lundi 22 février 2010

ANTONIN ARTAUD. LES ÉLECTROCHOCS DE VILLE-ÉVRARD. RÉÉCRITURE D'UNE "BIOGRAPHIE".

12 février 2010. Conférence du Dr Gassiot. Fondation Singer-Polignac.

Retour sur les erreurs et "lectures" revisitées de la "biographie" d'Artaud par le Docteur Gassiot. L'une d'elles m'a d'autant plus frappée qu'elle tend (depuis quelque temps) à se répéter et à se transformer en "déni" de l'histoire.

S'exprimant avec force, le Dr Gassiot déclare qu'à Ville-Évrard, le médecin avait "refusé" de faire des électrochocs au poète.

"Refusé" : ce terme est nouveau. Il n'était jamais apparu. Qu'en est-il ? Rien de tel ne figure dans le dossier médical d'Artaud. Bien au contraire.

En juin 1942, la mère d'Artaud demande aux médecins de Ville-Évrard que l'on fasse bénéficier son fils de ce nouveau traitement à l'électricité qui se pratique alors dans le service du Dr Rondepierre.

Le 1er juillet, réponse du Dr Menuau : "Les examens nécessaires vont être pratiqués et si les résultats sont favorables votre malade sera soumis au traitement par électrochoc dès que les séances auront repris". Le dossier médical, que j'avais pu consulter, est ensuite muet sur ce point.

C'est dans la thèse d'un médecin, Le Docteur Le Gallais (thèse soutenue en 1953 sous la présidence de Jean Delay), que l'on trouve la réponse, avec d'importants extraits de ce dossier médical d'Artaud qui fut, au fil des ans, fortement "écrémé" :

- "juillet 1942 (Dr Menuau à sa mère) pour lui annoncer une tentative de traitements par électrochocs. N'ont pas modifié l'état du malade."

Le Dr Le Gallais est alors interne à Ville-Évrard. Il a eu accès au dossier médical d'Artaud et remercie les médecins qui lui ont procuré "des documents" (Jean Delay, Chanès, Ferdière [lequel ne lui a rien communiqué du dossier de Rodez !], Guiraud, etc). Tout ce qu'il en rapporte est très complet et contient beaucoup d'informations qui corroborent la véracité de l'étude du médecin.

Autre document : le Docteur Le Gallais a lui-même "annoté" la "Lettre [d'Artaud] au Ministre d'Irlande" faisant alors partie du dossier médical d'Artaud, transformant (secret professionnel oblige) le nom de Nalpas en "Salpan". La transcription du Quarto (p. 868) est, sur ce point, une joyeuseté, qui confond l'écriture du médecin et celle d'Artaud.

De tout cela il ressort qu'Artaud a eu des électrochocs à Ville-Évrard,

Gilbert Léon, qui fut plus tard infirmier à Ville-Évrard, précisera que, parmi les malades alors soumis au "choc", la plupart appartenaient à la section des "indigents" (ceux qui ne payaient pas de pension), celle-là même où se trouvait Artaud : "Plus de la moitié des malades le subiront, et parfois en grande quantité : cent, cent vingt et même cent cinquante électrochocs." (C'était Antonin Artaud, p. 735.). Ce qui est, pour chaque malade, tout à fait considérable, Jean Delay lui-même (qui a cependant beaucoup pratiqué l'électrochoc) avait finalement recommandé de ne pas dépasser les 30 électrochocs par malade.

Alors, pourquoi le Docteur Gassiot passe-t-il sous silence ces documents ? Les ignore-t-il ? Je les ai pourtant rendus publics. Souhaite-t-il "ménager" la famille d'Artaud, présente dans la salle ? Que devient dans tout cela la simple vérité historique ?

Pour plus de détails sur la question, voir :

F. de Mèredieu, C'était Antonin Artaud, pp. 735 et 746-747.
F. de Mèredieu, L'Affaire Artaud, p. 333-336.

FEUILLETON (6) : à suivre.

mercredi 17 février 2010

AFFAIRE ARTAUD : "L'HOMME ET SA DOULEUR", MACCARTHISME PAS MORT.

Les exclusions et processus de déni, tels qu'ils sont décrits dans l'article récent de Philippe Cohen ("L'Affaire Artaud ou le maccarthisme littéraire", Marianne2) et que je rencontre depuis trente ans, n'ont pas disparu. Ces processus se transforment au cours du temps. Ils connaissent à l'heure actuelle un regain dans la vigueur et l'alacrité, d'autres instances et d'autres individus ayant aujourd'hui pris le relais.

En témoigne ce qui aurait pu n'être qu'un innocent colloque : cette réunion, à la Fondation Singer-Polignac, des représentants des actuels Corps constitués de l'Affaire Artaud : la famille, les psychiatres, les éditions Gallimard…

Avant même que la séance n'ait eu lieu, il m'avait été finalement "signifié" que je n'avais pas à y figurer. On comprend bien que mon nom n'ait pu à aucun prix être prononcé. Et alors même que divers intervenants ne se gênaient pas (et aurait-ils pu faire autrement ?) pour utiliser mes travaux en long, en large, en travers. Et de A à Z.

Que j'aie pu assister à la séance, du fond de la salle et "incognito", cela relève du miracle.

Il est dommage sur ce point que n'ait pas été retransmise sur Internet la Table Ronde finale. Mr Malausséna y évoque l'affaire Artaud, en précisant qu'il a pu reconstituer l'Affaire "heure par heure".

Diable ! Ce n'est pas encore, seconde par seconde, mais il faut bien remarquer que mon insistance à décrire par le menu les détails de l'Affaire avait bien été perçue par quelques critiques comme relevant d'un regard "chirurgical" et "clinique". Le neveu d'Artaud souhaite-t-il ici faire quelque surenchère ?

Monsieur Malausséna ne semble pas avoir compris que deux ouvrages volumineux et conséquents sont parus aux Éditions Fayard, une biographie, C'était Antonin Artaud, en 2006, et une somme sur L'Affaire Artaud, en 2009. Gommer d'un coup de plumeau ou de baguette magique quelque 2000 pages de recherches, de références et d'histoire, c'est une gageure impossible à tenir…

Et cela finit par se voir comme plusieurs nez au centre d'une même figure !

FEUILLETON (5) : à suivre.

"L'HOMME ET SA DOULEUR". ÉVELYNE GROSSMAN, "PSYCHIATRE" DE L'ŒUVRE D'ARTAUD.

Une des fonctions principales d'Évelyne Grossman, fonctions qui lui sont doublement dévolues et par son éditeur Gallimard et par la famille d'Artaud, c'est de gommer et de faire oublier toute l'histoire antérieure de l'édition des œuvres d'Artaud. Et de jeter avec l'eau du bain, l'ensemble des recherches (et des individus) qui ont œuvré pendant bien des décennies sur l'œuvre. Difficile à ce niveau de tout gommer, surtout quand on est une "spécialiste" de très fraîche date.

Ces recherches antérieures, elles ne se gênent pas pour réapparaître à tous les tournants de l'interprétation "nouvelle" qu'une certaine poudre de perlin-pinpin (répandue avec grande générosité par les médias et les institutions soutenant la très béatifique maison Gallimard) voudrait nous faire accroître.

Écoutant (pas très religieusement) la conférence de Mme Grossman à la Fondation Singer-Polignac, "Antonin Artaud : entre littérature et psychanalyse", j'ai redécouvert au détour des phrases de ma si peu consensuelle collègue ces analyses plutôt fouillées que j'effectuais en 1996 dans mon ouvrage, Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud.

Toutes ces pages qui traitent de la relation entre littérature et psychiatrie, et où je traitais abondamment des Cahiers de Rodez, de l'automatisme, de l'homme-machine, de la cybernétique, des neurones et des synapses, de l'électricité cérébrale, des glossolalies, de ce "laboratoire de la langue" que constituent les fameux cahiers, etc.

Bien des passages de l'ouvrage seraient à citer. Signalons les pages 88 à 93, le chapitre consacré à Georges Bataille, et la plus grande part de la deuxième partie de l'ouvrage (pp. 129-204) où se trouve posée la question de la "liaison et de la déliaison des énergies" dans les Cahiers de Rodez. Je considère cette centaine de pages comme le plus significatif de tout ce que j'ai écrit sur le poète.

Mon point de vue et celui de Mme Grossman diffèrent par contre TOTALEMENT au niveau de leurs conclusions. Je n'ai, en effet, pas bien saisi comment, ET PAR QUI, allait être effectué le tri de ce qui, dans les cahiers d'Artaud, relève de la santé littéraire ou de la folie (qui ne serait plus "littéraire"). Mme Grossman va-t-elle se transformer en "psychiatre" de l'œuvre d'Artaud ? Le clivage ici opéré entre un "Artaud fou" et un "Artaud sain" et miraculeusement sauvé par les traitements psychiatriques, cela relève pour moi de la plus "électrique" et de la plus ridicule fadaise.

Quant aux "neurosciences", dont j'avais bien noté, en 1996, leur interférence avec la question du traitement à l'électrochoc, je les considère avec circonspection. Je n'ai effectivement pas oublié les critiques radicales que Bergson fit en son temps de la théorie des localisations cérébrales. Cette question ne semble pas effleurer Mme Grossman. Mais il est vrai qu'elle n'est pas philosophe de formation.

Le sommaire détaillé de Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud, figure sur mon blog.

J'aurais l'occasion de revenir sur tout cela.

FEUILLETON (4) : à suivre.

lundi 15 février 2010

ARTAUD À L'ACADÉMIE. L'ASSEMBLÉE DES PERROQUETS.

14 h : ouverture du Colloque de la Fondation Singer-Polignac par Henri Lôo* et Jean-Pierre Olié*, psychiatres à Sainte-Anne* et (ce n'est pas précisé) spécialistes de l'électro-convulsivothérapie. Antonin Artaud, rappelons-le, fut interné à Sainte-Anne.

14 h 30. Première communication, concernant les "itinéraires psychopathologiques d'Artaud", co-assurée par ceux qui se présentent comme des "duettistes" : André Gassiot, psychiatre à Rodez (lieu où fut interné Artaud et où il subit 58 électrochocs) et le Dr Raffaitin, psychiatre.

On parcourt à vive allure les grandes lignes de la biographie d'Artaud : les parents, l'enfance, le collège, les premiers troubles mentaux, les maisons de cure, le théâtre, le cinéma, les femmes et la sexualité, les voyages au Mexique et en Irlande, etc, etc.

Je connais bien la question : c'est là le sommaire [et le contenu même] de mon livre, C'était Antonin Artaud. Mes livres alimentent, sustentent, fournissent la substantifique moelle des débats dont on m'exclut. Bien évidemment, c'est un comble !

Peu d'éléments de la communication de ce jour concernent à proprement parler la dimension "psychopathologique" de la vie d'Artaud. Plus fort de café : nos duettistes ne citent aucune des sources qui constituent le fond de leurs communications. J'en reconnais pourtant au passage la formulation spécifique et pourrais, à chaque fois, expliquer de quel livre (et de quelle page) cela provient. Le Dr Gassiot ajoute parfois de légers, très légers commentaires. Ponctués de gentilles erreurs. — On serait à l'Université et si nos duettistes étaient évalués, ce serait un zéro pointé.

Le temps s'écoule et (ô miracle) dès que l'on aborde la question sérieuse (et pourtant annoncée) : celle de l'asile, de l'internement et des traitements, là où les psychiatres auraient peut-être quelque information inédite à nous fournir, on passe à autre chose. Du parcours asilaire d'Artaud. bien peu sera énoncé. Les dossiers médicaux de Sainte-Anne et de Rodez resteront, comme à l'accoutumée, "forclos". Tabous. On n'aura entendu que du connu, du déjà dit, déjà écrit.

D'où l'impression d'avoir affaire (et c'est plutôt comique) à deux psychiatres atteints de psittacisme et qui, tels deux perroquets, répètent une leçon déjà écrite ailleurs.

Allez ! Si vous voulez savoir réellement ce qu'il en fut du parcours psychiatrique et psychopathologique d'Artaud, il vaut mieux lire ces ouvrages-là qui ont abondamment traité de la question.

FEUILLETON (3) : à suivre.

* Informations glanées avant le colloque : contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres hôpitaux à la suite du développement massif des antidépresseurs, l'application d'électrochocs a toujours été maintenue à Sainte-Anne. Le professeur Henri Lôo est connu pour avoir développé ce que l'on nomme l'électrochoc de consolidation. Le Docteur Olié a consacré plusieurs ouvrages ou communications à l'électroconvulsivothérapie.

Antonin Artaud. Biographies de référence :
-Jean-Louis Brau, Antonin Artaud, La Table Ronde, 1971.
- Thomas Maeder, Antonin Artaud, Plon, 1978.
- Florence de Mèredieu, C'était Antonin Artaud, Fayard, 2006.

Sur Artaud, l'asile et la psychiatrie :
- Florence de Mèredieu, Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud, Blusson, 1996
- André Roumieux et Laurent Danchin, Artaud et l'Asile, Séguier, 1996.
- Sylvère Lotringer, Fous d'Artaud, Sens & Tonka, 2003.
- Florence de Mèredieu, "Nos amis les psychiatres", in L'Affaire Artaud, Fayard, 2009.

ANTONIN ARTAUD. "L'HOMME ET SA DOULEUR". COLLOQUE. FONDATION SINGER-POLIGNAC.

"L'homme et sa douleur", titre d'un dessin d'Artaud, donné par ce dernier au Dr Latrémolière à l'asile de Rodez. Ce que rappelle le Dr Gassiot, en ajoutant : "pour le remercier de ses électrochocs", mais en ne mentionnant pas le fait que ce commentaire fut ajouté par Artaud, postérieurement, lors de son retour à Paris, commentaire ironique, précise Paule Thévenin (Œuvres complètes, XIV-1-258).

Question centrale de ce colloque : la douleur, celle d'Artaud, celle des malades mentaux. Avec cette idée-force selon laquelle la psychiatrie (et ses traitements) vise à soulager le malade, à le guérir de sa souffrance.

On voit l'importance de la question. La réponse sera-t-elle à la hauteur ?

Sans aller jusqu'à rappeler ce que furent les conditions d'internement d'Artaud en pleine guerre, il faudrait se souvenir (et c'est moi qui parle) que la GRANDE DOULEUR d'Artaud, beaucoup plus que le délire (qui comporte aussi des aspects jouissifs) ce fut précisément LA PSYCHIATRIE.

Ce qu'il aurait fallu donc, c'est guérir Artaud de la psychiatrie. Et là, évidemment (on l'aura compris) on est, au cœur de ce colloque, bien loin du compte.

Je mentionnerai ce qu'Artaud écrivait au Dr Ferdière le 2 avril 1944, en espérant ainsi échapper à une nouvelle série d'électrochocs : "Le dernier service que j'attends de vous est de me comprendre (…) en évitant aussi de m'affoler par la perspective de traitements suppliciants qui sont tout ce que le mal attend pour achever de se jeter sur moi. Car j'ai remonté la pente une fois après trois mois d'angoisse, de délire, de confusion, d'oubli. Je ne la remonterai pas une autre fois parce que mon âme en a assez d'être maltraitée et martyrisée."

L'intervention de Jacob Rogozinski (Parlement des philosophes) portera sur cette question de la douleur. Chez Artaud, explique-t-il, la problématique de la douleur serait centrale ; le poète pourrait revendiquer l'adage suivant (proche du cogito cartésien) : "Je souffre donc je suis".

On comprend dans cette perspective (et c'est moi qui m'exprime) que vouloir extirper cette "douleur" en utilisant la technique du "choc" (décrite par les psychiatres eux-mêmes comme une technique d'"altération mentale"), cela conduise à supprimer pour Artaud tout sentiment et toute sensation d'existence.

Les psychiatres participants au débat n'ont pas eu l'air de comprendre que les implications des propos de Rogozinski allaient à l'encontre de ce qu'ils défendaient, à savoir que la psychiatrie avait amélioré Artaud. Rogozinski s'est-il rendu compte qu'il divergeait de ses "confrères" ? Je me permets en tout cas de le lui signaler.

FEUILLETON (2) : à suivre.

ARTAUD À L'ACADÉMIE. UN ARTAUD CHIC ET "CHOC". UN DÉBAT BIEN CADRÉ.

Vendredi 12 février 2010, Colloque "L'homme et sa douleur". Fondation Singer-Polignac, Paris.

Examen du cas Antonin Artaud. En présence de ces messieurs les Académiciens (Académie des Sciences, Académie de médecine), de la famille (le neveu d'Antonin Artaud soi-même), de l'institution littéraire (représentée par Mme Grossman), de représentants du monde de la psychiatrie et d'un représentant du Parlement des Philosophes. On est, on le voit, dans le ronflant et l'institutionnel.

Claude Lévi-Strauss, académicien de son état, expliquait que la simple réunion d'un nombre réduit d'individus ouvrait la voie à une infinité d'analyses concernant les relations et les réseaux tissés entre ces mêmes individus.

Ce sont ces réseaux, ces relations et l'ensemble des enjeux sis en arrière-plan qui me sont apparus tout au long de cette après-midi de colloque et que je souhaite faire partager à la communauté des internautes.

La "puissance" invitante, tout d'abord, quelle est-elle ? La simple lecture du carton d'invitation en dit déjà beaucoup.

La séance est placée sous la haute autorité de "l'Académie française", et donc de l'État. Ceux qui invitent, ce sont les psychiatres, le corps "constitué" des psychiatres, invités à se pencher sur le cas étrange de cet autre corps "sans organes" cette fois-ci, du sieur Antonin Artaud.

Un autre feuillet du "carton" informe que la séance se déroulera "avec la participation de Monsieur Serge Malausséna, neveu d'Antonin Artaud", lequel est donc — juridiquement parlant — "ayant droit d'Antonin Artaud", habilité par la loi à parler comme il le fera en toute fin de séance (ce sont les psychiatres qui inaugureront le bal), "au nom de son oncle".

Ce colloque est donc on ne peut plus CADRÉ, NORMÉ ET BALISÉ. Les échanges, on le comprend, sont par avance positionnés sur des rails favorables aux différentes instances, Académie, Collège des psychiatres, Représentants familiaux, Représentants de l'éditeur "historique" d'Artaud, la puissante Maison Gallimard.

Ce carton d'invitation, je ne l'ai pas reçu. Et pour cause : "spécialiste" d'Artaud [sic] je "dérange" ! Et comprends bien que j'ai été (comme à l'ordinaire) soigneusement tenue à l'écart de ce débat, que mes ouvrages alimentent et où j'aurai tant de choses à dire. Monsieur Malausséna, que je croiserai au cours d'une "interruption" de la séance, se montrera d'ailleurs très surpris, voire "choqué" par ma présence…

FEUILLETON (1) : à suivre.

Lien vers la Fondation Singer-Polignac

vendredi 12 février 2010

SUR L'ÉLECTROCHOC, LE CAS ANTONIN ARTAUD. Réponse à JEAN-MICHEL BOLZINGER.

Le "compte-rendu" fait sur mon ouvrage en 2004 par Jean-Michel Bolzinger me passe à nouveau sous les yeux. Longtemps j'ai jugé inutile de répondre à tant d'approximations. Aujourd'hui, face à l'accumulation des erreurs et des approximations "factuelles" entourant l'œuvre et la vie d'Antonin Artaud, sans doute est-il salutaire d'apporter quelques précisions.

UN COMPTE -RENDU ?
L'article de Jean-Michel Bolzinger se présente sous la forme d'un compte-rendu. Bizarrement, les trois quarts des citations et références ne se trouvent pas dans mon livre et ne le concernent pas. La simple lecture de la table des matières de mon livre (voir sur mon blog) montre que celui-ci n'est pas pris en compte.
Ce livre se compose de deux parties :
Une histoire, tout d'abord, de la naissance de l'électrochoc en France. Le livre s'appuie strictement sur des FAITS, des DOCUMENTS ECRITS et (qui plus est) sur les discours des médecins eux-mêmes (ANNALES DE MEDECINE, OBSERVATIONS MEDICALES, OUVRAGES THÉORIQUES d'Ugo Cerletti, Rondepierre, Jean Delay, Peter Breggin, etc.). Il m'est difficile de dire (et citer) autre chose que ce que disent les médecins eux-mêmes. Alors ??? Je m'interroge. S'agit-il de la part de mes lecteurs du corps médical d'un déni ?

LES FAITS. LES CONTRADICTIONS DE FERDIÈRE.
Il ne sert à rien de m'opposer une interview de Ferdière évoquant les "8 électrochocs" administrés au poète, alors que le dossier médical de cette époque, conservé par Ferdière, fait bien état (documents à l'appui) de 58 électrochocs. Ce dont atteste l'ouvrage de Danchin et Roumieux, Artaud et l'Asile, publié six mois après mon livre. Ce qui compte ce sont les faits, les documents. Et non les bavardages et souvenirs lointains, très lointains, des uns et des autres.
Tout ce à quoi vous arrivez, c'est à montrer que les souvenirs de Ferdière étaient pour le moins lacunaires.

Je ne fais aucune "peinture", "cruelle" ou autre, de Ferdière. S'il y a "peinture", celle-ci s'esquisse d'elle-même au travers des faits, des documents, des discours et commentaires des psychiatres de l'époque. Je n'ai pas inventé la lobotomie pratiquée par Ferdière, pas plus que la vive critique émise par ses confrères. Cela figure noir sur blanc dans les Annales de médecine. Etc. Etc.
Toutes les critiques que vous m'adressez sont donc hors-jeu. Et pourraient témoigner de ce refus et ce déni d'un corps médical qui ne semble pas vouloir se rappeler son histoire.

LE DISCOURS D'ARTAUD
La deuxième partie du livre concerne le discours d'Artaud. Ses réactions à l'électrochoc. Il s'agit alors de rendre compte des textes mêmes et du discours d'Artaud. On ne peut leur faire dire le contraire de ce qu'ils disent.

UNE POLITIQUE DE LA SANTÉ MENTALE.
Vous me reprochez cette phrase :
"L'institution psychiatrique, relayée par les autres institutions — familiales, politiques et policières — gère désormais ce qu'il est convenue d'appeler la santé mentale".
Je rappellerai qu'Artaud a été arrêté à Dublin par la police irlandaise et renvoyé contre son gré sur le sol français où il a été interné d'office. Il passera dès lors 9 années dans les hôpitaux psychiatriques, et connaîtra la famine des années de guerre. C'est, par ailleurs, à la demande de sa mère que lui sera administré un premier électrochoc à Ville-Evrard (voir le dossier médical d'Artaud dont fait état une thèse, celle du Dr Le Gallais).
Il me semble donc que les 3 adjectifs employés — "familiale, politique [il y a à chaque époque une politique de la "santé mentale"] —, policière" correspondent ici à des faits. Précis. Têtus.
Et aujourd'hui ? Le problème a-t-il changé ? Je ne vois personne pouvoir le prétendre. — Là encore vous devriez relire les implacables analyses de Michel Foucault, en particulier Le pouvoir psychiatrique.

UN CURSUS. Étant, selon vous, "historienne d'art", on saisit à vous lire que je ne peux rien comprendre à la médecine.
Quelle est donc ma formation ? J'ai fait des études de philosophie, à une époque où le cursus était très complet et résolument pluridisciplinaire : psychologie, psychanalyse, psychologie expérimentale, histoire des sciences et (pour couronner le tout) un cours de sémiologie des maladies mentales (assuré alors par le Dr Thérèse Lempérière) avec présentations de malades à Sainte Anne.
Cet intérêt pour la médecine s'est perpétué avec la rédaction d'un mémoire de DEA sur "Le vivant chez Aristote et Descartes", qui s'inscrit au cœur des relations de la philosophie et de l'histoire médicale.
Mes recherches se sont ensuite poursuivies sur les relations de l'art et de la folie et, plus généralement, sur l'art moderne et contemporain. J'ai fait à l'Université des cours sur la psychanalyse, sur Michel Foucault, l'Histoire de la folie, etc. J'ai ensuite enseigné à la Sorbonne non pas l'histoire de l'art, mais la philosophie de l'art et l'esthétique. Je passe sur mes recherches sur Artaud qui se sont, à ce jour, concrétisées par sept ouvrages. — Vos informations sur mon "cursus" sont donc fausses et bien lacunaires.
Faut-il, par ailleurs, abandonner l'histoire de la médecine aux seuls médecins ? Michel Foucault ne le pensait pas. Et je suis strictement du même avis.

Ce livre, Sur l'électrochoc, le Cas Antonin Artaud a été écrit entre 1994 et 1996, durant deux années passées au CNRS. L'essentiel de la littérature psychiatrique française concernant l'électrochoc, à l'époque où Artaud l'a subi, a été par moi systématiquement étudiée et passée au crible. Mais c'est peut-être cela qui irrite : le fait que ce livre (précisément référencé et documenté) traite des faits et des écrits du corps médical lui-même.

* Une émission de radio (Gérard Gromer, Le Gai savoir) eut lieu sur France Culture à la sortie de Sur l'électrochoc le Cas Antonin Artaud. Elle peut sans doute se réécouter.

ANTONIN ARTAUD, WIKIPEDIA ET LA PSYCHIATRIE : D'ÉNORMES CONTRE-VÉRITÉS.

"Le 22 février 1939, Artaud est transféré à l'Hôpital de Ville-Évrard. (…) Dans cet établissement, deux médecins italiens, Ugo Cerletti et Lucino Bini, veulent expérimenter un nouveau traitement. Le premier ayant constaté dans les abattoirs de Rome que les chocs électriques ne tuent pas les animaux mais les assomment, il passe de l'expérimentation sur les animaux aux êtres humains, encouragé dans cette entreprise par les nazis qui interdisent l'usage de l'insuline pour les malades mentaux. Artaud jugé trop faible ou considéré comme incurable ne reçoit aucun traitement." (WIKIPEDIA, en date du 14 janvier 2010)

Ce paragraphe n'est qu'un tissu d'erreurs. Ugo Cerletti et Lucio (sic) Bini, les deux médecins italiens, qui ont mis au point la technique de l'électrochoc en 1938 et 1939, n'ont JAMAIS officié à Ville-Évrard. Ils ont travaillé en Italie, pas en France.

À Ville-Évrard, le Docteur Rondepierre est un des pionniers des recherches sur l'électrochoc. Il effectue d'abord des expérimentations sur les animaux [de la ferme de l'asile] et passe ensuite à l'application sur les humains. Il n'est pas "encouragé par les nazis", ceux-ci n'ayant eu (comme l'on sait…) aucune visée "thérapeutique" concernant la maladie mentale.

La thèse de médecine du Dr Le Gallais (ce médecin a eu entre ses mains le dossier médical d'Artaud) atteste que c'est à Ville-Évrard, dans le service du Dr Rondepierre qu'Artaud, quoique particulièrement faible (en raison de la malnutrition chronique des internés), a subi son ou ses premiers électrochocs, à l'été ou l'automne 1942.

À Rodez, il subira ensuite 58 électrochocs. Artaud a-t-il eu dans les asiles d'autres traitements convulsivants (cardiazol et insuline) ? On ne sait. Le dossier médical d'Artaud demeure encore secret et recèle sans doute bien d'autres informations.

L'interdiction faite par les allemands de l'usage de l'insuline et du cardiazol pour les malades mentaux n'est que l'un des facteurs déclenchant du développement massif de la technique de l'électrochoc dans la France occupée. Ce ne sont pas les "nazis" qui appliquent cette technique controversée à Antonin Artaud et aux centaines de milliers de personnes dans le monde qui auront alors à connaître ce traitement. La puissance occupante n'est pas intervenue en France, entre 1939 et 1945, pour que ce traitement soit appliqué dans les hôpitaux psychiatriques.

Ce sont les médecins français qui ont alors pratiqué à grande échelle et très largement répandu cette thérapeutique, controversée par nombre de médecins et par ceux-là mêmes qui en firent un grand usage (tels Ugo Cerletti, Jean Delay ou, plus récemment, Peter Breggin).

Il ne faudrait pas que ce qui est vraisemblablement, dans cet article de Wikipedia, de l'ordre de "l'erreur" (d'où diable provient-elle ?) et de la plus grossière confusion se transforme en "manipulation" de l'histoire.

J'espère que WIKIPEDIA m'entendra et effectuera les modifications indispensables.

Sources à consulter :
- "Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud, Blusson, 1996.
- "C'était Antonin Artaud", Fayard, 2006.
- "Nos amis les psychiatres", in L'Affaire Artaud, Fayard, 2009.

lundi 8 février 2010

LES ROBES PASSIONNELLES ET DÉJANTÉES DES CHORÉGRAPHIES DE PINA BAUSCH

Pina Bausch © DR

Le sacre du printemps (1975), Les Œillets (1982), Walzer (1992), Bandonéon (2007), Sweet Mambo (2008) : d'une chorégraphie à l'autre, les robes des spectacles de Pina Bausch virevoltent, tanguent et s'ouvrent comme autant de fleurs vénéneuses. Sur des dessous chair. Ces robes ne sont pas fermées. Elles godent, glissent, laissent le dos plus nu que nu, déshabillé ou décousu.

Le vêtement s'affranchit des différences sexuelles. Les hommes aussi, dans les chorégraphies de Pina, portent des robes qui s'épanouissent en corolles. Et exhibent des dos nus, des décolletés, des épaulettes instables… Le danseur est la ballerine de ce nouveau ballet, de ce monde où la grâce, le féminin même, ne sont plus l'apanage d'un seul sexe.

Dans Les Œillets, Dominique Mercy est ce ludion, cette ballerine qui fait pour le spectateur la démonstration de quelques figures du ballet classique. Doublée d'une seconde robe, qui est du rose même des œillets qui parsèment la scène, sa robe ou sa peau de satin noir virevolte de manière gracieuse et comique, révélant ses dessous masculins.

La robe devient l'objet transitionnel du rapport entre les sexes. Rapport violent. Sensuel. Charnel. À la toute fin de Barbe bleue (1977), le tyran habille sa femme-poupée, la recouvrant d'une superposition de robes. Aucun détail n'est épargné de ce qui fait figure de rituel. Compulsif. Obsessionnel. Chaque robe est enfilée par-dessus les autres. Enfiler le vêtement devient de plus en plus difficile. Le corps s'engonce et se raidit.

Ces robes s'apparentent le plus souvent à des dessous. Légers, fluides, épousant soigneusement la courbe des corps. Ils sont bien plus qu'une seconde peau, mais déjà quelque chose de la chair qu'ils recouvrent et en laquelle ils se fondent.

Les tissus sont souples, soyeux. Plus souple et plus soyeux que les plus sensuelles des peaux. On songe à ce qui se nomme de la "peau d'ange" : ce crêpe de satin qui m'émerveilla, enfant, lorsque je le découvris pour la première fois.

Mat sur l'envers et doux à la façon d'un vélin, souple et brillant sur sa face, ce tissu bouge et ondoie à la façon d'une "eau", se caresse comme on le ferait d'une peau…

Lien video : Pina Bausch, Les Œillets.

LISETTE MODEL (1901-1983).
PLUS GAIE QU'UN SUMO.

Coney Island Bather, New York, 1939-1941
© The Lisette Model Foundation, Inc (1983).
Used by permission Jeu de Paume.

Dans les rues de Paris, sur la "Promenade des Anglais" à Nice, dans les cabarets interlopes ou la rue new-yorkaise, Lisette Model porte un regard acéré sur la société de son temps. Son objectif épingle des attitudes, des visages, des accoutrements. Comme le seraient des papillons aux ailes un brin défraîchies.

Ses premiers clichés abondent en personnages ou "corps" impressionnants. Par leurs rondeurs. Leur masse.

Cette baigneuse de Coney Island (plage populaire de New York), nous la voyons ramassée et pétrie dans ses courbes. Heureuse. Campée tel un sumo sur ses deux jambes. Prête à accueillir le personnage ou l'enfant qui lui fait face.

Puissance. Opulence et confort de la chair. Souplesse de l'attitude. Et surtout : la gaieté, cette irrépressible gaieté…

— En arrière-plan : la vague, l'océan.

Exposition au Jeu de Paume. Paris. 9 février-6 juin 2010.

jeudi 4 février 2010

BOLTANSKI : "PERSONNES". LA DÉPOUILLE ET LA FRIPE.

Christian Boltanski,"PERSONNES". Photographie ©FDM

L'étonnant monde de la "fripe". Du vêtement usagé, délaissé, déjà porté. Vêtement qui possède une histoire, une usure.

Cet après-midi, après la visite de "Personnes", l'exposition de Boltanski, j'ai voulu retourner aux "Puces" de Montreuil, dans ce marché où le lundi pullule la fripe. Royale, dérisoire ou innommable. Chiffons ou reliques qui abritèrent un temps d'autres chairs, d'autres corps, et où nous cherchons quelque vêture originale, passée de mode et déconstruite.

J'ai toujours été friande de ces marchés aux "Puces" et les ai fréquentés en bien des lieux sur le pourtour de la planète. À New York où l'on trouve d'élégants résidus des années 1930 et quelques "kitcheries" des années 1970. Au Japon où s'entassent les tas de kimonos usagés : soyeux, somptueux. À Pékin sur ces marchés où tout est toujours faux. Mais parfois si bien patiné.

La fripe de Montreuil est plus hasardeuse. C'est que la fripe est un monde complexe. Le vêtement semble indéfiniment recyclable et, à côté de la fripe avantageuse et "vintage", il est d'autres tas plus informes. Sur le pourtour du périphérique de la Porte de Montreuil et dans les allées adjacentes du marché, ce que l'on découvre c'est le "lumpen prolétariat" de la fripe : le chiffon devenu innommable, sali, mêlé aux détritus de toutes sortes.

Au sein de ces "ordures", il est pourtant, si l'on y regarde bien, de "beaux restes" et, parfois, une perle. Tant est hasardeux le cheminement qui mène du produit de consommation (courante ou bien de luxe) à l'improbable dépouille ou défroque.

L'installation de Boltanski sent la fripe. Elle est constituée de ces vêtements portés, usés, rapiécés, puis abandonnés. Elle relate des histoires qu'on ignore. — "Personnes" : l'œuvre porte bien son nom. Les vivants et les morts se sont absentés de toutes ces peaux, ces défroques, ces chiffons.

Nous suivons la trace de ces fantômes, nous habillons de leurs défroques, habitons peut-être leurs vies passées…

BOLTANSKI : LE FROID, LA PELURE ET LA PEAU

Christian Boltanski,"PERSONNES". Photographie ©FDM

"bientôt des peaux comme chiffons usagés pendent
au bout de mains contre des poitrines
piétinant de la matière cérébrale écrasée
reins enveloppés de tissus brûlés
défilent des corps nus qui marchent en foule et pleurent"

(Tôge Sankichi, Poèmes de la bombe atomique, le 6 août 1945)

Lundi, 1er février 2010. Il fait froid dans la nef du Grand Palais. Boltanski l'a "voulu ainsi". Les vêtements amoncelés — manteaux, lainages, cache-col : tout cela ne nous réchauffera pas. Ils nous donnent plus froid encore, nous font frissonner à l'évocation, au souvenir (mais ce mot est ici impossible à prononcer) de ces histoires de vêtements abandonnés, de corps dénudés, de vivants anéantis.

Évoquer Hiroshima, les corps brûlés, "dessiccés", les matières désintégrées, est-ce pensable face à ces pelures et défroques évoquant crûment la réalité de la Shoah. En deux endroits du monde, à très peu de "temps" d'intervalle, deux opérations innommables se font écho.

Dans les deux cas, il est question de corps, de peaux, de la sensibilité vive de tous ceux qui portèrent ces défroques, ces haillons, ces lambeaux ou ces vêtements qui aujourd'hui encore peuvent "tenir" et se supporter ou ne plus exister que "désintégrés".

On comprend alors cette froidure qui nous habite. Au détour de ces allées, de ces chiffons où se meuvent et se glissent non pas "des" personnes, mais précisément "Personnes".

dimanche 31 janvier 2010

"PALACE DE LA GAIETÉ" (ZOOPREJ), PARIS, 30 JANVIER 2010

"Palace de la Gaieté". Photographie ©FDM, 2010

Un immeuble à l'abandon, frappé d'alignement. Et depuis si longtemps cette enseigne, qui a résisté aux dégradations du temps.

Noires et blanches, le mur s'est récemment enrichi des vagues ondulées d'un dragon. On reste en Chine. Mais le graphisme est en pleine mutation.

Bravo à ZOOPREJ !

vendredi 22 janvier 2010

ÉLECTROCHOC : ÉVELYNE GROSSMAN INVITÉE "EN LIEU ET PLACE D'ANTONIN ARTAUD"

Les Nouveaux Chemins de la Connaissance (France Culture, 12 janvier 2010) nous gratifiaient récemment d'une émission "Artaud et la folie".

Il y a deux manières de traiter cette question :

Ou l'on aborde la question de manière précise et historique. En tenant compte de l'histoire de la psychiatrie, du discours des psychiatres et de la position qui fut celle d'Artaud. Position critique et dénonciatrice qui, elle aussi, appartient à l'Histoire. Il ne faudrait pas l'oublier.

Ou l'on traite le sujet de manière "universitaire", "littéraire" et rhétorique, en en faisant un joli sujet de conversation.

Cette récente émission de France Culture relève de cette dernière option.

Cela ne serait pas forcément gênant, s'il n'y avait plusieurs points qui font plus que chiffonner.

1°- Évelyne Grossman, en charge de l'édition des Œuvres d'Artaud chez Gallimard, et désormais commentatrice officielle et en titre de la vie et des Œuvres du poète, y intervient sur la question de l'électrochoc. Sans manifestement connaître grand chose de la réalité de l'électrochoc, ni de l'abondante littérature psychiatrique qui s'est développée autour de la question. Avec des assertions qui en ont laissé plus d'un pantois.

Grâce au traitement par électrochoc Artaud, nous dit-elle, "a progressé". Il n'avait certes pas arrêté d'écrire (enfin on le reconnaît !). Mais les électrochocs ont fait qu'il a "recommencé la littérature" !

De la part d'une "Grande spécialiste", l'ensemble de ces propos sont bien curieux. Et il faut bien le dire CONFONDANTS.

2°- Raphaël Enthoven précise en début d'émission (et c'est peut-être encore une figure de rhétorique...) qu'Évelyne Grossman est invitée dans l'émission "en lieu et place d'Antonin Artaud" !

Et voilà-t-il pas que notre Antonin se met, dans la bouche d'Évelyne Grossman, à défendre cela même contre lequel il n'a cessé de s'élever avec la plus extrême virulence : à savoir les traitements par électrochoc et la psychiatrie.

Facétieux, un de mes interlocuteurs de ce blog, se demandait si Mme Grossman accepterait de se soumettre à un traitement d'électro-convulsivothérapie afin de vérifier le bien-fondé des vertus créatives et "littéraires" de l'électrochoc !

Nous n'irons pas jusque-là. Mais de la part de celle qui gère aujourd'hui l'Œuvre du poète et fait figure de parole officielle, on attendrait un peu plus de retrait et de neutralité. Et un examen un peu plus sérieux de la question.

En appeler par ailleurs, dans l'émission, à Deleuze et à Foucault, qui ont défendu les positions que l'on sait, paraît également relever de la tromperie.

Verra-t-on bientôt Évelyne Grossman intervenir, ex cathedra et en comité restreint, à l'Académie de médecine ? "En lieu et place" bien sûr d'Antonin Artaud". Et pour y défendre les vertus hautement créatives de cet électrochoc qu'Artaud a si magistralement vitupéré.

"L'électrochoc, Mr Latrémolière, me désespère, il m'enlève la mémoire, il engourdit ma pensée et mon cœur et fait de moi un absent qui se connaît absent et se voit pendant des semaines à la poursuite de son être, comme un mort à côté d'un vivant qui n'est plus lui, qui exige sa venue et chez qui il ne peut plus entrer." (Antonin Artaud)

samedi 16 janvier 2010

L'AFFAIRE ARTAUD OU LE MACCARTHISME LITTERAIRE, Philippe COHEN

A lire sur le site de
MARIANNE 2 (samedi 16 janvier 2010).
Cliquez ci-dessous :

L'AFFAIRE ARTAUD OU LE MACCARTHISME LITTERAIRE, Philippe COHEN
ARTICLE de Philippe Cohen paru dans Marianne en 2010 ANTONIN ARTAUD et le maccarthisme littéraire Antonin Artaud, né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 4 septembre 1896 et mort à Ivry-sur-Seine le 4 mars 1948, est un poète, romancier, acteur, dessinateur et théoricien du théâtre français. Mais, comme lui même le dit, «en réalité je ne suis jamais né et qu’en vérité je ne peux pas mourir» (lettre à Marthe Robert du 29 mars 1946). Théoricien du théâtre et inventeur du concept du «théâtre de la cruauté» dans Le Théâtre et son double, Artaud aura tenté de transformer de fond en comble la littérature, le théâtre et le cinéma. Par la poésie, la mise en scène, le dessin et la radio, chacune de ces activités a été un outil entre ses mains, «un moyen pour atteindre un peu de la réalité qui le fuit.» Souffrant de maux de tête chroniques depuis son adolescence, qu’il combattra par de constantes injections de médications diverses, la présence de la douleur influera sur ses relations comme sur sa création. Il sera interné en asile près de neuf années durant, subissant de fréquentes séries d’électrochocs. En 1923, il fait éditer ses premiers poèmes «Tric Trac du ciel». L’année suivante, André Breton confie au poète la direction de la Centrale du bureau des recherches surréalistes (Breton dira de lui: «Peut-être était-il en plus grand conflit que nous tous avec la vie. Très beau, comme il était alors, en se déplaçant il entraînait avec lui un paysage de roman noir, tout transpercé d’éclairs. Il était possédé par une sorte de fureur qui n’épargnait pour ainsi dire aucune des institutions humaines, mais qui pouvait, à l’occasion, se résoudre en un rire où tout le défi de la jeunesse passait. N’empêche que cette fureur, par l’étonnante puissance de contagion dont elle disposait, a profondément influencé la démarche surréaliste. Elle nous a enjoints, autant que nous étions, de prendre véritablement tous nos risques, d’attaquer nous-mêmes sans retenue ce que nous ne pouvions souffrir.»). Au cours de cette période, il écrit des scénarios de films et des poèmes en prose, et plusieurs textes sont publiés dans La Révolution surréaliste, l’organe du groupe surréaliste. Le 10 décembre 1926, au cours d’une réunion du groupe, l’adhésion au parti communiste français est envisagée. Artaud refuse et quitte le groupe. Pour lui, la révolution doit être spirituelle et non politique. En 1936, Artaud part pour le Mexique et se rend à cheval chez les Tarahumaras pour être initié aux rites du soleil et du peyotl. Le 23 septembre 1937 est arrêté à Dublin pour vagabondage et troubles à l’ordre public et, quelque jours après, il est embarqué de force sur un paquebot américain faisant escale au Havre. Artaud racontera plus tard qu’à bord du bateau, on a voulu l’assassiner. Dès son arrivée, le lendemain, Artaud est remis directement aux autorités françaises qui le conduisent à l’Hôpital général, entravé dans une camisole de force. On le place dans le service des aliénés. Jugé violent, dangereux pour lui-même et pour les autres et souffrant d’hallucinations et d’idées de persécution, il subira cinquante-deux électrochocs qui achèveront de le briser physiquement. Antonin Artaud sort de l’asile le 26 mai 1946. Il retourne à Paris où il vivra encore deux ans. Le 13 janvier 1947, le Théâtre du Vieux-Colombier est assailli par neuf cents personnes du Tout-Paris littéraire et artistique, d’André Gide à André Breton. Dans un silence d’outre-tombe, de 21 heures à minuit, «Artaud le Momo» ressuscite. André Gide: «Jamais encore Antonin Artaud m’avait paru plus admirable. De son être matériel rien ne subsistait que d’expressif: sa silhouette dégingandée, son visage consumé par la flamme intérieure, ses mains de qui se noie.» Durant cette période, il est hébergé dans une clinique, mais libre de ses mouvements. Il y écrit sur plus de quatre cents cahiers d’écolier, et dessine des autoportraits et des portraits de ses amis. Atteint d’un cancer du rectum diagnostiqué trop tard, Antonin Artaud meurt le matin du 4 mars 1948. Et maintenant, dans un ouvrage fleuve construit comme un polar (L’affaire Artaud, éditions Fayard), Florence de Mèredieu raconte comment les cahiers d’Artaud ont fait l’objet, cinquante ans durant, d’une captation et d’un détournement éditorial dont s’est rendue complice une bonne partie de l’intelligentsia parisienne. Selon Florence de Mèredieu, philosophe et universitaire, la publication des cahiers d’Antonin Artaud n’aurait pas respecté les originaux écrits par le poète. Le 4 mars 1948, Antonin Artaud est retrouvé mort, au petit matin, dans son pavillon de la maison de santé d’Ivry-sur-Seine. Cela aurait pu être la fin de l’histoire, ce fut le début d’une invraisemblable bataille autour de son héritage symbolique qui se poursuit aujourd’hui encore. C’est que l’interné de Rodez, le plus marginal des marginaux du surréalisme, celui qui est le «suicidé de la société» s’était taillé violemment une place au premier rang de l’avant-garde culturelle. Il ne fallait pas que cela se perde. Paule Thévenin a été le passeur incontesté et unique d’Antonin Artaud pendant près de cinquante années. Là est le problème: unique parce qu’incontesté, ou l’inverse? Elle s’arroge le titre quelques heures après le décès du poète, puis réussit à obtenir l’honneur de «transcrire» — dans son esprit, de traduire, mais on ne l’apprendra que bien plus tard —, en vue de son édition, l’œuvre posthume laissée à l’état brut par son auteur. Paule Thévenin a, pour dire les choses simplement, quelque peu caviardé et aménagé l’œuvre du poète persécuté: elle a elle-même infligé un mauvais traitement au texte, et les éditions Gallimard, se sont rendues complices de ce forfait éditorial. Florence de Mèredieu montre comment le passeur, dont elle ne met pas en cause la bonne foi aveugle, a transmis une œuvre qui s’écarte de celle d’Artaud: à force de “petits arrangements” supposés rendre plus lisibles les écrits du poète, sa transcription est devenue une re-création. Le destin fragile d’Antonin Artaud a suscité la vocation messianique de Paule Thévenin, après leur rencontre en 1946: elle est alors étudiante en psychiatrie, mariée à un médecin, elle s’apprête à abandonner ses études et se passionne pour lui, qu’elle visite très fréquemment. Le matin de sa mort, prévenue par la maison de santé d’Ivry, elle arrive avant tout le monde sur les lieux et se serait emparée de la malle qui renferme tous les biens du poète: ses livres, sa correspondance, ses dessins et surtout la bagatelle de 406 cahiers qu’Artaud écrivait au jour le jour. De ce jour, Paule Thévenin a déniché une fonction qui a rempli toute son existence: déchiffrer les cahiers à l’écriture agitée du poète, transcrire, classer, et, finalement éditer aux éditions Gallimard les cahiers qui constituent la plus grosse partie des œuvres complètes du poète. Un labeur considérable, souvent ingrat, dont Paule Thévenin avouait elle-même qu’il a perturbé ses nuits, les lettres dansant une samba devant ses yeux éberlués. Pendant longtemps, ni Florence de Mèredieu, ni surtout les ayants droit d’Artaud n’ont pu avoir accès aux cahiers originaux sur lesquels Paule Thévenin a travaillé depuis les années 1950. Pourquoi? Soit un auteur qui avait coutume de vilipender le monde entier et, en premier lieu, ses proches: soit une famille supposée bigote, donc jugée incapable de comprendre et d’honorer une œuvre tout entière transgressive; soit des amis à la fois admiratifs et protecteurs d’Artaud qui perçoivent en Paule Thévenin la femme qui peut préserver l’œuvre du désastre qui l’attend. Car la famille bigote est supposée nourrir des ambitions vengeresses et même meurtrières contre l’œuvre d’Artaud. Une fois le poète enterré à Marseille, ces «Justes» du combat littéraire, parmi lesquels on trouve Sartre, Adamov, Jean-Louis Barrault, Balthus, Chagall, Julien Gracq, Jacques Derrida, ne doutent pas une seconde que ladite famille, si elle s’emparait des cahiers, pourrait les faire disparaître, puisque honteuse était la mère de voir son patronyme lié à des «cochoncetés». Dès lors, le «vol» de Paule Thévenin n’en est pas un. Ce serait la juste restitution à l’auteur, dont elle est devenue de fait l’exécuteur testamentaire littéraire «légitime» en dépit du droit «officiel». Un acte fondateur, qui va en faire la papesse des avant-gardes littéraires françaises au début des années 1980. Tout est donc en place pour rejoindre le schéma éternel des contes et légendes: un héros, une cause, des adjuvants et des opposants. La cause? La préservation et la valorisation de l’œuvre d’Artaud. Le héros? C’est évidemment Paule Thévenin qui soulève des montagnes pour éditer dans une quasi-clandestinité, les fameux cahiers Artaud. Ses adjuvants sont nombreux: les éditions Gallimard (dont les dirigeants ne pouvaient deviner, à l’origine, l’immense retentissement de l’œuvre du poète), toute une gauche littéraire et artistique, les dirigeants de la Bibliothèque nationale qui multiplie les embûches pour rendre difficile l’accès aux originaux d’Artaud et même un avocat célèbre, Roland Dumas, dont le cabinet prend la défense de Paule Thévenin. Les opposants sont évidemment les héritiers d’Artaud qui, depuis des dizaines d’années, mènent une guérilla juridique contre les éditions Gallimard afin de comparer les originaux et ce qu’en a fait Paule Thévenin. Ils sont totalement isolés, stigmatisés, à une exception près, celle de François Mauriac qui, à partir de correspondance, défendra l’idée d’un Artaud converti au christianisme. L’erreur est humaine... donc corrigeable. Or, et c’est là que Florence de Mèredieu, qui ne trouve pas place dans les contes et légendes de Paule Thévenin, devient sacrément convaincante: les comparaisons rendues possibles, à partir de 1994, à force de batailles juridiques pour avoir accès aux originaux, confirment à ses yeux que Paule Thévenin n’a pas respecté la continuité d’écriture du poète. Des bouts de cahiers sont regroupés selon une architecture dont elle seule détenait la logique; des dessins ou des annotations ont été supprimés. L’évidence s’impose: les éditions Gallimard se sont rendues complices de transformations des originaux, l’établissement de l’édition n’avait rien de scientifique ni d’admirable. Dès lors que le travail de Paule Thévenin est enfin apparu pour ce qu’il était, un travail «humain» susceptible de réformes, de contestations ou simplement d’erreurs, pourquoi tout l’establishment littéraire s’est-il levé comme un seul homme pour la défendre? Pourquoi faire comme si les requêtes de la famille du poète aujourd’hui représenté par un antiquaire peu enclin aux bigoteries, étaient forcément illégitimes et hostiles à la postérité d’Artaud? Pourquoi la société littéraire tient-elle absolument, dans ces circonstances, à éviter la vérité? Pourquoi honorer à tout prix une personne certes respectable mais dont tout indique — et le livre de Mèredieu nous convainc de ce point de vue — qu’elle s’est inventé une relation avec Artaud en même temps qu’elle remodelait ses cahiers? Florence de Mèredieu raconte ce curieux processus qui perturbe sa carrière universitaire depuis le début des années 1980. Mais elle n’apporte pas de réponse, même si elle rapproche judicieusement sa description du Paris littéraire de certains réflexes tribaux. En ce sens, son ethnographie, aussi drôle que pertinente, est incomplète. Les intérêts mercantiles de Gallimard, s’ils existent, ne fournissent pas une piste suffisante. Il n’y a pas non plus d’Artaud caché dont on aurait, sciemment, voulu effacer la trace. Il reste la bien-pensance, l’idéologie de la subversion poétique. Les pétitions d’intellectuels en faveur de Paule Thévenin fleurent bon la guerre froide littéraire. Congélation de l’adversaire. Refus d’écouter ses arguments. Ignorance, même, du réel. Lorsque, près de soixante ans après la mort d’Artaud, les éditions Gallimard rectifient les plus grossières erreurs de Paule Thévenin dans une nouvelle édition (Quarto) confiée à Evelyne Grossman, il se trouve encore des Roland Dumas, Hélène Cixous, Bernard Nöel et autres pour pétitionner à nouveau, sous le titre éloquent: «N’oublions pas Paule Thévenin.» La famille d’Artaud ne pouvait que saborder son œuvre et lui être nuisible, et la littérature ne pouvait que voir de preux chevaliers taquiner les frontières de la législation pour restituer le poète dans toute sa vérité et sa subversion. C’est tout le ressort d’un fonctionnement de la critique littéraire, une solidarité de caste nourrie par des réflexes pavloviens que son travail met à nu. Il est grand temps que ce mur de Berlin, très germanopratin cependant, tombe à son tour.

vendredi 15 janvier 2010

SUR L’ÉLECTROCHOC, LE CAS ANTONIN ARTAUD : Table des matières

Introduction

Mis au point en Italie en 1938, appliqué à l'homme en 1939, héritier des techniques de choc ou “sismothérapies”, l’ électrochoc connaît entre 1939 et 1946 un développement considérable en Psychiatrie. — L’œuvre et la vie d'Antonin Artaud (interné à l'Asile de Rodez de 1943 à 1946) interfèrent avec l'histoire de l'électrochoc. A la toute puissance médicale, susceptible de transformer en profondeur l'ensemble des données neurophysiologiques de l'être humain et de remettre le psychisme “à zéro” Artaud opposera ce cheval de Troie qu'est la littérature.
Au travers d'un formidable travail de la langue et sur la langue. C'est alors d'une véritable surrection et recréation qu'il est question la machinerie littéraire se faisant précisément électrique pour perturber en profondeur les effets du coma de l'électrochoc. — On trouvera dans cet ouvrage une histoire de l'électrochoc ainsi qu'une analyse de ses effets et contre-effets sur l'œuvre de cet écrivain d'exception que fut Artaud.

1 - De l'électrochoc resitué dans l'histoire de la psychiatrie

LES TRAITEMENTS ANTÉRIEURS :
Les thérapies de choc. — Un modèle : l’épilepsie. — Le coma. — Le traitement par l’insuline (1933). — Le cardiazol (1935). — Comparaison des méthodes.

L’ÉLECTROCHOC :
L’électricité dans le traitement des maladies mentales.— Cerletti et la mise au point de l’électrochoc (1938). — La crise et ses effets. — L’électrochoc en France (1940-1945). — L’électrochoc dans le monde.

L'ASPECT TECHNIQUE :
Automatisme de la machine et perfection technique. — Prothèses thérapeutiques. — Appareillage technique et déroulement de la crise. — La position des électrodes. — les cas d’auto-observations. — Accidents et contre-indications. — La conduite de la cure.

LES RÉSERVES :
L’électrochoc, “ monstre du Lochness de la thérapeutique ”. — La position du professeur Baruk.

DE L’INFLUENCE DES TECHNIQUES CONVULSIVANTES SUR L’ÉVOLUTION DE LA PSYCHIATRIE :
Une nouvelle trilogie : l’institution/le malade/le personnel soignant. — Une dimension expérimentale. — De l’usage de la statistique. — Quelques chiffres.

DES ANNÉES D’APRÈS-GUERRE À NOS JOURS :
L’utilisation intensive de l’électrochoc. — Réflexes conditionnés et placebos.

2 - Les aspects théoriques

Organicistes et dynamistes. — Mode d’action de l’électrochoc. — Hughlings Jackson (1835-1911). — Delmas-Marsalet et la théorie de la “ dissolution-reconstruction ”. — Les travaux de Jean Delay. — L’amnésie. — L’aphasie. — Breggin : La thérapeutique par altération mentale. — Un traitement moderne ! — Du fantasme de la machine à “ l’homme-nouveau ” électrique. — De l’électricité cérébrale. — Homme-machine et circuits cybernétiques. — Le traitement du temps.

3 - Le cas Antonin Artaud

L'enfance, le traitement à l'électricité. — Les traitements avant Rodez.
LES TRAITEMENTS À RODEZ :
L’électrochoc à Rodez. — Le cas Antoine A. — Les protestations d’Artaud. — Une formidable dénégation. — Artaud et ses médecins. — La thèse du Dr Latrémolière. — Les justifications ultérieures. — Les effets de l'électrochoc. — Les questions qui restent en suspens. — Le coût de l’électrochoc. —

4 - Littérature et psychiatrie : le choc de deux Titans

La cruauté asilaire. — L’internement d’une œuvre.
SOUVENIRS DE LA MAISON DES MORTS :
L’expérience des comas. — Une vie d’outre-tombe. — Les troubles de la mémoire et l’univers flottant des souvenirs. — Hypermnésie et pullulement des êtres. — Resserrer l’être. — Dédoublement, illusion des sosies et troubles du schéma corporel. — Sommeil, vigilance et syndrome d’influence.

MACHINES AUTOMATES :
Automatismes. — L’Automate personnel (1927). — Le corps-machine. — La machine à inscrire. — Du théâtre de la cruauté à la pantomime convulsive. — L’insurgé.

UNE NOUVELLE COSMOGONIE :
Une machinerie cosmique. — Hors temps, hors espace. — La verticale de l’être.

LE DISPOSITIF ÉLECTRIQUE :
La métaphore électrique. — Deux sortes de fluide. — la loi de l’ “ hom ”. — Une parenté “ électrique. — Le tonique, le clonique, le spasmodique. — Conduire le courant. — Prise de terre. — Faire “ résistance ”.

LA REFONTE DU LANGAGE :
La grande régression aphasique. — Le trouble de la langue. — Une langue organique. — Une langue archaïque. — Les Cahiers de Rodez. — La déliaison des énergies et la question de l’actuelle transcription des Cahiers. — Du dessin ou de la “ bouillabaisse ” des formes. — Les glossolalies. — Le cri, le râle et la syllabe. — Une tentative anti-grammaticale. — Intonations, interjections, fragmentations. — Un laboratoire de la langue. — Éloge de la cacophonie.

5 - Artaud / Bataille : le clos et l'ouvert

Une rencontre placée sous le signe historique du malentendu. — Artaud, ombre ou limite de Bataille ? — L'énergie. — La dépense. — La communication. — Rite du peyotl et pratiques consumatoires. — Une réactivation des pulsions (orales, sexuelles, anales). — Électro-choc et mystique. — "L'Acéphale".

Conclusion

Du statut des internés illustres. — Artaud et l’ethnopsychiatrie. — Le symbolique. — Cruauté technique et “ merveilleux ” asilaire. — Transparence et opacité.

Bibliographie

NOTA BENE : publié au printemps 1996, cet ouvrage se complète de recherches et découvertes, effectuées ultérieurement et qui m’ont permis d’affiner la question :
- “ Les premières années d’asile ” et “ La période de Rodez ”, in C’était Antonin Artaud, Fayard, 2006, pp.. 649 à 863.
- “ Nos amis les psychiatres… ”, in L’Affaire Artaud, Fayard 2009, pp.. 293-373.

Livre : Sur l'électrochoc, le cas Antonin Artaud

mardi 12 janvier 2010

BECKETT. LES ROSES DE XIAN. LES ROSES DE MANHATTAN.

"Au fin fond du camp, dissimulé sous quelques lambris de paille et de sciure, le détenu Beckett, matricule 1000001, cultive un plant de rosier. Celui-ci fut d'abord une pâle bouture..." (Et Beckett se perdit dans les roses...)

Comment parler d'un livre que bien peu ont lu... ou liront ? Ce livre dont certains m'ont dit qu'il s'apparentait à un OVNI ?

L'attachement que l'on porte à ses propres livres est souvent inverse de leur diffusion et "retentissement". Cet ouvrage, qui sortit en 2007, est de ceux-là. J'ai de la difficulté d'ailleurs à le porter et supporter. Tant il est à la fois léger (ce que retiennent ceux qui le considèrent de l'extérieur), dérisoire, et "cruel".

L'ouvrage mêle, entremêle, textes et photographies. Les roses de Xian, ces photographies dont beaucoup furent prises en Chine, à l'ombre d'une antique pagode, se mêlent aux roses de Manhattan, ces roses qui, à l'instar des humains, furent réduites en cendres le 11 septembre 2001 et ces autres roses qui fleurirent, on peut l'imaginer, dans les camps de la mort.

Les fleurs, c'est bien connu, peuplent les cimetières. Comme elles jonchent l'œuvre entière de Samuel Beckett.

Mais allez donc imaginer une rose poussant à l'ombre des crématoires ! C'est là cependant la cruauté des choses. Et Beckett, qui chérissait les fleurs, et tout particulièrement les roses et la couleur rose, s'y connaissait en matière de cruauté.

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

ROSES. ROUGES. JAUNES. LES FLEURS DE SAMUEL BECKETT.

"La tête géante coiffée de fleurs et d'oiseaux se penche sur mes boucles..." (Samuel Beckett, Comment c'est)

Chaque écrivain génère, chez ses lecteurs, un certain nombre de clichés. À la vie particulièrement dure. Confondre le monde de Samuel Beckett avec l'image d'un univers uniformément GRIS est de ceux-là.

L'absurde beckettien déploie certes les lettres de noblesse du GRIS jusqu'à puis plus. Mais s'en tenir là serait une grossière erreur.

Car les couleurs pullulent chez Beckett. Leur représentation passe fréquemment par la mention de ces fleurs qui parsèment l'œuvre entière. Crocus. Pâquerettes. Jacinthes. Lilas. Résédas.

Et surtout : les ROSES. Celles-ci s'effeuillent à tous les contours de l'œuvre. Elles y sont gaies, charnelles. Parfois décrépites. Menaçantes ou dérisoires. Et à coup sûr farfelues. - Décalées.

L'œuvre grise de Beckett se double d'une œuvre "au rose", comme l'on dirait d'une œuvre qu'elle est "au noir".

Ce sont-là évidemment subtilités. Qui forment la matière de cet ouvrage kitch et dévoyé...

Et Beckett se perdit dans les ROSES...

Livre : Et Beckett se perdit dans les roses

dimanche 10 janvier 2010

lundi 4 janvier 2010

2010 : DES VŒUX PIQUANTS... TRÈS PIQUANTS...

Venise, 2009 ©FDM

Cette année 2010 que je vous souhaite :
GAIE et "PIQUANTE"
comme ces "peperoncino" vénitiens.