signe historique du malentendu. — Artaud, ombre ou limite de Bataille ? — L'énergie. — La dépense. — La communication. — Rite du peyotl et pratiques consumatoires. — Une réactivation des pulsions (orales, sexuelles, anales). — Électro-choc et mystique. — "L'Acéphale".

Conclusion

Du statut des internés illustres. — Artaud et l’ethnopsychiatrie. — Le symbolique. — Cruauté technique et “ merveilleux ” asilaire. — Transparence et opacité.

Bibliographie

NOTA BENE : publié au printemps 1996, cet ouvrage se complète de recherches et découvertes, effectuées ultérieurement et qui m’ont permis d’affiner la question :
- “ Les premières années d’asile ” et “ La période de Rodez ”, in C’était Antonin Artaud, Fayard, 2006, pp.. 649 à 863.
- “ Nos amis les psychiatres… ”, in L’Affaire Artaud, Fayard 2009, pp.. 293-373.

Livre : Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud

mardi 12 janvier 2010

BECKETT. LES ROSES DE XIAN. LES ROSES DE MANHATTAN.

"Au fin fond du camp, dissimulé sous quelques lambris de paille et de sciure, le détenu Beckett, matricule 1000001, cultive un plant de rosier. Celui-ci fut d'abord une pâle bouture..." (Et Beckett se perdit dans les roses...)

Comment parler d'un livre que bien peu ont lu... ou liront ? Ce livre dont certains m'ont dit qu'il s'apparentait à un OVNI ?

L'attachement que l'on porte à ses propres livres est souvent inverse de leur diffusion et "retentissement". Cet ouvrage, qui sortit en 2007, est de ceux-là. J'ai de la difficulté d'ailleurs à le porter et supporter. Tant il est à la fois léger (ce que retiennent ceux qui le considèrent de l'extérieur), dérisoire, et "cruel".

L'ouvrage mêle, entremêle, textes et photographies. Les roses de Xian, ces photographies dont beaucoup furent prises en Chine, à l'ombre d'une antique pagode, se mêlent aux roses de Manhattan, ces roses qui, à l'instar des humains, furent réduites en cendres le 11 septembre 2001 et ces autres roses qui fleurirent, on peut l'imaginer, dans les camps de la mort.

Les fleurs, c'est bien connu, peuplent les cimetières. Comme elles jonchent l'œuvre entière de Samuel Beckett.

Mais allez donc imaginer une rose poussant à l'ombre des crématoires ! C'est là cependant la cruauté des choses. Et Beckett, qui chérissait les fleurs, et tout particulièrement les roses et la couleur rose, s'y connaissait en matière de cruauté.

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

ROSES. ROUGES. JAUNES. LES FLEURS DE SAMUEL BECKETT.

"La tête géante coiffée de fleurs et d'oiseaux se penche sur mes boucles..." (Samuel Beckett, Comment c'est)

Chaque écrivain génère, chez ses lecteurs, un certain nombre de clichés. À la vie particulièrement dure. Confondre le monde de Samuel Beckett avec l'image d'un univers uniformément GRIS est de ceux-là.

L'absurde beckettien déploie certes les lettres de noblesse du GRIS jusqu'à puis plus. Mais s'en tenir là serait une grossière erreur.

Car les couleurs pullulent chez Beckett. Leur représentation passe fréquemment par la mention de ces fleurs qui parsèment l'œuvre entière. Crocus. Pâquerettes. Jacinthes. Lilas. Résédas.

Et surtout : les ROSES. Celles-ci s'effeuillent à tous les contours de l'œuvre. Elles y sont gaies, charnelles. Parfois décrépites. Menaçantes ou dérisoires. Et à coup sûr farfelues. - Décalées.

L'œuvre grise de Beckett se double d'une œuvre "au rose", comme l'on dirait d'une œuvre qu'elle est "au noir".

Ce sont-là évidemment subtilités. Qui forment la matière de cet ouvrage kitch et dévoyé...

Et Beckett se perdit dans les ROSES...

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

dimanche 10 janvier 2010

lundi 4 janvier 2010

2010 : DES VŒUX PIQUANTS... TRÈS PIQUANTS...

Venise, 2009 ©FDM

Cette année 2010 que je vous souhaite :
GAIE et "PIQUANTE"
comme ces "peperoncino" vénitiens.

samedi 28 novembre 2009

"E LA NAVE VA" : LES FANTÔMES DE LA PUNTA DELLA DOGANA.

Palazzo Grassi. Photographie ©FDM, 2009

"À proximité passent les nuages, qui glissent et s'abîment sempiternellement dans les eaux du canal. Chaque ruelle ou allée marine fonctionne ainsi, comme une glace trouble et sans tain qui reflète les apparences en les diluant et déformant." ("Le Bateau des morts", in Borges & Borges illimited)

Parcours sans faute pour l'installation de la Fondation Pinault (Palazzo Grassi et Punta della Dogana) dans la courbe et à la pointe du Grand Canal.

François Pinault règne désormais sur deux lieux vénitiens d'exception. À l'élégance dix-huitiémiste du Palazzo Grassi fait écho le bâtiment de la Douane de mer, cette "friche industrielle" de prestige qui s'avance tel un éperon à l'extrême pointe du Grand Canal.

Avec ses fenêtres ouvertes en arc de cercle sur la lagune, ses voûtes en carènes de bateau, ses larges salles, La Douane de Mer était prédestinée au déploiement des fastes de l'art contemporain. Tadao Ando, l'architecte, y a ménagé, de salle en salle, des systèmes de perspectives, des "vedute" qui multiplient astucieusement les points de vue sur les œuvres.

Murakami et la drôlerie de ses figurines géantes y côtoient le cheval à la tête plantée dans le mur de brique de Maurizio Cattelan. Ou la démarche, plus conceptuelle, de Rachel Whitehead : empreintes du dessous de chaises, moulées dans des résines de différentes teintes.

À contempler toutefois la perfection quasi clinique de cette muséographie, on souhaiterait qu'un vent de folie ou de révolte s'empare des œuvres, qu'elles se faufilent toutes, le soir venu, sur des barges, qu'elles s'échappent du Musée, s'aventurent sur le Grand Canal et envahissent Venise.

Qu'on puisse les voir et les admirer dans toute la Cité, et toutes ensemble, ces quelque 2000 pièces de la Collection Pinault. Dans la débauche d'un carnaval d'un nouveau genre.

Que toutes ces œuvres et ces fantômes glissent au long des canaux, des venelles, surprennent le visiteur ou le passant.

Qu'elles finissent par s'échapper, par essaimer dans la lagune.

Peut-être finiront-elles, ces œuvres, diluées, perdues, noyées dans les eaux miroitantes...

Allons ! C'est un rêve.

Mais j'ai bien vu, au petit matin, surgir du fin fond de la brume et surnager dans le ciel de la lagune, la soldatesque des frères Chapman, leurs Goya grimaçants, leurs crucifix décapités. Et la cruauté d'un monde qui ne voulait pas finir.

Site du Palazzo Grassi
Livre : Borges & Borges, illimited

LE RISQUE DE L'INTERPRÉTATION. JOURNÉE D'ÉTUDE. LYON 2.

le 11 décembre 2009 de 9 h à 18 h15

LE RISQUE DE L'INTERPRÉTATION

(Philosophie, histoires littéraires, photographie, cinéma, etc.).

Journée des doctorants. Organisée par l'EA 4160.
PASSAGES XX-XXI (LYON 2)

Amphi Marc Bloch
ISH, 14 avenue Berthelot
60007 LYON

PROGRAMME

Contre-expertise d’une trahison

9h : Florence de Mèredieu
L’affaire Artaud, Journal ethnographique : le chercheur et la question de l’interprétation.

9h45 : Marc Courtieu
Mélancolie, métaphore et vérité. Lectures d’Artaud : d’une esthétisation de la folie.

10h05 : Véronique Labeille
Le philosophe se trompe et il a raison.

10h25 : questions — 10h45 : pause

Du texte à la représentation

11h : Sylvain Diaz
Edward Bond en débat - Théâtre de l’aporie ou aporie du théâtre ?

11h20 : Véronique Perruchon
De la dérive esthétique comme voie de recherche.

11h40 questions — 12h repas offert aux intervenants

Occident : le poids d’un regard

14h : Céline Haddad
Le double visage de Madame Chrysanthème : l’origine d’un cliché.

14h20 : Charles Quiblier
Film de genre/film d’auteur : une parallaxe dans l’interprétation de L’empire de la passion.

14h40 : Wendy Martinez
La danse Butô, fruit d’un aller-retour culturel — un double problème d’interprétation.

15h : Blandine Valfort
Errances de l’herméneute face à la littérature francophone maghrébine.
Résurgences de l’orientalisme et repentir de l’ex-colonisateur.

15h20 : questions — 15h40 : pause

Relectures idéologiques

16h : Laura Martinez-Haro
Le 68 mexicain et ses interprétations dans le cinéma.

16h20 : Alexis Buffet
Fiction et prolifération idéologique : l’Amérique de Luc Durtain et Georges Duhamel.

16h40 : Philippe Piedevache
Occultation de Maurice Barrès. Analyse d’une postérité littéraire.

17h : questions

Persistances rétiniennes

17h20 : Aurore Fossard : Qui est-ce ? (le photographe).

17h40 : Rodolphe Bacquet
La critique de film, l’interprétation comme antichambre de la création : la « politique des auteurs » et la cinéphilie à la française. Les Cahiers du cinéma, Positif, années 1950-1960.

18h questions — 18h15 pot de clôture

Contact : Céline Haddad
Plus d'informations Lyon Campus - Risque de l'interpretation

ARTAUD AU GRAND GUIGNOL. ARTAUD ET LE GRAND GUIGNOL.

Rencontre-débat avec Florence de Mèredieu*

Librairie le GRAND GUIGNOL
91 Montée de la Grande Côte
LYON 1er

Le Jeudi 10 décembre 2009 à 19 h

* auteur de L'Affaire Artaud, Journal ethnographique, Fayard, 2009, C'était Antonin Artaud, Fayard, 2006, Antonin Artaud, Portraits et gris-gris, Blusson, 1984-2008.

librairie-grandguignol.blogspot.com

mardi 24 novembre 2009

VENISE 2009 - BIENNALE D'AUTOMNE.

"Les fleurs de verre" du Pavillon vénitien
(Dale Chihuly, Mille Fiori). Photographie ©FDM, 2009.

Temps gris sur Venise. - Les oiseaux font pleuvoir, à grands coups d'aile, les dernières feuilles. Dorées. Délibérément dorées. Les grands arbres des "Giardini" y ont des allures mélancoliques.

Le noyé flotte toujours dans la piscine au bleu incongru (Michael Elmgreen et Ingar Dragset, The Collectors). Les œuvres de mousse, de tourbe et de lichen de l'Arsenal se délitent aux approches de l'hiver.

Les brumes et les opacités, les couleurs déteintes et estompées des silhouettes de l'installation de Wodiczko (Guests) se fondent dans tout ce romantisme.

Mêmes tons gris, verts, jaunes, mais assourdis, dans les grandes toiles du Pavillon espagnol. Barcelo y ajoute les tons de terre et la rotondité de ses poteries.

Colorées, fluos, vivaces. Toujours aussi "kitch" et aussi gaies, les fleurs de verre du Pavillon vénitien (Dale Chihuly, Mille Fiori). Mais le reflet de ces fleurs d'artifice se mêle à ces autres teintes des feuilles mortes surnageant dans l'eau du bassin. - L'œuvre a vécu. Son image et son double ont vieilli, se sont transformés au fil du temps et des intempéries.

L'hiver approche. Venise bientôt va tourner la page. Sur cette biennale que l'on disait ennuyeuse (certains pavillons le sont), mais qui a su ménager quelques surprises et qui s'est, pour le reste, fondue dans la couleur du temps.

Biennale "fin de siècle" donc, pour la première décade de ce nouveau millénaire qui n'en finit plus de répéter et répéter encore la leçon de ses aînés.

Seul signe peut-être d'une "rupture" : la présence de l'Afrique. Avec une installation, terriblement "postmoderne" et "multimédia", mais dont les images sont traversées du grand vent des matériaux, des outils et des tonalités de la savane (Human being de Tayou, artiste camerounais).

P.S. - Ce 14 novembre, quelques centaines de Vénitiens ont symboliquement fêté les "funérailles" de leur Cité, envahie par le tourisme, mais passée en dessous du seuil des 60.000 habitants. Des gondoles, chargées de cercueils vides et de gerbes de fleurs, ont sillonné les légendaires canaux.

vendredi 13 novembre 2009

PIERRE SOULAGES : LE NOIR EST UNE COULEUR

Vue de l'exposition, 2009. Photographie ©FDM

Y a-t-il des noirs chez Pierre Soulages ?

Dans les premières toiles assurément. Dans les peintures au goudron, brou de noix, encre de Chine et gouache, qui ponctuent de manière calligraphique la première salle où vous pénétrez.

Les dernières grandes toiles, celles qui ne se contentent plus des cimaises, et se déploient fréquemment dans l'espace où vous circulez, multiplient les effets de lumière. On y a des reflets, des brillances, des contrastes, des effets de textures. Des raies. Des stries. La marque du couteau. Le noir est entré en mutation.

Y a-t-il désormais des noirs dans cette peinture ? Le NOIR-NOIR n'a-t-il pas déserté ?

De cela vous ferez l'expérience dans la salle noire, ménagée tout exprès pour accueillir trois grandes toiles verticales. La face de ces toiles n'est point NOIRE. Mais texturée. Luisante. Brillante. Lumineuse. - Glissez vous maintenant à l'arrière des toiles. C'est là que s'est réfugié le NOIR, l'obscurité, l'absence de couleur.

Le noir Soulages se déploie donc dans un camaïeu de couleurs. Lui aussi, à la limite de la couleur. Précieux, diversifié. Il y a des noirs-gris, rosés, bruns. D'autres jaunes à peine ou même blancs.

Qu'est-ce en effet qu'un NOIR LUISANT sinon la négation même de ce que l'on pourrait nommer "le concept du noir".

Cf. "La Lumière. Le noir", in Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, 2008.

CECI N'EST PAS UNE PEINTURE DE SOULAGES

L'image qui précède pourrait-elle s'apparenter à l'une des peintures au noir de Soulages ? On y retrouve les mêmes stries, une semblable dénivellation des surfaces et ces effets de matières qui transforment les surfaces noires en quelque chose qui n'est plus du "noir" mais un effet de brillance, un reflet.

De la lumière est réfléchie par une surface dont on peut dire qu'elle fut "noire" mais dont l'effet perceptif (le seul qui compte pour le spectateur) est tout autre.

Il s'agit ici de la laine uniformément noire d'un vêtement, qui comporte une surface "lisse" et continue, mais se borde d'une autre bande du même matériau festonné. Ce processus de torsion du matériau entraîne la formation de nombreuses aspérités. La lumière alors se réfléchit différemment.

On se souviendra que Maurice Merleau-Ponty évoquait, dans La Phénoménologie de la perception, ce "rouge laineux d'un tapis" qui l'avait particulièrement frappé. La couleur est inséparable en effet de la texture du matériau qui la porte.

La laine est très différente de la peinture acrylique. Elle ne réfléchit pas semblablement la lumière. Le noir laineux de ce vêtement renvoie à une expérience de la couleur très différente de celle des toiles de Soulages.

Ce matériau toutefois fut ici photographié. En noir et blanc ! - J'aurais pu certes préférer le "noir couleur". J'ai opté pour le noir du "noir et blanc". Plus net. Plus franc. En sachant bien que cette image vous la liriez sur l'écran d'un ordinateur. Avec les effets de miroitement propres à ce support, qui transforment le matériau laineux et le rapprochent des peintures de Soulages.

On saisit combien la couleur peut être protéiforme, caméléon. Et le noir n'y échappe pas. Ce qui compte ce n'est pas la couleur, mais "l'expérience de la couleur". Dans des circonstances précises. En un temps et un lieu donnés.

Cf. "La Couleur", in Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, 2008.

jeudi 5 novembre 2009

CLAUDE LÉVI-STRAUSS : Mythes. Mythologies. Mythologiques.

Serpent aztèque à deux têtes (Mexique)

Le mythe est une des toutes premières formes de la pensée humaine. Concret. Imagé. Loufoque. Bigarré. - Il avait donc tout pour séduire un Lévi-Strauss amateur certes de singularités, de diversités, mais enclin aussi à ranger, classer, ordonner, domestiquer le divers sensible. Dans des boîtes, des fiches, des listes et le réseau serré de ce que l'on dénomme un système de pensée.

Ce processus d'ordonnancement et de classement fait le fond de toute pensée. Ce qui caractérise maintenant Lévi-Strauss, c'est sans doute le rapprochement de l'hétérogène, la mise en relation, la "superposition", de données provenant de cultures parfois très différentes et éloignées les unes des autres.

D'où la mise en œuvre d'une logique propre à la pensée mythique. Et la confrontation de mythologies très diverses. Ce qui lui permit de découvrir, derrière le tissu chatoyant de la diversité, des structures cognitives communes.

La grande question maintenant est celle de l'oscillation permanente de l'ethnologue entre la richesse des données de base et la sécheresse de l'ossature formelle dégagée de l'étude des mythes.

Lisant ou relisant Lévi-Strauss, on peut privilégier l'un ou l'autre aspect :
- s'abandonner à la prolifération débridée des récits produits aux quatre coins du globe par les diverses mythologies
- ou porter la focale sur ce réseau de fils, cette logique interne qui relient les mythes les uns aux autres.

On débouchera, à chaque fois, sur une vision du monde très différente.

CLAUDE LÉVI-STRAUSS : L'arc-en-ciel et les habits d'Arlequin

Les récits mythologiques qui nourrissent certains textes de Lévi-Strauss abondent en histoires d'arc-en-ciel. Diapré, multiple, diversement COLORÉ, unifiant le divers dans la perfection de sa forme, l'arc-en-ciel apparaît comme la métaphore même de son œuvre. Une et plurielle. Structurée et diverse. Sauvage et rigoureuse à l'excès.

Ce sont là les habits d'Arlequin, cette parure constituée de fragments, d'une mosaïque de tissus divers dont l'appareillage minutieux finit par constituer un habit de lumière. On y retrouve le chatoiement du divers. Et un goût prononcé pour l'agencement et l'organisation de ce qui n'est au départ presque rien. Et tout juste un fragment.

En cette science du bricolage, qu'il pratiqua (selon ses propres dires) dès l'enfance, Lévi-Strauss excelle. Il prélève, ajuste, superpose, abouche les unes aux autres toutes ces menues pièces. Comme autant de notes de musiques ou les éléments d'un rituel.

Ces rituels et ces arlequinades, Lévi-Strauss les retrouva avec un certain ravissement dans les cérémonies de notre époque. La cérémonie d'essayage de sa tenue d'académicien est un grand moment d'ethnologie appliquée. On y retrouve notre chercheur et homme de terrain dans son costume de grand corbeau ou d'oiseau de proie, scrutant dans la glace sa propre image et son propre chef surmonté d'un bicorne, à la façon dont il sut observer les totems des tribus indiennes de la côte Ouest du Canada.

mercredi 4 novembre 2009

C'ÉTAIT ANTONIN ARTAUD : Table des matières (Fayard, 2006)

Préambule
Pour en finir avec toute biographie. - Une certaine conception de la biographie. - L'identité et la question biographique. - L'identité et les jeux de la folie. - Entre littérature et folie : le statut particulier d'un écrivain. - Les témoignages. - Une existence anténatale.

Première Partie. - Les enfances (1896-1920)

Naissance. - Les origines familiales. - Premiers traumas, premières sensations. - Le scandale du moi et de l'être. - Dessine-moi un bateau... - Le Pensionnat du Sacré-Cœur. - La petite Germaine. - Les petits théâtres de l'enfance. - Marseille. - Une enfance très religieuse. - La figure de la Vierge. - Journal des Voyages et livres d'aventures. - Une enfance très marseillaise. - La mort de "Neneka". - Premiers écrits, premiers poèmes. - Les premières influences littéraires. - Les années de guerre, l'adolescence et les maisons de santé. - Les premiers psychiatres. - La structure de la maison de santé. - L'air des montagnes. - Intermède marseillais. - Digne et le 3e Régiment d'Infanterie. - 1917 : une syphilis héréditaire. - L'asile privé d'aliéné de Meyzieu. - Les cures thermales. - La clinique du Chanet. - Un roman familial.

Deuxième Partie : Les premières années parisiennes

1 - 1920 : La montée à Paris.
Le Dr Toulouse. - La scène théâtrale parisienne. - Demain : première expérience d'une revue. - Artaud, critique d'art. - Le monde scintillant du théâtre.

2 - 1921 : Une vie menée sur plusieurs plans.
Poésie, théâtre et arts plastiques. - Des vacances à Marseille et en Suisse. - Un automne très parisien. - L'attrait de l'Orient. - Charles Dullin et l'Atelier naissant. - Génica Athanasiou.

3 - 1922 : Une année très théâtrale
La vie dans la troupe de Dullin. - Poésie en revues et "Grand Magasin empoisonneur". - Marseille et l'Exposition coloniale. - Poésie : symbolisme et influences orientales. - La place Dancourt. - Entre poésie et consultations à l'Hôpital Henri Rousselle. - André Masson et le groupe de la rue Blomet. - L'Antigone de Cocteau. - La Galaxie Kahnweiler.

4 - 1923 : Ruptures, difficultés personnelles et nouvelles affinités
Artaud et Dullin : des relations tendues. - Les petites revues : de Fortunio au Bilboquet. - Les relations avec le Dr Toulouse. - Réponse à une Enquête sur le cinéma. - Le Dr Toulouse : le cinéma et la médecine. - Premier envoi à Jacques Rivière et dernières collaborations avec Dullin. - Le Grand Guignol et le théâtre de la peur. - La Comédie des Champs-Élysées. - Artaud chez Pitoëff. - Génica : les menus éléments de la vie quotidienne. - Littératures. - Les Lettres à Rivière : un droit à l'expression. - L'été 1923. - Drogues. - "Lettres de Ménage" et ennuis de santé. - Décors et machineries. - Artaud acteur : des "fautes de syntaxe". - Décembre 1923 : une triste fin d'année.

Troisième Partie - 1924-1926 : Un rebelle à l'assaut de la République des Lettres

1 - 1924 : les Lettres à Jacques Rivière, l'adhésion au surréalisme
"Uccello le poil". - Génica, ma "cocotte", ma "chérie". - Les différents angles de la vie. - Les années Cinéma (1924-1935). - Théâtres : La Comédie des Champs-Élysées. - Poésie, critique et arts plastiques. - Un été très actif. - Septembre 1924 : Les Lettres à Rivière et la mort du Père. - La rue Blomet et la rue Fontaine. - Artaud et Breton : l'arrivée dans le bateau des "dadas". - Le terreau anarchiste. - Dada, surréalisme et anarchisme. - Littérature et grandes manœuvres. - La Centrale surréaliste. - La Révolution Surréaliste.

2 - 1925 : L'année de tous les surréalismes
Surréalisme, psychiatrie et découverte de l'inconscient. - Permanences à la Centrale. - Orient-Occident. - Des lettres incendiaires. - Fermeture de la Centrale et reprise en mains de Breton. - Un tournage en Italie. - L'Ombilic des limbes et "Le Pèse-Nerfs". - De perpétuels bas-fonds psychiques. - Octobre 1925 : un mois de drames et de ruptures. - Novembre-décembre : entre boursicotage et drame sentimental.

3 - 1926 : exclusions, nouvelles rencontres, nouveaux amours
Les grandes et petites revues du Sud. - Alexandra Pecker. - La Lettre à la Voyante : Janine et Mme Sacco. - René et Yvonne Allendy. - Artaud entremetteur... - Les années Théâtre : Manifestes et mises en scène. - Les prémices du Théâtre Alfred Jarry.

Quatrième Partie - 1927-1930 : Les années Jarry

La Naissance du Théâtre Alfred Jarry. - Le premier spectacle du Théâtre Alfred Jarry (juin 1927). - Correspondance avec Paulhan. Relations avec la N.R.F.. - La vie de famille : entre Génica et Euphrasie Artaud. - La Jeanne d'Arc de Dreyer et les fêtes de Valentine. - Les difficultés d'une amitié amoureuse. - Le Cartel. - Querelles surréalistes. - Alexandra Pecker et les "Fleurs du mal". - 1928 : La bohême à Montparnasse. - Les Cafés. - Le second spectacle du Théâtre Alfred Jarry (janvier 1928). - La Coquille et le Clergyman. - L'Affaire de la Coquille. - Verdun, Visions d'histoire. - Nouvelles "lettres de ménage". - Troisième spectacle du Théâtre Alfred Jarry : l'Affaire du Songe (juin 1928). - Les suites de l'Affaire du Songe. - Les coulisses du Théâtre Alfred Jarry. - Quatrième spectacle du Théâtre Alfred Jarry : Victor ou les enfants au pouvoir (décembre 1928-janvier 1929). - Artaud scénariste. - Cinéma sonore, cinéma parlant. - Un tournage dans le midi : Tarakanova. - Un été difficile. - Le Coup de Trafalgar.

Cinquième Partie - 1930-1935 : Théâtres. Cinémas. Littératures.

1 - 1930 : - L'année de tous les cinémas.
Artaud, Salacrou et les Mystères du Moyen Age. - Meyerhold est à Paris. - Premier épisode berlinois. - Rêve, cinéma et publicité : Artaud et les Allendy. - Le Moine de Lewis. - Un automne à Berlin.

2 - 1931 : Une année balinaise.
L'amitié de Paulhan, le secours des thaumaturges. - Les (difficiles) relations avec Jouvet. - Les Croix de bois et la "Bataille de Salamine." - Le Théâtre Balinais. - Artaud conseiller et "homme de lettres". - Une conférence en Sorbonne.

3 - 1932 : Le Théâtre de la Cruauté.
Le sang d'un poète et le 3e séjour berlinois. - Paulhan et les hommes du Grand Jeu. - Du "Crime passionnel" au "Théâtre de la N.R.F.". - Un nouveau Manifeste théâtral. - "Théâtre de la cruauté" et "Théâtre de la peur". - "Il n'y a plus de firmament" : un projet avec Edgar Varèse. - Drogues et désintoxications.

4 -1933 : Le temps des amours platoniques.
La rencontre avec Anaïs Nin. - Un amour abstrait. - Une conférence en Sorbonne : le "Théâtre et la peste". - Anaïs, Anaïs. - Les Cahiers jaunes. - La radio : de Christophe Colomb à Fantômas. - Quelques mois d'attente et d'expectative...

5 - 1934 : Héliogabale, le désert et la peste.
Lecture chez Lise Deharme. - La forteresse de l'écrit. - "Le Théâtre et la peste". - L'Algérie. - L'amitié avec Balthus. - Un théâtre de l'inconscient. - Une fin d'année placée sous le signe du théâtre.

6 - 1935 : l'année des Cenci. - Convaincre... des mécènes, des directeurs de théâtre, des acteurs... - Les Cenci, côté coulisses. - Les mouvements de scène des Cenci. - Les décors de Balthus. - Une impressionnante couverture de presse. - Lendemains de fête. - Antonin Artaud et Jean-Louis Barrault. - Un séjour dans les landes. - Désintoxications. - De nouvelles rencontres féminines.

Sixième Partie - Les voyages et les années de dérive (1936-1937)

1 - L'aventure mexicaine
Les préparatifs du voyage mexicain. - "Le Réveil de l'Oiseau-Tonnerre". - Le départ. - Le Mexique de 1936. - La vie à Mexico. - Artaud conférencier. - Entre marxisme et indianité. - Le rêve mexicain. - Norogachic et le rituel des "rois de l'Atlantide". - Le Peyotl et la grande initiation. - Le retour à la vie civile.

2 - Entre deux voyages : l'épisode parisien
La réconciliation avec Breton. - Les femmes : une vie très passionnelle. - Cécile Schramme. - Les souvenirs de Cécile Schramme. - Une série de désintoxications. - Le Voyage au Pays des Tarahumaras. - Une conférence bruxelloise. - Nouvelle désintoxication et rupture. - Les Nouvelles Révélations de l'Être et la question de l'anonymat.

3 - Le Périple irlandais
Les préliminaires du voyage irlandais. - La canne de Saint Patrick. - Des démarches tardives. - Le séjour irlandais. - Les îles d'Aran. - Sur les traces de la culture celte. - Le retour au christianisme primitif. - La quête du Graal. - Artaud, le Christ et l'Archevêque. - Le "Roi du Monde". - Un changement de nom. - Vies et légendes de Saint Patrick (ou Saint Patrice). - Galway : l'Imperial Hôtel. - Dublin. - L'affaire irlandaise. - La saga irlandaise. - L'affolement des signes.

Septième Partie - Les premières années d'asile (septembre 1937-février 1943) Les structures de la folie.

1 - Sotteville-les-Rouen. Une plongée brutale dans l'univers asilaire. - De longues recherches.

2 - 1938 : transfert à Sainte-Anne. - Sainte-Anne en 1937-1938.

3 - Ville-Evrard
La condition d'interné psychiatrique. - La fonction du questionnaire médical. - "Le Livre de Monelle". - La vie quotidienne. - L'imaginaire de la folie. - Les visites de sa famille et de ses amis. - Carnaval. - Les lettres au Dr Fouks. - Des alliés difficiles. - Sorts, magie, gris-gris. - Sort à Hitler, Chancelier du Reich. - Des histoires de doubles et de sosies. - Le jeu de la folie. - Une sombre histoire d'héroïne, de rituels et de contre-rituels. - Avoir la maîtrise. - Le sabbat des Initiés. - Août 1939 : une mort symbolique. - Septembre 1939 : l'entrée en guerre. - L'année 1940. - Les amis de Ville-Évrard. - 1941-1942 : changements de quartiers. - Nourritures. - Une demande officielle de sortie. - 1942 : dernière année à Ville-Évrard. - La mise en place d'une nouvelle thérapeutique : l'électrochoc. - Novembre à décembre 1942 : les démarches d'Euphrasie Artaud et de Robert Desnos. - Transfert à Chézal-Benoît.

Huitième Partie : La période de Rodez (février 1943-mai 1946)

L'asile et la vie à Rodez. - L'électrochoc. - Un accident vertébral. - Le cas Antonin Artaud. - Réapprendre à écrire ? - Amnésie et perte d'identité. - L'Abbé Julien et les traductions. - Une nouvelle histoire de doubles. - Artaud "retrouve" sa mère et son état civil. - Mystique et conversion chrétienne. - La rencontre du délire, de la mystique et de l'électrochoc. - Lettres à sa famille, lettres à ses amis. - Janvier 1944 : lettres, colis. - Une vie quotidienne presque normale. - Avril-mai 1944 : Marie-Ange, Anne Manson, Cécile Denoël... - Les sorties dans Rodez : la cathédrale. - Les derniers temps de l'Occupation. - La guerre. - 1945 : le retour de Latrémolière. - Les Cahiers de Rodez : le livre de la naissance des formes. - Le pouvoir médical : la lutte du médecin et de son malade. - Madame Régis. - Paulhan, l'interlocuteur privilégié. - Le Dr Dequeker. - Artaud et la sexualité. - Des projets d'avenir. - Un projet d'insulinothérapie. - Des visites et des projets de sortie. - Une sortie d'essai : Espalion. - Imbroglios administratifs. - Le retour à Rodez. - La préparation du retour à Paris.

Neuvième Partie - Le retour à Paris (mai 1946-mars1948)

1 - L'arrivée.
Le Paris de l'après-guerre : Saint-Germain-des-Prés. - Premières visites, premiers contacts parisiens. - Une longue série de plaintes. - Artaud et Breton. - Écrire, tracer des lignes et des figures. - Opium, laudanum, héroïne, sirop de chloral... - La séance du Théâtre Sarah Bernhardt. - "Les malades et les médecins" : une radio-émission. - Le 13 juin : vente aux enchères. - Les "petites filles" de cœur. - Colette, la bien-aimée. - La nébuleuse ésotérique. - Premier été à Paris. - Le dandy, la décrépitude et la ruine. - Portraits et autoportraits. - Nourritures. - Des "Œuvres Complètes". - Le séjour à Sainte-Maxime. - "Artaud le Mômo" : un livre qui tient dans la poche. - Paule Thévenin, Jacques Prevel : une histoire de rivalités. - La naissance d'un enfant. - Un auteur sous tutelle financière. - De photographies en crucifixions : une journée ordinaire. - Jean Paulhan et Marthe Robert.

2 - 1947 : Suppôts et Suppliciations : une année très publique
13 janvier 1947 : La Conférence au Vieux-Colombier. - Les effets d'une conférence. - Les vitrines surréalistes. - Artaud, chef d'orchestre de toutes les radios et les glossolalies. - Van Gogh ou l'"enterrement dans les blés". - Un projet d'expédition punitive en Bohême et au Tibet... - L'antre du shaman. - Albert Camus et la complainte du Roi de Thulé. - La vie à Ivry. - Vernissage à la Galerie Pierre. - Un été de manque et de souffrances. - "L'Histoire vraie de Jésus-Christ". - Un langage et un corps désaxés. - Une radio-émission. -

3 - 1948 - "Pour en finir avec le jugement de [D]dieu"... et des hommes...
Artaud l'hérétique. - La Folie anarchiste. - Un projet de départ : "une petite maison dans le midi...". - Les Cahiers du Retour. - 1er janvier/4 mars 1948 : les dernières semaines. - 1000 dessins "pour assassiner la magie". - Les instruments de la magie. - Un "auteur radiophonique maudit". - L'histoire d'un corps. - Dernières pages, derniers souffles, derniers cahiers. - 4 Mars 1948 : mort d'Antonin Artaud.

Bibliographie
Dictionnaire des Intervenants
Index des noms propres

lundi 26 octobre 2009

FIAC 2009 : "Poetic economy" - ARISTARKH CHERNYSHEV

Aristarkh CHERNYSHEV, Poetic economy
(internet connected infosculpture, ed. 7, 2005, XL Gallery)
Photographie ©FDM, 2009

Cette œuvre d'un artiste russe familier d'Internet se base sur le système contemporain des réseaux de communication et du jeu boursier.

L'artiste met en scène le court-circuit et raccourci poétique résultant de la rencontre de deux chaînes d'information indépendantes : le fameux monologue de Shakespeare, "To be or not to be", et le relevé du cours de la bourse, qui nous parvient ici en direct, par le truchement du système de liaison Bluetooth.

À l'intersection et à la jointure des deux systèmes : une cassure. Les messages se fissurent au sein de ce qui n'est plus ni un échangeur ni un transformateur, mais un simple instrument de délitement, d'effacement.

Les messages s'aventurent désormais dans une autre galaxie. Poétique. Invisible.

Lien : www.xlgallery.ru

FIAC 2009 : "L'INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ" DU LUXE

©FDM, 2009

198 galeries exposent à Paris un échantillon du meilleur de leur production. La qualité est au rendez-vous et sous les verrières du Grand Palais, on a tout loisir d'admirer les Maisons fantômes de Rachel Whitehead, poupées de laine de Louise Bourgeois, installations d'Annette Messager et Christian Boltanski, les toiles cotonneuses de Manzoni, œuvres au noir de Soulages et les étonnantes sculptures hyperréalistes de Duane Hanson. Son effigie d'adolescent est surprenante à plus d'un titre. Exposée sur le stand d'Emmanuel Perrotin, la réduction d'échelle (naturelle) du personnage l'apparenterait presque à un Maurizio Cattelan.

Le plaisir esthétique est donc bien au rendez-vous. Y compris dans le stand de prestige réservé à quelques œuvres de prix et de poids : Picasso, Bacon, Brancusi, etc.

Le sentiment d'ensemble qui se dégage de cette Fiac s'avère, pour le reste, représentatif d'une grande partie de l'art produit ces toutes dernières années : un art de plus en plus léger. Très people et très "mode". Un art du paraître. Fait pour ne pas choquer, ne pas heurter. Ou juste ce qu'il faut ! Juste ce qui "convient".

Cet art est coloré, amusant, parfois comique ou dérisoire. Il s'agit souvent d'œuvres dont on saisit d'emblée quelle place elles peuvent trouver au sein d'intérieurs très design et eux aussi très "mode".

Cet art-là est, par rapport à la violence et aux actuels enjeux de notre société, de plus en plus décalé. Disjoint. Il ne se réfère qu'à l'écume de la réalité.

Sur le trottoir ce matin, près de l'Opéra de Paris, un SDF, un de ceux qu'autrefois on appelait un clochard, avait étalé sur le pavé mouillé des coupelles fabriquées à l'aide de canettes de soda métalliques. Colorés, dérisoires, et en un certain sens très "mode", ces objets auraient pu figurer sur certains stands de la Fiac.

Mais la relation était ici inversée. C'étaient ces pacotilles sur le trottoir, ces rebuts de la société de consommation, qui me renvoyaient comme un curieux reflet de l'actuel monde de l'art.

mercredi 21 octobre 2009

EDGAR VARÈSE ET GARY HILL : HALTE AU "TOUT IMAGE"

Edgar Varèse

Le Festival d'automne nous a récemment offert "Edgar Varèse 360°". Avec quelques-unes de ces pièces visionnaires (Hyperprisme, Octandres, Amériques, etc.) qui font de Varèse un découvreur et bien plus qu'un pionnier de la musique contemporaine. Un moderne à part entière. - Influences orientales. Musique concrète. Maîtrise de la dissonance. Et jusqu'à cette dimension spatiale, plastique et "imagée" du son.

C'est là toutefois que surgit un gigantesque malentendu. Il n'est pas besoin d'ajouter des images (et en l'occurrence un environnement vidéo) à la musique de Varèse pour en percevoir la dimension plastique. Bien au contraire. Cette plasticité du son surgit naturellement du timbre et de l'étagement des sonorités. La musique engendre ses propres images. C'est là le miracle de ce que l'on nomme la "synesthésie" ou correspondance entre les sens.

L'appel donc à ce grand vidéaste qu'est Gary Hill (rendons hommage au passage à son œuvre plastique) est ici non seulement inutile, mais néfaste. Cette démarche est réductrice. Cette multiplication d'images (de synthèses ou d'enregistrement d'objets) s'avère anecdotique. Futile.

Pour retrouver la dimension plastique et colorée de la musique de Varèse, il me fut nécessaire, durant le concert, de fermer les yeux.

Halte donc à la vogue du "TOUT IMAGE". L'image aussi est chose fragile. Il ne sert à rien de la galvauder. Il convient de retrouver le sens de la rareté de l'image.

Ce pourquoi j'apprécie tant la pureté des jardins zens.

Le son aussi parfois m'y est donné : sous les espèces d'une ride, d'un plein.

Ou d'un vide...

samedi 17 octobre 2009

L'AFFAIRE ARTAUD : Tables des matières (Fayard, 2009)

Préambule
Prologue : 4 mars 1948. — La scène originaire

1 — La fille placée "en sentinelle"

Un destin posthume. — La question du legs. — Une efficace sentinelle. — Artaud, Paule et Jean Genet. — Un bien curieux anonymat. — Quelques voix divergentes. — De quelques rituels funéraires : la dépouille, les fétiches et les clous. — Une malle voyageuse. — Un auteur sous tutelle, une famille présumée bigote. — Cette autre "tutelle" de Paule Thévenin. — Les "deux" familles.

2 — 1946-1959 : des années décisives

Les relations de Gallimard et de la famille Artaud. — Des dissensions apparaissent entre le frère et la sœur. — Fernand Artaud : l'ombre ou le négatif d'Antonin. — Fernand Artaud ne badine pas avec certaines "outrances verbales".

3 — 1981. Comment j'entre dans l’Affaire Artaud

Dans la tanière du dragon. — 1982 : Des tractations très secrètes. — 1983-1984 : Portraits et Gris-gris. — Interdits de reproduction (première censure). — Interdits de reproduction (suite) : une chasse aux images. Des collectionneurs sous "influence". — Entrée en lice de Monsieur le ministre d’État. — Interdiction "ministérielle" de reproduction. — Une expérience éditoriale. — Lendemains de fête : Gallimard, finalement, change d’avis. — 1986 : Portraits et dessins par Paule Thévenin et Jacques Derrida.

4 — "L’héritier des héritiers"

Une "armoire" vide. — Le rebondissement de l’Affaire. — Oralité et transmission : la Dactylographe inspirée. — 1991 : des soutiens de poids. — 1991 : Art Press à l’offensive. — Un protocole d’accord (février 1991). — "Libérez Artaud !" — Une somme de travail. — 1992 : l'élargissement du débat : "À qui appartiennent les écrits posthumes ?" — L’amalgame des "Affaires". — La "valeur marchande" des manuscrits et des dessins : une réévaluation. — De nouveaux effets de censure induits par l’Affaire Artaud.

5 — 1993 : une année charnière

"Artaud, ce Désespéré…" — Un droit de citation. — Le retour de la "sentinelle". — Colloque à Montréal. — 25 septembre 1993 : mort de Paule Thévenin.

6 — 1994 : l’affaire de la transcription des manuscrits

Le Nouvel Observateur. — Débat au tribunal. — Un certain article du Monde. — Lettre ouverte à Josyane Savigneau (Le Monde). — Œuvres posthumes, Œuvres complètes. — La réaction de quelques intellectuels. — La première page du manuscrit : une singulière transcription. — De Philippe Sollers à Serge Malausséna. — Une lettre (non envoyée) à la communauté intellectuelle. — La question juridique. — Le Monde et le "coupé-collé Macintosh". — De quelques incidences de l’Affaire. — Le Trésor de la Bibliothèque nationale de France. — Mars 1995 : Ouverture du Salon du Livre au Grand Palais. — Libération, 21 mars 1995 : une enquête unilatérale. — 16 octobre 1995, Salon du livre du Mans : "Artaud toujours en débat". — Rodez, 26 mai 1996 : Journées Antonin Artaud.

7 — Le grimoire et l’écriture magique

Les premiers pas d’une Muse. — Lisible, Illisible. — Artaud, "Paule" et Jacques Prevel : les avatars d’une édition. — Une lecture ligne à ligne. — Le "futur" Cahier d'Ivry. — Les Cahiers d’Artaud. — Petite chronique d’un colloque annoncé : Barcelone 2009. — L’héritage de Paule Thévenin.

8 — Nos amis les psychiatres…

Une "affaire" dans l’"Affaire". — Le docteur Ferdière, — Gaston Ferdière : un paravent commode. — Jacques Latrémolière : un médecin très chrétien. — 1996, deux visions de la même réalité : Sur l’électrochoc, le cas Antonin Artaud ; Artaud et l’Asile 2 Le Cabinet du Dr Ferdière. — Les traitements de choc : les dénégations du corps médical. — L’électrochoc, la psychiatrie et les réactions de la presse. Le Monde amorce un tournant. — Une double censure. — Derrida et le "chantier" psychiatrique. — Un serpent de mer : le dossier médical d’Artaud. — Une exposition en trompe-l’œil. — De l’électrochoc comme pratique d’art-thérapie ?— Les électrochocs de Ville-Évrard. — Le cabinet de curiosités du Dr Venet. — La Comptine à Roudoudou. — Une interview "roborative". — Résistances. — Des secrets bien gardés. — La thèse du Dr Fouks. — L’Asile de Rodez, au moment de l’arrivée d’Artaud. — Des informations périphériques. — La forteresse psychiatrique. — La "Société des amis", le temps des "tribus".

9 — Un inconscient "déstructuré façon Mômo"…
Où comment l’Affaire Artaud investit le champ psychanalytique


De la "famille posthume" (façon Ferdière) au "corps imposthume" (d’un Artaud revisité par Bernard Noël). — "Artaud et Paule" retravaillés par la psychanalyse. — Les marionnettes d’Internet. — Totem et Ancêtre Mythique.

10 –— Jeux et enjeux de la presse écrite
Petite Anthologie des années 1946-2002


1946-1948 : Une atmosphère de Grand Guignol. — 1950 : premiers combats, premières pétitions. —1950 : Combat monte à nouveau en ligne. — 1950 : premières lettres de soutien. — Les Réactions. — Et la légende répondit en écho… — Le "combat" de Maurice Nadeau. — 1959 : la réactivation de l’Affaire. — 1959 : le "coup de Jarnac" ou la bagarre des revues. — Marie-Ange Malausséna : une virulente lettre ouverte. — 2002, Glissements progressifs de la critique : réédition des numéros de La Tour de Feu. — Décembre 1959 : le bloc-notes de François Mauriac. — "ARTAUD N’ETAIT PAS FOU". — Quelques voix divergentes. — Sollers, Tel Quel et les "miasmes" familiaux. — La chasse aux universitaires. — L’Affaire et ses rebondissements médiatiques, après 1991. — Sollers et la théorie du complot. — Les "Exagérés" : enflure, pathos et hystérie.

11 — Le Vaisseau amiral change de cap

Octobre 2000 : où il est encore question de Paule Thévenin. — Un détour par Gallimard. — Une relation fétichiste. — Van Gogh ou les tribulations d’un manuscrit. — L’antre des manuscrits : l’accès au "Trésor" de la Nationale. — Parole soufflée, parole raptée. — Un petit tour de prestidigitation : 50 dessins pour assassiner la magie. — L’invention d’une spécialiste. — 2004 : sortie du Quarto. — Polémique autour du Quarto. — Un présupposé christique.

12 — 2006. L’éditeur "historique"

La préparation d’un catalogue. — Gallimard, l’"éditeur historique". — Un Cahier d’Ivry. — Le contrôle de l’appareil critique. — La réception d’une biographie. — Le Monde et les deux "sœurs" ennemies. — Une microphysique du pouvoir. — Les effets de censure induits par le surgissement du biographique. — 2008 : Où je croise quelques fantômes. — Le corps du délit : une réédition longtemps différée. — De la censure, répétée. Réitérée.

13 — "La Société des amis"…

L’Association des Amis de l’œuvre d’Antonin Artaud. — Un déni de filiation. — Censures et suspicions.

14 — Humain, trop humain : "des amis aux écrits"

Du bouquet de violettes de Jean Paulhan à la valse des enveloppes. — Le syndrome du témoin. — Les contradictions entre les témoignages. — Un poète doué d’ubiquité. — Les témoignages tardifs. — "Témoins, faux-témoins"… — Une névrose d’État. — Collloque de Cerisy-la-Salle : une étrange histoire. — Les amis collectionneurs. — Le légataire, le musée et l'appareil critique. — Cérémonies à France Culture et à Sciences Po. — De quoi est-il question ? — Manipulations.

15 — Une cascade de procès

Les jugements : la littérature au tribunal. — L’héritier, "prêtre du culte de l’œuvre"… — L’ombre portée de Roland Dumas. — 1963-1968 : L’Affaire Roger Gilbert-Lecomte. — De Roger Gilbert-Lecomte à Antonin Artaud : "FAMILLE, JE VOUS HAIS !" — Roland Dumas, collectionneur. — De l'Affaire Picasso à l'Affaire Artaud. Plaidoyer imaginaire de Roland Dumas : "Détruisez ce sexe que je ne saurais voir !" — Février 2008 : "Le Fil et la pelote". — 2004-2008 : de certains emballements juridiques

16 — L’impact de l’Affaire sur l’appareil théorique

"Artaud sans légende" : effets de glose et glissements progressifs de la critique. — "Le meurtre de la Lectrice". — "Possédés. Tous possédés !" — Une "lecture-témoignage". — L’impossibilité du livre… — Sauvons la martyre Thévenin ! — Entrée en scène des ventriloques. — Télérama : une histoire de "subjectiles". — Protoparole d’Artaud et effets de "vortex". — Impouvoir d’Artaud. Impouvoirs de Jacques Derrida. — Derrida : l'empire de la parole soufflée. Les avatars de la DÉCONSTRUCTION. — Derrida : une histoire de Grand Gourou. — De deux sortes de propriétés : "incorporelle" et "matérielle" : le "subjectile", la vignette et le timbre-poste. — Le CODEX ARTAUD.

Ceci n'est pas une conclusion.
L'Affaire ? Les Affaires ? — Dernières pages.

Épilogue

DOCUMENTS

A. A propos du Van Gogh
B. "50 dessins pour assassiner la magie"
6 - Les dessins d'Artaud. — DEUX LECTURES.

Bibliographie
Index

dimanche 4 octobre 2009

"DUCHAMP EN FORME DE READY-MADE"

Dans le Grand Cosmos de l'art moderne : l'œuvre "trouvée" de Marcel Duchamp. Signée "à ma façon" et transformée en un ready-made d'un nouveau genre : une fiction légère, ludique et ironique dont la matière n'est autre que l'œuvre protéiforme de notre "Duchamp Dusigne".

D'où la prospection d'un nouveau genre littéraire : celui de la "théorie-fiction". Histoire de l'art revisitée par l'imaginaire de celui qui la traverse.

Et comme l'on n'est jamais si bien qu'en bonne compagnie, je me suis adjointe quelques acolytes de poids :

* les jeux scientifiques joliment illustrés de la fin du XIXe siècle, que Duchamp appréciait tant. Telles ces Récréations scientifiques de Gaston Tissandier.

* le Grand Borges soi-même. La matrice textuelle de sa très Grande Bibliothèque de Babel servant ici de moule et de grille de lecture aux avatars et aventures de notre "marchand de sel".

* Umberto Eco m'avait antérieurement (Borges & Borges illimited, Blusson 1993) fourni la matière d'une énigmatique et très mobile Préface. Borges se prête ici au jeu des doubles et des substitutions dans une Préface à effets de miroir.

Alors, amusez-vous. Pliez, dépliez, froissez les images, les signes et les mots de ce livre mille-feuilles, livre-accordéon, livre à soufflets et à pistons. À l'image du Grand Corps de la Mariée dont il est issu.

cf. www.editions-blusson.com

jeudi 1 octobre 2009

MARCEL DUCHAMP : LES POLAROÏDS D'"ÉTANT DONNÉS..."

Exposition, en cet automne, au Musée des Beaux-Arts de Philadelphie d'un ensemble de "travaux" ou éléments préparatoires à la fabrication d'"Étant donnés...", dernière pièce laissée à la postérité par Marcel Duchamp.

La mise en place (des plus secrète) de ce dispositif érotico-duchampien s'étale sur un laps de temps de vingt ans (1946-1966). Duchamp eut tout loisir pour monter, démonter, mouler, démouler, dessiner et architecturer sa singulière chambre optique. On découvre aujourd'hui que parmi tous ses travaux préparatoires (qu'il vaudrait mieux concevoir comme les rituels successifs d'un gigantesque work in progress) figurent quelque soixante-dix polaroids.

Photographies instantanées prises par Duchamp dans son atelier de New York. Il appréciait particulièrement la dimension physique et "matérielle" de la gélatine du support. Perçue par lui de manière tactile. Et comme une seconde peau. Venant achever, parfaire et souligner la sensualité de son installation.

La photographie (et, en l'occurrence, la photographie dite "instantanée") aura ainsi hanté la totalité du parcours de Duchamp. On se souvient de ces plaques photographiques du tout début du XXe siècle, rangées dans des "Boîtes" dont il goûtait l'apparence et l'apparat : Plaques extra rapides au gélatino-bromure d'argent des Établissements Lumière et Jougla.

* Voir les "objets" sur le site www.philamuseum.org