lundi 8 février 2010

LISETTE MODEL (1901-1983).
PLUS GAIE QU'UN SUMO.

Coney Island Bather, New York, 1939-1941
© The Lisette Model Foundation, Inc (1983).
Used by permission Jeu de Paume.

Dans les rues de Paris, sur la "Promenade des Anglais" à Nice, dans les cabarets interlopes ou la rue new-yorkaise, Lisette Model porte un regard acéré sur la société de son temps. Son objectif épingle des attitudes, des visages, des accoutrements. Comme le seraient des papillons aux ailes un brin défraîchies.

Ses premiers clichés abondent en personnages ou "corps" impressionnants. Par leurs rondeurs. Leur masse.

Cette baigneuse de Coney Island (plage populaire de New York), nous la voyons ramassée et pétrie dans ses courbes. Heureuse. Campée tel un sumo sur ses deux jambes. Prête à accueillir le personnage ou l'enfant qui lui fait face.

Puissance. Opulence et confort de la chair. Souplesse de l'attitude. Et surtout : la gaieté, cette irrépressible gaieté…

— En arrière-plan : la vague, l'océan.

Exposition au Jeu de Paume. Paris. 9 février-6 juin 2010.

jeudi 4 février 2010

BOLTANSKI : "PERSONNES". LA DÉPOUILLE ET LA FRIPE.

Christian Boltanski,"PERSONNES". Photographie ©FDM

L'étonnant monde de la "fripe". Du vêtement usagé, délaissé, déjà porté. Vêtement qui possède une histoire, une usure.

Cet après-midi, après la visite de "Personnes", l'exposition de Boltanski, j'ai voulu retourner aux "Puces" de Montreuil, dans ce marché où le lundi pullule la fripe. Royale, dérisoire ou innommable. Chiffons ou reliques qui abritèrent un temps d'autres chairs, d'autres corps, et où nous cherchons quelque vêture originale, passée de mode et déconstruite.

J'ai toujours été friande de ces marchés aux "Puces" et les ai fréquentés en bien des lieux sur le pourtour de la planète. À New York où l'on trouve d'élégants résidus des années 1930 et quelques "kitcheries" des années 1970. Au Japon où s'entassent les tas de kimonos usagés : soyeux, somptueux. À Pékin sur ces marchés où tout est toujours faux. Mais parfois si bien patiné.

La fripe de Montreuil est plus hasardeuse. C'est que la fripe est un monde complexe. Le vêtement semble indéfiniment recyclable et, à côté de la fripe avantageuse et "vintage", il est d'autres tas plus informes. Sur le pourtour du périphérique de la Porte de Montreuil et dans les allées adjacentes du marché, ce que l'on découvre c'est le "lumpen prolétariat" de la fripe : le chiffon devenu innommable, sali, mêlé aux détritus de toutes sortes.

Au sein de ces "ordures", il est pourtant, si l'on y regarde bien, de "beaux restes" et, parfois, une perle. Tant est hasardeux le cheminement qui mène du produit de consommation (courante ou bien de luxe) à l'improbable dépouille ou défroque.

L'installation de Boltanski sent la fripe. Elle est constituée de ces vêtements portés, usés, rapiécés, puis abandonnés. Elle relate des histoires qu'on ignore. — "Personnes" : l'œuvre porte bien son nom. Les vivants et les morts se sont absentés de toutes ces peaux, ces défroques, ces chiffons.

Nous suivons la trace de ces fantômes, nous habillons de leurs défroques, habitons peut-être leurs vies passées…

BOLTANSKI : LE FROID, LA PELURE ET LA PEAU

Christian Boltanski,"PERSONNES". Photographie ©FDM

"bientôt des peaux comme chiffons usagés pendent
au bout de mains contre des poitrines
piétinant de la matière cérébrale écrasée
reins enveloppés de tissus brûlés
défilent des corps nus qui marchent en foule et pleurent"

(Tôge Sankichi, Poèmes de la bombe atomique, le 6 août 1945)

Lundi, 1er février 2010. Il fait froid dans la nef du Grand Palais. Boltanski l'a "voulu ainsi". Les vêtements amoncelés — manteaux, lainages, cache-col : tout cela ne nous réchauffera pas. Ils nous donnent plus froid encore, nous font frissonner à l'évocation, au souvenir (mais ce mot est ici impossible à prononcer) de ces histoires de vêtements abandonnés, de corps dénudés, de vivants anéantis.

Évoquer Hiroshima, les corps brûlés, "dessiccés", les matières désintégrées, est-ce pensable face à ces pelures et défroques évoquant crûment la réalité de la Shoah. En deux endroits du monde, à très peu de "temps" d'intervalle, deux opérations innommables se font écho.

Dans les deux cas, il est question de corps, de peaux, de la sensibilité vive de tous ceux qui portèrent ces défroques, ces haillons, ces lambeaux ou ces vêtements qui aujourd'hui encore peuvent "tenir" et se supporter ou ne plus exister que "désintégrés".

On comprend alors cette froidure qui nous habite. Au détour de ces allées, de ces chiffons où se meuvent et se glissent non pas "des" personnes, mais précisément "Personnes".

dimanche 31 janvier 2010

"PALACE DE LA GAIETÉ" (ZOOPREJ), PARIS, 30 JANVIER 2010

"Palace de la Gaieté". Photographie ©FDM, 2010

Un immeuble à l'abandon, frappé d'alignement. Et depuis si longtemps cette enseigne, qui a résisté aux dégradations du temps.

Noires et blanches, le mur s'est récemment enrichi des vagues ondulées d'un dragon. On reste en Chine. Mais le graphisme est en pleine mutation.

Bravo à ZOOPREJ !

vendredi 22 janvier 2010

ÉLECTROCHOC : ÉVELYNE GROSSMAN INVITÉE "EN LIEU ET PLACE D'ANTONIN ARTAUD"

Les Nouveaux Chemins de la Connaissance (France Culture, 12 janvier 2010) nous gratifiaient récemment d'une émission "Artaud et la folie".

Il y a deux manières de traiter cette question :

Ou l'on aborde la question de manière précise et historique. En tenant compte de l'histoire de la psychiatrie, du discours des psychiatres et de la position qui fut celle d'Artaud. Position critique et dénonciatrice qui, elle aussi, appartient à l'Histoire. Il ne faudrait pas l'oublier.

Ou l'on traite le sujet de manière "universitaire", "littéraire" et rhétorique, en en faisant un joli sujet de conversation.

Cette récente émission de France Culture relève de cette dernière option.

Cela ne serait pas forcément gênant, s'il n'y avait plusieurs points qui font plus que chiffonner.

1°- Évelyne Grossman, en charge de l'édition des Œuvres d'Artaud chez Gallimard, et désormais commentatrice officielle et en titre de la vie et des Œuvres du poète, y intervient sur la question de l'électrochoc. Sans manifestement connaître grand chose de la réalité de l'électrochoc, ni de l'abondante littérature psychiatrique qui s'est développée autour de la question. Avec des assertions qui en ont laissé plus d'un pantois.

Grâce au traitement par électrochoc Artaud, nous dit-elle, "a progressé". Il n'avait certes pas arrêté d'écrire (enfin on le reconnaît !). Mais les électrochocs ont fait qu'il a "recommencé la littérature" !

De la part d'une "Grande spécialiste", l'ensemble de ces propos sont bien curieux. Et il faut bien le dire CONFONDANTS.

2°- Raphaël Enthoven précise en début d'émission (et c'est peut-être encore une figure de rhétorique...) qu'Évelyne Grossman est invitée dans l'émission "en lieu et place d'Antonin Artaud" !

Et voilà-t-il pas que notre Antonin se met, dans la bouche d'Évelyne Grossman, à défendre cela même contre lequel il n'a cessé de s'élever avec la plus extrême virulence : à savoir les traitements par électrochoc et la psychiatrie.

Facétieux, un de mes interlocuteurs de ce blog, se demandait si Mme Grossman accepterait de se soumettre à un traitement d'électro-convulsivothérapie afin de vérifier le bien-fondé des vertus créatives et "littéraires" de l'électrochoc !

Nous n'irons pas jusque-là. Mais de la part de celle qui gère aujourd'hui l'Œuvre du poète et fait figure de parole officielle, on attendrait un peu plus de retrait et de neutralité. Et un examen un peu plus sérieux de la question.

En appeler par ailleurs, dans l'émission, à Deleuze et à Foucault, qui ont défendu les positions que l'on sait, paraît également relever de la tromperie.

Verra-t-on bientôt Évelyne Grossman intervenir, ex cathedra et en comité restreint, à l'Académie de médecine ? "En lieu et place" bien sûr d'Antonin Artaud". Et pour y défendre les vertus hautement créatives de cet électrochoc qu'Artaud a si magistralement vitupéré.

"L'électrochoc, Mr Latrémolière, me désespère, il m'enlève la mémoire, il engourdit ma pensée et mon cœur et fait de moi un absent qui se connaît absent et se voit pendant des semaines à la poursuite de son être, comme un mort à côté d'un vivant qui n'est plus lui, qui exige sa venue et chez qui il ne peut plus entrer." (Antonin Artaud)

samedi 16 janvier 2010

L'AFFAIRE ARTAUD OU LE MACCARTHISME LITTERAIRE, Philippe COHEN

A lire sur le site de
MARIANNE 2 (samedi 16 janvier 2010).
Cliquez ci-dessous :

L'AFFAIRE ARTAUD OU LE MACCARTHISME LITTERAIRE, Philippe COHEN
ARTICLE de Philippe Cohen paru dans Marianne en 2010 ANTONIN ARTAUD et le maccarthisme littéraire Antonin Artaud, né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 4 septembre 1896 et mort à Ivry-sur-Seine le 4 mars 1948, est un poète, romancier, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre français. Mais, comme lui même le dit, «en réalité je ne suis jamais né et qu’en vérité je ne peux pas mourir» (lettre à Marthe Robert du 29 mars 1946). Théoricien du théâtre et inventeur du concept du «théâtre de la cruauté» dans Le Théâtre et son double, Artaud aura tenté de transformer de fond en comble la littérature, le théâtre et le cinéma. Par la poésie, la mise en scène, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, «un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit.» Souffrant de maux de tête chroniques depuis son adolescence, qu’il combattra par de constantes injections de médications diverses, la présence de la douleur influera sur ses relations comme sur sa création. Il sera interné en asile près de neuf années durant, subissant de fréquentes séries d’électrochocs. En 1923, il fait éditer ses premiers poèmes «Tric Trac du ciel». L’année suivante, André Breton confie au poète la direction de la Centrale du bureau des recherches surréalistes (Breton dira de lui: «Peut-être était-il en plus grand conflit que nous tous avec la vie. Très beau, comme il était alors, en se déplaçant il entraînait avec lui un paysage de roman noir, tout transpercé d’éclairs. Il était possédé par une sorte de fureur qui n’épargnait pour ainsi dire aucune des institutions humaines, mais qui pouvait, à l’occasion, se résoudre en un rire où tout le défi de la jeunesse passait. N’empêche que cette fureur, par l’étonnante puissance de contagion dont elle disposait, a profondément influencé la démarche surréaliste. Elle nous a enjoints, autant que nous étions, de prendre véritablement tous nos risques, d’attaquer nous-mêmes sans retenue ce que nous ne pouvions souffrir.»). Au cours de cette période, il écrit des scénarios de films et des poèmes en prose, et plusieurs textes sont publiés dans La Révolution surréaliste, l’organe du groupe surréaliste. Le 10 décembre 1926, au cours d’une réunion du groupe, l’adhésion au parti communiste français est envisagée. Artaud refuse et quitte le groupe. Pour lui, la révolution doit être spirituelle et non politique. En 1936, Artaud part pour le Mexique et se rend à cheval chez les Tarahumaras pour être initié aux rites du soleil et du peyotl. Le 23 septembre 1937 est arrêté à Dublin pour vagabondage et troubles à l’ordre public et, quelque jours après, il est embarqué de force sur un paquebot américain faisant escale au Havre. Artaud racontera plus tard qu’à bord du bateau, on a voulu l’assassiner. Dès son arrivée, le lendemain, Artaud est remis directement aux autorités françaises qui le conduisent à l’Hôpital général, entravé dans une camisole de force. On le place dans le service des aliénés. Jugé violent, dangereux pour lui-même et pour les autres et souffrant d’hallucinations et d’idées de persécution, il subira cinquante-deux électrochocs qui achèveront de le briser physiquement. Antonin Artaud sort de l’asile le 26 mai 1946. Il retourne à Paris où il vivra encore deux ans. Le 13 janvier 1947, le Théâtre du Vieux-Colombier est assailli par neuf cents personnes du Tout-Paris littéraire et artistique, d’André Gide à André Breton. Dans un silence d’outre-tombe, de 21 heures à minuit, «Artaud le Momo» ressuscite. André Gide: «Jamais encore Antonin Artaud m’avait paru plus admirable. De son être matériel rien ne subsistait que d’expressif: sa silhouette dégingandée, son visage consumé par la flamme intérieure, ses mains de qui se noie.» Durant cette période, il est hébergé dans une clinique, mais libre de ses mouvements. Il y écrit sur plus de quatre cents cahiers d’écolier, et dessine des autoportraits et des portraits de ses amis. Atteint d’un cancer du rectum diagnostiqué trop tard, Antonin Artaud meurt le matin du 4 mars 1948. Et maintenant, dans un ouvrage fleuve construit comme un polar (L’affaire Artaud, éditions Fayard), Florence de Mèredieu raconte comment les cahiers d’Artaud ont fait l’objet, cinquante ans durant, d’une captation et d’un détournement éditorial dont s’est rendue complice une bonne partie de l’intelligentsia parisienne. Selon Florence de Mèredieu, philosophe et universitaire, la publication des cahiers d’Antonin Artaud n’aurait pas respecté les originaux écrits par le poète. Le 4 mars 1948, Antonin Artaud est retrouvé mort, au petit matin, dans son pavillon de la maison de santé d’Ivry-sur-Seine. Cela aurait pu être la fin de l’histoire, ce fut le début d’une invraisemblable bataille autour de son héritage symbolique qui se poursuit aujourd’hui encore. C’est que l’interné de Rodez, le plus marginal des marginaux du surréalisme, celui qui est le «suicidé de la société» s’était taillé violemment une place au premier rang de l’avant-garde culturelle. Il ne fallait pas que cela se perde. Paule Thévenin a été le passeur incontesté et unique d’Antonin Artaud pendant près de cinquante années. Là est le problème: unique parce qu’incontesté, ou l’inverse? Elle s’arroge le titre quelques heures après le décès du poète, puis réussit à obtenir l’honneur de «transcrire» — dans son esprit, de traduire, mais on ne l’apprendra que bien plus tard —, en vue de son édition, l’œuvre posthume laissée à l’état brut par son auteur. Paule Thévenin a, pour dire les choses simplement, quelque peu caviardé et aménagé l’œuvre du poète persécuté: elle a elle-même infligé un mauvais traitement au texte, et les éditions Gallimard, se sont rendues complices de ce forfait éditorial. Florence de Mèredieu montre comment le passeur, dont elle ne met pas en cause la bonne foi aveugle, a transmis une œuvre qui s’écarte de celle d’Artaud: à force de “petits arrangements” supposés rendre plus lisibles les écrits du poète, sa transcription est devenue une re-création. Le destin fragile d’Antonin Artaud a suscité la vocation messianique de Paule Thévenin, après leur rencontre en 1946: elle est alors étudiante en psychiatrie, mariée à un médecin, elle s’apprête à abandonner ses études et se passionne pour lui, qu’elle visite très fréquemment. Le matin de sa mort, prévenue par la maison de santé d’Ivry, elle arrive avant tout le monde sur les lieux et se serait emparée de la malle qui renferme tous les biens du poète: ses livres, sa correspondance, ses dessins et surtout la bagatelle de 406 cahiers qu’Artaud écrivait au jour le jour. De ce jour, Paule Thévenin a déniché une fonction qui a rempli toute son existence: déchiffrer les cahiers à l’écriture agitée du poète, transcrire, classer, et, finalement éditer aux éditions Gallimard les cahiers qui constituent la plus grosse partie des œuvres complètes du poète. Un labeur considérable, souvent ingrat, dont Paule Thévenin avouait elle-même qu’il a perturbé ses nuits, les lettres dansant une samba devant ses yeux éberlués. Pendant longtemps, ni Florence de Mèredieu, ni surtout les ayants droit d’Artaud n’ont pu avoir accès aux cahiers originaux sur lesquels Paule Thévenin a travaillé depuis les années 1950. Pourquoi? Soit un auteur qui avait coutume de vilipender le monde entier et, en premier lieu, ses proches: soit une famille supposée bigote, donc jugée incapable de comprendre et d’honorer une œuvre tout entière transgressive; soit des amis à la fois admiratifs et protecteurs d’Artaud qui perçoivent en Paule Thévenin la femme qui peut préserver l’œuvre du désastre qui l’attend. Car la famille bigote est supposée nourrir des ambitions vengeresses et même meurtrières contre l’œuvre d’Artaud. Une fois le poète enterré à Marseille, ces «Justes» du combat littéraire, parmi lesquels on trouve Sartre, Adamov, Jean-Louis Barrault, Balthus, Chagall, Julien Gracq, Jacques Derrida, ne doutent pas une seconde que ladite famille, si elle s’emparait des cahiers, pourrait les faire disparaître, puisque honteuse était la mère de voir son patronyme lié à des «cochoncetés». Dès lors, le «vol» de Paule Thévenin n’en est pas un. Ce serait la juste restitution à l’auteur, dont elle est devenue de fait l’exécuteur testamentaire littéraire «légitime» en dépit du droit «officiel». Un acte fondateur, qui va en faire la papesse des avant-gardes littéraires françaises au début des années 1980. Tout est donc en place pour rejoindre le schéma éternel des contes et légendes: un héros, une cause, des adjuvants et des opposants. La cause? La préservation et la valorisation de l’œuvre d’Artaud. Le héros? C’est évidemment Paule Thévenin qui soulève des montagnes pour éditer dans une quasi-clandestinité, les fameux cahiers Artaud. Ses adjuvants sont nombreux: les éditions Gallimard (dont les dirigeants ne pouvaient deviner, à l’origine, l’immense retentissement de l’œuvre du poète), toute une gauche littéraire et artistique, les dirigeants de la Bibliothèque nationale qui multiplie les embûches pour rendre difficile l’accès aux originaux d’Artaud et même un avocat célèbre, Roland Dumas, dont le cabinet prend la défense de Paule Thévenin. Les opposants sont évidemment les héritiers d’Artaud qui, depuis des dizaines d’années, mènent une guérilla juridique contre les éditions Gallimard afin de comparer les originaux et ce qu’en a fait Paule Thévenin. Ils sont totalement isolés, stigmatisés, à une exception près, celle de François Mauriac qui, à partir de correspondance, défendra l’idée d’un Artaud converti au christianisme. L’erreur est humaine... donc corrigeable. Or, et c’est là que Florence de Mèredieu, qui ne trouve pas place dans les contes et légendes de Paule Thévenin, devient sacrément convaincante: les comparaisons rendues possibles, à partir de 1994, à force de batailles juridiques pour avoir accès aux originaux, confirment à ses yeux que Paule Thévenin n’a pas respecté la continuité d’écriture du poète. Des bouts de cahiers sont regroupés selon une architecture dont elle seule détenait la logique; des dessins ou des annotations ont été supprimés. L’évidence s’impose: les éditions Gallimard se sont rendues complices de transformations des originaux, l’établissement de l’édition n’avait rien de scientifique ni d’admirable. Dès lors que le travail de Paule Thévenin est enfin apparu pour ce qu’il était, un travail «humain» susceptible de réformes, de contestations ou simplement d’erreurs, pourquoi tout l’establishment littéraire s’est-il levé comme un seul homme pour la défendre? Pourquoi faire comme si les requêtes de la famille du poète aujourd’hui représenté par un antiquaire peu enclin aux bigoteries, étaient forcément illégitimes et hostiles à la postérité d’Artaud? Pourquoi la société littéraire tient-elle absolument, dans ces circonstances, à éviter la vérité? Pourquoi honorer à tout prix une personne certes respectable mais dont tout indique — et le livre de Mèredieu nous convainc de ce point de vue — qu’elle s’est inventé une relation avec Artaud en même temps qu’elle remodelait ses cahiers? Florence de Mèredieu raconte ce curieux processus qui perturbe sa carrière universitaire depuis le début des années 1980. Mais elle n’apporte pas de réponse, même si elle rapproche judicieusement sa description du Paris littéraire de certains réflexes tribaux. En ce sens, son ethnographie, aussi drôle que pertinente, est incomplète. Les intérêts mercantiles de Gallimard, s’ils existent, ne fournissent pas une piste suffisante. Il n’y a pas non plus d’Artaud caché dont on aurait, sciemment, voulu effacer la trace. Il reste la bien-pensance, l’idéologie de la subversion poétique. Les pétitions d’intellectuels en faveur de Paule Thévenin fleurent bon la guerre froide littéraire. Congélation de l’adversaire. Refus d’écouter ses arguments. Ignorance, même, du réel. Lorsque, près de soixante ans après la mort d’Artaud, les éditions Gallimard rectifient les plus grossières erreurs de Paule Thévenin dans une nouvelle édition (Quarto) confiée à Evelyne Grossman, il se trouve encore des Roland Dumas, Hélène Cixous, Bernard Nöel et autres pour pétitionner à nouveau, sous le titre éloquent: «N’oublions pas Paule Thévenin.» La famille d’Artaud ne pouvait que saborder son œuvre et lui être nuisible, et la littérature ne pouvait que voir de preux chevaliers taquiner les frontières de la législation pour restituer le poète dans toute sa vérité et sa subversion. C’est tout le ressort d’un fonctionnement de la critique littéraire, une solidarité de caste nourrie par des réflexes pavloviens que son travail met à nu. Il est grand temps que ce mur de Berlin, très germanopratin cependant, tombe à son tour.

vendredi 15 janvier 2010

SUR L’ÉLECTROCHOC, LE CAS ANTONIN ARTAUD : Table des matières

Introduction

Mis au point en Italie en 1938, appliqué à l'homme en 1939, héritier des techniques de choc ou “sismothérapies”, l’ électrochoc connaît entre 1939 et 1946 un développement considérable en Psychiatrie. — L’œuvre et la vie d'Antonin Artaud (interné à l'Asile de Rodez de 1943 à 1946) interfèrent avec l'histoire de l'électrochoc. A la toute puissance médicale, susceptible de transformer en profondeur l'ensemble des données neurophysiologiques de l'être humain et de remettre le psychisme “à zéro” Artaud opposera ce cheval de Troie qu'est la littérature.
Au travers d'un formidable travail de la langue et sur la langue. C'est alors d'une véritable surrection et recréation qu'il est question la machinerie littéraire se faisant précisément électrique pour perturber en profondeur les effets du coma de l'électrochoc. — On trouvera dans cet ouvrage une histoire de l'électrochoc ainsi qu'une analyse de ses effets et contre-effets sur l'œuvre de cet écrivain d'exception que fut Artaud.

1 - De l'électrochoc resitué dans l'histoire de la psychiatrie

LES TRAITEMENTS ANTÉRIEURS :
Les thérapies de choc. — Un modèle : l’épilepsie. — Le coma. — Le traitement par l’insuline (1933). — Le cardiazol (1935). — Comparaison des méthodes.

L’ÉLECTROCHOC :
L’électricité dans le traitement des maladies mentales.— Cerletti et la mise au point de l’électrochoc (1938). — La crise et ses effets. — L’électrochoc en France (1940-1945). — L’électrochoc dans le monde.

L'ASPECT TECHNIQUE :
Automatisme de la machine et perfection technique. — Prothèses thérapeutiques. — Appareillage technique et déroulement de la crise. — La position des électrodes. — les cas d’auto-observations. — Accidents et contre-indications. — La conduite de la cure.

LES RÉSERVES :
L’électrochoc, “ monstre du Lochness de la thérapeutique ”. — La position du professeur Baruk.

DE L’INFLUENCE DES TECHNIQUES CONVULSIVANTES SUR L’ÉVOLUTION DE LA PSYCHIATRIE :
Une nouvelle trilogie : l’institution/le malade/le personnel soignant. — Une dimension expérimentale. — De l’usage de la statistique. — Quelques chiffres.

DES ANNÉES D’APRÈS-GUERRE À NOS JOURS :
L’utilisation intensive de l’électrochoc. — Réflexes conditionnés et placebos.

2 - Les aspects théoriques

Organicistes et dynamistes. — Mode d’action de l’électrochoc. — Hughlings Jackson (1835-1911). — Delmas-Marsalet et la théorie de la “ dissolution-reconstruction ”. — Les travaux de Jean Delay. — L’amnésie. — L’aphasie. — Breggin : La thérapeutique par altération mentale. — Un traitement moderne ! — Du fantasme de la machine à “ l’homme-nouveau ” électrique. — De l’électricité cérébrale. — Homme-machine et circuits cybernétiques. — Le traitement du temps.

3 - Le cas Antonin Artaud

L'enfance, le traitement à l'électricité. — Les traitements avant Rodez.
LES TRAITEMENTS À RODEZ :
L’électrochoc à Rodez. — Le cas Antoine A. — Les protestations d’Artaud. — Une formidable dénégation. — Artaud et ses médecins. — La thèse du Dr Latrémolière. — Les justifications ultérieures. — Les effets de l'électrochoc. — Les questions qui restent en suspens. — Le coût de l’électrochoc. —

4 - Littérature et psychiatrie : le choc de deux Titans

La cruauté asilaire. — L’internement d’une œuvre.
SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS :
L’expérience des comas. — Une vie d’outre-tombe. — Les troubles de la mémoire et l’univers flottant des souvenirs. — Hypermnésie et pullulement des êtres. — Resserrer l’être. — Dédoublement, illusion des sosies et troubles du schéma corporel. — Sommeil, vigilance et syndrome d’influence.

MACHINES AUTOMATES :
Automatismes. — L’Automate personnel (1927). — Le corps-machine. — La machine à inscrire. — Du théâtre de la cruauté à la pantomime convulsive. — L’insurgé.

UNE NOUVELLE COSMOGONIE :
Une machinerie cosmique. — Hors temps, hors espace. — La verticale de l’être.

LE DISPOSITIF ÉLECTRIQUE :
La métaphore électrique. — Deux sortes de fluide. — la loi de l’ “ hom ”. — Une parenté “ électrique. — Le tonique, le clonique, le spasmodique. — Conduire le courant. — Prise de terre. — Faire “ résistance ”.

LA REFONTE DU LANGAGE :
La grande régression aphasique. — Le trouble de la langue. — Une langue organique. — Une langue archaïque. — Les Cahiers de Rodez. — La déliaison des énergies et la question de l’actuelle transcription des Cahiers. — Du dessin ou de la “ bouillabaisse ” des formes. — Les glossolalies. — Le cri, le râle et la syllabe. — Une tentative anti-grammaticale. — Intonations, interjections, fragmentations. — Un laboratoire de la langue. — Éloge de la cacophonie.

5 - Artaud / Bataille : le clos et l'ouvert

Une rencontre placée sous le signe historique du malentendu. — Artaud, ombre ou limite de Bataille ? — L'énergie. — La dépense. — La communication. — Rite du peyotl et pratiques consumatoires. — Une réactivation des pulsions (orales, sexuelles, anales). — Électro-choc et mystique. — "L'Acéphale".

Conclusion

Du statut des internés illustres. — Artaud et l’ethnopsychiatrie. — Le symbolique. — Cruauté technique et “ merveilleux ” asilaire. — Transparence et opacité.

Bibliographie

NOTA BENE : publié au printemps 1996, cet ouvrage se complète de recherches et découvertes, effectuées ultérieurement et qui m’ont permis d’affiner la question :
- “ Les premières années d’asile ” et “ La période de Rodez ”, in C’était Antonin Artaud, Fayard, 2006, pp.. 649 à 863.
- “ Nos amis les psychiatres… ”, in L’Affaire Artaud, Fayard 2009, pp.. 293-373.

Livre : Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud

mardi 12 janvier 2010

BECKETT. LES ROSES DE XIAN. LES ROSES DE MANHATTAN.

"Au fin fond du camp, dissimulé sous quelques lambris de paille et de sciure, le détenu Beckett, matricule 1000001, cultive un plant de rosier. Celui-ci fut d'abord une pâle bouture..." (Et Beckett se perdit dans les roses...)

Comment parler d'un livre que bien peu ont lu... ou liront ? Ce livre dont certains m'ont dit qu'il s'apparentait à un OVNI ?

L'attachement que l'on porte à ses propres livres est souvent inverse de leur diffusion et "retentissement". Cet ouvrage, qui sortit en 2007, est de ceux-là. J'ai de la difficulté d'ailleurs à le porter et supporter. Tant il est à la fois léger (ce que retiennent ceux qui le considèrent de l'extérieur), dérisoire, et "cruel".

L'ouvrage mêle, entremêle, textes et photographies. Les roses de Xian, ces photographies dont beaucoup furent prises en Chine, à l'ombre d'une antique pagode, se mêlent aux roses de Manhattan, ces roses qui, à l'instar des humains, furent réduites en cendres le 11 septembre 2001 et ces autres roses qui fleurirent, on peut l'imaginer, dans les camps de la mort.

Les fleurs, c'est bien connu, peuplent les cimetières. Comme elles jonchent l'œuvre entière de Samuel Beckett.

Mais allez donc imaginer une rose poussant à l'ombre des crématoires ! C'est là cependant la cruauté des choses. Et Beckett, qui chérissait les fleurs, et tout particulièrement les roses et la couleur rose, s'y connaissait en matière de cruauté.

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

ROSES. ROUGES. JAUNES. LES FLEURS DE SAMUEL BECKETT.

"La tête géante coiffée de fleurs et d'oiseaux se penche sur mes boucles..." (Samuel Beckett, Comment c'est)

Chaque écrivain génère, chez ses lecteurs, un certain nombre de clichés. À la vie particulièrement dure. Confondre le monde de Samuel Beckett avec l'image d'un univers uniformément GRIS est de ceux-là.

L'absurde beckettien déploie certes les lettres de noblesse du GRIS jusqu'à puis plus. Mais s'en tenir là serait une grossière erreur.

Car les couleurs pullulent chez Beckett. Leur représentation passe fréquemment par la mention de ces fleurs qui parsèment l'œuvre entière. Crocus. Pâquerettes. Jacinthes. Lilas. Résédas.

Et surtout : les ROSES. Celles-ci s'effeuillent à tous les contours de l'œuvre. Elles y sont gaies, charnelles. Parfois décrépites. Menaçantes ou dérisoires. Et à coup sûr farfelues. - Décalées.

L'œuvre grise de Beckett se double d'une œuvre "au rose", comme l'on dirait d'une œuvre qu'elle est "au noir".

Ce sont-là évidemment subtilités. Qui forment la matière de cet ouvrage kitch et dévoyé...

Et Beckett se perdit dans les ROSES...

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

dimanche 10 janvier 2010

lundi 4 janvier 2010

2010 : DES VŒUX PIQUANTS... TRÈS PIQUANTS...

Venise, 2009 ©FDM

Cette année 2010 que je vous souhaite :
GAIE et "PIQUANTE"
comme ces "peperoncino" vénitiens.

samedi 28 novembre 2009

"E LA NAVE VA" : LES FANTÔMES DE LA PUNTA DELLA DOGANA.

Palazzo Grassi. Photographie ©FDM, 2009

"À proximité passent les nuages, qui glissent et s'abîment sempiternellement dans les eaux du canal. Chaque ruelle ou allée marine fonctionne ainsi, comme une glace trouble et sans tain qui reflète les apparences en les diluant et déformant." ("Le Bateau des morts", in Borges & Borges illimited)

Parcours sans faute pour l'installation de la Fondation Pinault (Palazzo Grassi et Punta della Dogana) dans la courbe et à la pointe du Grand Canal.

François Pinault règne désormais sur deux lieux vénitiens d'exception. À l'élégance dix-huitiémiste du Palazzo Grassi fait écho le bâtiment de la Douane de mer, cette "friche industrielle" de prestige qui s'avance tel un éperon à l'extrême pointe du Grand Canal.

Avec ses fenêtres ouvertes en arc de cercle sur la lagune, ses voûtes en carènes de bateau, ses larges salles, La Douane de Mer était prédestinée au déploiement des fastes de l'art contemporain. Tadao Ando, l'architecte, y a ménagé, de salle en salle, des systèmes de perspectives, des "vedute" qui multiplient astucieusement les points de vue sur les œuvres.

Murakami et la drôlerie de ses figurines géantes y côtoient le cheval à la tête plantée dans le mur de brique de Maurizio Cattelan. Ou la démarche, plus conceptuelle, de Rachel Whitehead : empreintes du dessous de chaises, moulées dans des résines de différentes teintes.

À contempler toutefois la perfection quasi clinique de cette muséographie, on souhaiterait qu'un vent de folie ou de révolte s'empare des œuvres, qu'elles se faufilent toutes, le soir venu, sur des barges, qu'elles s'échappent du Musée, s'aventurent sur le Grand Canal et envahissent Venise.

Qu'on puisse les voir et les admirer dans toute la Cité, et toutes ensemble, ces quelque 2000 pièces de la Collection Pinault. Dans la débauche d'un carnaval d'un nouveau genre.

Que toutes ces œuvres et ces fantômes glissent au long des canaux, des venelles, surprennent le visiteur ou le passant.

Qu'elles finissent par s'échapper, par essaimer dans la lagune.

Peut-être finiront-elles, ces œuvres, diluées, perdues, noyées dans les eaux miroitantes...

Allons ! C'est un rêve.

Mais j'ai bien vu, au petit matin, surgir du fin fond de la brume et surnager dans le ciel de la lagune, la soldatesque des frères Chapman, leurs Goya grimaçants, leurs crucifix décapités. Et la cruauté d'un monde qui ne voulait pas finir.

Site du Palazzo Grassi
Livre : Borges & Borges, illimited

LE RISQUE DE L'INTERPRÉTATION. JOURNÉE D'ÉTUDE. LYON 2.

le 11 décembre 2009 de 9 h à 18 h15

LE RISQUE DE L'INTERPRÉTATION

(Philosophie, histoires littéraires, photographie, cinéma, etc.).

Journée des doctorants. Organisée par l'EA 4160.
PASSAGES XX-XXI (LYON 2)

Amphi Marc Bloch
ISH, 14 avenue Berthelot
60007 LYON

PROGRAMME

Contre-expertise d’une trahison

9h : Florence de Mèredieu
L’affaire Artaud, Journal ethnographique : le chercheur et la question de l’interprétation.

9h45 : Marc Courtieu
Mélancolie, métaphore et vérité. Lectures d’Artaud : d’une esthétisation de la folie.

10h05 : Véronique Labeille
Le philosophe se trompe et il a raison.

10h25 : questions — 10h45 : pause

Du texte à la représentation

11h : Sylvain Diaz
Edward Bond en débat - Théâtre de l’aporie ou aporie du théâtre ?

11h20 : Véronique Perruchon
De la dérive esthétique comme voie de recherche.

11h40 questions — 12h repas offert aux intervenants

Occident : le poids d’un regard

14h : Céline Haddad
Le double visage de Madame Chrysanthème : l’origine d’un cliché.

14h20 : Charles Quiblier
Film de genre/film d’auteur : une parallaxe dans l’interprétation de L’empire de la passion.

14h40 : Wendy Martinez
La danse Butô, fruit d’un aller-retour culturel — un double problème d’interprétation.

15h : Blandine Valfort
Errances de l’herméneute face à la littérature francophone maghrébine.
Résurgences de l’orientalisme et repentir de l’ex-colonisateur.

15h20 : questions — 15h40 : pause

Relectures idéologiques

16h : Laura Martinez-Haro
Le 68 mexicain et ses interprétations dans le cinéma.

16h20 : Alexis Buffet
Fiction et prolifération idéologique : l’Amérique de Luc Durtain et Georges Duhamel.

16h40 : Philippe Piedevache
Occultation de Maurice Barrès. Analyse d’une postérité littéraire.

17h : questions

Persistances rétiniennes

17h20 : Aurore Fossard : Qui est-ce ? (le photographe).

17h40 : Rodolphe Bacquet
La critique de film, l’interprétation comme antichambre de la création : la « politique des auteurs » et la cinéphilie à la française. Les Cahiers du cinéma, Positif, années 1950-1960.

18h questions — 18h15 pot de clôture

Contact : Céline Haddad
Plus d'informations Lyon Campus - Risque de l'interpretation

ARTAUD AU GRAND GUIGNOL. ARTAUD ET LE GRAND GUIGNOL.

Rencontre-débat avec Florence de Mèredieu*

Librairie le GRAND GUIGNOL
91 Montée de la Grande Côte
LYON 1er

Le Jeudi 10 décembre 2009 à 19 h

* auteur de L'Affaire Artaud, Journal ethnographique, Fayard, 2009, C'était Antonin Artaud, Fayard, 2006, Antonin Artaud, Portraits et gris-gris, Blusson, 1984-2008.

librairie-grandguignol.blogspot.com

mardi 24 novembre 2009

VENISE 2009 - BIENNALE D'AUTOMNE.

"Les fleurs de verre" du Pavillon vénitien
(Dale Chihuly, Mille Fiori). Photographie ©FDM, 2009.

Temps gris sur Venise. - Les oiseaux font pleuvoir, à grands coups d'aile, les dernières feuilles. Dorées. Délibérément dorées. Les grands arbres des "Giardini" y ont des allures mélancoliques.

Le noyé flotte toujours dans la piscine au bleu incongru (Michael Elmgreen et Ingar Dragset, The Collectors). Les œuvres de mousse, de tourbe et de lichen de l'Arsenal se délitent aux approches de l'hiver.

Les brumes et les opacités, les couleurs déteintes et estompées des silhouettes de l'installation de Wodiczko (Guests) se fondent dans tout ce romantisme.

Mêmes tons gris, verts, jaunes, mais assourdis, dans les grandes toiles du Pavillon espagnol. Barcelo y ajoute les tons de terre et la rotondité de ses poteries.

Colorées, fluos, vivaces. Toujours aussi "kitch" et aussi gaies, les fleurs de verre du Pavillon vénitien (Dale Chihuly, Mille Fiori). Mais le reflet de ces fleurs d'artifice se mêle à ces autres teintes des feuilles mortes surnageant dans l'eau du bassin. - L'œuvre a vécu. Son image et son double ont vieilli, se sont transformés au fil du temps et des intempéries.

L'hiver approche. Venise bientôt va tourner la page. Sur cette biennale que l'on disait ennuyeuse (certains pavillons le sont), mais qui a su ménager quelques surprises et qui s'est, pour le reste, fondue dans la couleur du temps.

Biennale "fin de siècle" donc, pour la première décade de ce nouveau millénaire qui n'en finit plus de répéter et répéter encore la leçon de ses aînés.

Seul signe peut-être d'une "rupture" : la présence de l'Afrique. Avec une installation, terriblement "postmoderne" et "multimédia", mais dont les images sont traversées du grand vent des matériaux, des outils et des tonalités de la savane (Human being de Tayou, artiste camerounais).

P.S. - Ce 14 novembre, quelques centaines de Vénitiens ont symboliquement fêté les "funérailles" de leur Cité, envahie par le tourisme, mais passée en dessous du seuil des 60.000 habitants. Des gondoles, chargées de cercueils vides et de gerbes de fleurs, ont sillonné les légendaires canaux.

vendredi 13 novembre 2009

PIERRE SOULAGES : LE NOIR EST UNE COULEUR

Vue de l'exposition, 2009. Photographie ©FDM

Y a-t-il des noirs chez Pierre Soulages ?

Dans les premières toiles assurément. Dans les peintures au goudron, brou de noix, encre de Chine et gouache, qui ponctuent de manière calligraphique la première salle où vous pénétrez.

Les dernières grandes toiles, celles qui ne se contentent plus des cimaises, et se déploient fréquemment dans l'espace où vous circulez, multiplient les effets de lumière. On y a des reflets, des brillances, des contrastes, des effets de textures. Des raies. Des stries. La marque du couteau. Le noir est entré en mutation.

Y a-t-il désormais des noirs dans cette peinture ? Le NOIR-NOIR n'a-t-il pas déserté ?

De cela vous ferez l'expérience dans la salle noire, ménagée tout exprès pour accueillir trois grandes toiles verticales. La face de ces toiles n'est point NOIRE. Mais texturée. Luisante. Brillante. Lumineuse. - Glissez vous maintenant à l'arrière des toiles. C'est là que s'est réfugié le NOIR, l'obscurité, l'absence de couleur.

Le noir Soulages se déploie donc dans un camaïeu de couleurs. Lui aussi, à la limite de la couleur. Précieux, diversifié. Il y a des noirs-gris, rosés, bruns. D'autres jaunes à peine ou même blancs.

Qu'est-ce en effet qu'un NOIR LUISANT sinon la négation même de ce que l'on pourrait nommer "le concept du noir".

Cf. "La Lumière. Le noir", in Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, 2008.

CECI N'EST PAS UNE PEINTURE DE SOULAGES

L'image qui précède pourrait-elle s'apparenter à l'une des peintures au noir de Soulages ? On y retrouve les mêmes stries, une semblable dénivellation des surfaces et ces effets de matières qui transforment les surfaces noires en quelque chose qui n'est plus du "noir" mais un effet de brillance, un reflet.

De la lumière est réfléchie par une surface dont on peut dire qu'elle fut "noire" mais dont l'effet perceptif (le seul qui compte pour le spectateur) est tout autre.

Il s'agit ici de la laine uniformément noire d'un vêtement, qui comporte une surface "lisse" et continue, mais se borde d'une autre bande du même matériau festonné. Ce processus de torsion du matériau entraîne la formation de nombreuses aspérités. La lumière alors se réfléchit différemment.

On se souviendra que Maurice Merleau-Ponty évoquait, dans La Phénoménologie de la perception, ce "rouge laineux d'un tapis" qui l'avait particulièrement frappé. La couleur est inséparable en effet de la texture du matériau qui la porte.

La laine est très différente de la peinture acrylique. Elle ne réfléchit pas semblablement la lumière. Le noir laineux de ce vêtement renvoie à une expérience de la couleur très différente de celle des toiles de Soulages.

Ce matériau toutefois fut ici photographié. En noir et blanc ! - J'aurais pu certes préférer le "noir couleur". J'ai opté pour le noir du "noir et blanc". Plus net. Plus franc. En sachant bien que cette image vous la liriez sur l'écran d'un ordinateur. Avec les effets de miroitement propres à ce support, qui transforment le matériau laineux et le rapprochent des peintures de Soulages.

On saisit combien la couleur peut être protéiforme, caméléon. Et le noir n'y échappe pas. Ce qui compte ce n'est pas la couleur, mais "l'expérience de la couleur". Dans des circonstances précises. En un temps et un lieu donnés.

Cf. "La Couleur", in Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne, Larousse, 2008.

jeudi 5 novembre 2009

CLAUDE LÉVI-STRAUSS : Mythes. Mythologies. Mythologiques.

Serpent aztèque à deux têtes (Mexique)

Le mythe est une des toutes premières formes de la pensée humaine. Concret. Imagé. Loufoque. Bigarré. - Il avait donc tout pour séduire un Lévi-Strauss amateur certes de singularités, de diversités, mais enclin aussi à ranger, classer, ordonner, domestiquer le divers sensible. Dans des boîtes, des fiches, des listes et le réseau serré de ce que l'on dénomme un système de pensée.

Ce processus d'ordonnancement et de classement fait le fond de toute pensée. Ce qui caractérise maintenant Lévi-Strauss, c'est sans doute le rapprochement de l'hétérogène, la mise en relation, la "superposition", de données provenant de cultures parfois très différentes et éloignées les unes des autres.

D'où la mise en œuvre d'une logique propre à la pensée mythique. Et la confrontation de mythologies très diverses. Ce qui lui permit de découvrir, derrière le tissu chatoyant de la diversité, des structures cognitives communes.

La grande question maintenant est celle de l'oscillation permanente de l'ethnologue entre la richesse des données de base et la sécheresse de l'ossature formelle dégagée de l'étude des mythes.

Lisant ou relisant Lévi-Strauss, on peut privilégier l'un ou l'autre aspect :
- s'abandonner à la prolifération débridée des récits produits aux quatre coins du globe par les diverses mythologies
- ou porter la focale sur ce réseau de fils, cette logique interne qui relient les mythes les uns aux autres.

On débouchera, à chaque fois, sur une vision du monde très différente.

CLAUDE LÉVI-STRAUSS : L'arc-en-ciel et les habits d'Arlequin

Les récits mythologiques qui nourrissent certains textes de Lévi-Strauss abondent en histoires d'arc-en-ciel. Diapré, multiple, diversement COLORÉ, unifiant le divers dans la perfection de sa forme, l'arc-en-ciel apparaît comme la métaphore même de son œuvre. Une et plurielle. Structurée et diverse. Sauvage et rigoureuse à l'excès.

Ce sont là les habits d'Arlequin, cette parure constituée de fragments, d'une mosaïque de tissus divers dont l'appareillage minutieux finit par constituer un habit de lumière. On y retrouve le chatoiement du divers. Et un goût prononcé pour l'agencement et l'organisation de ce qui n'est au départ presque rien. Et tout juste un fragment.

En cette science du bricolage, qu'il pratiqua (selon ses propres dires) dès l'enfance, Lévi-Strauss excelle. Il prélève, ajuste, superpose, abouche les unes aux autres toutes ces menues pièces. Comme autant de notes de musiques ou les éléments d'un rituel.

Ces rituels et ces arlequinades, Lévi-Strauss les retrouva avec un certain ravissement dans les cérémonies de notre époque. La cérémonie d'essayage de sa tenue d'académicien est un grand moment d'ethnologie appliquée. On y retrouve notre chercheur et homme de terrain dans son costume de grand corbeau ou d'oiseau de proie, scrutant dans la glace sa propre image et son propre chef surmonté d'un bicorne, à la façon dont il sut observer les totems des tribus indiennes de la côte Ouest du Canada.

mercredi 4 novembre 2009

C'ÉTAIT ANTONIN ARTAUD : Table des matières (Fayard, 2006)

Préambule
Pour en finir avec toute biographie. - Une certaine conception de la biographie. - L'identité et la question biographique. - L'identité et les jeux de la folie. - Entre littérature et folie : le statut particulier d'un écrivain. - Les témoignages. - Une existence anténatale.

Première Partie. - Les enfances (1896-1920)

Naissance. - Les origines familiales. - Premiers traumas, premières sensations. - Le scandale du moi et de l'être. - Dessine-moi un bateau... - Le Pensionnat du Sacré-Cœur. - La petite Germaine. - Les petits théâtres de l'enfance. - Marseille. - Une enfance très religieuse. - La figure de la Vierge. - Journal des Voyages et livres d'aventures. - Une enfance très marseillaise. - La mort de "Neneka". - Premiers écrits, premiers poèmes. - Les premières influences littéraires. - Les années de guerre, l'adolescence et les maisons de santé. - Les premiers psychiatres. - La structure de la maison de santé. - L'air des montagnes. - Intermède marseillais. - Digne et le 3e Régiment d'Infanterie. - 1917 : une syphilis héréditaire. - L'asile privé d'aliéné de Meyzieu. - Les cures thermales. - La clinique du Chanet. - Un roman familial.

Deuxième Partie : Les premières années parisiennes

1 - 1920 : La montée à Paris.
Le Dr Toulouse. - La scène théâtrale parisienne. - Demain : première expérience d'une revue. - Artaud, critique d'art. - Le monde scintillant du théâtre.

2 - 1921 : Une vie menée sur plusieurs plans.
Poésie, théâtre et arts plastiques. - Des vacances à Marseille et en Suisse. - Un automne très parisien. - L'attrait de l'Orient. - Charles Dullin et l'Atelier naissant. - Génica Athanasiou.

3 - 1922 : Une année très théâtrale
La vie dans la troupe de Dullin. - Poésie en revues et "Grand Magasin empoisonneur". - Marseille et l'Exposition coloniale. - Poésie : symbolisme et influences orientales. - La place Dancourt. - Entre poésie et consultations à l'Hôpital Henri Rousselle. - André Masson et le groupe de la rue Blomet. - L'Antigone de Cocteau. - La Galaxie Kahnweiler.

4 - 1923 : Ruptures, difficultés personnelles et nouvelles affinités
Artaud et Dullin : des relations tendues. - Les petites revues : de Fortunio au Bilboquet. - Les relations avec le Dr Toulouse. - Réponse à une Enquête sur le cinéma. - Le Dr Toulouse : le cinéma et la médecine. - Premier envoi à Jacques Rivière et dernières collaborations avec Dullin. - Le Grand Guignol et le théâtre de la peur. - La Comédie des Champs-Élysées. - Artaud chez Pitoëff. - Génica : les menus éléments de la vie quotidienne. - Littératures. - Les Lettres à Rivière : un droit à l'expression. - L'été 1923. - Drogues. - "Lettres de Ménage" et ennuis de santé. - Décors et machineries. - Artaud acteur : des "fautes de syntaxe". - Décembre 1923 : une triste fin d'année.

Troisième Partie - 1924-1926 : Un rebelle à l'assaut de la République des Lettres

1 - 1924 : les Lettres à Jacques Rivière, l'adhésion au surréalisme
"Uccello le poil". - Génica, ma "cocotte", ma "chérie". - Les différents angles de la vie. - Les années Cinéma (1924-1935). - Théâtres : La Comédie des Champs-Élysées. - Poésie, critique et arts plastiques. - Un été très actif. - Septembre 1924 : Les Lettres à Rivière et la mort du Père. - La rue Blomet et la rue Fontaine. - Artaud et Breton : l'arrivée dans le bateau des "dadas". - Le terreau anarchiste. - Dada, surréalisme et anarchisme. - Littérature et grandes manœuvres. - La Centrale surréaliste. - La Révolution Surréaliste.

2 - 1925 : L'année de tous les surréalismes
Surréalisme, psychiatrie et découverte de l'inconscient. - Permanences à la Centrale. - Orient-Occident. - Des lettres incendiaires. - Fermeture de la Centrale et reprise en mains de Breton. - Un tournage en Italie. - L'Ombilic des limbes et "Le Pèse-Nerfs". - De perpétuels bas-fonds psychiques. - Octobre 1925 : un mois de drames et de ruptures. - Novembre-décembre : entre boursicotage et drame sentimental.

3 - 1926 : exclusions, nouvelles rencontres, nouveaux amours
Les grandes et petites revues du Sud. - Alexandra Pecker. - La Lettre à la Voyante : Janine et Mme Sacco. - René et Yvonne Allendy. - Artaud entremetteur... - Les années Théâtre : Manifestes et mises en scène. - Les prémices du Théâtre Alfred Jarry.

Quatrième Partie - 1927-1930 : Les années Jarry

La Naissance du Théâtre Alfred Jarry. - Le premier spectacle du Théâtre Alfred Jarry (juin 1927). - Correspondance avec Paulhan. Relations avec la N.R.F.. - La vie de famille : entre Génica et Euphrasie Artaud. - La Jeanne d'Arc de Dreyer et les fêtes de Valentine. - Les difficultés d'une amitié amoureuse. - Le Cartel. - Querelles surréalistes. - Alexandra Pecker et les "Fleurs du mal". - 1928 : La bohême à Montparnasse. - Les Cafés. - Le second spectacle du Théâtre Alfred Jarry (janvier 1928). - La Coquille et le Clergyman. - L'Affaire de la Coquille. - Verdun, Visions d'histoire. - Nouvelles "lettres de ménage". - Troisième spectacle du Théâtre Alfred Jarry : l'Affaire du Songe (juin 1928). - Les suites de l'Affaire du Songe. - Les coulisses du Théâtre Alfred Jarry. - Quatrième spectacle du Théâtre Alfred Jarry : Victor ou les enfants au pouvoir (décembre 1928-janvier 1929). - Artaud scénariste. - Cinéma sonore, cinéma parlant. - Un tournage dans le midi : Tarakanova. - Un été difficile. - Le Coup de Trafalgar.

Cinquième Partie - 1930-1935 : Théâtres. Cinémas. Littératures.

1 - 1930 : - L'année de tous les cinémas.
Artaud, Salacrou et les Mystères du Moyen Age. - Meyerhold est à Paris. - Premier épisode berlinois. - Rêve, cinéma et publicité : Artaud et les Allendy. - Le Moine de Lewis. - Un automne à Berlin.

2 - 1931 : Une année balinaise.
L'amitié de Paulhan, le secours des thaumaturges. - Les (difficiles) relations avec Jouvet. - Les Croix de bois et la "Bataille de Salamine." - Le Théâtre Balinais. - Artaud conseiller et "homme de lettres". - Une conférence en Sorbonne.

3 - 1932 : Le Théâtre de la Cruauté.
Le sang d'un poète et le 3e séjour berlinois. - Paulhan et les hommes du Grand Jeu. - Du "Crime passionnel" au "Théâtre de la N.R.F.". - Un nouveau Manifeste théâtral. - "Théâtre de la cruauté" et "Théâtre de la peur". - "Il n'y a plus de firmament" : un projet avec Edgar Varèse. - Drogues et désintoxications.

4 -1933 : Le temps des amours platoniques.
La rencontre avec Anaïs Nin. - Un amour abstrait. - Une conférence en Sorbonne : le "Théâtre et la peste". - Anaïs, Anaïs. - Les Cahiers jaunes. - La radio : de Christophe Colomb à Fantômas. - Quelques mois d'attente et d'expectative...

5 - 1934 : Héliogabale, le désert et la peste.
Lecture chez Lise Deharme. - La forteresse de l'écrit. - "Le Théâtre et la peste". - L'Algérie. - L'amitié avec Balthus. - Un théâtre de l'inconscient. - Une fin d'année placée sous le signe du théâtre.

6 - 1935 : l'année des Cenci. - Convaincre... des mécènes, des directeurs de théâtre, des acteurs... - Les Cenci, côté coulisses. - Les mouvements de scène des Cenci. - Les décors de Balthus. - Une impressionnante couverture de presse. - Lendemains de fête. - Antonin Artaud et Jean-Louis Barrault. - Un séjour dans les landes. - Désintoxications. - De nouvelles rencontres féminines.

Sixième Partie - Les voyages et les années de dérive (1936-1937)

1 - L'aventure mexicaine
Les préparatifs du voyage mexicain. - "Le Réveil de l'Oiseau-Tonnerre". - Le départ. - Le Mexique de 1936. - La vie à Mexico. - Artaud conférencier. - Entre marxisme et indianité. - Le rêve mexicain. - Norogachic et le rituel des "rois de l'Atlantide". - Le Peyotl et la grande initiation. - Le retour à la vie civile.

2 - Entre deux voyages : l'épisode parisien
La réconciliation avec Breton. - Les femmes : une vie très passionnelle. - Cécile Schramme. - Les souvenirs de Cécile Schramme. - Une série de désintoxications. - Le Voyage au Pays des Tarahumaras. - Une conférence bruxelloise. - Nouvelle désintoxication et rupture. - Les Nouvelles Révélations de l'Être et la question de l'anonymat.

3 - Le Périple irlandais
Les préliminaires du voyage irlandais. - La canne de Saint Patrick. - Des démarches tardives. - Le séjour irlandais. - Les îles d'Aran. - Sur les traces de la culture celte. - Le retour au christianisme primitif. - La quête du Graal. - Artaud, le Christ et l'Archevêque. - Le "Roi du Monde". - Un changement de nom. - Vies et légendes de Saint Patrick (ou Saint Patrice). - Galway : l'Imperial Hôtel. - Dublin. - L'affaire irlandaise. - La saga irlandaise. - L'affolement des signes.

Septième Partie - Les premières années d'asile (septembre 1937-février 1943) Les structures de la folie.

1 - Sotteville-les-Rouen. Une plongée brutale dans l'univers asilaire. - De longues recherches.

2 - 1938 : transfert à Sainte-Anne. - Sainte-Anne en 1937-1938.

3 - Ville-Evrard
La condition d'interné psychiatrique. - La fonction du questionnaire médical. - "Le Livre de Monelle". - La vie quotidienne. - L'imaginaire de la folie. - Les visites de sa famille et de ses amis. - Carnaval. - Les lettres au Dr Fouks. - Des alliés difficiles. - Sorts, magie, gris-gris. - Sort à Hitler, Chancelier du Reich. - Des histoires de doubles et de sosies. - Le jeu de la folie. - Une sombre histoire d'héroïne, de rituels et de contre-rituels. - Avoir la maîtrise. - Le sabbat des Initiés. - Août 1939 : une mort symbolique. - Septembre 1939 : l'entrée en guerre. - L'année 1940. - Les amis de Ville-Évrard. - 1941-1942 : changements de quartiers. - Nourritures. - Une demande officielle de sortie. - 1942 : dernière année à Ville-Évrard. - La mise en place d'une nouvelle thérapeutique : l'électrochoc. - Novembre à décembre 1942 : les démarches d'Euphrasie Artaud et de Robert Desnos. - Transfert à Chézal-Benoît.

Huitième Partie : La période de Rodez (février 1943-mai 1946)

L'asile et la vie à Rodez. - L'électrochoc. - Un accident vertébral. - Le cas Antonin Artaud. - Réapprendre à écrire ? - Amnésie et perte d'identité. - L'Abbé Julien et les traductions. - Une nouvelle histoire de doubles. - Artaud "retrouve" sa mère et son état civil. - Mystique et conversion chrétienne. - La rencontre du délire, de la mystique et de l'électrochoc. - Lettres à sa famille, lettres à ses amis. - Janvier 1944 : lettres, colis. - Une vie quotidienne presque normale. - Avril-mai 1944 : Marie-Ange, Anne Manson, Cécile Denoël... - Les sorties dans Rodez : la cathédrale. - Les derniers temps de l'Occupation. - La guerre. - 1945 : le retour de Latrémolière. - Les Cahiers de Rodez : le livre de la naissance des formes. - Le pouvoir médical : la lutte du médecin et de son malade. - Madame Régis. - Paulhan, l'interlocuteur privilégié. - Le Dr Dequeker. - Artaud et la sexualité. - Des projets d'avenir. - Un projet d'insulinothérapie. - Des visites et des projets de sortie. - Une sortie d'essai : Espalion. - Imbroglios administratifs. - Le retour à Rodez. - La préparation du retour à Paris.

Neuvième Partie - Le retour à Paris (mai 1946-mars1948)

1 - L'arrivée.
Le Paris de l'après-guerre : Saint-Germain-des-Prés. - Premières visites, premiers contacts parisiens. - Une longue série de plaintes. - Artaud et Breton. - Écrire, tracer des lignes et des figures. - Opium, laudanum, héroïne, sirop de chloral... - La séance du Théâtre Sarah Bernhardt. - "Les malades et les médecins" : une radio-émission. - Le 13 juin : vente aux enchères. - Les "petites filles" de cœur. - Colette, la bien-aimée. - La nébuleuse ésotérique. - Premier été à Paris. - Le dandy, la décrépitude et la ruine. - Portraits et autoportraits. - Nourritures. - Des "Œuvres Complètes". - Le séjour à Sainte-Maxime. - "Artaud le Mômo" : un livre qui tient dans la poche. - Paule Thévenin, Jacques Prevel : une histoire de rivalités. - La naissance d'un enfant. - Un auteur sous tutelle financière. - De photographies en crucifixions : une journée ordinaire. - Jean Paulhan et Marthe Robert.

2 - 1947 : Suppôts et Suppliciations : une année très publique
13 janvier 1947 : La Conférence au Vieux-Colombier. - Les effets d'une conférence. - Les vitrines surréalistes. - Artaud, chef d'orchestre de toutes les radios et les glossolalies. - Van Gogh ou l'"enterrement dans les blés". - Un projet d'expédition punitive en Bohême et au Tibet... - L'antre du shaman. - Albert Camus et la complainte du Roi de Thulé. - La vie à Ivry. - Vernissage à la Galerie Pierre. - Un été de manque et de souffrances. - "L'Histoire vraie de Jésus-Christ". - Un langage et un corps désaxés. - Une radio-émission. -

3 - 1948 - "Pour en finir avec le jugement de [D]dieu"... et des hommes...
Artaud l'hérétique. - La Folie anarchiste. - Un projet de départ : "une petite maison dans le midi...". - Les Cahiers du Retour. - 1er janvier/4 mars 1948 : les dernières semaines. - 1000 dessins "pour assassiner la magie". - Les instruments de la magie. - Un "auteur radiophonique maudit". - L'histoire d'un corps. - Dernières pages, derniers souffles, derniers cahiers. - 4 Mars 1948 : mort d'Antonin Artaud.

Bibliographie
Dictionnaire des Intervenants
Index des noms propres