lundi 28 septembre 2009

MARCEL DUCHAMP : LE READY-MADE ANONYME

Voici une série d'historiettes mettant en scène Duchamp et son fameux ready-made, le porte-bouteille acheté en 1914 au BHV, qui aura eu un tel impact sur l'histoire de l'art.

- Il y a une vingtaine d'années quelle ne fut pas ma stupeur de découvrir, dans un débarras d'Emmaüs, le porte-bouteille en question. Anonyme. Rouillé. Superbe. Perplexité et réflexion me firent louper l'objet en question, acheté je ne sus par qui : "amateur d'art" (comme moi) ou "simple particulier" ? J'entretins bien (et entretiens toujours) quelque regret ! Mais celui-ci ne fut pas bien vif. J'étais finalement contente d'avoir raté l'objet tant convoité !

- Cette histoire de porte-bouteilles "à la Duchamp" rebondit en mai 2008. Préparant une conférence sur l'objet détourné pour le Québec (et le 3e Imperial : salutations, au passage !), j'eus la curiosité d'aller sur le site de ventes aux enchères d'ebay. J'y découvris toute une série de porte-bouteilles, tous plus kitch les uns que les autres. Et, ô miracle, un porte-bouteille "à la Duchamp". Mis aux enchères. Une personne avait déjà enchéri : 9,99 euros !

Alors évidemment, je me tâte une fois de plus ! Mais la petite annonce est précise : le porte-bouteille est en banlieue parisienne, il ne sera pas envoyé par la poste, il faut aller le chercher ! - Je serai, à la fin des enchères, au Québec ! J'imagine pourtant le voyage jusqu'au lieu de résidence du porte-bouteille "façon Duchamp", "à la Duchamp", "de" Duchamp. Une action somme toute ! Une performance. Un pèlerinage à l'origine du ready-made.

Le ready-made, encore une fois, me resta inaccessible. C'était bien. Je souhaitais que le ready-made me soit à jamais inaccessible. Désiré, effleuré, contourné, mais jamais "possédé".

- Surfant récemment sur Internet, j'ai retrouvé deux fois le prototype anonyme en question. Sur ebay, tout d'abord, où il était, cette fois-ci, annoncé comme un "fameux porte-bouteille". Les consommateurs, on le voit, ont aujourd'hui des lettres et savent distinguer un "authentique faux Duchamp" d'un quelconque porte-bouteille.

- À quelque temps de là je repérai sur un site l'image de l'objet et le commentaire d'une jeune personne dont je me dis que "peut-être", elle avait acquis l'objet en question. Ou son double. Salut donc à l'heureuse élue, la propriétaire de ce "vrai faux Duchamp" que je continuerai à caresser sans jamais l'acquérir.

Nota bene
: je vous offre ici l'image ou le double d'un quelconque "vrai faux Duchamp". Mais allez donc savoir si ce double n'est pas le reflet de l'authentique Duchamp ? Ou de son exquis prototype ?

dimanche 20 septembre 2009

BOB WILSON ET LE "BERLINER ENSEMBLE"

Associées l'une à l'autre, la puissance du Berliner Ensemble et l'épure de l'esthétique de Bob Wilson font de cet "Opéra de Quat'sous" une expérience plurielle, complexe. Riche comme un millefeuille.

Deux esthétiques, deux mécaniques s'additionnent et s'entremêlent ici, donnant à cette mise en scène une brillance, une légèreté que l'on pourrait dire "sublime". Au sens que Kant donnait à ce terme. Ce qui n'empêche pas la pièce de déboucher sur une épaisseur, une profondeur tragi-comique qu'elle doit autant à la puissance du texte qu'à l'impressionnant travail, au "métier", de la troupe du Berliner.

Scansion géométrique des néons qui architecturent la scène, silhouettes et masques "surbrodés" des acteurs dont les figures se découpent fréquemment en ombres chinoises, gestuelle suffisamment décalée pour que l'on puisse évoquer le jeu de l'acteur expressionniste, étincellement rauque des voix et des "songs" : nous naviguons d'emblée au sein de cette légère outrance où nous entraîne tout opéra.

Riches et pauvres, banquiers et gangsters, hommes de pouvoir et petit peuple des rues : sur la scène se superposent, et se lisent, les unes dans les autres, la ville de Londres au XVIIIe siècle, le Berlin des années 1930 et ces autres mégalopoles de notre époque troublée.

ANTONIN ARTAUD (1896-1948) ET BERTOLT BRECHT (1898-1956)

"... j'avais, bien que désincarné, une sensibilité organique, celle de mon corps au-dessous de moi dont je n'étais pas détaché et qui me rappela.
Or on a sa conscience dans son corps et non ailleurs."
(Antonin Artaud)

Lors d'un débat sur la vie du poète, un spectateur un jour m'a demandé ce qu'il en était, de son vivant, des éventuelles relations d'Antonin Artaud avec Bertolt Brecht. J'avais été alors quelque peu désarçonnée.

Artaud effectivement ne fait jamais aucune allusion à Brecht. Rien ne semble montrer qu'il l'ait rencontré lors des séjours successifs qu'il a effectué à Berlin entre 1930 et 1932. Il ne semble pas avoir connu les recherches du metteur en scène allemand.

Seul lien, mais il est ténu : le tournage, à Berlin, avec Pabst (à l'automne 1931) de cet Opéra de Quat'sous (écrit et monté par Brecht en 1928). Artaud y campe un petit rôle. Brecht avait participé dans ses débuts à l'élaboration du scénario du film. Mais des divergences de vue étaient vite apparues entre lui et Pabst. Loin donc d'être un lien entre Artaud et Brecht, Pabst dut plutôt constituer un écran entre les deux hommes.

En 1932, Brecht monte "La Mère". Artaud (qui séjourne à Berlin en avril-mai 1932) eut-il l'occasion de voir la pièce ? Des échos lui en parvinrent-ils ? Nous n'avons sur ce point aucune information. Il ne semble pas que Brecht ait jamais, de son côté, évoqué une quelconque rencontre avec l'auteur du Théâtre Alfred Jarry.

Les deux hommes sont connus pour leurs divergences théoriques. On a coutume d'opposer (sans doute un peu rapidement) la théorie brechtienne de la "distanciation" à cet autre point de vue que défend l'auteur du théâtre de la cruauté, de totale "participation" de l'acteur et du spectateur à ce qu'ils vivent par le truchement de la scène.

Cette radicale opposition serait à nuancer. Ce sentiment d'"étrangeté" que Brecht souhaite maintenir - sous forme d'une "distance" diamétralement instaurée entre l'homme et ce qu'il éprouve - Artaud le vit bien, mais de l'intérieur. Artaud habite l'étrangeté.

La forme de "mystique" théâtrale et païenne qu'Artaud développe dans les années 1923-1935 se complète, à partir des années d'asile, d'une forme de conscience suraiguë qui appelle dissociation, distanciation, dédoublement. Ces processus sont d'ailleurs constamment à l'œuvre chez Artaud. Il n'y aurait, sur ce point, qu'à relire les Lettres à Jacques Rivière.

Son passage (entre 1937 et 1946) par les asiles d'aliénés, le fait d'avoir à supporter des traitements psychiatriques lourds comme l'électrochoc, tout cela l'amènera à développer une tout autre conception du théâtre. Autour de 1939-1945, le Mômo brûle toujours, mais sur le bûcher de l'asile.

Une forêt de doubles l'accompagne désormais, qui le regardent brûler... Telle cette figure qu'il décrit, cette forme de lui-même qui l'observe du fin fond de ce qu'il nomme "le Bardo de l'électrochoc".

samedi 12 septembre 2009

LOUIS-FERDINAND CÉLINE : L'ARRIVÉE SUR NEW YORK

New York, 2008 ©FDM

"Figurez-vous qu'elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. [...] chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. [...] Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur."
(Voyage au bout de la nuit).

La touche célinienne. - On voit bien comment Louis-Ferdinand Destouches passe outre à toute formulation qui serait purement esthétique. Pétrie d'humanité, taillée dans l'épaisseur des passions et des sentiments, New York est d'emblée perçue de manière anthropomorphe.

De l'humain. Rien que de l'humain. - Mais attention : rien de nonchalant, de tordu ou de reptilien. La valeur fondamentale y est celle du "droit", du "vertical", du "raide". New York se présente d'emblée comme une grande puritaine. Dressée du sol au ciel. Comme si toutes les formes de rigidité morales s'étaient cristallisées dans les verticales de son architecture.

Aucune autre ville ne donne une semblable impression. Notons qu'à l'époque, New York est approchée par bateau. Tout autre, aujourd'hui, en est l'approche aérienne. Dans une plongée, qui plaque les verticales au sol.

La présence de la mer toutefois et des nombreux bateaux qui la sillonnent, distingue cette expérience de l'approche aérienne hallucinante de Sao Paulo. Ville minérale. Univers urbain porté au carré dont l'habitat (serré, si serré) se démultiplie à l'infini, constituant le seul horizon d'une planète envahie par l'humain.

jeudi 10 septembre 2009

ALAIN VIRMAUX, Sur L'AFFAIRE ARTAUD (EUROPE, août-septembre, 2009).

Un "bon papier". Ils ne sont, dans mon cas, pas légion et sont d'autant plus appréciables. Je ne ferai à leur auteur que de très légères remarques sur quelques points de "résistance".

1° La rigueur et la question "ethnographique"

"pouvait-on concilier cette ambition historique et "ethnographique", qui suppose un minimum de rigueur, avec la subjectivité débridée qu'implique le pamphlet ?" (A.V.)

- L'ouvrage, rappelons-le, accumule les faits, les citations de documents - articles, livres, archives (dont beaucoup d'inédites) -, opinions attestées des uns et des autres. Ce n'est certainement pas, à ce niveau, le manque de rigueur qui peut m'être reproché. Certains pourront d'ailleurs estimer (sur ce point, comme au niveau des conclusions qui en découlent) une rigueur trop grande...

- "Journal ethnographique" : pourquoi ? - Parce qu'à partir de 1981, j'entre dans l'Affaire et en fait désormais partie. Gommer ce point aurait été une grande malhonnêteté et c'est alors que l'on aurait pu me reprocher une subjectivité "débridée". - Que l'on m'explique ensuite précisément sur quels points ma subjectivité est "débridée" ! Je ne manque sur tout ce que j'aborde ni de documents, ni de faits, ni d'arguments.

2° Les Lettres ouvertes au Monde et à Libération (1994-1995)

Alain Virmaux me précise qu'il n'en a alors pas eu connaissance. Doit-on pour autant affirmer, avec lui, qu'elles "restèrent sans écho" ?

Ce sont bien autour de "2000 personnes" qui à l'époque ont "lu" ma Lettre ouverte au Monde. Un ample article de Jean-Pierre Thibaudat dans Libération fait état en 1995 de ma position. Un débat organisé par France Culture (et retransmis sur les ondes) pris place, la même année, en ouverture du Salon du Livre au Grand Palais. Un autre débat eut lieu au Salon du livre du Mans en octobre 1995. J'ai participé à ces deux débats et ma lettre au Monde y fut beaucoup plus qu'évoquée. Les documents et le récit de tout cela figure dans L'Affaire Artaud.

3° La question de l'"amitié" et de la "fidélité"

"Le lecteur de son livre acceptera difficilement l'acharnement déployé par exemple contre Bernard Noël, coupable surtout d'avoir été le destinataire de la "Lettre à un ami" (lettre de Paule, faut-il le rappeler ?), et d'être ensuite resté fidèle à une mémoire." (A.V.)

Je consacre deux chapitres de l'ouvrage à cette redoutable question de la fidélité et de l'amitié. Il n'est pas question pour moi d'attaquer ce principe de "fidélité à une mémoire" (celle de Paule Thévenin). Je suis, par contre, en désaccord total avec le contenu des écrits et prises de position de Bernard Noël qui me paraissent constituer une infidélité radicale à l'œuvre d'Artaud.
Est-ce moi qui m'acharne ou Bernard Noël et tous ceux qui l'ont relayé ? - J'aurais bien souhaité le voir encombrer moins souvent les pages de ce livre. Nier cette omniprésence du discours de Bernard Noël n'aurait manifestement pas été très "objectif".

4° Raison et déraison de l'Affaire Artaud

"Difficile d'être en accord avec tous les chapitres de ce "Journal" effréné, déraisonnable, mais souvent instructif. Comme tel, il mérite d'être lu." (A.V.)

Il n'y a pas consensus sur ce livre. Tant mieux. - Est-il maintenant "déraisonnable" ? Ou, au contraire, par trop "RAISONNABLE". Et inquiétant par cela même. C'est ce que beaucoup de lecteurs me disent. La "déraison", c'est dans le détail de l'Affaire qu'elle se situe et là, croyez-moi : on est gâté.

lundi 7 septembre 2009

AFFAIRE ARTAUD : Une lettre de LAURENT DUBREUIL

Laurent Dubreuil m'autorise à reproduire la missive qu'il vient de m'adresser. À la condition expresse que celle-ci soit reproduite "intégralement". - Dont acte!

Lettre de LAURENT DUBREUIL (05/09/09)
"Je trouve hier votre "journal ehtnographique", avec le délai dû à mon habitation transatlantique, et lis avec surprise les commentaires que vous accordez à quelques pages (que vous ne cherchez pas à comprendre) de mon premier ouvrage, "De l'Attrait à la possession". Pour que votre critique porte en quelque manière, il faudrait que vous soyez capable d'entrer dans la logique d'ensemble de ce livre. Manifestement, vous en êtes surtout restée au chapitre Artaud (et encore), et je doute que vous ayez eu l'application suffisante (je ne parle ni de la patience ni de l'aptitude) pour saisir l'argument. D'où les erreurs en rafale, sur mon "blanchotisme" (il suffit de lire la troisième section pour saisir l'écart), sur la consistance théorique de mon hypothèse, etc. Là-dessus, tant pis pour vous, le livre existe indépendamment de votre non-lecture, je n'ai pas à redire en peu de lignes ce que j'y dis en plus de trois-cents pages.

Me gênent davantage les fausses intentions que vous me prêtez : "Sauvons la martyre Thévenin !" (598), que, d'après moi, "elle seule peut lire" Artaud (599), qu'il serait nécessaire pour éditer Artaud de pratiquer l'art "médiumnique" (599), que je suis en gros dans le même bateau que Bernard Noël. Il y a là vraiment un problème. Au contraire, dans mon ouvrage, je soutiens très exactement que l'édition de l'inédit par Thévenin est une reconstruction indue, qu'elle met sens dessus dessous le texte, le travestissant et l'altérant d'une manière scandaleuse et "interloquante". Toutes choses dont on peut s'apercevoir en regardant les manuscrits (au passage, j'en ai évidemment vu d'autres que lestrois cahiers que j'étudie) ; ou, plus finement, en comparant la poétique des derniers textes publiés par Artaud, et les transcriptions posthumes des cahiers. (Quant à Noël, l'une de mes deux communications à Cerisy en 2004 était intitulée, à son encontre, "Plus Artaud que Paule". Assez univoque, non ? Le texte est encore à paraître, mais je n'y suis pour rien.)

Seulement, à votre différence, j'ajoute que tout le scientisme de l'ITEM n'aboutirait pas à une édition parfaite d'un texte, qui, dans sa scripture même, était censé maintenir le corps vivant d'Artaud. Du coup, si ce corpus est traité comme chose morte (ce que vous proposez p. 597), alors cette "meilleure" édition du point de vue diplomatique (avec fac-similé idéalement, comme je le disais aussi dans De l'Attrait à la possession, p. 219) ne serait, au mieux, que la moins imparfaite possible. J'ai en revanche clairement soutenu, dans le livre et lors de plusieurs colloques (à Cerisy en 2004, à Minneapolis en 2009), que beaucoup d'éditions (pas toutes) seraient préférables à celles dont nous disposons pour les cahiers. J'avais avancé, en 2003, qu'il existait des options de transcription "plus ou moins mauvaises" (p. 219 de mon livre). Les parages du plus mauvais, évidemment, c'est, pour l'instant, Thévenin. Et justement parce que, tout comme vous, elle prétendait à la fois pouvoir accéder à la vérité absolue d'Artaud plus que tout autre et se contenter d'éditer le texte sans le lire (ce qui est une absurdité).

D'où la question : dans la mesure où j'étais il y a six ans déjà extrêmement critique avec l'édition Gallimard (et ce malgré ma proximité intellectuelle et personnelle avec des gens qui la tenaient pour remarquable, en particulier Jacques Derrida), pourquoi aviez-vous besoin de prendre récemment de telles distances avec ma réflexion, et de diffamer les positions que je tiens ? Vous correspondez assez bien, finalement, à cette pulsion d'appropriation par effet de possession que je décris dans mon essai, et qui pourrait vous apparaître - si vous lisiez Artaud plus que la presse mondaine - comme l'un des pièges tendus par l'œuvre.

Autre réponse, plus triviale, vous êtes très vexée, ouh là là très vexée, que je ne cite pas votre lettre ouverte au Monde et quelque autre libelle de vous. Donc j'avoue : lorsque j'ai publié mon livre, je n'étais simplement pas au courant de vos lettres ouvertes. Dites que j'ai mal fait ma recherche, si cela vous chante, mais inutile d'en parler au jury du " thésard " que vous me faites redevenir à plusieurs reprises - ô jouvence ! -, j'ai soutenu ma thèse il y a une paye, et je ne serai donc pas puni par mon " patron " (c'est apparemment votre intéressante conception de l'enseignement, madame l'ex-chargée de TD). Pis : contrairement à ce que vous laissez entendre, ni Florence de Lussy ni Serge Malausséna n'ont jamais évoqué votre nom lorsque je les rencontrais au début des années 2000. Peut-être que votre influence n'est pas celle que vous croyez, allez savoir si cela peut tenir à la qualité de vos livres.

- "Artaud est pour moi un champ de recherches important" dites-vous en préambule de votre pavé (17). Considérez ici les différences. Ceux qui s'intéressent à Artaud (ses lecteurs, critiques ou pas) sont sans doute moins convaincus que vous de l'importance de votre "recherche". Et "pour moi", Artaud est le nom d'un texte et d'une expérience extraordinaires, qui me permettent de penser mieux. Sûrement pas ce "champ" que vous revendiquez, cette pitoyable spécialité médiatico-universitaire dans lequel vous, et tant d'autres, semblez vainement chercher à le cantonner.

L.D.
Réponse de FLORENCE DE MEREDIEU

Votre mise au point est importante. Je vous répondrai en deux temps. Sur le contenu de votre lettre, tout d'abord. Et ensuite sur le fond, en revenant sur la lecture que j'ai faite, et fais toujours, de votre livre de 2003.

- "Non-lecture" dites-vous dans cette lettre manifestement écrite sous le coup de la colère. Ce que je peux comprendre, même si elle s'accompagne de propos quelque peu outrés. Mais vous jugiez les miens de même...

Il n'y a pas de "non-lecture". Il n'y aurait que des lectures biaises ou erronées. Se situer dans une non-lecture, c'est faire en sorte d'échapper à toute analyse, toute critique et toute "interprétation". Ce qui vous conduit à ramener toute "lecture" de votre texte, que vous n'approuveriez pas, à un processus de "diffamation". Ce qui est un processus curieux.

Il ne s'agissait pas pour moi de traiter, dans L'Affaire Artaud, de l'ensemble de votre livre. Dans ce que vous dites de Blanchot, seul m'importait ce que vous en articuliez par rapport à Artaud et à la question de la transcription et ce qui me semblait en résulter sur un plan "théorique" (C'est l'objet du chapitre où vous figurez). Telle cette fameuse problématique du "livre impossible" qui fait pour moi problème dans la mesure où elle débouche dans votre livre sur un processus que je dirai de "transcription impossible". Les pages dans lesquelles je parle de votre livre étant au nombre de 9, Blanchot n'étant pas cité à toutes les pages, les supposées "erreurs en rafales" (lesquelles ?) correspondent à une trajectoire bien courte.

Mon livre ne peut évoquer vos communications de 2004 et 2009 (je n'y ai pas assisté ; elles ne sont pas publiées) mais exclusivement votre livre publié en 2003. Votre pensée a manifestement évolué. Votre critique s'est précisée. Il est donc important que votre lettre soit ici présentée. Elle aura l'avantage de clarifier les choses. En présentant votre actuelle position.

Ce qui m'avait frappée dans votre premier ouvrage, "De l'Attrait à la possession", c'est que vous évoquiez bien ces lacunes, ces éléments interloquants de la transcription (5 CITATIONS DE VOUS FIGURENT SUR CE POINT DANS MON LIVRE, p. 592). Je le dis d'ailleurs "Il y a bien distorsion ; l'auteur en convient." (p. 592) Mais vous multipliez tout aussitôt des arguments qui contrent, effacent ou diluent ces critiques (LÀ AUSSI, LE LIVRE VOUS CITE). C'est d'ailleurs un processus que j'ai retrouvé à l'époque de manière quasi constante chez les "intellectuels". On voulait bien dire, mais sans dire. Ou tout en enrobant. - En étiez-vous conscient ? Était-ce de votre part intentionnel ? Je ne le pense pas.

Ces éléments-là, déterminants pour comprendre ma position, votre lettre ne les évoque nullement. J'y reviendrai.

Les thèmes que vous développez en 2003 recoupent ceux-là mêmes que l'on trouve, à l'époque, chez Bernard Noël, Simon Harel et bien d'autres : la lectrice, l'œuvre impossible, le lire-écrire, la lecture-témoignage, la lecture-envoûtement, la lecture-possession, etc. Que vous ne les traitiez pas de la même manière ni sur le même plan, c'est certain. Je précise d'ailleurs de votre livre qu'il m'apparaît "au demeurant fort honorable" ! Mais cette convergence thématique demeure symptomatique et c'est cela qui, au départ, m'a alertée.

Vous étiez peut-être "déjà", il y a six ans "extrêmement critique" vis-à-vis de l'édition Gallimard, mais croyez-moi cela n'était pas toujours dans votre texte d'une absolue limpidité. En témoigne ceci (qui est cité dans mon livre, p. 592) : "L'œuvre derrière l'œuvre, le labeur extraordinaire de Paule Thévenin sont littéralement remarquables. Il reste qu'on peut, qu'on doit discuter la méthode adoptée." Vous ne disiez rien non plus de votre désaccord, sur ce point, avec Derrida.

Votre texte multiplie les nuances. D'une manière que l'on pourrait dire très blanchotienne. Cela relève certes d'une qualité d'analyse. Mais la multiplication de ces nuances dilue et brouille le fond de vos critiques. Cela pèse sur l'appréciation globale que l'on peut avoir de votre conception de la transcription des inédits. On a tellement l'impression, à vous lire, que cette transcription est impossible, strictement impossible, qu'on en vient à se dire que vous vous résignez finalement à la relativisation du "plus ou moins mauvais"(comme vous dites).

Pour ce qui est de la "presse mondaine" qui ferait le fond de mes lectures, vous êtes bien amusant. Je vous conseille de vous attaquer à la lecture des bibliographies qui concluent mes différents ouvrages. Qu'il s'agisse de Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud, de la biographie d'Artaud publiée en 2006 chez Fayard, etc. Vous risquez quelque surprise.

Pour ce qui est maintenant d'Artaud, que vous me reprochez de ne pas lire, cette simple information : de janvier 2003 à juillet 2006, j'ai fréquenté assidûment et régulièrement les cahiers manuscrits d'Artaud à la Bibliothèque nationale, consultant et étudiant quelque 230 cahiers manuscrits d'Artaud.

Mais sans doute faites-vous allusion à la bibliographie "médiatico-mondaine" de ce dernier ouvrage, L'Affaire Artaud, dans lequel votre livre de 2003 figure à sa juste place ? Un intellectuel appartient à son temps ; les journaux jouent un rôle fondamental dans le mode de propagation et de transformation des idées. Les décrypter et les analyser fait partie intégrante de la vie intellectuelle.

La non-citation par vous de ma lettre au Monde ? Non je n'étais pas "vexée" (qui donc est "vexé" ?), ni même étonnée. J'avais très bien compris que personne ne vous avait parlé de cette lettre, qui relevait à l'époque du "secret défense" (sic). Personne ne souhaitait la voir réapparaître. - C'est le silence des autres (ils sont nombreux) qui est visé par mon livre et pas du tout "Vous" !

"Thésard" est-ce forcément péjoratif ? N'était-ce pas votre thèse ? - C'est assez "light". Je ne pense pas que cela puisse s'apparenter à une injure ou une diffamation. - Quant à mon "influence" ! Je l'ai toujours dit : je ne suis pas une "femme d'influence". Vous me confortez dans ce sentiment rassurant.

Pour ce qui concerne la transcription des Cahiers, le pire, voyez-vous, c'est que la position que vous défendez AUJOURD'HUI (position qui n'existait que très brouillée dans votre texte de 2003) et ma propre position se recoupent très largement ! - De quoi enterrer la hache de guerre de cette bataille pichrocoline ? Et d'entamer un vrai débat de fond.

ARTAUD. "POSSESSION" ET TRANSCRIPTION.
Une divergence de FOND.


La possession : beau thème que vous traitez avec brio. Mais il y a bel et bien entre vous (votre livre de 2003) et moi une divergence théorique fondamentale (et de taille) qui explique la lecture que je fais de votre ouvrage. Je pense l'avoir lu et avoir saisi le fond de cette redoutable question de la possession. J'ai lu vos conclusions, qui débouchent tout de même sur une reconnaissance obligée de l'empathie de toute lecture. Vous-même vous admettez "possédé". Et je ne pense pas qu'il s'agisse d'une simple boutade. Il n'y aurait d'ailleurs là aucun problème si l'on en restait à la seule "lecture". Mais qu'en est-il lorsque l'on considère la question de la "transcription" ou de l'établissement éditorial d'un texte ?

Dans votre chapitre concernant Artaud, il y a pour moi confusion entre "lecture" et "travail de transcription". Et là on n'en sort pas. Surtout si cette lecture est envoûtée, possédée. C'est ce qui me semble, chez vous et en arrière-plan, justifier DE FAIT tout le travail de Paule Thévenin ("travail remarquable") et donc (d'une certaine manière) sa transcription. Êtes-vous conscient de cela ? S'agit-il de votre part d'une "intention" ? Je ne crois pas. D'autant que derrière tout cela se profilent les théories de Derrida, de Blanchot, tout ce que j'explique par ailleurs dans mon dernier livre.

Aucune "transcription" ne peut, de mon point de vue, s'effectuer dans le sillage d'une "lecture" empathique et de possession. - On en viendrait presque à défendre ce point de vue que vous appelez "scientifique" des chercheurs en manuscrits. Ceux-ci, au moment initial de leur parcours en tout cas, se doivent de fonctionner comme de simples "machines" et instruments d'enregistrement.

Il y a un passage qui, dans votre livre, m'a beaucoup gêné : "Si Artaud a effectivement donné sur papier timbré la responsabilité de la constitution des textes à Paule Thévenin, ce qui est loin d'être certain, il ne s'est pas trompé. Il a très exactement décidé de son échec par la littérature, prolongeant ses désirs d'une impossible lecture-témoignage et l'accord de principe qu'il avait donné à la constitution de ses Œuvres complètes." Je sais bien qu'il y a le "si". Mais ce que votre livre développe ensuite, ce sont les implications d'une "lecture" de "possédés", dont on se sort pas.

Artaud, selon vous, aurait lui-même (et par avance) orchestré son échec ou son suicide littéraire et les avatars de cette transcription ou trahison posthume. C'est un point sur lequel je ne peux en aucune manière vous suivre. D'abord, parce qu'il n'y a pour moi, dans l'écriture d'Artaud, ni suicide, ni échec. Et pas du tout de "volonté" de suicide dans l'écriture. De longs développements seraient ici nécessaires.

Ce passage de votre livre est, à mon avis, extrêmement ambigu et pourrait ouvrir la porte, en ce qui concerne la transcription des cahiers, aux justifications les plus fantaisistes. C'est cet argument qui explique l'essentiel des quelques pages que je consacre à votre livre.

L'Antidote à tout cela (et je vais lourdement insister), réside dans la "matérialité", la "littéralité" des 406 Cahiers d'Artaud. Des signes, des dessins, des lettres, des mots y figurent, en un certain ordre (ou désordre) agencés. Ce contenu-là du support manuscrit n'est pas "vivant", ne change pas au gré de l'humeur des lecteurs qui parcourent les allées de la Bibliothèque nationale. On serait sinon en plein Borges.

L'idée même d'un corpus de manuscrits "vivant", mouvant, et qui parle, ouvrirait la porte à dix-mille Paule Thévenin, chacune retranscrivant sa lecture de possédée du moment. - Il faut absolument sortir de cette nasse et ce piège de la lecture-possession.

Je comprends bien qu'à un certain niveau, vous cherchiez à me voir rejoindre le clan des "possédés d'Artaud", attachés (très paradoxalement, puisqu'ils la nient précisément) à la "Vérité Absolue d'Artaud". - Je ne crois à la Vérité Absolue d'aucun auteur. Je souhaiterais simplement, et pour ce qui concerne l'approche des manuscrits, un peu de bon sens et le respect (élémentaire) de la "matérialité" de ce support.

Cela n'empêche pas l'œuvre d'Artaud d'être vivante, mais à un autre niveau. Sur un autre plan. Il nous faut redescendre de Coucou-les-nuages, revenir à la "terre" des manuscrits, seuls fondements de l'établissement d'un texte et seuls garants de toutes les "lectures" et les pensées qui viendront - ensuite - s'y développer en étoiles.

F.M.

lundi 31 août 2009

THE ARTAUD AFFAIR, ethnographic journal (Fayard, March 2009)

L’Affaire Artaud brings together an accursed poet (Antonin Artaud), his manuscripts and drawings, a High Priestess (Paule Thévenin), a famed publishing house (Gallimard), a family (the Artaud-Malaussena), a bevy of medicine men (Gaston Ferdière, Jacques Lacan, etc.), famous writers (Jean Paulhan, François Mauriac, André Malraux, Jacques Derrida, Philippe Sollers, etc.), State institutions (Bibliothèque nationale de France, the Pompidou Centre, etc.), and lawyers who have become influential political figures (such as Roland Dumas).

As a mirror of French intellectual life in the period 1948-2008, L’Affaire Artaud is also a chronicle of the media and the press (Combat, Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, La Quinzaine littéraire, etc.), which have capitalized on the diabolical posthumous career of the poet, who died at Ivry in 1948.

The story runs to clans, tribes, gurus, relics, wizards and illusionists. -Florence de Mèredieu got involved in the Affair 25 years ago and has seen and taken part in its turnings. Her Journal ethnographique relates events, collates documents and describes - in the background - what the standards and practices of its different protagonists are.

Florence de Mèredieu, writer and university lecturer, has written fiction and many books on modern and contemporary art, including Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Larousse, 1994-2008, studies of Duchamp, Masson and Picasso, pop art, the Japanese avant-gardes, etc. In 1994-95 she sent to Le Monde and Libération two open letters (never printed) concerning the Artaud Affair. She has written seven works about the poet, including Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, (Blusson, 1984 and 2008), a biography : C’était Antonin Artaud (Fayard, 2006) and L'Affaire, Artaud, Journal ethnographique, Fayard, 2009.

Open letter The Artaud Affair Le Monde — 1/6

TABLE FOR RESUSCITATING DROWNED PERSONS.
‘mobile table, with in its middle a tin-plated copper reservoir large enough to lie a body in, and enabling, in a short space of time, continuous heating of all the posterior part of the drowned person’ (Felix Archimède Pouchet, 1840)

THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

First of all, let us salute the courage of Jean-Louis Jeannelle. And of Le Monde in the wings. To dare, simply dare, write an article, or the semblance of one, about L’Affaire Artaud is by no means an easy matter. As the silence of almost all the press shows. So let us acknowledge the initiative itself.
And since L’Affaire Artaud concerns the press and the media at large, I would like to give this letter a ‘generic’ aspect.

AN ‘IMPOSSIBLE’ CRITICISM ?

‘By dissecting each analysis the papers have (or haven’t) printed concerning her previous publications, Florence de Mèredieu has made criticism of her new book, L’Affaire Artaud, a delicate matter. Articles written by journalists in "Le Monde des livres" are sifted over in it. Having no wish to be suspected of collusion or of wanting to censure, all that remains is to refuse to take sides - an unsatisfactory position in the eyes of the author who sees in it a form of “jesuitism”’...
(Jean-Louis Jeannelle, Le Monde, 11 June 09)

‘Artaud et les jésuites’ - The title amused me. For someone like me, with a reputation for having a big mouth and lacking diplomatic tact, it is delightful to be called a ‘Jesuit’. All the more so for a book that strikes out at them and doesn’t hide truths that no one wants to hear. A book that appears to frighten and upset quite a few ! All right then : let people salute in me a ‘jesuitism inside out’, a certain sense of ‘diplomacy in reverse’. It is true that in my book I charge Le Monde with ‘a certain jesuitism’ for the way it has handled the Artaud Affair...

Rather than deal with the Affair and the content of the Affair, the article concentrates (but in a very elleiptic manner) on the treatment of the affair by Le Monde des livres. The paper has been very much involved in the Affair, and it may be said that at one stage it was pleased enough ‘to make the play’.

Certain criticisms expressed in my latest book do concern articles published not long ago by Le Monde or the absence of articles concerning certain works.

It is easy to see then that L’Affaire Artaud, journal ethnographique (Fayard, March 2009) could only be taken up by Le Monde with long-handled pincers. And looked at askance.
But enough of my own ego. That is just one aspect of the incriminated book, which names many other papers (Combat, Libération, Le Nouvel Observateur, Le Figaro, Art Press, Télérama, etc.), institutions (Gallimard, the Bibliothèque nationale de France, the Pompidou Centre, etc.), some toothsome personalities (Paule Thévenin, Roland Dumas, Philippe Sollers, Jacques Derrida, etc.). And any number of events.
What then is the purpose of this article (‘Artaud et les jésuites’) which consists for the most part in proclaiming that nothing will be said of the book it names, for fear of what its author might say or think ?

J.L. Jeannelle is content to set forth facts that are already well known while passing over in silence the mass of new documents, information and facts, many of which have never before been published. All of that might have given rise to a lot of discussions.
- ‘Artaud still in debate’, wrote Josyane Savigneau in 1995. - Reading again this last short article, we see that Le Monde has one single idea in mind : close discussion as soon as possible. In other words : ‘Move along ; there’s nothing to see. On your way and ABOVE ALL : forget the Artaud Affair.

Does Le Monde stand to lose something ? Has it something to hide ? Or mask ? - Le Monde and, of course, those who in the background pull the strings of the story. - There are too many people that matter involved in the Artaud affair.

What is it that Le Monde is frightened of, to refuse so explicitly to ‘take sides’ for fear of being accused of ‘jesuitism’ again or - far more serious (and here it is me who is putting something forward) - of wanting to hide the truth and ensure that the reader does not rush off to get that book : L’Affaire Artaud ? I am not a very powerful enemy and it makes me laugh to think that the article could be summed up by saying : ‘Who’s afraid of FdeM ?’ - No one, right ? Well ? I would like someone to fill me in.

Open letter The Artaud Affair Le Monde — 2/6

THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

ARTAUD IS AN ASIDE

It was in the midst of a curious column, ‘APARTE’ (‘aside’), that "Le Monde des livres" published this article.
Lend me your ears ! Ladies and gentlemen ! - To talk about the Artaud affair, we must lower the tone, step out of the framework of important columns and walk small. To TALK ABOUT the Artaud affair and Artaud in short, the first thing to do before anything else is SHUT UP. - That is plain to see.

"Le Monde des livres" takes no risks. - Is it because the flower of French journalism is already up to its neck in this story ? Sunk with all hands aboard in the murky depths of the Artaud affair. Is Le Monde among the drowned ? Dissolved ? Diluted ?

To revive the vital force of our daily, I suggest we use this antique device, designed for resuscitating drowned persons (see image on cover).

Open letter The Artaud Affair Le Monde — 3/6

THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

THE BIG LOSERS : ARTAUD AND HIS READERS

As has always been the case in the past sixty years, there are two big losers in this Affair :

- Artaud and his work, which remain under control, under influence, with orthodox books that play into the hands of the ‘owners’ or ‘copyright holders’ (publishing houses, institutions that conserve archives, heirs, etc.).

- the public, who are given (as Philippe Lacoue-Labarthe so aptly wrote to me in 1994) not ‘Artaud’ but ‘part of Artaud’. Meaning works that have been formatted and re-formatted to suit editorial and commercial ends. The reading public is led by the nose, since by the silences and pretences of the Affair the media continue to keep it under influence.

A CHANGE IN THE STATUS OF THE PRESS

In 1994, when I sent off to some 900 persons my ‘Open letter to Josyane Savigneau’ (1), there was quite a stir. Besides criticizing the work of Paule Thévenin, my open letter (blithely) swept aside another major taboo: you shall not indict a journalist. He (in this case she) is persona non grata.
Authors may not recognize their books in what is said of them by the so called ‘critics’, they may (why not) be unjustly attacked ; they may feel they have been betrayed, manipulated. But whatever the case they must never ‘talk back’ nor take to task the big names of the press.

This situation is abnormal. A cultural journal is under an onus to further the discussion of ideas IN ACTUAL FACT and not only for appearance’s sake. Authors must be able to explain.

The situation of the written press has changed. The Internet has broken the monopoly that the papers once held.

Jean-Louis Jeannelle remarks that it is a ‘delicate’ matter to criticize this new book. Which implies that I have been too hard on the papers.

Enough of these games : what could be more normal than to ‘sift over’ and criticize a journalist’s article. That is exactly what journalists do with authors’ books. Healthy reciprocity does no harm to intellectual life. On the contrary, our journalists should be delighted. It shows that they are still read a little.

Which is why we have an article written with long-handled pincers, you can feel it. Shuffled together. The Jesuits, the real ones, were far more gifted !

Not to mention this supposed final paradox, by which Jean-Louis Jeannelle accuses me of ‘jesuitism’ and also reproaches me for :
- the fears that I touch on as to an entrenching of attitudes on one hand and on the other, after the book has come out, with the ‘increased fixation, crystallisation and projection of phantasms at work since the origins of this affair, sixty years ago’.
- and the wish that this situation be surpassed and the ‘Artaud Affair or Affairs cease at last to be written about’.

Well, why not ? We can be lucid and just as well wish that things be clarified and move forward ! - And that is just what is happening right now. Opinions expressed by readers, on the Internet, and various letters show me that certain readings are changing, and changing VERY QUICKLY.

On the other hand, the attitude of Le Monde, and of almost all the paper press, shows that my fears were not unfounded. - Come, come, Monsieur Jeannelle, what you need to finish off your articles is a little more rhetoric. Spite is an art and it is not so easy !

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THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

THE BIG LOSERS : ARTAUD AND HIS READERS

As has always been the case in the past sixty years, there are two big losers in this Affair :

- Artaud and his work, which remain under control, under influence, with orthodox books that play into the hands of the ‘owners’ or ‘copyright holders’ (publishing houses, institutions that conserve archives, heirs, etc.).

- the public, who are given (as Philippe Lacoue-Labarthe so aptly wrote to me in 1994) not ‘Artaud’ but ‘part of Artaud’. Meaning works that have been formatted and re-formatted to suit editorial and commercial ends. The reading public is led by the nose, since by the silences and pretences of the Affair the media continue to keep it under influence.

THE TREATMENT OF THE MANUSCRIPTS

As for the editorial treatment of Artaud’s manuscript notebooks as it has been done for so many years, by Paule Thévenin, the story is complex and I leave it up to readers to discover how the interests of one party or another have built up a monstrous legend over the years. Clearly, at present Le Monde does not want to shed light on this affair. For reasons of its own that are not conducive to establishing what I persist in calling ‘the truth of the Artaud affair’.

Technically, it would not be very difficult to propose (e.g. via the Internet) a digital version of the Artaud papers. All that is needed is a little willpower, and the time it takes. - There are of course questions of copyright, which are backed (wouldn’t you know) by commercial interests.

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THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

THE STAKES

‘What are the stakes ?, you may ask me. - First of all, they concern Artaud’s production and the way in which his works have been presented to the public.

Second, it is time we got shut of the rabid media neurosis that has held things up for so long. That freedom of speech be possible. That fear no longer reign in those places where it is felt most : the press, publishing, the media.

What is the role of a paper like Le Monde ? Is it to ensure that the weight of influences rests secure, that networks remain in place, that certain parties be allowed to control opinion ? Or is it to foster real discussions ?

This most recent article in Le Monde does not even say what the stakes in play in the Artaud affair are.

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THE ARTAUD AFFAIR-LE MONDE
Plea for resuscitating the drowned
Open letter (as form demands) to Jean-Louis Jeannelle* and Le Monde des livres. *Writer of the article “L’Affaire Artaud : journal ethnographique de Florence de Mèredieu : Artaud et les jésuites” (11 June 09)

A ‘CONTROVERSIAL HISTORY’

Jean-Louis Jeannelle expresses doubt as to the validity of ‘this attempt at controversial history’ that I am trying to foster.

But what this university man and journalist forgets is that the Artaud affair has remained to the present day a pirate’s chest of legends by which all sorts of fabrications have been possible.
We need simply accumulate facts and documents, and relate events truthfully, to see that the matter of what forms history (what happened, what was said or done at a given time by one party or another) or ethnographic investigation (in which I play the role of ethnographer or detective) is indeed controversial.

What is controversial in my book is the mass of documents and facts that rise up to contradict the legends set into place. - It is not the forthright tone that is at cause ! It is what is real that is controversial.

Florence de Mèredieu, 14 juin 2009

dimanche 23 août 2009

HISTOIRE MATÉRIELLE ET IMMATÉRIELLE DE L'ART MODERNE : MODE D'EMPLOI

Couverture de la première édition (1994)

Des lecteurs me demandent si la grille de lecture de cet ouvrage peut s'appliquer à d'autres époques de l'art.

Cette histoire "matérielle et immatérielle" s'ouvre à un tournant remarquable de l'histoire des arts plastiques : celle de la naissance, puis du développement de ce que l'on va appeler "l'art moderne". À un moment où se renouvelle la question du matériau. Et où se dessine ce contrepoint obligé de l'amenuisement, de la réduction du matériau jusqu'au zéro et jusqu'au vide.

Cette histoire se comprend donc dans un contexte historique particulier, qui verra autour des années 1950-1960, une approche du matériau brut se faire jour. C'est le moment où Yves Klein célèbre, inversement, les vertus de l'"immatériel".

L'arrivée, dans les années 1960, de l'art vidéo et de l'art par ordinateur va occasionner un regain d'intérêt pour l'image et la dématérialisation d'un art qui se confond désormais souvent avec son double. Ou son avatar.

Cet ouvrage, que j'avais conçu comme une nouvelle grille de lecture, chacun peut l'amplifier au fil de ses lectures et de ses découvertes, ajoutant tel artiste, telle œuvre, telle démarche, telle citation critique. Il s'agit bien d'un ouvrage en devenir, d'une sorte de work in progress.

Cette grille de lecture peut maintenant s'appliquer à d'autres époques et à l'ENSEMBLE de l'histoire des arts. Les notions de matérialité et d'immatérialité ne sont, toutefois, pas univoques. Il faudrait donc déterminer soigneusement le sens des concepts mis en œuvre dans le contexte de chaque ère géographique ou historique choisie. Un répertoire précis des termes utilisés serait à ce niveau intéressant. D'autant que chaque langue apporte au processus une coloration qui lui est propre.

Une des voies les plus fécondes est incontestablement l'étude des divers matériaux. La manière dont l'eau, l'or, la cire, les résines, le marbre, le bois, la matière vivante, etc., sont diversement (ou similairement) utilisés dans des civilisations et des contextes différents, cela s'avère plein d'enseignements. Il y a ainsi une histoire de chaque matériau à écrire.

Et une histoire conjointe de tous les "immatériaux" que nous avions répertoriés : espace, temps, vide, langage, etc.

Cette "Histoire matérielle et immatérielle des arts" ne peut donc se constituer qu'en accumulant les données concrètes et techniques propres à l'art d'une époque donnée. Et en affinant, à chaque fois, les outils et processus de lecture en jeu.

Histoire matérielle et immatérielle de l'art moderne (Bordas, 1994 ; nouvelles éditions augmentées, Larousse, 2004-2008)

vendredi 21 août 2009

DU SON COMME DE L'ESPACE : EDGAR VARÈSE ET ANTONIN ARTAUD

Détail d'une partition de Varèse.

Écoute de quelques pièces de Varèse. Notamment de "Ionisation" (1928-1933), pièce pour percussions. - Je mesure combien les conceptions que le musicien et le poète se faisaient des pouvoirs du son se révèlent proches.

C'est en 1932 que Varèse demande à Artaud de lui établir le livret d'un opéra (L'Astronome). Le projet demeurera inachevé. Mais l'on comprend bien à l'écoute des œuvres de Varèse combien la forme de "spatialisation" du son qu'il opère pouvait être proche de la dimension plastique de la musique que développe l'auteur du "théâtre de la cruauté".

C'est dans l'espace que se déploient les étages de timbres et les explosions sonores de Varèse. Dans toutes les dimensions de la hauteur, largeur, longueur et profondeur. On a bien affaire à une "échelle" de sons.

Et c'est dans le corps que retentissent ces écorchures sonores, trilles, vrilles et échardes musicales. On est dans la dissonance. La musique crève ici le tympan du son.

UNE GRILLE DE LECTURE DÉNOMMÉE ANTONIN ARTAUD.

On me demande donc si mon dernier ouvrage (C'était Antonin Artaud, Fayard) propose une "grille de lecture" de l'œuvre et du personnage d'Artaud. - J'ai répondu sur ce point. Il n'est qu'à "aller voir" les nombreux textes et les nombreuses lectures que j'ai proposés au fil des ans. Sur des sujets aussi importants que les dessins d'Artaud, l'inconscient et la psychanalyse, la médecine, l'électrochoc et la psychiatrie, l'Orient, le long périple du Mômo sur notre planète.

Mais la question n'est pas là. Comme tous les grands auteurs, Artaud est À LUI SEUL une grille ou un ensemble de grilles de lectures. C'est cela qui est important. Il ne s'agit pas de réduire et ramener un auteur de cet acabit dans des grilles de lecture existantes et déjà données (comme la psychanalyse, la psychiatrie, Blanchot, Heidegger ou Derrida...) mais de considérer le monde au travers de ces "grilles", de cette vision du monde que nous propose Artaud.

Voir le monde avec les yeux d'Artaud. Retrouver d'autres lentilles. S'approcher au plus près.

Et là : tout bascule. On comprend bien que ce "RETOUR AU TEXTE" d'Artaud, ce retour à la "lettre" de ce qu'il a écrit, pensé et vécu, entraîne un changement de focale. Tout est là et c'est ce chemin que je m'efforce de tracer.

jeudi 20 août 2009

LES DESSINS D'ARTAUD.

LES DESSINS D'ARTAUD
Librairie-Galerie Obliques, 58 rue de l'Hôtel de Ville, Paris IVe.

Texte paru dans La Nouvelle Revue Française, N° 301, fév. 1978.

      "La librairie Obliques a présenté une série de dessins, exposition faisant écho à cette autre exposition qui eut lieu en 1947 à la Galerie Pierre, quelque temps après la libération de l'interné de Rodez. C'est en asile psychiatrique, sous les injonctions du Docteur Ferdière (un des pionniers en matière d'art-thérapie...), et au sortir de plusieurs années de [prétendu] mutisme, qu'Artaud se [re]mit à dessiner. Terme bien impropre quand on se représente la frénésie, le paroxysme, la chirurgie corporelle et mentale auxquels correspondent ces griffures, ratures, écorchures, coupures, incisions. Il n'est en aucune façon question d'art ("Sorti d'une claustration de 9 ans, j'ai vu tomber devant moi toutes les œuvres écrites ou peintes"), mais de la production désespérée et magique d'un double corporel. Lieu et système de toutes projections, le dessin fonctionne comme ces poupées fétiches utilisées par les jeteurs de sort. Mais, ici, le démiurge agit sur sa propre image qu'il s'agit de refaçonner et de reconstruire, comme le fit Van Gogh, cet autre suicidé de la société, se livrant "sans désemparer à l'une de ces opérations d'alchimie sombre qui ont pris la nature pour objet et le corps humain pour marmite ou creuset". Aventure parallèle au "théâtre de la cruauté", participant à la même recherche exacerbée d'une voie où dé-situer le corps pour le faire crier, le dessin déconstruit l'homme mal fait, "pas fait du tout", en le remettant "sur la table d'opération pour lui refaire une bonne fois pour toutes une anatomie", tant il est vrai - ainsi que l'affirmait Van Gogh - qu'"il vaut mieux travailler dans la chair que dans le plâtre".

      L'œuvre, loin de se détacher de l'organisme qui l'a engendrée, se substitue à lui et en tient lieu. Faut-il donc voir en Artaud un précurseur du Body Art ? Si le corps et la souffrance physique constituent dans les deux cas la matière de l'œuvre, c'est de façon diamétralement opposée. Là où le Body Art opère directement sur un corps qu'il façonne et transforme en signe (le corps est un produit, comme l'œuvre ; il est, en ce sens, assimilable à n'importe quel support que l'on peut gratter, déchirer, exposer), Artaud, lui, agit sur un medium, prolongement retourné et renvoyé en miroir de son propre corps, symbole plus essentiel, plus vrai que le corps réel. La démarche du Body Art apparaît donc redondante dans la mesure où elle insiste, montrant du doigt ce qui constitue en fait la matière ultime de toute production artistique : le corps.

      Ventres, sang, suée, excréments, fragments d'organes, corps tronçonnés, torturés, dévissés : les dessins d'Artaud renvoient à une fantasmatique dont il serait trop de dire qu'il s'agit du corps morcelé, car de l'intégrité du corps il n'est plus question depuis longtemps dans ces affres d'asiles, de tortures, d'électrochocs où macère le corps d'Antonin Artaud - né pourtant (comme tout un chacun) le 4 septembre 1896. Corps embaumé, momifié dès sa conception, parcellisé et démembré dès la matrice. Déchet. Excrément : "Cela sentait la merde sur mon cœur, cette caisse avec mon tronc dedans, mais c'était moi l'excrément." Artaud aurait-il - ce faisant - inauguré une esthétique du déchet ? Le détritus se porte bien aujourd'hui dans les milieux artistiques : merde d'artiste en conserve, poubelles d'Arman, tampax usagés de Gina pane. Sublimation de tous matériaux, mais surtout désacralisation de l'œuvre d'art, vécue comme perte et comme déchet. C'est bien là que voulait en venir Artaud : toute trace - graphique ou autre - est de nature excrémentielle : "Ce que vous avez pris pour mes œuvres n'était que les déchets de moi-même, ces raclures de l'âme que l'homme normal n'accueille pas."

      Silencieux, quotidien, le travail de mort attaque, décompose et quoi de plus excrémentiel que la mort ! Le crayon sur le papier analyse, fouille, dissocie, dissèque chaque membre, tendon, tissu, ossature. Une touche de couleur (rouge, bleu) vient parfois rappeler que, dans l'organe opéré à vif, des veines charrient un sang précieux. Descente et remontée archéologique dans l'infini des organes commençants, ésotériques et non encore différenciés : "J'ai fait venir parfois, à côté des têtes humaines, des objets, des arbres ou des animaux, parce que je ne suis pas encore sûr des limites auxquelles le corps du moi humain peut s'arrêter." Création d'un corps cosmique, résultat d'un lent processus de dé-figuration attaquant la réalité jusqu'à la faire bouger."

Florence de Mèredieu

* Les termes entre crochets correspondent à des nuances apportées, après coup et à la relecture de l'article.

- En 1984, je publie le premier ouvrage d'ensemble consacré aux dessins du poète, Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris.

cf. www.editions-blusson.com

lundi 17 août 2009

AFFAIRE ARTAUD : L'HOMME ET L'ŒUVRE

Réponse à Fabien A.

"...cette affaire semblant finalement plus nuire à l'image d'Artaud dans ses démêlés que produire un regain d'intérêt pour ses textes : votre livre apporte-t-il de nouveaux éclairages de compréhension sur l'homme et son œuvre d'une quelconque manière ou ne s'agit-il que de décrypter des incohérences d'édition et l'utilisation d'une œuvre par divers groupes d'intérêts ?" (Fabien A.)

Avez-vous lu le livre ? Ou vous basez-vous sur ce que l'on en dit ? - Ce livre a, bien sûr, des conséquences et des implications ÉNORMES pour ce qui concerne la compréhension d'Artaud (le personnage, les textes, l'œuvre et leur interprétation). Si j'avais développé toutes ces implications, il aurait fallu mille pages supplémentaires

Cet ouvrage devrait, dans l'avenir, être un point de passage obligé avant toute étude sérieuse et approfondie de l'œuvre, de la vie et des textes d'Antonin Artaud. Et croyez-moi : beaucoup savent que des découvertes importantes sont à mener.

S'agit-il, en cette histoire de seules "incohérences d'édition" ? Toute la question est là. Il me semble avoir bien donné mon sentiment sur ce point dans l'ouvrage. Ce livre devrait logiquement amener un REGAIN d'intérêt pour les "textes" d'Artaud, et en particulier pour les 406 cahiers manuscrits qui sont pour une part immense à découvrir : dessins et textes s'y imbriquent d'une manière absolument singulière. .

Qui souhaite enterrer Artaud ? PAS MOI.

Il y a un débat immense à mener sur ces manuscrits.

L'image d'un écrivain est ce qu'il y a de plus manipulable et de plus variable. Artaud a, de ce point de vue, été particulièrement gâté. Mon livre vise à ébranler, en leur base, des légendes, des faux-semblants, des contre-vérités historiques ou factuelles.

Pourquoi vous en tenir à un Artaud de légende et à ce qui n'est souvent qu'un Artaud de carton-pâte ?

Lisez les chapitres consacrés aux différentes interprétations d'Artaud et de son œuvre : la Société des Amis, la psychiatrie, la psychanalyse, l'impact de l'Affaire sur les lectures théoriques (dont Derrida), sans omettre la légende systématiquement entretenue par les médias.

N'oubliez pas, enfin, que j'ai rédigé d'autres ouvrages sur Artaud, dont un ouvrage sur l'électrochoc en 1996 (Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud) et une biographie de plus de mille pages en 2006 (C'était Antonin Artaud), qui tiennent compte de la leçon des cahiers manuscrits d'Artaud.

vendredi 14 août 2009

LES MANUSCRITS D'ARTAUD EN DVD : UN SOUHAIT. UN RÊVE.

Dans la situation actuelle, la meilleure solution de présentation de l'œuvre posthume d'Artaud serait de scanner et numériser la totalité des 406 cahiers manuscrits d'Artaud. On pourrait ainsi les proposer sous la forme d'un téléchargement ou de DVD.

Ce ne serait pas plus onéreux que les volumes des Œuvres complètes. Les 28 tomes en étaient récemment proposés d'occasion sur Internet au prix de 3.500 euros !

Scanner et numériser un cahier de 48 pages combien de temps est-ce que cela prend ? Qu'est-ce que cela coûte ? - Répéter 406 fois l'opération est-ce infaisable ? Les Éditions Gallimard et la Bibliothèque nationale de France réalisent des opérations bien plus complexes.

TOUS auraient accès à la TOTALITÉ de l'œuvre textuelle et graphique posthume d'Artaud. Et l'on sait (l'exposition de la BnF en 2006 l'a montré) que ces cahiers sont magnifiques. Surprenants. SINGULIERS.

Les réponses, à toutes les questions que l'on se pose, se trouvent dans la lettre et la continuité de ces manuscrits. Pourquoi en dissimuler LE SENS en ne les présentant que tronçonnés, fragmentés, et au compte-goutte ?

QUI A PEUR DES MANUSCRITS D'ARTAUD ?

(Cf. lesloupsediteurs.fr/blog).

FIN DE PARTIE.

ANTONIN ARTAUD : ACCESSIBLE A TOUS. Réponse à François-René Simon

Que veut dire rendre Artaud "matériellement" accessible au plus grand nombre ? Y aurait-il, dans votre esprit, deux versions possibles d'un même texte : un "Artaud" pour "le grand public, garçons coiffeurs, /blanchisseuse, / marchands de tabac, / quincailliers, menuisiers, ouvriers imprimeurs", etc. ? Et un autre "Artaud" pour les étudiants, chercheurs, etc., ?

Et, pourquoi pas sur la lancée, deux Rimbaud, deux Mallarmé, deux Boris Vian, deux Shakespeare, etc. ? Et pourquoi se limiter à deux ?

En délimitant davantage de "couches" sociales, on pourrait avoir deux, quatre, six, dix versions différentes d'un même manuscrit de Rimbaud, Mallarmé, Boris Vian, Shakespeare ou Antonin Artaud... Toutes destinées à être "lisibles" par la couche sociale à laquelle elles seraient pieusement et sélectivement destinées.

Les garçons coiffeurs, blanchisseuses, marchands de tabac, quincailliers, menuisiers, etc. n'auraient-ils droit qu'à un texte "transformé" (cf. la page 1 du tome 26) ? Vous avez une bien piètre opinion du "grand public".

Nous avons TOUS droit au meilleur d'Artaud.

(Cf. lesloupsediteurs.fr/blog).

À SUIVRE...